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04/05/2024

PAOLO VERNAGLIONE BERARDI
Israël a détruit le judaïsme

Un court texte de Paolo Vernaglione Berardi explique pourquoi l’alliance entre le sionisme d’État et le fascisme renaissant est en train de détruire l’héritage de la culture juive.

Paolo Vernaglione Berardi, il disertore, 4/5/2024

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

L’auteur est un philosophe et historien italien, auteur, entre autres, de Il sovrano l’altro, la storia; Dopo l’umanesimo. Sfera pubblica e natura umana; Filosofia del comune; Michel Foucault: genealogie del presente; Scritti su Walter Benjamin. Il a fondé en 2016  le laboratoire d’archéologie philosophique, reprenant l’expression par laquelle Giorgio Agamben a désigné le vaste champ de recherche autour des dispositifs de connaissance et des seuils économico-théologiques de l’histoire occidentale. Ce laboratoire nomade réalise des rencontres, des séminaires, des écrits et des textes sur le chemin ouvert par Michel Foucault avec L’archéologie du savoir et parcouru par Enzo Melandri (1926-1993), l’un des grands philosophes oubliés de la seconde moitié du XXe siècle. FB

La propagande occidentale opiniâtre et totalitaire pour la défense d’Israël ne parvient pas à dissimuler le saut dans l’inconnu du gouvernement de Netanyahou, accusé de crimes de guerre, qui, en 7 mois, a détruit la raison historique, discutable mais vraie, de l’identité juive constituée en État-nation.

La guerre génocidaire menée par Israël à Gaza a produit la rupture entre le judaïsme et l’État juif sanctionné en 1917 par la déclaration Balfour. La conséquence tragique de cette rupture est qu’Israël n’a plus rien à voir avec le judaïsme et la culture historico-politique millénaire de l’exode qui, dans la modernité, constituait une alternative à la souveraineté de l’État.

Plus dramatique encore, la fin de la revendication de liberté d’un peuple dispersé en exil permanent, qui a pratiqué pendant des siècles le conflit contre “les chefs des nations”, a engendré en quelques années la fin de la culture messianique qui a nourri une pensée anarchiste et une théorie politique séculaire de lutte contre le Léviathan.


Dès le début de la Torah, c’est en effet l’histoire d’une population qui reçoit sa constitution avant de « devenir une nation ». Dès l’origine, il s’agit de s’affranchir du sens univoque de la loi dans la pluralité des significations. Les tribus, pas l’État. La maison dans le désert, et non le temple fermé. La loi orale, la Mishna, et non la loi positive ; le Talmud, et non les rituels du sang, du feu et de l’expiation. Le silence et la retraite. Le judaïsme est cette forme de vie.

Le sionisme, qui se composait de différentes tendances et qui, dans l’idée originale de Herzl, était le résultat de la libération de Sion, avait pour but une constitution politique qui n’aboutissait pas à l’État-nation, mais à une terre sur laquelle une population pouvait habiter. Mais à partir du moment où le sionisme est devenu une catégorie politique violemment agitée par la droite, représentée au fil des ans au sein des communautés juives, la confusion entre antisionisme et antisémitisme est devenue un prétexte à la réaction armée d’Israël et à la répression des manifestations dans le monde.

Accuser d’antisémitisme toute protestation, toute prise de position contre la guerre et les massacres témoigne de la distance abyssale qui sépare Israël du judaïsme prophétique de la promesse. En effet, ce que la religion d’Abraham désignait comme la primauté du choix était la justification de la constitution tribale d’un peuple luttant contre les empires et les formes politiques de domination. Mais à partir du moment où la politique israélienne a coïncidé avec l’État, l’héritage de la vie communautaire a disparu.

Les racines juives de la modernité ne font plus partie de la tradition d’ouverture (les portes ouvertes de Pessah) dans laquelle, cependant, la coexistence nécessaire avec le peuple palestinien se poursuit, comme en témoignent la littérature et le cinéma [israéliens, NdT] les plus conscients, en exil volontaire depuis des années.

L’histoire des kibboutzim est révélatrice de ce mouvement. Les pionniers anarcho-socialistes de la première immigration, racontés par Gershom Scholem et Gustav Landauer, après avoir formé des associations privées, ont abandonné la vie collective et ont commencé à défendre par tous les moyens les colonies et les terres qui leur avaient été vendues par de riches Arabes. Martin Buber a écrit sur cette mutation, et de ce mouvement émerge la distance entre les revendications libertaires que des générations de révolutionnaires ont recueillies et pratiquées, et qu’aujourd’hui peut-être une minorité cultive en privé, et l’état de guerre permanent entre  Cisjordanie et Gaza.

Dans l’accusation d’antisémitisme se trouve la nouvelle forme de fascisme en vigueur en Occident. Justifier par cette accusation émanant de « démocrates » la « défense d’Israël » après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre est un signe flagrant qu’il n’y a plus rien de juif dans les démocraties occidentales et que même la racine juive des lumières libérales a été coupée.

Comme Hannah Arendt, nous n’aimons pas un peuple, mais nous continuons à aimer nos ami·es.*

*NdT

Extrait de la réponse d’Hannah Arendt à la critique que Gershom Scholem lui avait adressé à propos de son livre “Eichmann à Jérusalem”, qui lui reprochait son absence d’amour du peuple juif (« Ahabath Israel »)

« Vous avez parfaitement raison : je ne suis pas animée par un tel « amour », et cela pour deux raisons.

De ma vie, je n’ai jamais « aimé » aucun peuple, ni aucune collectivité, ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni quoi que ce soit de semblable. Je reconnais que je n’aime en effet que mes amis ; et que la seule sorte d’amour que je connaisse et en laquelle je crois est l’amour pour des personnes. De plus, cet « amour des Juifs » m’apparaîtrait, à moi qui suis juive, comme assez suspect. Je ne peux m’aimer moi-même ou aimer quoi que ce soit dont je sache qu’il fait partie de moi. Pour clarifier ce que j’entends par là, j’évoquerai une conversation que j’ai eue en Israël avec une personnalité politique de premier plan qui défendait l’absence de séparation entre la religion et l’État en Israël, une situation qui me paraît désastreuse. Je ne me souviens plus des mots exacts qu’elle employa, mais [elle] dit quelque chose comme :

« Vous comprendrez bien que, en tant que socialiste, je ne crois bien sûr pas en Dieu ; je crois au peuple juif. »

Je fus particulièrement choquée par cette affirmation, ce qui m’empêcha d’y répondre sur le moment. Mais j’aurais pu lui répondre ceci : la grandeur de ce peuple a été autrefois de croire en Dieu, et de croire en Lui de telle manière que sa confiance et son amour pour Lui étaient plus grands que sa peur. Et maintenant ce peuple ne croit plus qu’en lui-même ? Mais qu’est-ce qui pourrait bien sortir de bon de cela ? Eh bien, je n’« aime » pas les Juifs en ce sens-là, et je ne « crois » pas non plus en eux ; je suis l’une des leurs, voilà tout, cela relève de l’évidence, et ne peut prêter à discussion. »

(in Hannah Arendt, film de Margarethe von Trotta, 2012)

 

03/05/2024

FRANCO ‘BIFO’ BERARDI
La fin d’Israël
Lire Amos Oz en temps de génocide

Lisons Amos Oz pour comprendre le monstrueux paradoxe d’Israël, l’État-nation par lequel les Euro-USAméricains ont mis les Juifs en danger de mort.

 Franco “Bifo” Berardi, il disertore, 4/4/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Plus les jours passent, plus Israël avance dans sa campagne d’extermination, plus il s’isole du reste du monde, plus je comprends que le pogrom du 7 octobre*, bien qu’étant, comme un pogrom ne peut que l’être, une action atroce moralement inacceptable, a été un acte politique capable de changer la direction du processus historique. La conséquence immédiate de cet acte a été le déclenchement d’un véritable génocide contre la population de Gaza, mais le génocide se poursuivait de manière rampante depuis 75 ans, dans les territoires occupés, au Liban, en Syrie.

Mais à moyen terme, je crois que l’État colonialiste d’Israël, de plus en plus ouvertement nazi dans son fonctionnement, ne survivra pas longtemps.

Lorsque le contexte est profondément immoral, l’action ne peut être éthiquement acceptable pour être efficace. C’est l’horreur de l’histoire, à laquelle nous ne pouvons échapper qu’en désertant l’histoire.

L’occupation de la terre palestinienne par un avant-poste de l’impérialisme occidental appelé Israël est une condition d’immoralité absolue. Dans ce contexte, aucune action efficace n’est possible si ce n’est immorale.

Je pense que nous nous rendrons bientôt compte qu’Israël n’a rien à voir avec l’histoire du monde juif, qu’il en est même la négation. C’est pourquoi le spectacle génocidaire provoqué par le pogrom du 7 octobre a enclenché une dynamique destinée à faire s’écrouler l’État colonialiste.

La majorité des citoyens de cet État soutient le génocide, cent mille colons ont été armés par l’État colonial pour continuer à étendre l’occupation et l’extermination dans les territoires, et Israël jouit d’une supériorité techno-militaire incontestable.

Néanmoins, la dynamique qui se développe actuellement crée une condition de guerre totale que l’État israélien ne pourra pas soutenir longtemps.

Pour expliquer ce que je veux dire, je cède la parole à celui qui est probablement l’un des plus grands écrivains juifs du XXe siècle, Amos Oz, qui explique d’abord quelle contribution la culture juive a apportée au monde.

« Mon oncle était un Européen conscient à une époque où personne en Europe ne se sentait européen, à part les membres de ma famille et d’autres Juifs comme eux. Tous les autres étaient des patriotes panslaves, pangermaniques ou simplement lituaniens, bulgares, irlandais ou slovaques. Dans les années 1920 et 1930, les seuls Européens étaient les Juifs. Mon père avait l’habitude de dire : en Tchécoslovaquie, il y a trois nationalités, les Tchèques, les Slovaques et les Tchécoslovaques, c’est-à-dire les Juifs. En Yougoslavie, il y a les Serbes, les Croates, les Slovènes et les Monténégrins, mais une poignée de Yougoslaves y vivent aussi, et même avec Staline, il y a les Russes, les Ukrainiens, les Ouzbeks, les Tchétchènes et les Cathares, mais parmi eux, vivent aussi nos frères, membres du peuple soviétique... Aujourd’hui, l’Europe est complètement différente, elle est pleine d’Européens, d’un mur à l’autre. D’ailleurs, l’écriture sur les murs a également changé du tout au tout : lorsque mon père était enfant à Vilna [Vilno/Vilnius], il était écrit sur tous les murs d’Europe : « Juifs, rentrez chez vous, en Palestine ». Cinquante ans ont passé et mon père est revenu pour un voyage en Europe où les murs lui criaient : « Juifs, sortez de Palestine ». (Une histoire d’amour et de ténèbres, version italienne, Feltrinelli, 2004, 86-87).

La culture juive est le fondement de l’universalisme rationaliste, du droit et même de l’internationalisme ouvrier. Lorsque le nationalisme européen, surtout allemand et polonais, mais aussi français et italien, s’est déchaîné contre le corps étranger qu’était la culture universaliste et internationaliste des Juifs, de nombreux Juifs européens ont dû fuir l’Europe pour se réfugier en Palestine, dans les années où le rêve sioniste semblait pouvoir se réaliser dans des conditions pacifiques. Parmi eux, les parents de l’écrivain.

« Bien sûr, nous savions à quel point la vie était dure en Israël : nous savions qu’il faisait très chaud, qu’il y avait des déserts et des marécages, du chômage et des Arabes pauvres dans les villages, mais nous voyions sur la grande carte accrochée dans la salle de classe qu’il n’y avait pas beaucoup d’Arabes sur la terre d’Israël, peut-être en tout un demi-million à l’époque, certainement moins d’un million, et nous étions certains qu’il y avait assez de place pour quelques millions de Juifs, que les Arabes seraient probablement excités contre nous comme les petites gens en Pologne, mais on pouvait leur expliquer qu’ils ne pourraient que bénéficier de nous, économiquement, sanitairement, culturellement et pour tout le reste. Nous pensions qu’en peu de temps - quelques années seulement - les Juifs seraient majoritaires en Israël - et que nous montrerions alors au monde entier comment se comporter de manière exemplaire avec une minorité. C’est ce que nous aurions fait avec les Arabes : nous, qui avions toujours été une minorité opprimée, aurions traité notre minorité arabe avec honnêteté et justice, avec générosité, et nous aurions construit la patrie ensemble, nous aurions tout partagé avec eux, et nous n’en aurions absolument jamais fait des chats. Quel beau rêve ! » (page 240)

C’était le rêve d’une époque où existait une conscience solidaire, égalitaire et internationaliste. Mais la construction de l’État d’Israël contredit complètement cette aspiration, comme Hanna Arendt s’en est rendue compte dès la fin des années 1940 lorsqu’elle a déclaré que le projet de création d’un État sioniste était « un coup mortel porté aux groupes juifs de Palestine qui ont inlassablement plaidé pour la nécessité d’une compréhension entre Arabes et Juifs ».

Après l’Holocauste, après avoir assassiné six millions de Juifs, les peuples européens ont semblé satisfaits lorsque les Juifs ont décidé de partir vers un territoire contrôlé par les Britanniques.

« On peut peut-être se consoler en se disant que si les Arabes ne veulent pas de nous ici, les peuples d’Europe, eux, n’ont pas la moindre envie de nous voir revenir pour repeupler l’Europe. Et le pouvoir des Européens est de toute façon plus fort que celui des Arabes, si bien qu’il y a une certaine probabilité qu’ils nous laissent ici de toute façon, qu’ils forcent les Arabes à digérer ce que ‘l’Europe essaie de vomir’ » (402).

Les Européens ont vomi la communauté juive, dit Amos Oz, ils ont d’abord exterminé puis expulsé ce qui était pourtant la communauté la plus profondément européenne, parce qu’elle incarnait de la manière la plus accomplie les valeurs des Lumières, du rationalisme et du droit, alors que le nationalisme prévalait en Europe. C’est précisément parce que les Juifs n’avaient aucune relation ancestrale avec la terre européenne que leur européanisme était fondé sur la raison et le droit, et non sur l’identité ethnique.

Le sionisme est donc une trahison de la vocation universaliste de la culture juive moderne. Mais pas seulement : le sionisme était aussi l’identification des victimes avec le bourreau nazi, la tentative d’affirmer la nation juive (horrible oxymore) par les mêmes moyens que ceux par lesquels la nation germanique (et européenne) avait exterminé la communauté non nationale des Juifs.

Cet enchevêtrement a maintenant - je crois - atteint son point de crise final. Il se peut que la conjoncture à venir soit encore plus tragique que ce que nous avons vu jusqu’à présent. Mais l’État d’Israël, instrument de la domination euro-usaméricaine sur le Moyen-Orient (et sur le pétrole), ne manquera pas d’exploser bientôt.  

NdT

*Qualifier l’opération Toufan Al Aqsa de « pogrom » me semble relever du non-sens et même du contresens, concession de l’auteur à la doxa occidentale dominante, qui ne fait qu’amplifier la hasbara israélienne. Rappelons que pogrom (« dévastation » en russe) a désigné les émeutes contre des quartiers et des établissements juifs dans l’ancien Empire russe et en Roumanie, entre 1880 et 1920, au cours desquelles une populace, tolérée, encouragée et même encadrée par des milices paramilitaires (les « Cent-Noirs ») et/ou par la police secrète (l’Okhrana), se déchaînait contre les minorités juives désarmées. Le 7 octobre 2023 a, en revanche, vu une force militaire régulière (dotée d’un commandement, d’uniformes et de règles d’engagement) venue d’un territoire soumis à un siège militaire depuis 17 ans attaquer des bases militaires et des kibboutz paramilitaires hébergeant des hommes et des femmes armé·es chargé·es de surveille ce territoire. Il appartiendra à la justice internationale de déterminer si les dommages collatéraux de cette opération relèvent de crimes de guerre, à défaut d’être des « pogroms », une catégorie qui n’a aucune définition juridique. On peut en revanche parler de pogroms pour qualifier certaines attaques de colons juifs armés contre des habitants palestiniens désarmés en Cisjordanie, par exemple à Huwara en février 2023. [FG]

Guerre contre Gaza : le chirurgien palestinien Adnan al-Bursh torturé à mort dans une prison israélienne

Adnan al-Bursh était un chirurgien palestinien et le chef du service de médecine orthopédique de l’hôpital al-Shifa.

Rédaction MEE, 2/5/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

 

Adnan al-Bursh a été arrêté par les forces israéliennes en décembre de l’année dernière (X)

Adnan al-Bursh, chirurgien palestinien et professeur de médecine orthopédique, a été tué sous la torture alors qu’il était détenu par Israël, selon une déclaration de la Société des prisonniers palestiniens.

Dans ce qui a été qualifié d’ « assassinat délibéré », Bursh, 50 ans, est mort dans la prison israélienne d’Ofer, en Cisjordanie occupée, le 19 avril, selon la Commission palestinienne des affaires civiles, et son corps n’a toujours pas été rendu à sa famille.

Un autre détenu, Ismail Abdul Bari Khader, 33 ans, est également décédé en détention, selon la déclaration commune, et son corps a été remis le 2 mai en même temps que 64 autresprisonniers (vivants).

« Les deux victimes sont mortes des suites de tortures et de crimes commis à l’encontre de détenus gazaouis », indique la déclaration.

Al-Bursh était le chef du service de médecine orthopédique de l’hôpital al-Shifa de la ville de Gaza et avait été arrêté en décembre, à peu près au moment où il aurait été blessé par un bombardement israélien à l’hôpital indonésien dans le nord de la bande de Gaza.

Jusqu’à son arrestation, Bursh se rendait régulièrement dans différents hôpitaux de la bande de Gaza pour soigner des patients et, au moment de son arrestation, il travaillait à l’hôpital al-Awda. Plusieurs membres du personnel médical et des patients ont également été arrêtés en même temps que Bursh. 

Francesca Albanese, rapporteuse spéciael des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, s’est déclarée aujourd’hui « extrêmement alarmée » par la mort de cet éminent médecin.

« J’exhorte la communauté diplomatique à prendre des mesures concrètes pour protéger les Palestiniens. Aucun Palestinien n’est en sécurité sous l’occupation israélienne aujourd’hui », a-t-elle écrit dans une déclaration sur X.

Des groupes médicaux, dont l’Organisation mondiale de la santé, ont demandé à plusieurs reprises que cessent les attaques contre le personnel soignant de Gaza. Selon une estimation, plus de 200 soignant·es ont été tué·es à ce jour dans le conflit de Gaza.

Le ministère palestinien de la Santé a déclaré que la mort de M. Bursh portait à 496 le nombre de travailleurs du secteur médical tués par Israël depuis le 7 octobre, date à laquelle la guerre a éclaté. Il a ajouté que 1 500 autres travailleur·ses avaient été blessé·es et 309 arrêté·es.

La guerre d’Israël contre l’enclave de Gaza a tué plus de 34 000 Palestiniens, dont la plupart étaient des femmes et des enfants, rasé des quartiers résidentiels entiers et pris pour cible d’autres infrastructures civiles, notamment des écoles, des hôpitaux, des mosquées et des églises.

Sans précédent

Au terme de six mois de détention administrative renouvelable en avril, Israël a libéré des dizaines de prisonniers palestiniens de plusieurs prisons - des personnes qui avaient été arrêtées à la suite du déclenchement de la guerre contre Gaza le 7 octobre.

Les mauvais traitements subis par les prisonniers sont révélateurs de ce que les groupes de défense des droits ont qualifié de niveau d’abus sans précédent dans les prisons israéliennes, comme l’a rapporté Middle East Eye à la fin du mois dernier.

Les associations de prisonniers palestiniens affirment que l’armée israélienne a arrêté plus de 8 000 Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre, dont 280 femmes et au moins 540 enfants.

Les groupes de défense des droits ont fait état de mauvais traitements généralisés, et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNWRA) a publié la semaine dernière un rapport décrivant, entre autres, des détenus à qui l’on a uriné dessus et que l’on a obligés à se comporter comme des animaux, ainsi que des enfants attaqués par des chiens.

Le traitement des prisonniers palestiniens ayant fait l’objet d’un black-out total, les groupes de défense des droits se sont appuyés sur les témoignages des personnes libérées pour documenter les mauvais traitements qui leur ont été infligés.

Les témoignages des prisonniers palestiniens ont horrifié leurs familles et les familles de ceux qui ont des proches encore en prison.

On estime qu’au moins 18 prisonniers palestiniens sont morts depuis le 7 octobre.

 

02/05/2024

GIDEON LEVY
Les universités israéliennes sont vraiment mal placées pour donner des leçons sur les droits humains et la liberté aux Juifs usaméricains

Gideon Levy, Haaretz, 2/5/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Voilà un nouveau record d’hypocrisie et de manque de conscience de soi : les présidents des universités israéliennes ont publié une lettre [v. texte ci-dessous] dans laquelle ils se disent troublés par les manifestations de violence, d’antisémitisme et de sentiment anti-israélien sur les campus des USA, et ont entrepris d’aider les Juifs et les Israéliens à être admis dans les universités d’ici. En d’autres termes : venez à l’université d’Ariel. Sur cette terre volée, au cœur du district de l’apartheid, vous étudierez l’éducation civique, les droits humains et la liberté. À Ariel, comme dans toute université israélienne, vous verrez ce que sont la liberté et l’égalité. Ici, vous trouverez également un refuge pour les Juifs persécutés en Amérique, dans l’endroit le plus sûr au monde pour les Juifs : Ariel.


L’université d’Ariel dans la colonie d’Ariel, en Cisjordanie. Photo : Moti Milrod

Chers présidents, ceux qui vivent dans des maisons de verre ne devraient pas jeter de pierres. Si vous voulez offrir un refuge aux universitaires juifs des USA, vous n’avez pas grand-chose à leur offrir. Le jour le plus orageux sur le campus de Columbia est plus sûr pour les Juifs que sur le chemin de l’Université hébraïque [à Jérusalem, NdT]. Chaque étudiant arabe se sent moins à l’aise dans vos universités que les étudiants juifs à Columbia. On peut également douter de l’imminence du danger à Columbia.

« En tant qu’étudiante juive israélienne, je ne ressens aucune crainte ou menace pour ma sécurité personnell », a écrit Noa Orbach, étudiante à l’université Columbia, dans l’édition hébraïque de Haaretz du 26 avril. Israël aime exagérer les dangers qui guettent les Juifs dans le monde et s’y complaire. Cela conduit à l’alya, et c’est bon pour la fable d’Israël en tant que refuge. Non pas qu’il n’y ait pas d’antisémitisme dans le monde, mais si tout et n’importe quoi est antisémitisme, alors Israël décroche le gros lot.

Un peu de modestie ne vous fera pas de mal non plus, messieurs les présidents. Vos académies peuvent envier ce qui se passe aujourd’hui sur les campus usaméricains. Voilà à quoi ressemble un campus où l’on fait preuve de civisme et où l’on s’engage politiquement. Voilà à quoi ressemble un campus vivant, actif et rebelle, contrairement aux cimetières idéologiques des campus lugubres et ennuyeux d’Israël. Certes, la protestation anti-israélienne a débordé ici et là sur l’antisémitisme et la violence, même si c’est moins que ce qui est décrit dans Haaretz. Mais quand il s’agit de choisir entre un campus indifférent, rassasié et endormi et un campus turbulent, attentif et radical, le second est plus prometteur.

On ne peut que rêver ici d’un corps enseignant et d’étudiants militants comme aux USA. Eux seuls peuvent assurer la relève. Dans le désert des campus israéliens, aucune promesse sociale ou politique ne se développera.

Les étudiants usaméricains font preuve d’engagement et d’attention, même si leurs manifestations deviennent tumultueuses et dérapent. Il n’y a aucune chance que des manifestations contre une guerre sur un continent lointain éclatent dans une université israélienne. Un bon jour, des protestations éclateront ici pour protester contre le coût des frais de scolarité ou les conditions de vie des étudiants réservistes. Un jour encore meilleur, une poignée d’étudiants israélo-palestiniens se tiendront aux portes de l’université, marquant silencieusement le jour de la Nakba, avec des dizaines de policiers armés autour d’eux.

Les directeurs d’université cachent également la chasse aux sorcières dans leurs établissements, qui s’est intensifiée depuis le début de la guerre. Quelques jours après son déclenchement, le syndicat étudiant de l’université de Haïfa a déjà annoncé qu’il prendrait des mesures pour suspendre les étudiants qui oseraient exprimer leur soutien aux Palestiniens. « La liberté d’expression, à notre avis, est réduite à néant en ce moment », ont-ils écrit. C’est ainsi que le maccarthysme a commencé dans le monde universitaire, culminant avec la suspension et l’arrestation de la professeure Nadera Shalhoub-Kevorkian. L’esprit du temps, dont le monde universitaire est une partie importante, dans lequel un ingénieur israélien est licencié parce qu’il a cité des versets du Coran dans les médias sociaux (Haaretz, 30 avril), inquiète moins les présidents d’université que ce qui se passe en USAmérique.

Les protestations aux USA devraient interpeller et préoccuper Israël. Une partie de la protestation s’est transformée en haine contre Israël et en appel à le rayer de la carte. Comme toujours, nous devons aller à la racine du problème. Les étudiants usaméricains ont vu beaucoup plus d’horreurs de la terrible guerre à Gaza que leurs collègues israéliens complaisants. S’il n’y avait pas eu la guerre, ou l’occupation et l’apartheid, cette protestation n’aurait pas eu lieu.

Shadi Ghanim, The National, ÉAU, 1/5/2024

      Association des directeurs d'université, Israël (VERA)

Déclaration sur les manifestations violentes et l'antisémitisme sur les campus américains - avril 2024

Nous, présidents des universités de recherche en Israël, exprimons notre profonde inquiétude face à la récente flambée de violence, d'antisémitisme et de sentiments anti-israéliens dans de nombreuses grandes universités des États-Unis. Ces événements inquiétants sont souvent organisés et soutenus par des groupes palestiniens, y compris ceux qui sont reconnus comme des organisations terroristes. Cette évolution troublante a créé un climat dans lequel les étudiants et les enseignants israéliens et juifs se sentent obligés de cacher leur identité ou d'éviter complètement les campus par crainte de subir des dommages physiques.

Nous reconnaissons les efforts déployés par nos homologues dans ces établissements pour résoudre ces problèmes. Nous comprenons la complexité et les défis liés à la gestion des groupes incitant à la haine et reconnaissons que des situations extrêmes peuvent nécessiter des mesures allant au-delà des outils conventionnels à la disposition des administrations universitaires.

La liberté d'expression et le droit de manifester sont essentiels à la santé de toute démocratie et sont particulièrement cruciaux dans les milieux universitaires. Nous continuons à défendre l'importance de ces libertés, en particulier en ces temps difficiles. Toutefois, ces libertés n'incluent pas le droit de se livrer à la violence, de proférer des menaces à l'encontre de communautés ou d'appeler à la destruction de l'État d'Israël.

Nous apportons notre soutien aux étudiants et enseignants juifs et israéliens confrontés à ces circonstances difficiles. Nous ferons de notre mieux pour aider ceux d'entre eux qui souhaitent rejoindre les universités israéliennes et y trouver un foyer académique et personnel accueillant.


Arie Zaban, président de l'université Bar-Ilan ; président de l'association des directeurs d'université – VERA

Daniel Chamovitz, président de l'université Ben-Gurion du Néguev

Alon Chen, président de l'Institut des sciences Weizmann

Asher Cohen, Président de l'Université hébraïque de Jérusalem

Leo Corry, président de l'Open University

Ehud Grossman, Président de l'Université d'Ariel

Ariel Porat, président de l'université de Tel-Aviv

Ron Robin, président de l'université de Haïfa

Uri Sivan, Président du Technion-Israel Institute of Technology