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25/08/2026

J’ai parcouru le Xinjiang pendant six semaines : voilà ce que j’ai vu, par Arnaud Bertrand
Loin des clichés et des slogans

 Arnaud Bertrand, 24 août 2026
Traduit par Tlaxcala

Illustration panoramique montrant un paysage du Xinjiang. Au premier plan, une famille et des habitants sont assis sur un tapis près d’un étal de fruits, tandis qu’un marchand tend un melon à un enfant. À gauche, un camping-car roule sur une route bordée de peupliers, près de yourtes installées dans une prairie. À l’arrière-plan se succèdent un lac bleu, une ville-oasis aux minarets et bâtiments en terre, des dunes de sable et de hautes montagnes enneigées, évoquant la diversité des paysages et des cultures de la région.
Voyage au Xinjiang : une famille en camping-car traverse une région de montagnes, de lacs, de déserts et de villes-oasis, au milieu de scènes de vie locale.

Il existe dans le monde des endroits dont tout le monde connaît le nom et sur lesquels chacun a une opinion, mais où presque personne n’est allé. Parfois, c’est pour des raisons positives (pensez au Bhoutan), parfois non.

Le Xinjiang appartient malheureusement à cette seconde catégorie : allez dans n’importe quel pays occidental et demandez au premier passant ce qu’il associe au Xinjiang ; sa réponse sera presque étrangement uniforme : camps de concentration, travail forcé et génocide.

J’ai assez voyagé dans ma vie pour avoir appris une chose : les opinions extrêmes — qu’elles soient positives ou négatives — sur des lieux lointains résistent rarement au contact avec la réalité du terrain. Et c’est d’autant plus vrai pour les endroits que peu de gens ont visités.

C’est logique : ce sont précisément les lieux où les affirmations les plus extravagantes rencontrent le moins de résistance, puisqu’il n’existe tout simplement pas de masse accumulée d’expériences ordinaires de première main pour leur opposer un démenti.

Je sais aussi, bien sûr, que l’Occident a une forte tendance à fabriquer des récits sur ses adversaires géopolitiques, comme la Chine.

Donc, lorsqu’on combine les deux — un endroit que presque aucun étranger ne visite et qui, de surcroît, se trouve en Chine — je m’attendais pleinement à un large fossé entre le récit dominant et ce que j’allais réellement découvrir. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est que ce fossé soit aussi immense.

Avant de me rendre au Xinjiang, je m’étais fixé quelques exigences afin d’essayer de comprendre l’endroit aussi bien que possible :

  • Je voulais y passer beaucoup de temps — la région est si vaste qu’on ne peut même pas commencer à la comprendre si l’on n’y reste que quelques jours.

  • Je voulais en voir une grande partie, car je comprenais que la situation pouvait varier considérablement entre, par exemple, des villes prospères comme Urumqi et les campagnes profondes.

  • Je voulais voyager de manière entièrement libre, à mes propres conditions — pas, par exemple, dans le cadre d’un circuit guidé par le gouvernement chinois (comme le font une très grande proportion des rares étrangers qui visitent cet endroit, bien qu’ils n’y soient pas obligés).

  • Je voulais aller dans des lieux totalement hors des sentiers battus, où les touristes ne vont jamais.

  • Je voulais rencontrer et parler avec autant d’habitants que possible, issus des milieux les plus divers.

Avec ma femme et mes deux filles (âgées de 7 et 10 ans), nous avons donc décidé de louer un camping-car à Urumqi et de parcourir toute la province, du Nord au Sud, en dormant dans le véhicule, pendant cinq semaines. À la fin de ce périple, nous resterions dix jours supplémentaires à Urumqi ; pendant une semaine, nous inscririons nos filles à une colonie de vacances avec des enfants du cru (majoritairement ouïghours), tandis que nous, les parents, continuerions à découvrir Urumqi et tenterions de rencontrer des membres de l’intelligentsia locale.

Nous avons rempli chacune de ces conditions, et même davantage. Cinq semaines en camping-car ; près de 6 000 kilomètres parcourus ; le nord et le sud ; des villes, des chefs-lieux de district, des villages, des prairies, de hautes montagnes, des déserts ; et, au passage, des centaines de rencontres. Aucun guide, aucun accompagnateur, aucun itinéraire déposé auprès de qui que ce soit. Nous allions où bon nous semblait et nous arrêtions quand nous en avions envie.

De retour à Urumqi, nos deux filles ont passé une semaine dans une colonie de vacances à thème militaire organisée pour les enfants du cru (et, croyez-moi, il n’a pas été facile de les y inscrire !), tandis que nous — les parents — rencontrions un éventail fascinant de journalistes, de professeurs d’université, de fonctionnaires subalternes comme de hauts responsables, de personnes travaillant pour le fameux Bingtuan (le XPCC [Corps de production et de construction du Xinjiang, une organisation étatique paramilitaire et économique, NdT], qui est en quelque sorte un État dans l’État au Xinjiang), de travailleurs communautaires et d’hommes d’affaires.

Bref, nous avons vu énormément de choses du Xinjiang et de ses habitants, à notre manière, pendant une période suffisamment longue pour que je puisse aujourd’hui dire, je crois, quelque chose de significatif à son sujet — contrairement à la plupart de ceux qui ont écrit sur cet endroit.



Notre voyage

Comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus, notre itinéraire a dessiné une immense boucle à travers le nord et le sud du Xinjiang, sur 34 jours et près de 6 000 kilomètres.

Nous sommes partis d’Urumqi (乌鲁木齐, Wūlǔmùqí) vers l’ouest par la route 101, avant d’atteindre la ville thermale de Wenquan (温泉), à la frontière kazakhe. De là, nous avons pris vers le sud en direction du lac Sayram (赛里木湖, Sàilǐmù Hú), puis de la vallée de l’Ili (伊犁, Yīlí) — champs de lavande, ville-frontière de Khorgos (霍尔果斯, Huò’ěrguǒsī) et ancienne ville de garnison de la dynastie Qing, Huiyuan (惠远, Huìyuǎn) — avant de passer quelques jours dans la grande ville de Yining (伊宁, Yīníng).

Nous avons ensuite poursuivi plus au sud jusqu’à Zhaosu (昭苏), patrie d’extraordinaires anciennes races de chevaux à la robe rosée (je ne plaisante pas !), puis vers les hautes prairies de Xiata (夏塔), Tangbula (唐布拉) et Nalati (那拉提), où des nomades kazakhs et kirghizes vivent encore sous des yourtes dans les montagnes, du moins en été.

Depuis Nalati, nous avons franchi l’immense chaîne du Tianshan (天山) par Duku (独库) — l’une des routes les plus dangereuses de Chine, ouverte seulement quatre mois par an — pour entrer dans le sud du Xinjiang. Là, nous avons exploré l’ancienne ville de Kuqa (库车, Kùchē) et son palais royal (où réside encore une authentique princesse ouïghoure — nous l’avons rencontrée !), traversé le désert du Taklamakan et passé plusieurs jours à Kashgar (喀什, Kāshí), à visiter la vieille ville, les mosquées et les marchés.

Depuis Kashgar, nous avons fait un détour en profondeur dans le plateau du Pamir, chevauchant jusqu’à des cratères volcaniques et grimpant sur un glacier du Muztagh Ata (慕士塔格, Mùshìtǎgé), haut de 7 500 mètres. Nous avons ensuite repris la longue route vers l’est — en passant par les anciennes grottes bouddhiques de Kizil (克孜尔千佛洞, Kèzī’ěr Qiānfódòng), les ruines du temple de Subashi (苏巴什) et la ville de Korla (库尔勒, Kù’ěrlè) — avant de regagner Urumqi par le tunnel Tianshan Shengli, le plus long tunnel autoroutier du monde.

Si vous souhaitez un récit quotidien plus détaillé de notre voyage, accompagné de vidéos et de photos, lisez ce fil que j’ai publié sur X.

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