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11/03/2026

L’empire de la consommation
La planète comme shopping center

Eduardo Galeano, 2005

Un texte magnifique de l’irremplaçable Eduardo Galeano, traduit  par Paz Gómez Moreno et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

   
Eduardo Galeano (Montevideo, Uruguay, 1940-2015) a été rédacteur en chef de l’hebdomadaire Marcha et directeur du quotidien Época. En 1973, lors du coup d’État militaire, il s’est exilé en Argentine où il a fondé et dirigé la revue Crisis, puis, après le nouveau coup d’État, en Espagne. Il est retourné vivre en Uruguay en 1985.  Journaliste prolifique, il est l’auteur de nombreux livres dont le plus célèbre est Les veines ouvertes de l’Amérique latine

L’explosion de la consommation dans le monde actuel fait plus de bruit que toutes les guerres et met le monde plus en émoi que tous les carnavals. Comme le dit un vieux proverbe turc : « Qui boit à crédit, se soûle deux fois ».

La bringue étourdit et obscurcit le regard ; cette grande soûlerie universelle semble ne pas avoir de limites, ni dans le temps, ni dans l’espace. Mais tout comme le tambour, la culture de la consommation fait beaucoup de bruit parce qu’elle est vide. Et au moment de vérité, quand le bruit cesse et la fête finit, l’ivrogne se réveille tout seul, avec pour seule compagnie son ombre et la facture des pots cassés.


Bénis, Seigneur, ces aliments, que même toi tu ne mangerais pas. Amen.
Juan Kalvellido, Tlaxcala

L’expansion de la demande se heurte aux frontières imposées par le système même qui l’a engendrée. Tout comme les poumons ont besoin d’air, le système a besoin à la fois de marchés de plus en plus vastes et ouverts et de matières premières aussi bien que d’une force de travail humaine, payées à des prix aussi bas que possible. Le système parle au nom de tous, adressant à tous ses ordres impérieux de consommation, diffusant parmi tous la fièvre de l’achat, bien que de toute façon et pour la plupart de gens, cette aventure commence et finisse sur l’écran de télévision. La plupart de gens, endettés afin de posséder des choses, finissent par n’avoir que des dettes qui servent à payer des dettes qui créent de nouvelles dettes, et finissent par consommer des fantaisies parfois matérialisées grâce à la délinquance.

Le droit au gaspillage, privilège de quelques-uns, est censé être une liberté collective. Dis-moi combien tu consommes, je te dirai qui tu es. Cette civilisation ne laisse pas dormir les fleurs, ni les poules, ni les gens. Dans les serres, les fleurs subissent la lumière en continu, afin qu’elles fleurissent plus vite. Dans les usines à œufs, même les poules ont été interdites de nuit. Les gens ont également été condamnés à l’insomnie, à cause de l’anxiété d’acheter et de l’angoisse de payer. Ce mode de vie n’est pas très salutaire pour les gens, mais il l’est pour l’industrie pharmaceutique.

Les USA consomment la moitié des sédatifs, des anxiolytiques et autres drogues chimiques vendues légalement dans le monde, et plus de la moitié des drogues interdites qui sont vendues illégalement. Cette réalité n’est pas négligeable si l’on tient compte du fait que la population des USA ne constitue qu’à peine 5% de la population mondiale.

« Celui qui passe son temps à se comparer aux autres est malheureux », se lamente une femme du quartier du Buceo, à Montevideo. La douleur de ne plus être, chantée jadis par les tangos, a laissé place à la honte de ne rien avoir. Un homme pauvre est un pauvre homme. « Quand on n’a rien, on pense que l’on ne vaut rien », dit un jeune homme dans le quartier de Villa Fiorito, à Buenos Aires. Et dans la ville dominicaine de San Francisco de Macorís, un autre homme dit : « Mes frères travaillent pour les marques. Ils vivent pour s’acheter la marque et suent sang et eau pour arriver à payer les frais ».

Invisible violence du marché : la diversité est l’ennemi de la rentabilité et l’uniformité s’impose. Partout, la production en série, à échelle gigantesque, dicte ses incontournables règles de consommation. Cette dictature de l’uniformisation obligatoire est plus dévastatrice que n’importe quelle dictature à parti unique car elle impose, partout dans le monde, un mode de vie qui clone les êtres humains comme s’il agissait des photocopies d’un consommateur idéal.

Le consommateur idéal est l’homme qui ne bouge pas. Cette civilisation mélange quantité et qualité, embonpoint et bonne alimentation. Selon la revue scientifique The Lancet, « l’obésité sévère » a augmenté de presque 30% dans la population jeune des pays les plus développés dans la dernière décennie. Selon une recherche récente du Centre de Sciences de la Santé de l’Université du Colorado, l’obésité a augmenté de 40% parmi les enfants usaméricains dans les seize dernières années. Le pays inventeur des repas et boissons light, des diet food et des aliments fat free, compte le plus grand nombre de personnes grosses du monde. Le consommateur idéal ne gare la voiture que pour travailler et pour regarder la télé, assis devant le petit écran, il passe une moyenne de quatre heures par jour à dévorer des aliments en plastique.    

C’est le triomphe de la poubelle déguisée en nourriture : petit à petit, cette industrie conquiert les palais du monde et casse en mille morceaux les traditions culinaires locales. Dans certains pays la tradition du bien manger vient de loin, compte sur des milliers d’années de raffinement et de diversité, et constitue un héritage collectif qui appartient non seulement aux tables des riches, mais aux fourneaux de tout le monde. Ces traditions, ces signes d’identité culturelle, ces fêtes de la vie, sont en train d’être troublées radicalement par l’imposition du savoir chimique et unique : la mondialisation du hamburger, la dictature du fast food. La plastification des aliments à l’échelle mondiale, œuvre du Mac Do, Burger King et d’autres entreprises, réussit à violer le droit à l’autodétermination en ce qui concerne la gastronomie : un droit sacré, car la bouche est l’une des portes de l’âme.

La Coupe du monde de football de 1998 a confirmé, parmi d’autres choses, que la MasterCard tonifie les muscles, que le Coca-Cola offre la jeunesse éternelle et que le menu MacDo est incontournable pour un bon athlète. L’immense armée de MacDo bombarde de hamburgers les bouches des enfants et des adultes sur toute la planète. La double arche du M a servi d’étendard pendant la récente conquête des pays de l’Est de l’Europe. Les queues devant le MacDo de Moscou, inauguré en fanfare en 1990, ont été le symbole de la victoire de l’Occident avec autant d’éloquence que la chute du Mur de Berlin.   

Crossroads of the World, “Carrefour du monde”, le premier shopping center de Hollywood (Robert V. Derrah, 1935),  6671 Sunset Boulevard, Los Angeles

Signe de ces temps, cette entreprise, qui incarne les vertus du monde libre, nie à ses employés la liberté d’affiliation à tout syndicat. McDonald’s viole ainsi un droit qui est légal dans les nombreux pays où il est présent. En 1997, quelques travailleurs membres de ce que l’entreprise appelle la Macfamille ont essayé de se syndicaliser dans un restaurant de Montréal : le resto a fermé. Cependant, en 1998, les employés du MacDo d’une petite ville près de Vancouver ont réussi cet exploit digne du livre Guinness des records.

Les masses consommatrices reçoivent des ordres dans un langage universel : la publicité a réussi là où l’espéranto avait échoué. N’importe qui, dans n’importe quel lieu au monde, comprend les messages transmis par la télé. Ces 25 dernières années, les frais publicitaires ont été mondialement doublés. Grâce à cela, les enfants pauvres boivent de plus en plus de coca-cola et de moins en moins de lait, et le temps libre devient le temps de la consommation. Temps libre, temps prisonnier : les maisons sans beaucoup de moyens n’ont pas de lit mais elles ont une télé, et la télé a la parole. Ce petit animal acheté à crédit est la preuve de la vocation démocratique du progrès : il n’écoute personne, mais à tous il parle. C’est comme ça qu’aussi bien les riches que les défavorisés apprennent les vertus de la voiture dernier modèle, ainsi que les avantages du taux d’intérêt de telle ou telle banque. 

Les experts savent comment transformer les marchandises en instruments magiques contre la solitude. Les choses possèdent des attributs humains : elles caressent, tiennent compagnie, comprennent, aident, le parfum t’embrasse et la voiture est l’ami qui ne te laisse jamais tomber. La culture de la consommation a fait de la solitude le marché le plus lucratif. On remplit les trous du cœur en les bourrant soit de choses, soit du rêve de les posséder. Et les choses ne font pas qu’embrasser, elles peuvent également devenir le symbole de l’ascension sociale, sauf-conduit pour traverser les douanes de la société de classes, clefs qui ouvrent des portes interdites. Plus les choses sont exclusives et mieux c’est : les choses te choisissent et te sauvent de l’anonymat social. D’habitude, la fonction de la publicité ne consiste pas à donner des renseignements sur le produit, car ce n’est pas le plus important, mais à compenser les frustrations et à nourrir les fantaisies : qui voulez-vous devenir par l’achat de cet after-shave ?

Le criminologiste Anthony Platt a observé que les délits de rue ne sont pas seulement le fruit de la pauvreté extrême, mais aussi de l’éthique individualiste. D’après Platt, l’obsession sociale du succès a une incidence décisive sur l’appropriation illégale d’objets. J’ai toujours entendu dire que l’argent ne fait pas le bonheur.  Cependant, n’importe quel téléspectateur pauvre a des raisons plus que suffisantes pour penser que celui-ci offre quelque chose de tellement proche du bonheur que la différence n’est qu’une affaire de spécialistes.

Selon l’historien Eric Hobsbawm, le XXe siècle a mis fin à sept mille ans de vie humaine fondé sur l’agriculture depuis l’apparition des premières cultures, à la fin du paléolithique. La population mondiale s’urbanise et les paysans deviennent des citadins. En Amérique du Sud on trouve des champs vides et d’énormes fourmilières urbaines : les villes les plus grandes du monde et les plus injustes. Les paysans, expulsés de leurs terres par l’agriculture moderne d’exportation et par l’érosion, envahissent les banlieues. Ils croient que Dieu est partout, mais ils savent d’expérience qu’il se trouve dans les grandes villes. Les villes promettent du travail, de la prospérité et un avenir pour leurs enfants. Ceux qui attendent dans les campagnes regardent la vie passer et meurent en baillant, alors que c’est dans les villes que la vie se passe, et les appelle. Entassés dans des taudis, la première chose que les nouveaux venus apprennent est que le travail manque, qu’il y a trop de bras, que rien n’est gratuit et que les produits de luxe les plus chers sont l’air et le silence.

Frère Giordano da Rivalto prononce à Florence un éloge des villes au début du XIVè siècle. Il dit que les villes grandissent car « les gens aiment se rencontrer ». Se rencontrer, se rassembler. Or, qui rencontre qui ? L’espoir rencontre-t-il la liberté ? Le désir rencontre-t-il le monde ? Et les gens, rencontrent-ils d’autres gens ? Si les relations humaines ont été réduites à des relations entre des choses, combien de personnes rencontrent des choses ?

Le monde entier devient un grand écran télé où nous pouvons regarder les choses, mais jamais y toucher. Les marchandises bon marché envahissent et privatisent les espaces publics. Les gares de bus et de train, qui étaient des espaces de rencontre il n’y a pas si longtemps, deviennent maintenant des espaces d’exhibition commerciale.

Le shopping center ou shopping mall, la vitrine par excellence, impose sa présence écrasante. Les multitudes se rendent en pèlerinage à ce temple principal où se célèbrent les messes de la consommation. La plupart des fidèles contemplent, en extase, les choses que leurs poches ne peuvent pas se permettre, alors que la minorité acheteuse s’expose au bombardement de l’offre incessante et exténuante. La foule qui monte et descend les escaliers mécaniques voyage à travers le monde : les mannequins sont habillés comme à Paris ou Milan, les machines sonnent comme à Chicago et la contemplation et l’écoute restent gratuites. Les touristes venus des villages de l’intérieur ou d’autres villes qui n’ont pas encore mérité ces bénédictions du bonheur moderne, posent pour la photo, au pied des marques internationales les plus connues, de même qu’ils le faisaient auparavant sur la place, aux pieds de la statue du grand homme. Beatriz Solano observe que les habitants des banlieues vont au center, au shopping center, comme avant ils allaient au centre-ville. La promenade traditionnelle des week-ends est remplacée par l’excursion à ces centres urbains. Les visiteurs, coiffés, douchés, aux habits bien repassés et dans leurs plus beaux atours vont à une fête où ils n’ont pas été invités, mais où, au moins, il leur reste permis de regarder. Des familles au complet partent en voyage dans la capsule spatiale qui parcourt l’univers de la consommation, où l’esthétique du marché a dessiné un paysage incroyable de mannequins, de marques et d’étiquettes.   

La culture de la consommation, culture de l’éphémère, condamne tout à l’oubli médiatique. Tout change au rythme vertigineux de la mode, au service du besoin de vendre. En un clin d’œil, les choses vieillissent et sont remplacées par d’autres articles également fugaces. La seule chose qui demeure de nos jours est l’insécurité, car les marchandises, aussi volatiles que le capital qui les finance et que le travail qui les produit, sont fabriquées pour disparaître aussitôt. L’argent vole à la vitesse de la lumière : hier il était là-bas, aujourd’hui il se trouve ici et demain, qui sait où, et pendant ce temps tous les travailleurs sont des chômeurs potentiels. Paradoxalement, les shopping centers, les royaumes de la fugacité, offrent la plus réussie des illusions de sécurité. Ils résistent au temps, sans âge et sans racines, sans jour, ni nuit, ni mémoire, et ils existent hors du temps, au-delà des turbulences de la dangereuse réalité du monde.

Les maîtres du monde utilisent le monde comme s’il était jetable : une marchandise à vie éphémère qui s’épuise comme le font, à peine nées, les images lancées par la mitrailleuse de la télé, les modes et les idoles lancés sans trêve sur le marché par la publicité.  Mais, où ailleurs pouvons-nous déménager ? Tout le monde est-il obligé de croire que, ayant décidé de la privatisation de l’univers lorsqu’il était de mauvaise humeur, Dieu a vendu la planète à quelques entreprises ? La société de la consommation est un attrape-couillon. Ceux qui tiennent les rênes font semblant de l’ignorer, mais tous ceux qui ont des yeux peuvent voir que la plupart des gens consomment peu, très peu ou rien, afin de garantir l’existence du peu de nature qui nous reste encore. L’injustice sociale n’est pas une erreur à corriger, ni un défaut à surmonter : il s’agit d’un besoin essentiel. Nulle nature n’est en mesure de nourrir un shopping center de la taille de la planète. 

07/03/2026

La bombe opaque de Shimshon : arme ultime, tabou suprême
Comment Israël est devenu “la seule démocratie”… nucléaire du Moyen-Orient


Bibi Netanyahou vocifère urbi et orbi depuis 34 ans (1992) que l’Iran est sur le point d’avoir une bombe atomique, « d’ici quelques mois », « d’ici quelques semaines », « d’ici quelques jours ». Pour le moment, personne n’a vu la fameuse bombe iranienne. En revanche, il y a, enterrées dans le désert du Néguev /Naqab, entre 90 et 400 ogives nucléaires israéliennes. C’est le secret de Polichinelle le mieux gardé au monde. Dès 1952, chargé de mission par Ben-Gourion puis Golda Meïr, Shimon Peres, 32 ans avant de recevoir le Prix Nobel de la Paix, a mis en place la fabrication de la bombe, avec l’appui inconditionnel de la France radical-socialiste de la IVème République et l’affaire a suivi un long cours tranquille, en dépit de de Gaulle, Kennedy, Johnson et avec un coup de pouce décisif du bon Docteur K., entendez Heinrich Kissinger, l’âme damnée de Tricky Dicky, alias Richard Nixon Il nous a semblé salutaire de reconstituer les 73 ans de politique d’“Amimut” (ambigüité, opacité en hébreu) au moment où les bombes made in USA pleuvent sur l’Iran et où les détenteurs avérés de bombes nucléaire menacent l’humanité d’un Armageddon. Nous avons donc assemblé une trentaine de documents qui retracent ce sinistre feuilleton. Lisez et indignez-vous !

La bombe opaque de Shimshon
Arme ultime, tabou suprême
Comment Israël est devenu “la seule démocratie”… nucléaire du Moyen-Orient
Une anthologie d’enquêtes et d’analyses 1986-2025
Textes choisis, traduits et édités par Fausto Giudice
Éditions The Glocal Workshop/L’Atelier Glocal
juin 2025/mars 2026
Collection Tezcatlipoca
308 pages
Classification Dewey : 623.455 – 956.94 – 320.9 – 944 – 621.48 -341.67- 327.174 – 355.825 

Table des matières
1. Révélation : les secrets de l’arsenal nucléaire israélien
SUNDAY TIMES - 5 octobre 1986……………………………………………………….5 
2. L’Opération Shimshon : entretien avec le général ER Yitzhak ‘Ya’tza’ Ya’akov
Avner Cohen, 1999………………………………………………………………………..10 
3. Comment la France livra l’arme atomique à Israël
Michael Karpin, 2003……………………………………………………………………..81
4. Stratégie du secret : Le “flou nucléaire” israélien
Joseph Algazy, 2005………………………………………………………………………86 
5. L’armement nucléaire israélien, un tabou
Abdelwahab Biad, 2005………………………………………………………………….90 
6. Israël et la dissuasion nucléaire
Pierre Razoux, 2015……………………………………………………………………..113 
7. La vérité derrière le plan désespéré d’Israël de faire exploser un engin nucléaire pour se sauver en 1967
Avner Cohen, 2017………………………………………………………………………124
 8. Des notes manuscrites secrètes révèlent la genèse du programme nucléaire israélien
Adam Raz, 2019………………………………………………………………………….132 
9. Les secrets nucléaires d’Israël que Peres a partagés avec Kissinger en 1965
Avner Cohen, 2020………………………………………………………………………147
 10. Comment Israël a mis en place un programme nucléaire sous le nez de l’Oncle Sam
Avner Cohen et William Burr, 2021…………………………………………………154 
11. Armes nucléaires israéliennes, 2021
 Hans M. Kristensen & Matt Korda, Bloc-notes nucléaire, 2022…………….179
 12. Israël et la Bombe - L’histoire du nucléaire israélien
Bernard Norlain, 2021…………………………………………………………………..221
 13. Qui a divulgué les secrets atomiques d’Israël, 20 ans avant Vanunu ? Ce que révèlent des documents déclassifiés
Avner Cohen et William Blurr, 2025…………………………………………………231 
14. Bibliographie pour aller plus loin ……………………………………………….…254
 15. Annexe : 3 documents de l’ONU, 1981-1987…………………..………..255



27/02/2026

DEEP NORTH (Norte Profundo): Mni Sóta Makóče (Minnesota), patchwork de resistencias
Acaba de salir nuevo libro del Taller Glocal


Un viaje político, histórico y humano al corazón del norte profundo americano

Cuando se habla de USA, el Medio Oeste suele presentarse como un espacio tranquilo, blanco y consensuado. Deep North desmonta este mito. A partir de Minnesota — Mni Sóta Makóče, «la tierra donde las aguas reflejan el cielo» en lengua dakota—, este libro explora un territorio atravesado por migraciones, violencias coloniales, luchas sociales y resistencias contemporáneas.

Publicado por El Taller Glocal en la colección Erga Omnes, Deep North propone una lectura comprometida y documentada de un Estado que, desde 2025-2026, se ha convertido en uno de los epicentros de la represión migratoria y la contestación social en USA.

Autor@s y traductor@s vari@s
Editado por Fausto Giudice

Deep North (Norte profundo)
Mni Sóta Makóche (Minnesota),
patchwork de resistencias
The Glocal Workshop/El Taller Glocal

Colección erga omnes n°15
Febrero de 2026
154 páginas


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ES https://www.amazon.es/dp/B0GQ54XJRN
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IE https://www.amazon.ie/dp/B0GQ54XJRN

Version française

Lo que encontrará en este libro:

  • La historia de las migraciones de colonización europeas, especialmente escandinavas, y su papel en la formación de una cultura cooperativa y sindical.
  • La colonización, el despojo y las resistencias continuas de los pueblos autóctonos (dakota, ojibwe).
  • Las migraciones forzadas y racializadas: afroamerican@s, hmong de Laos, somalíes, latin@s.
  • El papel del Estado, la policía y el ICE en la producción de una violencia estructural contemporánea.
  • Las resistencias actuales: movilizaciones sindicales, artísticas, autóctonas, comunitarias y políticas.

El libro aborda en particular los acontecimientos desencadenados por la Operación Metro Surge, cuando Minneapolis y Minnesota entraron en resistencia frente a una ola de represión migratoria sin precedentes.

Una obra colectiva y transdisciplinaria

Escrito y traducido por múltiples autores y traductores, Deep North combina periodismo, historia social, análisis político, entrevistas y documentos visuales. Se inscribe en la continuidad de la obra anterior ¿De quoi Minneapolis est-il le nom?, ampliando el enfoque a escala regional e histórica.

¿Por qué leer Deep North?

  • Para comprender una otra América, lejos de los clichés mediáticos.
  • Para captar las continuidades entre colonización, migraciones y represión contemporánea.
  • Para descubrir un auténtico laboratorio social y político del siglo XXI.
  • Para disponer de una herramienta de comprensión crítica de las dinámicas americanas actuales.

Deep North no es una guía turística.

Es una cartografía de los conflictos y las resistencias en uno de los territorios más reveladores de la América de hoy.

¿A quién va dirigido este libro?

  • A lectoras y lectores interesados en los USA contemporáneos.
  • A periodistas, estudiantes, profesorado, militantes.
  • A personas que trabajan sobre migraciones, luchas sociales, historia colonial.
  • A toda persona que busque una lectura comprometida, rigurosa y accesible.

ÍNDICE

INTRODUCCIÓN.. 7

La emigración escandinava y su legado.. 9
‘Los Emigrantes’ de Wilhelm Moberg: una saga moderna sobre la gran migración   23

Los pueblos autóctonos (“Indios”). 39

L@s afroamerican@s. 61
Joseph Godfrey: esclavo, fugitivo y combatiente.. 64

L@s Hmong de Laos
Guerra imperial, exilio forzado y recomposición social (años 1970-hoy)  67
Conversación con la nueva alcaldesa de St. Paul, Kaohly Her  73

L@s migrantes somalíes en Minnesota
Exilio, trabajo, racialización y recomposición social (años 1990-hoy)  95

L@s latin@s en Minnesota
Exilio, trabajo, racialización y recomposición social (años 1990-hoy)  125

El “Deep North”: un concepto difuso, pero real. 143

Conclusión general: Metro Surge, o la reactivación de un viejo saber colectivo   147

Posfacio: Del Deep North al mundo: fronteras, imperios y resistencias   149

Bibliografía en español para ir más lejos. 153

21/02/2026

Twenty years later

Fausto Giudice, February 21, 2026

It was February 21, 2006, the date chosen to launch the Tlaxcala website (then tlaxcala.es). The adventure had begun in September 2005. Manuel Talens, a Spanish writer and doctor living in Valencia, responsible for translations for the rebelion.org website, had conducted a long interview with Gilad Atzmon, the jazz saxophonist and writer, ex-Israeli and anti-Zionist. Having asked Gilad if he knew someone to revise the English version of the interview, he put him in touch with an American activist author living in Italy. Then, at Manuel's request if he knew someone to translate the interview into French, our jazzman put him in touch with me. I was then collaborating with a Muslim website and had been trying for two years to organize translation work for that site. At that time, the Internet was still a compartmentalized world; 99% of sites and blogs published in only one language. English exerted an overwhelming supremacy.


Once contact was established, the three of us began discussing the possibilities and prospects for organizing a transnational network of translators. Each of us contacted the few translators we worked with. We found ourselves with about twenty people. We agreed to write a manifesto to explain our project, which aimed above all to combat the supremacy of the English language on the web while allowing English speakers, generally monolingual, to access texts written in other languages in order to see beyond their blinders. In January 2006, our manifesto was ready. We asked Spanish graphic artists and a developer to design a multilingual website suited to our ambitions.

To the question of when to launch our website, I proposed the date of February 21, to place our network under a triple patronage: that of General Augusto Sandino, Missak Manouchian, and Malcolm X: all three were assassinated on that day, in 1934, 1944, and 1965.

From about twenty at the start, we were a hundred two years later. From 2006 to 2021, about 250 people worked with us, some just passing through, others providing regular work. From six languages, we grew to fifteen, from Esperanto to Chinese, including Tamazight and Serbo-Croatian. In the first fifteen years, we published around 70,000 documents.

Manuel's passing in 2015 dealt a severe blow to Tlaxcala, from which we never recovered. Then in 2021, another catastrophe: our second website (tlaxcala-int) disappeared overnight, and our French hosting provider answered our questions with deafening silence. The suspicion of an act of censorship demanded by the usual suspects could never be confirmed. So we continued our publications on a blog created a few years earlier when hackers had littered our sites with Viagra ads and our developer took a few weeks to clean up.

Where do we stand today?

In 2005-2006, multilingualism was practically non-existent on the web. Twenty years later, the New York Times publishes part of its articles in Chinese, Arabic, Creole, French; El País also publishes in English and Portuguese, and even Le Monde, which translates some of its articles into English. Numerous websites are now multilingual, from Pravda or Russia Today to transnational political groups, whether trotskyist, environmentalist, anarchist, or simply anti-capitalist.

The big change has come in the last two or three years with the explosion of artificial intelligence. From Google Translate, which gradually improved after catastrophic early years, to Deepl, the number 1 of “Deutsche Qualität,” we have moved on to chatgpt, deepseek and other claude. The question is therefore: can we do without humans for translation? My answer is no, no, and no.

1st No: AI still makes mistakes, when it doesn't suffer from hallucinations.

2nd No: AI obviously has no human relationships, neither with authors nor with readers.

3rd No: AI translates but does not interpret. However, translating is, as José Martí said, transpensar, to transthink.

The Tlaxcala network now only exists virtually. But we remain a handful of Mohicans continuing the fight against the walls, hatta el mout, hatta el nasr (until death, until victory).

Below, a magnificent text by our friend Santiago Alba Rico, published on February 21, 2006.

Tlaxcala Against the One or How to Translate a Lamb

Santiago Alba Rico, 21-2-2026

I have always found it strange that you need a piano to play the piano, that kind of wooden dinosaur that you have to pound with both hands; just as I find it strange that no one finds it strange that to translate a text from one language to another, you don’t need cranes and pulleys, ropes and levers, to lift all that weight off the ground. In the languages I know, all of them poorly, “to translate” (tradurre, traduire, traduzir, translate, übersetzen) evokes the very physical operation of relocating a load, of hauling a package, of transporting and lifting and placing a grand piano somewhere else. Also in Arabic, where the verb "tarjama," from which our Spanish "trujimán" or "truchimán" or "dragomán" derive, shares the field with "naqala," literally "to transport," whose central guttural "qaf" materializes the very robust image of a truck full of oranges. I think the members of the Tlaxcala collective won’t feel uncomfortable if I imagine them as sturdy truck drivers or stevedores (women and men) who accept and take pride in the social character of both their means of transport and the explosive material they carry.

The wind that carries the seed and pollinates the barren field over the fence, is the translator of wheat!

The river that carries water, boats and silt from one country to another without drying up at borders, is the translator of life!

The impetuous lip that carries saliva to the lover’s lip, is the translator of fire!

The bricklayer who carries bricks to build a house, is the translator of endeavor!

The stevedore loading bales at the port, the miner pushing the trolley, the maquiladora worker laboriously transforming fabric, are the translators of captive power!

The militant passing a message, the resister transmitting clandestine information, the student distributing an angry newspaper, are the translators of the limit!

The peasant transporting weapons to the planet’s Sierras Maestras, is the translator of his people!

The poet carrying the common names of an unforeseen possibility, is the translator of the future!

But for that very reason, and conversely, Tlaxcala, hive of translators, phalanstery of verbs, is wind, is river, is saliva, is brick, is stevedore, is miner, is maquiladora worker, is peasant, is militant, is poet.



There are three mysteries. First: we speak. Second: we speak different languages. Third: we can translate them. Of the three, the most enigmatic and definitive, the one that best defines us as humans, is the last one. A lion and a butterfly have nothing to say to each other, a zebra and a lamb may collide, but they cannot exchange places. What distinguishes men from animals is that only men can translate and be translated. Only that which does not admit translation is a species, only that which cannot be translated is a race and that is why a zebra is a prison. If something cannot be translated, it is not free. Racism, xenophobia, sexism, imperialism, capitalism, fiercely oppose all translation, they want to exhaust the world in its watertight species, they treat men like single-version zebras, like untranslatable lambs. To translate is to leave the zebra; that is, to leave prison. Translating a lamb is turning it – pouring it – into a man.

The opposite of translating is reducing: reducing a prisoner, reducing a revolt, reducing a village to ashes, reducing a house to rubble, reducing a people to misery. That is the vocation of the Empire. Monsanto wants to bridle pollens and wind; Lyonnaise des Eaux wants to can rivers; Repsol wants to coagulate salivas; fire, trolleys, fabrics, fields speak a single language, an idiolect, and there is no other to move them to. The story of Babel is pure propaganda: so that men together would not build that threatening tower for heaven, God later had to create an empire that would prevent translation and generalize a contentious common language. You need at least two languages to understand each other and a thousand to agree. To divide men, God imposed a single language on them and locked them in it. The Pentagon and NATO take care of reducing houses and bodies; El País, CNN and The New York Times, among others, take care of reducing minds. The Empire cannot be translated: it is one, total and intransitive.

   The figure of the translator has always been marked by a kind of original failure: he was the cobbler patching up the ravages of Babel, the half-light lamp that barely managed, as in the beautiful Cervantine metaphor, to show the reverse of the tapestry, the traduttore traditore resigned to transferring maimed meanings, approximations, gropings, and to receiving the contempt with which forgetful messengers are dismissed. Tlaxcala, cooperative for the transport of voices, mobile fleet of common words, starts from the opposite and much more accurate principle: that danger and failure is monolingualism; that it is the One that prevents unity; that only an alliance of differences can triumph over the Whole. Tlaxcala was born to rejoice in the hubbub of Babel and to dispatch its trucks, with weapons and with oranges, in all directions. Tlaxcala was born to affirm the social character of language and the linguistic character of emancipation. Tlaxcala was born to combat imperial English and also to save English, reduced – untranslatable – to a summary, imperative, dry, sharp, spherical and deceitful language, a species and not a language (and not zebra but hyena), a prison and not a river, an absolute idiolect that can only be rehabilitated and liberated, like its own speakers, by letting translations from other languages enter its bosom.

Pulleys and cranes, ropes and levers, I am moved and I personally thank (as a basic oligoglot) the muscularly social work of translators (those from Rebelión and those from Tlaxcala), without which we would continue to be zebras or hyenas in the zoo of CNN and El País. Tlaxcala wants to be the School of Translators of Toledo of anti-imperialism, the army of interpreters that builds, brick by brick, the noisy tower against the silencing One, the linguistic arm of the revolution that will liberate the wind, the rivers, the saliva, the trolleys and men. The world is a translation and all its parts are original. Let the One beware, Tlaxcala has begun to translate the Union.

Veinte años después

Fausto Giudice, 21 de febrero de 2026

Era el 21 de febrero de 2006, fecha elegida para lanzar el sitio web Tlaxcala (en aquel entonces tlaxcala.es). La aventura había comenzado en septiembre de 2005. Manuel Talens, escritor y médico español residente en Valencia, responsable de traducciones para el sitio web rebelion.org, había realizado una larga entrevista a Gilad Atzmon, el saxofonista de jazz y escritor exisraelí y antisionista. Habiendo preguntado a Gilad si conocía a alguien para revisar la versión inglesa de la entrevista, éste lo puso en contacto con una autora y activista usamericana que vivía en Italia. Luego, a petición de Manuel de si conocía a alguien para traducir la entrevista al francés, nuestro jazzman lo puso en contacto conmigo. Yo colaboraba entonces con un sitio web musulmán y llevaba dos años intentando organizar el trabajo de traducción para ese sitio. En aquella época, Internet era aún un mundo compartimentado, el 99% de los sitios y blogs publicaban en una sola lengua. El inglés ejercía una supremacía aplastante.


Una vez establecido el contacto, los tres empezamos a discutir las posibilidades y perspectivas de organización de una red transnacional de traductores. Cada uno de nosotros contactó á los pocos traductores con los que trabajábamos. Nos encontramos con una veintena. Acordamos redactar un manifiesto para explicar nuestro proyecto, cuyo objetivo principal era combatir la supremacía de la lengua inglesa en la red, permitiendo al mismo tiempo a los angloparlantes, generalmente monolingües, acceder a textos escritos en otros idiomas para ver más allá de sus anteojeras. En enero de 2006, nuestro manifiesto estaba listo. Pedimos a artistas gráficos y a un desarrollador españoles que diseñaran un sitio web multilingüe adaptado a nuestras ambiciones.

Ante la pregunta de cuándo lanzar nuestro sitio web, propuse la fecha del 21 de febrero, para poner nuestra red bajo un triple patrocinio: el del general Augusto Sandino, el de Missak Manouchian y el de Malcolm X: los tres habían sido asesinados ese mismo día, en 1934, 1944 y 1965.

De una veintena al principio, dos años después éramos un centenar. De 2006 a 2021, unas 250 personas trabajaron con nosotros, algunas solo de paso, otras aportando un trabajo regular. De seis idiomas pasamos a quince, desde el esperanto al chino, pasando por el tamazight y el serbocroata. En los primeros quince años, publicamos unos 70 000 documentos.

La desaparición de Manuel en 2015 asestó un duro golpe a Tlaxcala, del que nunca nos recuperamos. Luego, en 2021, otra catástrofe: nuestro segundo sitio web (tlaxcala-int) desapareció de la noche a la mañana y nuestro proveedor de alojamiento francés respondió a nuestras preguntas con un silencio ensordecedor. La sospecha de un acto de censura exigido por los sospechosos habituales nunca pudo confirmarse. Así que continuamos nuestras publicaciones en un blog creado unos años antes, cuando unos hackers habían llenado nuestros sitios de anuncios de Viagra y nuestro desarrollador tardó unas semanas en limpiarlos.

¿Dónde nos encontramos hoy?

En 2005-2006, el multilingüismo era prácticamente inexistente en la red. Veinte años después, el New York Times publica parte de sus artículos en chino, árabe, criollo, francés; El País publica también en inglés y portugués, y hasta Le Monde, que traduce algunos de sus artículos al inglés. Numerosos sitios web son ahora multilingües, desde Pravda o Russia Today hasta grupos políticos transnacionales, ya sean trotskistas, ecologistas, anarquistas o simplemente anticapitalistas.

El gran cambio se ha producido en estos dos o tres últimos años con la explosión de la inteligencia artificial. De Google translate, que fue mejorando progresivamente tras unos primeros años catastróficos, a Deepl, el número 1 de la “Deutsche Qualität”, hemos pasado a chatgpt, deepseek y otros claude. La pregunta es, por tanto: ¿podemos prescindir del ser humano para traducir? Mi respuesta es no, no y no.

1° No: la IA sigue cometiendo errores, cuando no sufre alucinaciones.

2º No: la IA obviamente no tiene relaciones humanas, ni con los autores ni con los lectores.

3° No: la IA traduce pero no interpreta. Ahora bien, traducir es, como decía José Martí, transpensar.

La red Tlaxcala ya solo existe virtualmente. Pero seguimos siendo un puñado de mohicanos continuando la lucha contra los muros, hatta el mout, hatta el nasr (hasta la muerte, hasta la victoria).

A continuación, un magnífico texto de nuestro amigo Santiago Alba Rico, publicado el 21 de febrero de 2006.

Tlacala contra el Uno o cómo traducir un cordero

Santiago Alba Rico, 21-2-2006

   Siempre me ha parecido extraño que para tocar el piano se necesite un piano, esa especie de dinosaurio de madera que hay que aporrear con las dos manos; como me parece extraño que a nadie le parezca extraño que para traducir un texto de una lengua a otra no se necesiten grúas y poleas, cuerdas y palancas, con las que levantar del suelo todo ese peso. En las lenguas que conozco, todas mal, “traducir” (tradurre, traduire, traduzir, translate, übersetzen) evoca la operación muy física de recolocar una carga, de acarrear un paquete, de transportar y alzar y apoyar en otro sitio un gran piano. También en árabe, donde el verbo “tarjama”, del que se derivan nuestro castellano “trujimán” o “truchimán” o “dragomán”, comparte el campo con “naqala”, literalmente “transportar”, cuya gutural “qaf” central materializa la imagen muy robusta de un camión lleno de naranjas. Creo que los miembros del colectivo Tlaxcala no se sentirán incómodos si me los imagino como fornidos camioneros o mozos de carga (ellas y ellos) que aceptan y se enorgullecen del carácter social tanto de su medio de transporte como del material explosivo que transportan.

El viento que traslada la semilla y poliniza el campo estéril por encima de la valla, ¡es el traductor del trigo!

   El río que traslada agua, barcos y limo de un país a otro sin secarse en las fronteras, ¡es el traductor de la vida!

   El labio impetuoso que traslada saliva al labio del amante, ¡es el traductor del fuego!

   El albañil que traslada ladrillos para construir una casa, ¡es el traductor del empeño!

   El estibador que carga fardos en el puerto, el minero que empuja la vagoneta, la maquiladora que transforma trabajosamente el tejido, ¡son los traductores de la potencia cautiva!

   El militante que pasa un mensaje, el resistente que transmite una información clandestina, el estudiante que reparte un periódico colérico, ¡son los traductores del límite!

   El campesino que transporta armas a las Sierras Maestras del planeta, ¡es el traductor de su pueblo!

   El poeta que traslada los nombres comunes de una posibilidad no entrevista, ¡es el traductor del futuro!

   Pero por eso mismo, y al revés, Tlaxcala, colmena de traductores, falansterio de verbos, es viento, es río, es saliva, es ladrillo, es estibador de puerto, es minero, es maquiladora, es campesino, es militante, es poeta. 

Son tres los misterios. El primero: hablamos. El segundo: hablamos lenguas diferentes. El tercero: podemos traducirlas. De los tres, el más enigmático y definitivo, el que mejor nos define como humanos, es el último. Un león y una mariposa no tienen nada que decirse, una cebra y un cordero pueden chocar, pero no cambiarse de sitio. Lo que distingue a los hombres de los animales es que sólo los hombres pueden traducir y traducirse. Sólo lo que no admite traducción es una especie, sólo lo que no se puede traducir es una raza y por eso una cebra es una cárcel. Si algo no se puede traducir es que no es libre. El racismo, la xenofobia, el machismo, el imperialismo, el capitalismo, se oponen encarnizadamente a toda traducción, quieren agotar el mundo en sus especies estancas, tratan a los hombres como a cebras de una sola versión, como a corderos intraducibles. Traducir es salir de la cebra; es decir, salir de la cárcel. Traducir un cordero es convertirlo –verterlo- en un hombre.

   Lo contrario de traducir es reducir: reducir a un prisionero, reducir una revuelta, reducir a cenizas un poblado, reducir a escombros una casa, reducir un pueblo a la miseria. Esa es la vocación del Imperio. Monsanto quiere embridar los pólenes y el viento; Lyonnaise des Eaux quiere enlatar los ríos; Repsol quiere coagular las salivas; el fuego, las vagonetas, los tejidos, los campos hablan una sola lengua, un idiolecto, y no hay ninguna otra a la que trasladarlos. El relato de Babel es pura propaganda: para que los hombres juntos no construyesen esa torre amenazante para el cielo, Dios tuvo que crear luego un imperio que impidiese la traducción y generalizase un cizañero idioma común. Hacen falta al menos dos lenguas para entenderse y mil para ponerse de acuerdo. Para dividir a los hombres Dios les impuso una sola lengua y los encerró en ella. El Pentágono y la OTAN se ocupan de reducir las casas y los cuerpos; El País, la CNN y The New York Times, entre otros, se encargan de reducir las mentes. El Imperio no se puede traducir: es uno, total e intransitivo.

   La figura del traductor ha estado siempre marcada por una especie de fracaso original: era el zapatero remendón que parcheaba los estragos de babel, la lámpara a media luz que apenas si lograba, como en la hermosa metáfora cervantina, mostrar el revés del tapiz, el traduttore traditore resignado a trasladar sentidos mancos, aproximaciones, tanteos, y a recibir el desprecio con que se despacha a los mensajeros desmemoriados. Tlaxcala, cooperativa del transporte de voces, parque móvil de las palabras comunes, parte del principio contrario y mucho más exacto: el de que el peligro y el fracaso es el monolingüismo; el de que es el Uno el que impide la unidad; el de que sólo una alianza de las diferencias puede triunfar sobre el Todo. Tlaxcala nace para regocijarse en el barullo de Babel y para expedir sus camiones, con armas y con naranjas, en todas direcciones. Tlaxcala nace para afirmar el carácter social del lenguaje y el carácter lingüístico de la emancipación. Tlaxcala nace para combatir el inglés imperial y también para salvar el inglés, reducido –intraducible- a una lengua sumaria, imperativa, enjuta, acerada, esférica y tramposa, una especie y no una lengua (y no cebra sino hiena), una cárcel y no un río, un idiolecto absoluto que sólo puede ser rehabilitado y liberado, como sus propios hablantes, dejando entrar en su seno las traducciones de otras lenguas.

   Poleas y grúas, sogas y palancas, me emociona y agradezco personalmente (oligóglota de a pie) el trabajo musculosamente social de los traductores (los de Rebelión y los de Tlaxcala), sin el cual seguiríamos siendo cebras o hienas en el zoológico de la CNN y El País. Tlaxcala quiere ser la Escuela de Traductores de Toledo del anti-imperialismo, el ejército de trujimanes que levante, ladrillo a ladrillo, la torre bulliciosa contra el Uno enmudecedor, el brazo lingüístico de la revolución que liberará el viento, los ríos, la saliva, las vagonetas y los hombres. El mundo es una traducción y todas sus partes son originales. Que tenga cuidado el Uno que Tlaxcala ha empezado a traducir la Unión. 

Vingt ans après

Fausto Giudice, 21 février 2026

On était le 21 février 2006, date choisie pour lancer le site ouèbe Tlaxcala (à l’époque tlaxcala.es). L’aventure avait commencé en septembre 2005. Manuel Talens, écrivain et médecin espagnol vivant à Valence, responsable des traductions pour le site ouèbe rebelion.org, avait réalisé une longue interview de Gilad Atzmon, le saxophoniste de jazz et écrivain ex-israélien et antisioniste.  Ayant demandé à Gilad s’il connaissait quelqu’un pour réviser la version anglaise de l’entretien, celui-ci l’avait mis en contact avec une auteure militante américaine vivant en Italie. Puis, à la demande de Manuel s’il connaissait quelqu’un pour traduire l’entretien en français, notre jazzman l’avait mis en contact avec moi. Je collaborais alors à un site ouèbe musulman et j’essayais depuis deux ans d’organiser le travail de traduction pour ce site. À l’époque Internet était encore un monde cloisonné, 99% des sites et blogs ne publiant qu’en une seule langue. L’anglais exerçait une suprématie écrasante.

Une fois le contact établi, nous avons tous les trois commencé à discuter des possibilités et perspectives d’organisation d’un réseau transnational de traducteurs. Chacun de nous a contacté les quelques traducteurs avec lesquels nous travaillions. Nous nous sommes retrouvés à une vingtaine. Nous avons convenu d’écrire un manifeste pour expliquer notre projet, qui visait avant  tout à combattre la suprématie de la langue anglaise sur la toile tout en permettant aux anglophones, généralement monolingues, d’accéder à des textes écrits dans d’autres langues afin de voir au-delà de leurs œillères. En janvier 2006, notre manifeste était prêt. Nous avons demandé à des artistes graphiques et à un développeur espagnols de concevoir un site ouèbe multilingue adapté à nos ambitions.

À la question de savoir quand lancer notre site ouèbe, j’ai proposé la date du 21 février, pour mettre notre réseau sous un triple patronage : celui du général Augusto Sandino, de Missak Manouchian et de Malcolm X : tous trois avaient été assassinés ce jour-là, en 1934, 1944 et 1965.

D’une vingtaine au départ, nous étions une centaine deux ans plus tard. De 2006 à 2021, environ 250 personnes ont travaillé avec nous, certaines ne faisant que passer, d’autres fournissant un travail régulier. De six langues, nous sommes passés à quinze, de l’espéranto au chinois en passant par le tamazight et le serbo-croate. Dans les quinze premières années, nous avons publié environ 70 000 documents.

La disparition de Manuel en 2015 a porté un coup dur à Tlaxcala, dont nous ne nous sommes jamais relevés. Puis en 2021, autre catastrophe : notre deuxième site ouèbe (tlaxcala-int) a disparu du jour au lendemain et notre fournisseur d’hébergement français a répondu à nos questions par un silence assourdissant. Le soupçon d’un acte de censure exigé par les habituels suspects n’a jamais pu être confirmé. Nous avons donc continué nos publications sur un blog créé quelques années plus tôt lorsque des hackers avaient truffé nos site de publicités pour Viagra et que notre développeur avait mis quelques semaines à nettoyer.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

En 2005-2006, le multilinguisme était pratiquement inexistant sur la toile. Vingt ans plus tard, le New York Times publie une partie de ses articles en chinois, en arabe, en créole, en français, El País publie aussi en anglais et en portugais, et jusqu’au Monde, qui traduit certains de ses articles en anglais. De nombreux sites ouèbe sont désormais multilingues, de la Pravda ou Russia Today aux groupes politiques transnationaux, qu’ils soient trotskystes, écologistes, anarchistes ou simplement anticapitalistes.

Le grand changement est intervenu ces deux ou trois dernières années avec l’explosion de l’intelligence artificielle. De Google translate, qui s’est progressivement amélioré après des premières années catastrophiques, à Deepl, le n° 1 de la Deutsche Qualität, on est passé à chatgpt, deepseek et autres claude. La question est donc : peut-on se passer de l’humain pour traduire ? Ma réponse est non, non et non.

1er Non : l’IA fait toujours des erreurs, quand elle ne souffre pas d’hallucinations.

2ème  Non : l’IA n’a évidemment pas de rapports humains, ni avec les auteurs, ni avec les lecteurs.

3ème Non : l’IA traduit mais n’interprète pas. Or traduire, c’est comme disait José Marti, transpensar, transpenser.

Le réseau Tlaxcala n’existe aujourd’hui plus que virtuellement. Mais nous restons une poignée de Mohicans à continuer le combat contre les murailles, hatta el mout, hatta el nasr (jusqu’à la mort, jusqu’à la victoire).

Ci-dessous un magnifique texte de notre ami Santiago Alba Rico, publié le 21 février 2006

Tlaxcala contre l’Un ou comment traduire un agneau

Santiago Alba Rico, 21-2-2006

J’ai toujours trouvé étrange qu’il faille un piano pour jouer du piano, cette espèce de dinosaure en bois qu’il faut marteler à deux mains ; comme je trouve étrange que personne ne trouve étrange que pour traduire un texte d’une langue à l’autre, on n’ait pas besoin de grues et de poulies, de cordes et de leviers, pour soulever tout ce poids du sol. Dans les langues que je connais, toutes mal, « traducir » (tradurre, traduire, traduzir, translate, übersetzen) évoque l’opération très physique de déplacer une charge, de transporter un paquet, de transporter, soulever et poser ailleurs un grand piano. En arabe aussi, où le verbe "tarjama", dont dérivent nos espagnols "trujimán" ou "truchimán" ou "dragomán", partage le champ avec "naqala", littéralement "transporter", dont la gutturale centrale "qaf" matérialise l’image très robuste d’un camion plein d’oranges. Je pense que les membres du collectif Tlaxcala ne se sentiront pas mal à l’aise si je les imagine comme de solides camionneurs ou des hommes et des femmes de charge qui acceptent et s’enorgueillissent du caractère social tant de leur moyen de transport que du matériel explosif qu’ils transportent.

Le vent qui transporte la semence et pollinise le champ stérile par-dessus la clôture, c’est le traducteur du blé !

Le fleuve qui transporte l’eau, les bateaux et le limon d’un pays à l’autre sans se tarir aux frontières, c’est le traducteur de la vie !

La lèvre impétueuse qui transporte la salive vers la lèvre de l’amant, c’est le traducteur du feu !

Le maçon qui transporte des briques pour construire une maison, c’est le traducteur de l’effort !

Le docker qui charge des ballots dans le port, le mineur qui pousse le wagonnet, l’ouvrière de maquiladora qui transforme laborieusement le tissu, ce sont les traducteurs de la puissance captive !

Le militant qui transmet un message, le résistant qui transmet une information clandestine, l’étudiant qui distribue un journal colérique, ce sont les traducteurs de la limite !

Le paysan qui transporte des armes vers les Sierras Maestras de la planète, c’est le traducteur de son peuple !

Le poète qui transporte les noms communs d’une possibilité non entrevue, c’est le traducteur du futur !

Mais pour cette raison même, et inversement, Tlaxcala, ruche de traducteurs, phalanstère de verbes, est vent, est fleuve, est salive, est brique, est docker, est mineur, est maquiladora, est paysan, est militant, est poète.


Trois mystères existent. Le premier : nous parlons. Le deuxième : nous parlons des langues différentes. Le troisième : nous pouvons les traduire. Des trois, le plus énigmatique et définitif, celui qui nous définit le mieux en tant qu’humains, est le dernier. Un lion et un papillon n’ont rien à se dire, un zèbre et un agneau peuvent se heurter, mais pas échanger leurs places. Ce qui distingue les hommes des animaux, c’est que seuls les hommes peuvent traduire et se traduire. Seul ce qui n’admet pas de traduction est une espèce, seul ce qui ne peut pas se traduire est une race et c’est pourquoi un zèbre est une prison. Si quelque chose ne peut pas se traduire, c’est qu’il n’est pas libre. Le racisme, la xénophobie, le machisme, l’impérialisme, le capitalisme, s’opposent farouchement à toute traduction, veulent épuiser le monde en ses espèces étanches, traitent les hommes comme des zèbres à version unique, comme des agneaux intraduisibles. Traduire, c’est sortir du zèbre ; c’est-à-dire, sortir de la prison. Traduire un agneau, c’est le convertir – le verser – en un homme.

Le contraire de traduire, c’est réduire : réduire un prisonnier, réduire une révolte, réduire en cendres un village, réduire en décombres une maison, réduire un peuple à la misère. Telle est la vocation de l’Empire. Monsanto veut brider les pollens et le vent ; la Lyonnaise des Eaux veut mettre les fleuves en boîte ; Repsol veut coaguler les salives ; le feu, les wagonnets, les tissus, les champs parlent une seule langue, un idiolecte, et il n’y en a pas d’autre où les transporter. Le récit de Babel est de la pure propagande : pour que les hommes ensemble ne construisent pas cette tour menaçante pour le ciel, Dieu a dû ensuite créer un empire qui empêche la traduction et généralise un langage commun semeur de discorde. Il faut au moins deux langues pour s’entendre et mille pour se mettre d’accord. Pour diviser les hommes, Dieu leur imposa une seule langue et les enferma en elle. Le Pentagone et l’OTAN se chargent de réduire les maisons et les corps ; El País, CNN et The New York Times, entre autres, se chargent de réduire les esprits. L’Empire ne peut pas se traduire : il est un, total et intransitif.

La figure du traducteur a toujours été marquée par une sorte d’échec originel : c’était le savetier rapiéceur qui colmatait les ravages de Babel, la lampe à demi-éclairage qui parvenait à peine, comme dans la belle métaphore de Cervantés, à montrer l’envers de la tapisserie, le traduttore traditore résigné à transmettre des sens estropiés, des approximations, des tâtonnements, et à recevoir le mépris dont on accable les messagers oublieux. Tlaxcala, coopérative de transport de voix, parc mobile des mots communs, part du principe contraire et bien plus exact : celui que le danger et l’échec, c’est le monolinguisme ; que c’est l’Un qui empêche l’unité ; que seule une alliance des différences peut triompher du Tout. Tlaxcala naît pour se réjouir du chahut de Babel et pour expédier ses camions, avec des armes et avec des oranges, dans toutes les directions. Tlaxcala naît pour affirmer le caractère social du langage et le caractère linguistique de l’émancipation. Tlaxcala naît pour combattre l’anglais impérial et aussi pour sauver l’anglais, réduit – intraduisible – à une langue sommaire, impérative, sèche, acérée, sphérique et trompeuse, une espèce et non une langue (et non pas zèbre mais hyène), une prison et non un fleuve, un idiolecte absolu qui ne peut être réhabilité et libéré, comme ses propres locuteurs, qu’en laissant entrer en son sein les traductions d’autres langues.

Poulies et grues, cordes et leviers, je suis ému et je remercie personnellement (en tant que fantassin oligoglotte) le travail musculairement social des traducteurs (ceux de Rebelión et ceux de Tlaxcala), sans lequel nous continuerions d’être des zèbres ou des hyènes dans le zoo de CNN et d’El País. Tlaxcala veut être l’École de Traducteurs de Tolède de l’anti-impérialisme, l’armée de truchements qui élève, brique après brique, la tour bruyante contre l’Un qui réduit au silence, le bras linguistique de la révolution qui libérera le vent, les fleuves, la salive, les wagonnets et les hommes. Le monde est une traduction et toutes ses parties sont originales. Que l’Un prenne garde, Tlaxcala a commencé à traduire l’Union.