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15/03/2025

EDWIGE DANTICAT
Le sort des migrants détenus à Guantánamo
Photomaton

Au début des années 1990, des réfugiés et des demandeurs d’asile haïtiens ont été détenus sur la base dans des conditions épouvantables. Leur expérience peut donner un avant-goût de ce qui va se passer.

Edwidge Danticat, The New Yorker, 9/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Edwige Danticat (Port-au-Prince, 1969) est une romancière usaméricaine d’origine haïtienne.
Bibliographie

 



Un demandeur d’asile haïtien se tient près d’une clôture barbelée alors qu’il est détenu à la base navale de Guantánamo Bay. Photo Steven D. Starr / Corbis / Getty

Ninaj Raoul a gardé certaines images gravées dans sa mémoire de ses voyages à la base navale usaméricaine de Guantánamo Bay. Mme Raoul, cofondatrice et directrice exécutive de Haitian Women for Haitian Refugees, un groupe de défense des immigrants basé à Brooklyn, a servi d’interprète pour des demandeurs d’asile haïtiens emprisonnés à Guantánamo au début des années quatre-vingt-dix. Lors de ses nombreuses visites, se souvient-elle, la base était toujours brûlante. Il n’y avait pas d’arbres à proximité, seulement des rangées et des rangées de tentes de couleur beige et vert olive érigées sur du ciment et entourées de hangars d’aéroport, de toilettes portables, de barbelés et de tours de garde. La plupart des tentes étaient très peu aérées et les gens y étaient entassés comme des sardines. Certains détenus étaient accompagnés de leurs enfants. D’autres avaient été séparés d’eux. Il n’y avait guère d’intimité, si ce n’est celle que les gens obtenaient en accrochant des draps entre les lits de camp. Le camp était infesté de souris, l’air était rempli de mouches et les détenus étaient trempés, même à l’intérieur des tentes, lorsqu’il pleuvait. Des iguanes rôdaient à l’intérieur du périmètre, ainsi que des rongeurs de la taille d’un chat, appelés “rats-bananes”. J’ai demandé à Raoul de partager ses souvenirs récemment à la lumière de la directive émise par Donald Trump le 29 janvier, ordonnant d’agrandir le Migrant Operations Center de Guantánamo pour en faire un centre de détention de trente mille lits. Des scènes similaires à celles qu’elle décrit ont été capturées par des photojournalistes qui ont visité la base à cette époque. Leur travail, dont une sélection est présentée ici, semble aujourd’hui préfigurer ce qui va se passer.

Situé sur la côte sud-est de l’île de Cuba, Guantánamo est le site où les troupes usaméricaines ont débarqué pour la première fois pendant la guerre hispano-usaméricaine, en 1898. Les USA ont obtenu l’accès à la base en 1903, grâce à un accord d’après-guerre faisant pression sur les Cubains pour qu’ils cèdent une partie de leur territoire en échange de leur indépendance. Après le coup d’État de septembre 1991 contre le premier président démocratiquement élu d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, des dizaines de milliers de personnes ont fui sur des bateaux bondés pour échapper à l’armée haïtienne, dont certains chefs avaient été formés aux USA. Alors que les Cubains étaient considérés comme fuyant des persécutions politiques, les Haïtiens étaient généralement étiquetés comme des migrants économiques, ce qui les rendait moins susceptibles de se voir accorder l’asile rapidement, si jamais il leur était accordé. Pour passer le temps, les détenus regardaient les montagnes au loin et jouaient au football et aux dominos. Ils chantaient, priaient et attendaient, parfois pendant des mois.


 Photo Jeffrey Boan / AP

14/03/2025

Vient de paraître : Les passeurs de révolte
Un livre sur les étudiants et intellectuels étrangers et postcoloniaux en France dans les années 1968

 Eloïse Bidegorry, Fabula, 13/3/2025

Françoise Blum, Guillaume Tronchet (dir.)
Les Passeurs de révolte
Étudiants et intellectuels étrangers et postcoloniaux en France dans les années 1968

  • Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. "Histoire", 2025
  • EAN : 9782753598348
  • 250 pages
  • Prix : 24 EUR
  • Date de publication : 13 Mars 2025

Les passeurs de révolte dont il est question dans ce livre sont les étudiants et intellectuels étrangers et postcoloniaux en France dans les années 1968. Ces étudiants et intellectuels constituent des voix singulières et déploient des discours et des répertoires d’action qui leur sont propres dans les contestations des années 1968. Certes, leur grammaire protestataire peut se fondre dans celle de l’ensemble des révoltés (tractage, affichage, pétitions, manifestations, occupations de locaux, etc.) mais certaines revendications leur sont spécifiques. C’est le cas des discours profitant de la tribune offerte par les mobilisations pour informer, alerter et mobiliser autour des luttes sociales et politiques des pays dont ces étudiants sont originaires (Maroc, Tunisie, Argentine, etc.). C’est aussi le cas des discours revendiquant un statut égal à celui des étudiants nationaux, que l’on retrouve au cœur des demandes de la Tricontinentale. Ce livre s’inscrit dans une historiographie des années 1968, profondément renouvelée depuis une dizaine d’années à l’aune de la question globale. L’histoire des mobilisations sociales et politiques des années 1968 invite en effet désormais à interroger concrètement « les lieux et les moments de “passage”, les “passeurs” et bien sûr “ce qui passe”, textes idées, modèles, répertoires d’action » (Boris Gobille). C’est de cela qu’il est question ici : du rôle et de la place des étudiants et intellectuels étrangers dans les processus d’internationalisation des révoltes.

Sommaire

Préface de Ludivine Bantigny

Introduction…

Tribunes

  • Les étudiants portugais en France en mai-juin 1968
  • La révolte étudiante de Mai 68 et les départements d’outre-mer
  • Étudiants polynésiens pendant Mai 68 : les jeunes pousses du mouvement identitaire Mā’ohi
  • À la recherche du Mai 68 des Cambodgiens en France

Rencontres

  • Des « rencontres improbables ». Étudiants et intellectuels britanniques en France en mai 1968
  • « Let’s go to the barricades! ». Des GI déserteurs dans les mouvements de mai-juin 1968 en France
  • Penser un féminisme à partir de l’Amérique latine : mobilisations des femmes latino-américaines en Europe des années 1968

Trajectoires

  • Paris, capitale mondiale des intellectuels révolutionnaires ?
  • Transferts, liens, connexions : Conrad Detrez, écrivain-militant et figure des circulations contestataires des années 1968
  • Entre références intellectuelles et politiques des années 68 : la trajectoire du jeune brésilien étudiant en économie devenu professeur d’anthropologie
  • Le cinéma s’insurge ». 1968, Casablanca – Łódź – Paris

Documents commentés

  • Les étudiants et ouvriers grecs en mai-juin 1968 en France à travers quelques tracts
  • L’occupation de la Maison de l’Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris en mai-juin 1968
  • Étudiants et intellectuels tunisiens en France en mai-juin 1968
  • Étudiants et ouvriers italiens en France en mai-juin 1968

Postface de Michelle Zancarini-Fournel.

Acheter le livre

Françoise Blum est ingénieure de recherche CNRS au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains. Elle travaille sur les mouvements sociaux en Afrique subsaharienne, sur les socialismes africains et la décolonisation. Elle a notamment publié Révolutions africaines : Congo, Sénégal, Madagascar (Presses universitaires de Rennes, 2014), avec Pierre Guidi et Ophélie Rillon, Étudiants africains en mouvement, codirigé Socialismes africains/Socialismes en Afrique (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2021) et Les partis communistes occidentaux et l’Afrique (Hémisphères, 2022).

Guillaume Tronchet, haut fonctionnaire et historien, est agrégé et docteur de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (ENS-PSL, Paris 1, CNRS). Spécialiste de l’histoire internationale des universités et des mobilités étudiantes, il a publié plusieurs ouvrages et articles sur ces thématiques, et a été responsable à l’École normale supérieure du projet de recherche GlobalYouth, lauréat de l’Agence nationale de la recherche, entre 2017 et 2023.

GIDEON LEVY
En fin de compte, le Hamas est toujours là

Gideon Levy, Haaretz, 13/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

En fin de compte, seul le Hamas subsiste. Après 17 mois d’effusion de sang, le Hamas est toujours là. Après la mort de centaines de soldats israéliens et de dizaines de milliers d’habitants de Gaza, le Hamas reste là. Après des destructions de l’ampleur de celles de Dresde, le Hamas est là. Après d’innombrables promesses israéliennes, le Hamas est là pour rester. En fait, seul le Hamas reste à Gaza. Nous devons le reconnaître et en tirer les conclusions.

Deux combattants du Hamas montent la garde alors qu’un véhicule de la Croix-Rouge arrive sur le site de la remise des corps de quatre captifs israéliens à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, en février. Photo Eyad Baba/AFP

Ce qui n’a pas été réalisé en 17 mois ne le sera pas en 17 autres. Ce qui n’a pas été obtenu par l’usage de la force la plus barbare de l’histoire d’Israël ne sera pas atteint par une force encore plus barbare.

Le Hamas est là pour rester. Il a été gravement frappé sur le plan militaire. Il s’en remettra. Politiquement et idéologiquement, il s’est renforcé pendant la guerre, après avoir ressuscité la question palestinienne, qu’Israël et le monde étaient censés oublier. Le Hamas reste là, et Israël ne peut rien y changer.

Il n’a pas le pouvoir de nommer une entité gouvernante différente à Gaza, non seulement parce qu’il est douteux qu’il en existe une, mais aussi et surtout parce qu’il y a une limite à sa tyrannie. Il ne peut pas remplacer le régime d’une autre nation, comme les USA ont pu le faire par le passé.

C’est pourquoi le blabla sur le “jour d’après est trompeur : il n’y a pas de jour après le Hamas et il est probable qu’il n’y en aura pas de sitôt ; le Hamas est la seule instance dirigeante à Gaza, du moins dans les circonstances actuelles, presque inaltérables. Le “jour d’après” inclura donc le Hamas. Nous devons nous y habituer.

La première conclusion qui en découle est, bien sûr, le caractère insensé de la reprise de la guerre. Elle tuera les derniers otages et des dizaines de milliers d’habitants de Gaza et, en fin de compte, le Hamas subsistera. Mais cette sombre réalité offre également une opportunité de changement dans la bande de Gaza, si Israël et les USA intègrent le fait de la survie du Hamas. Il s’agit d’une organisation dure et cruelle, qui ne peut être remplacée.

Il serait préférable que Gaza ait un autre gouvernement - par exemple, celui des sociaux-démocrates suédois - mais ce n’est pas pour tout de suite. De la ridicule “règle du clan” à l’importation fantaisiste à Gaza de l’Autorité palestinienne dans le sillage des chars israéliens, en passant par l’absurde “gouvernement de technocrates”, tout ça, ce ne sont  que fariboles.

Le roi de Gaza sera issu du Hamas ou désigné avec son consentement. Il est impossible de nommer un dirigeant pour Gaza, pas même le charismatique [sic] Mohammed Dahlan, si le Hamas s’y oppose. L’Autorité palestinienne, qui meurt à petit feu en Cisjordanie, ne reviendra pas non plus à la vie à Gaza.

Tous ceux qui souhaitaient un gouvernement différent auraient dû y penser au moment du désengagement israélien de 2005 de la bande de Gaza, ce qui aurait dû se faire dans le cadre d’un accord avec l’Autorité palestinienne. Mais à choisir entre le bien et le mal, Israël optera toujours pour le second.

Que cal vous plaise ou pas - surtout pas - le Hamas est le seul acteur de la ville. Ce n’est pas un fait particulièrement encourageant, mais nous devons reconnaître les limites de la force, ce qu’Israël et les USA ont du mal à faire. Au lieu de mener une nouvelle guerre “pour chasser le Hamas du pouvoir”, bla bla bla, nous devons nous habituer à son existence. Il s’ensuit que nous devons parler à l’organisation. Même, et surtout, après le 7 octobre.

Nous avons déjà exercé notre vengeance sur le Hamas à la pelle, avec des intérêts composés. Ses commandants, ses assassins, ses violeurs, ses ravisseurs et ceux qui les aident ont reçu leur châtiment. Israël négocie avec le Hamas depuis 17 mois, même si ce n’est pas directement.

Les USA lui ont déjà parlé directement, et le ciel n’est tombé sur la tête de personne. Les pourparlers ont débouché sur des accords, que le Hamas a respectés, démontrant non seulement sa puissance, mais aussi qu’on peut lui faire confiance. Si Israël avait tenu ses promesses comme l’a fait le Hamas, nous en serions déjà aux deuxième et troisième phases de l’accord de cessez-le-feu.

Si Israël avait un homme d’État doté d’une vision et d’un courage, ce qui est sans doute une proposition sans espoir, il essaierait de parler au Hamas. Directement, ouvertement, en public, à Gaza ou à Jérusalem. Nous avons pardonné à l’Allemagne et nous pardonnerons au Hamas s’il se dote lui aussi d’un chef courageux. En attendant, nous devons le défier en essayant. Il y a moins à perdre avec cela qu’avec une nouvelle série insensée de bombardements et de tirs d’artillerie.


13/03/2025

ALAN MACLEOD
La professeure de l’université Columbia au centre du scandale de la déportation de Mahmoud Khalil est une ancienne espionne israélienne

La professeure au centre du scandale de l’arrestation en vue de le déporter de l’étudiant palestinien à l’Université de Columbia Mahmoud Khalil est une ancienne agente des services de renseignements israéliens, révèle MintPress News.

Alan MacLeod, MintPress News, 11/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Mahmoud Khalil, récemment diplômé de la School of International and Public Affairs (SIPA) de l’université, a été enlevé par l’Immigration Customs Enforcement (ICE) samedi pour son rôle dans l’organisation de manifestations l’année dernière contre l’attaque d’Israël sur Gaza. Keren Yarhi-Milo, directrice de cette École des affaires internationales et publiques, est une ancienne officière du renseignement militaire israélien et fonctionnaire à la mission d’Israël auprès des Nations unies. Yarhi-Milo a joué un rôle important en suscitant l’inquiétude du public face à une prétendue vague d’antisémitisme intolérable déferlant sur le campus, jetant ainsi les bases de l’importante répression des libertés civiles qui a suivi les manifestations.


Keren Yarhi-Milo pose avec Hillary Clinton lors de son séjour à Columbia en tant qu’enseignante invitée en 2023. Mme Clinton préside le conseil consultatif de l’Institute of Global Politics (IGP), fondé par Yerhi-Milo
Photo | Facebook | Hillary Clinton

Des fantômes parmi nous

Avant d’entrer dans le monde universitaire, la Dre Yarhi-Milo a servi en tant qu’officière et analyste du renseignement au sein des forces de défense israéliennes. Étant donné qu’elle a été recrutée dans les services de renseignement en raison de sa capacité à parler couramment l’arabe, son travail consistait probablement à surveiller la population arabe.

Après avoir quitté le monde du renseignement, elle a travaillé pour la mission permanente d’Israël auprès des Nations unies à New York. C’est là qu’elle a rencontré l’homme qu’elle a épousé, porte-parole officiel d’Israël auprès des Nations unies.

Bien qu’elle soit aujourd’hui universitaire, elle n’a jamais quitté le monde de la sécurité internationale, dont elle a fait son domaine d’expertise. Elle s’est efforcée de faire entendre la voix des femmes dans ce domaine. L’une d’entre elles était Avril Haines, alors directrice de la sécurité nationale des USA, avec qui elle s’est entretenue en 2023. Bien que Khalil ait été un élève de son école, elle n’a rien dit au sujet de son arrestation. En effet, plutôt que de s’exprimer sur la question (comme le demandaient les militants), elle a choisi cette semaine d’inviter Naftali Bennett, premier ministre d’Israël de 2021 à 2022, à s’exprimer à Columbia. Les étudiants qui ont protesté contre l’événement de mardi ont été condamnés par les autorités universitaires pour avoir “harcelé” Yarhi-Milo.

Des manifestations sans précédent, une répression sans précédent

L’année dernière, Columbia a été l’épicentre d’un mouvement de protestation massif sur les campus universitaires du pays. On estime  qu’au moins 8 % des étudiants usaméricains ont participé à des manifestations dénonçant l’attaque génocidaire contre Gaza et appelant les établissements d’enseignement à se désinvestir d’Israël. La réaction a été tout aussi massive. Plus de 3 000 manifestants ont été arrêtés y compris des membres du personnel universitaire.

12/03/2025

TEEMU RUSKOLA
La formation de la classe ouvrière chinoise

Teemu Ruskola, New Left Review, n° 151, janvier/février 2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Teemu Ruskola, né en Finlande, est professeur de droit et professeur de langues et civilisations de l’Asie orientale à l’université de Pennsylvanie (USA). Il est l’auteur de The Unmaking of the Chinese Working Class, qui sera publié par Verso Books en 2026 ; Legal Orientalism : China, the United States and Modern Law (Harvard University Press 2013) ; co-auteur de Schlesinger’s Comparative Law (Foundation Press 2009) ; et co-éditeur, avec David Eng Shuang Shen, d’un double numéro spécial de la revue Social Text sur “China and the Human” (2012).

Cet essai est tiré du livre The Unmaking of the Chinese Working Class: The Global Limits of Capitalism, à paraître chez Verso.

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JORGE MAJFUD
La culture supérieure : celle du leader ou celle du malfrat ?

 Jorge Majfud, 9/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala


Le 4 mars 2025, lors d’un discours à l’université d’Austin, le PDG milliardaire de Palantir, Alex Karp, a fait une déclaration dans le plus pur style du XIXe siècle : « Je ne pense pas que toutes les cultures soient égales [...] Ce que je dis, c’est que cette nation [les USA] est incroyablement spéciale et nous ne devrions pas la considérer comme égale, mais comme supérieure ». Comme nous l’avons détaillé dans le livre Plutocracia: Tiranosaurios del Antropoceno (2024) et dans plusieurs émissions de télévision, Karp est membre de la secte de la Silicon Valley qui, avec le soutien de la CIA et de la corpoligarchie de Wall Street, promeut le remplacement de la démocratie libérale inefficace par une monarchie patronale.

 

Maintenant, “notre nation, notre culture” est supérieure en quoi ? En efficacité pour envahir, asservir, opprimer d’autres peuples ? Supérieure en fanatisme et arrogance ? Supérieure dans la psychopathologie historique des tribus qui se croient élues par leurs propres dieux (quel hasard) et, loin d’être une responsabilité solidaire avec les « peuples inférieurs », cela devient automatiquement une licence pour tuer, voler et exterminer les autres ? L’histoire de la colonisation anglo-saxonne de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique n’est-elle pas l’histoire de la spoliation des terres, des biens et l’exploitation obsessionnelle d’êtres humains (Indiens, Africains, métis, blancs pauvres) qui étaient considérés comme des instruments de capitalisation plutôt que comme des êtres humains ? De quoi parlons-nous lorsque nous parlons de « culture supérieure » de cette manière, avec ces affirmations aveugles et avec un contenu religieux mystique caché mais fort, comme l’était la Destinée Manifeste ?

 

Non seulement nous avons répondu à ça dans les journaux il y a un quart de siècle, mais nous avons également mis en garde contre le fascisme qui allait tuer ce fier Occident, lequel se plaint maintenant que ses ennemis le tuent, comme l’a dit Elon Musk il y a quelques jours auparavant. L’un de ces longs essais, écrit en 2002 et publié par le journal La República d’Uruguay en janvier 2003 et par la Monthly Review de New York en 2006, s’intitulait « Le lent suicide de lOccident ».

 

Cette idéologie de l’égoïsme et de l’individu aliéné comme idéaux supérieurs, promue par Adam Smith au XVIIIe siècle et radicalisée par des écrivains comme Ayn Rand et des présidents de puissances mondiales comme Donald Trump et des marionnettes néocoloniales comme Javier Milei, s’est révélé pour ce qu’il est : un suprémacisme pur et dur, une pathologie cannibale pure et dure. Le racisme et le patriotisme impérialiste sont tous deux des expressions de l’égolâtrie tribale, dissimulées dans leurs contraires : l’amour et besoin de survie de l’espèce.


Pour donner une touche d’intellectualisme à leur justification, les idéologues de la droite fasciste du XXIe siècle recourent à des métaphores zoologiques telles que celle du mâle alpha. Cette image est basée sur la meute de loups des steppes où un petit groupe de loups suit un mâle qui les sauvera de la faim et du froid. Une image épique qui séduit les millionnaires qui n’ont jamais souffert ni de la faim ni du froid. Pour les autres, qui ne sont pas millionnaires mais qui se sentent menacés par les classes inférieures (voir « Le paradoxe des classes sociales »), le mâle alpha est la traduction idéologique d’une catharsis du privilégié historique qui voit ses droits spéciaux perdre l’adjectif « spécial » et devenir de simples droits, un substantif nu. En d’autres termes, ils réagissent avec colère à la perte éventuelle de droits spéciaux de genre, de classe, de race, de citoyenneté, de culture, d’hégémonie. Tous les droits spéciaux justifiés comme au XIXe siècle : nous avons le droit d’asservir les Noirs et d’exploiter nos colonies parce que nous sommes une race supérieure, une culture supérieure et, pour cette raison même, Dieu nous aime et déteste nos ennemis, que nous devons exterminer avant qu’ils n’aient la même idée, mais sans nos bons arguments.

 

Ironiquement, l’idée d’être « élu par Dieu » ou par la nature n’incite pas les fanatiques à prendre soin des « humains inférieurs », comme ils le font pour leurs animaux de compagnie, bien au contraire : le destin des inférieurs et des faibles doit être l’esclavage, l’obéissance ou l’ extermination. S’ils se défendent, ce sont des terroristes.

 

La dernière version de ces suprémacismes qui commettent autant de génocides en Palestine ou au Congo avec une fierté et une conviction fanatiques, tout comme ils diabolisent les femmes qui revendiquent l’égalité des droits aux USA a récemment trouvé sa métaphore explicite dans l’image du mâle alpha du loup des steppes. Cependant, si nous prêtons attention au comportement de ces animaux et d’autres espèces, nous verrons une réalité beaucoup plus complexe et contradictoire.

 

Le professeur de l’université Emory, Frans de Waal, l’un des experts les plus reconnus dans l’étude des chimpanzés depuis des décennies, s’est chargé de démolir ce fantasme. L’idée du mâle alpha provient des études sur les loups dans les années 40, mais, non sans ironie, de Waal lui-même a déploré qu’un homme politique usaméricain (le très conservateur président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich) ait popularisé son livre La politique du chimpanzé (1982) et le concept de mâle alpha, pour de mauvaises raisons.


Les mâles alpha ne sont pas des brutes, mais des leaders conciliateurs. « Les mâles alpha chez les chimpanzés sont populaires s’ils maintiennent la paix et apportent l’harmonie au groupe ». Lorsqu’un véritable leader tombe malade (cas mentionné du chimpanzé Amos), il n’est pas sacrifié, mais la prise en charge de ses soins est assurée par le groupe.

11/03/2025

HANNAH BEECH
Les confessions d’un tueur à gages de l’escadron de la mort de Rodrigo Duterte

L’ancien président des Philippines Rodrigo Duterte (2016-2022), âgé de 79 ans, a été arrêté mardi 11 mars après avoir atterri à l’aéroport de Manille, en application d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) transmis par Interpol pour sa guerre meurtrière contre la drogue. Au moins 6 252 Philippins accusés d’être des trafiquants de drogue, selon les chiffres officiels, ont été tués par la police lors d’“incidents armés” possiblement assimilés à des exécutions extrajudiciaires durant son mandat [d’autres sources estiment le nombre de victimes à 30 000]. Ci-dessous un reportage sur un membre du premier escadron de la mort créé par Duterte lorsqu'il était maire de  Davao City.-FG


Edgar Matobato, membre d’un escadron de la mort lié à l’ancien président Rodrigo Duterte, à l’intérieur de l’enceinte d’une église dans un lieu non divulgué aux Philippines en juin dernier.

Edgar Matobato affirme avoir tué encore et encore pour l’ancien président philippin Rodrigo Duterte. Aujourd’hui, il tente de rester en vie pour témoigner.

Hannah Beech & Jes Aznar (photos), The New York Times, 5/1/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Hannah Beech est une journaliste du Times basée à Bangkok qui couvre l’Asie depuis plus de 25 ans. Elle se concentre sur les articles de fond et d’investigation. En savoir plus sur Hannah Beech

Hannah Beech et Jes Aznar ont passé plus d’un an à enquêter sur l’escadron de la mort lié à l’ancien président Rodrigo Duterte.

Selon le tueur à gages, il existe de nombreuses façons de tuer.

Une ficelle nouée entre deux bâtons étrangle par une torsion des poignets. Une lame de boucher, longue et fine, tranche le cœur.

Edgar Matobato dit avoir donné un homme à manger à un crocodile, mais seulement une fois. La plupart du temps, il mettait fin à la vie des gens avec une arme de confiance : son pistolet Colt M1911 de calibre 45.

« Pendant près de 24 ans, j’ai tué et éliminé de nombreux corps », a dit M. Matobato à propos de son passage dans un escadron de la mort à Davao City, dans le sud des Philippines. « J’essaie de me souvenir, mais je ne peux pas me souvenir de tout le monde ».

« Je suis désolé », a-t-il ajouté.

Nous étions assis dans la cuisine extérieure du refuge secret de M. Matobato aux Philippines. Une pluie torrentielle faisait ruisseler l’eau dans la pièce. Les moustiques ont suivi. Il en a écrasé un, dont le corps suintait le sang d’un autre.

M. Matobato se cachait. Il le fait depuis une décennie, depuis qu’il a avoué ses crimes et révélé qui avait ordonné l’effusion de sang : Rodrigo Duterte, le maire de Davao City, qui est ensuite devenu président des Philippines.

Edgar Matobato prenant son café du matin dans l’enceinte d’une église où lui et sa femme se sont cachés pendant des années.
 

M. Matobato montre comment il étranglait une victime lorsqu’il était l’homme de main de Rodrigo Duterte.

M. Matobato, aujourd’hui âgé de 65 ans, affirme avoir tué plus de 50 personnes pour celui qu’il appelait “Superman”. Il recevait de la mairie un salaire d’un peu plus de 100 dollars par mois et des enveloppes d’argent liquide pour les coups réussis. Il cachait rarement son identité lorsqu’il kidnappait et tuait, dit-il, car le fait de travailler pour le maire lui donnait l’impunité.

M. Matobato savait que le fait de briser l’omertà de ce que l’on a appelé l’escadron de la mort de Davao faisait de lui un homme marqué. Il a reçu l’asile de prêtres et de politiciens, qui espéraient que ses aveux pourraient être utilisés pour demander un jour des comptes à son ancien patron.

Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois l’année dernière, M. Matobato attendait que la Cour pénale internationale (C.P.I.) le prenne comme témoin dans le cadre de son enquête visant à déterminer si M. Duterte a commis des crimes contre l’humanité. En 2018, des procureurs internationaux ont commencé à enquêter sur Duterte, qui a été président de 2016 à 2022, pour avoir supervisé des exécutions extrajudiciaires, dans la ville de Davao et plus tard dans l’ensemble des Philippines, qu’il a justifiées dans le cadre d’une campagne de maintien de l’ordre contre les drogues illégales et d’autres maux de la société. Il n’existe pas de décompte exact du nombre de victimes de sa guerre contre la drogue - une vague d’assassinats qui a touché bien plus que des trafiquants de drogue et des petits délinquants - mais les estimations les plus basses font état de 20 000 personnes.

“La première arrestation d'une longue série à venir” : Mahmoud Khalil menacé de déportation des USA

Mahmoud Khalil, un étudiant palestinien de 30 ans récemment diplômé de l'université Columbia, vient d'être arrêté à New York et placé dans un centre de rétention en Louisiane. Il est menacé de déportation alors qu'il est titulaire d'une carte verte de résident et marié à  une citoyenne usaméricaine. Lire nos traductions des articles du New York Times consacrés à  cette affaire

 

10/03/2025

IGNACIO CEMBRERO
Comment le Maroc brade à des entreprises israéliennes l’exploitation des ressources en hydrocarbures dans les eaux du Sahara occidental

Rabat accorde à NewMed Energy un permis sur une zone de la taille de la Catalogne aux abords des îles Canaries. Sa décision approfondit encore les relations étroites qu’il a établies avec l’État hébreu dans de nombreux domaines, à commencer par le militaire.

Ignacio Cembrero , El Confidencial, 4/3/2025
Traduit par Tafsut Aït BaâmraneTlaxcala

Le Maroc a approuvé le mois dernier une licence de prospection d’hydrocarbures pour la société israélienne NewMed Energy dans une zone de 34 000 kilomètres carrés, légèrement plus grande que la Catalogne ou la Belgique, dans les eaux du Sahara occidental et aux abords des îles Canaries.

La décision, publiée au Journal officiel du Maroc le 17 février, souligne la volonté de Rabat d’exploiter les ressources naturelles de l’ ancienne colonie espagnole et ses relations de plus en plus étroites avec Israël, qui n’ont pas été altérées par la guerre de Gaza.

« Nous avons depuis longtemps identifié un énorme potentiel au Maroc [en référence au Sahara occidental] et l’annonce d’aujourd’hui fait partie d’un vaste mouvement stratégique qui fera de NewMed Energy le principal acteur énergétique dans la région de la Méditerranée orientale et de l’Afrique du Nord », a déclaré Yossi Abu, le PDG de la société NewMed Energy, aux journalistes. Ce commentaire est exagéré, car la Sonatrach, entreprise publique algérienne, est de loin la plus grande société énergétique d’Afrique.


De g. à dr. Yossi Abu, PDG de Newmed, Amina Bekhadra, DG de l’ONHYM et Yariv Elbaz, PDG d’Adarco

Le vaste permis d’exploration offshore est partagé entre NewMed Energy, du groupe Delek, et Adarco Energy, propriété de l’homme d’affaires marocain/israélien Yariv Elbaz, qui s’est engagé depuis des années à approfondir les relations entre le Maroc et Israël. Les deux sociétés détiennent chacune 37,5 % des parts, les 25 % restants étant détenus par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), une entreprise publique marocaine.


Le contrat d’attribution du bloc offshore Boujdour Atlantique a été conclu en décembre 2022,
comme l’avait révélé à l’époque le journal numérique israélien Globes spécialisé dans l’information économique. Il aura fallu plus de deux ans pour qu’il soit publié au Journal officiel avec la signature de la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali.

09/03/2025

GIDEON LEVY
Le dernier rédempteur national de la gauche sioniste : Daniel Hagari, le porte-parole évincé de l’armée israélienne

Gideon Levy, Haaretz, 9/3/2025
Traduit par 
Fausto GiudiceTlaxcala

Notre couronne est tombée : le porte-parole de Tsahal, le contre-amiral Daniel Hagari, a été évincé. Les médias sociaux sont inondés de lamentations. L’auteure-compositrice-interprète Aya Korem a composé une chanson de nostalgie à son sujet. Même le nouveau chef d’état-major des forces de défense israéliennes, le lieutenant-général Eyal Zamir, qui fut brièvement le chouchou d’Israël, a perdu ses faveurs aux yeux de la moitié de la nation du jour au lendemain, simplement parce qu’il a éloigné Hagari de nous.


Le contre-amiral Daniel Hagari sur les lieux d’un tir de roquette à Majdal Shams en 2024. Photo Gil Eliahu

Tout le monde parlait de son intégrité - oh, l’intégrité de Hagari - de sa décence et de ses apparitions publiques. Comment il nous a protégés pendant la guerre et comment il était toujours là pour nous réconforter et nous encourager. Une semaine après que le chef du service de sécurité Shin Bet a été nommé au poste de sauveur de la démocratie, c’est au tour du porte-parole de l’armée d’être nommé au rôle de rédempteur national. C’est comme ça dans la gauche sioniste éclairée.

En effet, le porte-parole déchu a bien fait son devoir. Ce devoir était de mentir, de couvrir, de dissimuler, de tromper, de nier, de désavouer, de cacher aux yeux du monde et à nos propres yeux tous les crimes. Le prince de l’intégrité et de l’équité, Hagari, a excellé dans son travail. Il trompait et dissimulait, mentait sans sourciller et paraissait si décent, si humain. Une fois, il s’est même étranglé, tant il était sensible.

C’est pour cela que nous l’aimions. Grâce à Hagari, non seulement nous n’avons rien su, mais nous n’avons rien entendu et nous n’avons rien vu. Grâce à Hagari et à ses semblables, il y a encore des Israéliens qui sont convaincus que les FDI sont l’armée la plus morale du monde. Il n’est pas étonnant que son éviction ait déclenché une telle vague de gratitude.

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Le fait que Hagari soit détesté par le Premier ministre Benjamin Netanyahou a certainement joué un rôle dans le fait qu’il a gagné en puissance et est devenu le chouchou d’Israël. Il n’y a pas eu de chouchou national en temps de guerre comme Hagari depuis son prédécesseur d’il y a des décennies, Nachman Shai, qui, pendant la guerre du Golfe, a exhorté les Israéliens effrayés dans leurs chambres scellées à boire un verre d’eau. Pourquoi a-t-il été évincé ? Hagari, qui nous a fait nous sentir si bien alors que le monde entier nous condamnait et nous fuyait ?

08/03/2025

GIDEON LEVY
Des semaines plus tard, personne ne peut expliquer pourquoi les soldats israéliens ont tué un autre garçon palestinien non armé en Cisjordanie

Gideon Levy & Alex Levac (photos), Haaretz, 7/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Alors qu’il se trouvait par hasard près d’un jardin d’enfants géré par Save the Children dans le village de Sebastia, en Cisjordanie, Ahmad Jazar, 15 ans, a été abattu par un soldat israélien. « Depuis le début de la guerre à Gaza », déclare le chef du conseil local, « il n’y a rien de plus facile pour les Israéliens que de tirer sur les Palestiniens ».

Rashid et Wafa Jazar, avec un poster de leur fils Ahmad, chez eux cette semaine dans le village de Sebastia

Une photo déchirante d’Ahmad Jazar, prise la veille de son assassinat. La main de sa mère est posée sur son épaule, comme si elle s’apprêtait à le serrer dans ses bras ; tous deux sourient légèrement en regardant l’appareil photo. La photo a été prise par Mira, la sœur aînée d’Ahmad, étudiante en décoration d’intérieur âgée de 19 ans, à Naplouse, alors qu’Ahmad rendait visite à sa mère. Ahmad avait demandé à sa sœur de les prendre en photo. Personne n’imaginait que ce serait sa dernière.

Le lendemain, 19 janvier, Ahmad a été abattu par un soldat des forces de défense israéliennes à une distance de quelques dizaines de mètres, dans sa ville natale de Sebastia, dans le nord de la Cisjordanie. Il se tenait alors près de l’entrée d’un jardin d’enfants géré par l’organisation internationale Save the Children. Des images d’enfants joyeux, naïfs et colorés, ornent la clôture en pierre qui entoure le bâtiment. À côté, Ahmad, un jeune homme de 15 ans issu d’une famille pauvre, s’est effondré sur le sol, en sang, et est mort.

Trois jours plus tard, Mira a fait imprimer la photo, y a ajouté un cœur blanc et l’a placée sous le grand poster de son frère, dans le cadre d’un coin commémoratif improvisé dans le salon.

À Sebastia, près de Naplouse, les colons ont fondé une véritable terre de colonisation. C’est dans la vieille gare abandonnée de l’époque ottomane, près du village, que les membres de l’organisation Gush Emunim ont convergé durant l’été 1969 - accompagnés de trois futurs premiers ministres : Menachem Begin, Ariel Sharon et Ehud Olmert - et s’en sonr emparés.

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L’accord conclu la même année, parfois appelé « compromis de Sebastia » (qui n’était pas du tout un compromis), a laissé les colons sur place même après qu’ils étaient censés évacuer, ce qui a été le signe avant-coureur d’une entreprise de colonisation tentaculaire dans tout le Shomron, alias la Samarie. Cinquante-six ans plus tard, les FDI y tuent des enfants, dans la partie nord de la Cisjordanie.

Sebastia est le site de la ville biblique de Shomron, dont les ruines se trouvent à la périphérie du village palestinien ; l’accès à cette zone est interdit à ses habitants depuis juillet dernier. Pendant ce temps, à environ sept kilomètres de là, se profile la colonie de Shavei Shomron.

Lorsque nous nous sommes rendus dans la région cette semaine, toutes les voitures palestiniennes circulant sur la route étaient bloquées par un véhicule militaire blindé garé en diagonale, afin d’ouvrir la voie à deux véhicules de colons se dirigeant vers le nord, en direction de la colonie de Homesh. Il est évident qu’ici, ce sont les seigneurs de la terre qui sont en place.

Dans son bureau, le chef du conseil du village de Sebastia, Mahmoud Azzam, nous montre des vidéos de colons attaquant son village. Il ne se passe pas un jour sans que ces maraudeurs n’attaquent ou que l’armée ne fasse une incursion, dit-il. « Depuis le début de la guerre à Gaza », ajoute-t-il, « il n’y a rien de plus facile pour les Israéliens que de tirer sur les Palestiniens. Depuis le 7 octobre, ils ont également commencé à mettre la main sur nos terres ».

Sebastia est un village coloré qui, dans un autre univers, serait un site touristique prospère - une combinaison d’anciennes structures en pierre et d’attractions historiques plus récentes. Les résidents locaux gèrent deux maisons d’hôtes bien tenues, mais les touristes et les pèlerins n’ont pas vraiment afflué depuis un an et demi.

07/03/2025

GIDEON LEVY
Un cauchemar palestinien dans un rêve israélien : chasse à l’homme au centre commercial

 Gideon Levy, Haaretz, 6/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Une grande catastrophe a été évitée cette semaine. Au nouveau Big Fashion Glilot, le plus grand centre commercial d’Israël et le couronnement des récentes réalisations nationales, 10 Palestiniens qui se trouvaient en Israël sans permis d’entrée ont été découverts.

Imaginez, 10 Palestiniens sans papiers dans un complexe de “loisirs et de shopping”. Des idoles dans le temple sacré israélien.


Un panneau au centre commercial Big Fashion dans le centre d’Israël, qui a été visité par 150 000 personnes lors de son ouverture vendredi. Photo Tomer Appelbaum

Les 150 000 Israéliens avides de shopping qui ont pris d’assaut le centre commercial au cours du week-end ont été exposés à un danger dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Nommez imméiatement une commission d’enquête. Les survivants de la catastrophe qui n’a pas eu lieu ont été interviewés partout et ont déclaré qu’ils n’auraient jamais imaginé qu’il y aurait des Palestiniens non autorisés dans leur nouveau centre commercial.

Après tout, ils veulent se sentir en sécurité lorsqu’ils vont manger un hamburger ou acheter une paire de baskets. Un homme de ménage sans papiers a été découvert dans un magasin Zara, et il semblerait qu’il y en ait eu un autre dans le magasin Delta.


Le centre commercial lundi. Les “clandestins” ont été emmenés, menottés, à la vue de tous. Photo Tomer Appelbaum

Les “clandestins” ont été emmenés, menottés, au vu et au su de tout le monde. Les policiers des frontières, héros israéliens, les ont capturés avec le courage et la détermination qui les caractérisent. Les responsables des relations publiques des chaînes de magasins s’efforcent de limiter les dégâts et de rassurer le public : Il n’y aura plus de “clandestins” à Big Fashion.


Le centre commercial lundi. Les journalistes israéliens audacieux s’empressent de les signaler aux autorités ; ils ont alors le sentiment d’avoir rempli une mission journalistique. Photo Tomer Appelbaum

Tout le monde est invité à revenir dans un centre commercial nettoyé.