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18/02/2022

GIDEON LEVY
Lorsque des colons israéliens tabassent un Palestinien, nous sommes tous responsables

Gideon Levy, Haaretz, 17/2/2022
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Cette photo est exceptionnelle. Il n'y en a pas beaucoup comme ça. Un vieux berger palestinien est assis sur le sol à l'entrée de sa maison, la tête et le visage en sang, ses vêtements également tachés de son sang, une expression de panique et d'impuissance sur son visage. Jusqu'à présent, il n'y a rien d'exceptionnel ici. Ces derniers temps, presque tous les jours, des agriculteurs palestiniens sont attaqués de manière barbare par des colons - un comportement de routine. Mais regardez qui est assis à côté du berger : une femme soldat avec un casque en acier et des gants en caoutchouc bleu. Elle panse ses blessures.

Une infirmière militaire soigne un Palestinien qui a été attaqué par des colons. Photo avec l'aimable autorisation de la famille

 Cette photo a été prise la semaine dernière dans la communauté des bergers du Mont Qanub, à la lisière du désert de Judée. Cette semaine, le berger de la photo, Mohammed Shalalda, 72 ans, m'a dit que l'infirmière de l'armée l'avait même pris dans ses bras. « Pourquoi tous les soldats ne sont-ils pas comme ça ? » a demandé l'homme, hospitalisé pendant cinq jours après le pogrom et souffrant encore de ses blessures. Les colons l'ont frappé à coups de pierres, de haches et de gourdins, après que des dizaines d'entre eux ont envahi sa communauté pour l'attaquer, lui et sa famille.

Cette zone grouille de colons et d'avant-postes, dont la plupart sont sauvages et violents : Ma'aleh Amos, Avi Hanahal, Metzad, alias Asfar, et Pnei Kedem - des noms que vous n'avez jamais entendus, et c'est une bonne chose. Ce sont des lieux maudits. Ce n'était pas leur première attaque contre les bergers ici, mais c'était la plus sérieuse. Shalalda était convaincu qu'ils allaient le tuer.

À la vue de la soldate qui s'occupait de lui, non seulement lui a été rempli de joie, mais aussi tous ceux qui regardent cette photo. Elle a quelque chose de touchant, presque à pleurer. Une soldate s'occupant d'un Palestinien blessé. Lorsque Shalalda m'a montré la photo cette semaine dans la maison de son fils dans le village de Sa'ir, où il se remet de ses blessures, j'ai ressenti la même envie d'un moment de compassion, ainsi qu'un peu de fierté israélienne : la moralité de notre armée. Un agent médical de l'armée administre les premiers soins à un Palestinien, et que demander de plus.

Pourquoi n'y a-t-il pas plus d'occasions de ce genre et de soldats de ce genre, comme la soldate du mont Qanub ? Dans une réalité où le président israélien Isaac Herzog a été attaqué cette semaine aux cris de « Tu devrais avoir honte » par des jeunes lors d'une conférence à la mémoire du rabbin Zvi Yehuda Kook, un grand chef spirituel du camp religieux national, pour avoir osé évoquer le sort d'un autre Palestinien âgé, Omar As'ad, 80 ans, laissé pour mort au bord de la route par des soldats du bataillon Netzah Yehuda, même une seule jeune soldate avec des gants réjouit le cœur.

Mais cette aspiration désespérée à un peu de compassion et de fierté s'est rapidement écrasée face à la réalité. C'est aussi une bonne chose. Nous n'aurions pas dû être captivés par la photographie. Avec tout le respect dû à la soldate, qui n'a fait que ce qu'on lui demandait, la victime était l'œuvre de nous tous, y compris l'infirmière et l'armée dans laquelle elle sert, et aucun pansement militaire ne guérira ses blessures.

Tous les Israéliens sans exception ont participé à ce pogrom du Ku Klux Klan au Mont Qanub. Les émeutiers d'Asfar et de ses satellites sont venus en notre nom à tous pour battre le vieil homme parce qu'il est palestinien. Ils sont venus comme on est venu pour les Juifs en Europe - violents, haineux et racistes. Le fait que personne ne les arrête suffit à prouver qu'ils sont ici en notre nom, qu'ils accomplissent leurs actes en tant que nos émissaires.

Le porte-parole des forces de défense israéliennes utilisera probablement cette photo, comme il utilise les hôpitaux de campagne israéliens à la frontière gazaouie pendant que l'armée de l'air israélienne bombarde les enfants de Gaza. L'Israélien éclairé regardera la photo et se dira : des animaux sauvages, ces colons, ils ont maltraité un vieil homme, mais regardez comment la soldate s'occupe de lui. La soldate, c'est nous, la belle terre d'Israël qui nous a été enlevée.

Mais c'est une illusion. La soldate n'est pas Israël. C'est une anomalie. S'emparer d'elle est une façon de nettoyer notre conscience. Les colons vivent à l'est de Bethléem comme les émissaires de chaque Israélien qui a soutenu leur existence là par le silence, l'indifférence et les budgets gouvernementaux. Le sang du berger Shalalda est sur toutes nos têtes, celles des Israéliens, tant les sauvages que les éclairés.

L'image de cette soldate exceptionnelle est trompeuse. Comme il est tentant de s'y laisser prendre, comme il est douloureux de reprendre ses esprits.

17/02/2022

RABHA ATTAF
Hommage à Wael Aly, héros anonyme de la Révolution égyptienne du 25 janvier 2011, disparu le 3 février 2022

Rabha Attaf, 17/2/2022

J'avais rencontré Wael sur la place Tahrir, alors qu'il était perpétuellement entouré de jeunes démunis avec qui il avait constitué un Comité populaire. Sa bonté et sa bienveillance envers eux avaient attiré mon attention : il figure dans le premier chapitre de mon livre Place Tahrir, une révolution inachevée.

À l'époque, il avait interféré dans les discussions entre le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) et certaines personnalités triées sur le volet en rendant publiques les exigences des laissés pour compte de la société égyptienne.

Alors, quand des officiers libres ont rejoint la Place Tahrir avec leur bataillon, le 8 avril 2011, le CSFA a émis un mandat d'arrêt contre lui, sous le fallacieux prétexte d’ « incitation à la rébellion contre l'armée », le rendant aussi responsable des 19 morts causées par l'évacuation violente de la place dans la nuit qui a suivi. Il risquait la peine de mort, pour l'exemple. Mais nous avons réussi à le faire libérer, au bout de 18 mois d'incarcération, lavé de toute accusation.

Cette expérience avait brisé ses rêves. Il s'en était retourné à Hurgada où il avait été directeur d'une agence de tourisme avant de rejoindre la place Tahrir dès les premiers jours du soulèvement populaire.

Wael était pour moi plus qu'un ami. Nos esprits communiquaient sans que nous ayons à parler. Notre relation -forgée aussi au contact du danger- était hors du commun, donnant un sens plein au mot Fraternité.

Wael était profondément croyant -son prénom signifie d'ailleurs « celui qui cherche refuge dans la spiritualité ». Il était juste, foncièrement bon et œuvrait dans la voie de Dieu.

Bien sûr, je suis peinée par son départ subit. Mais je sais que son âme est désormais sereine, soulagée des tourments de ce monde injuste.

La France au Sahel, fausse note dans la petite musique élyséenne au sommet UE-Afrique
Tribune collective

Tribune collective sur le sommet Union européenne-Union africaine et les annonces qui devraient y être faites, notamment concernant l'intervention militaire française au Mali.

« Un moment décisif de la présidence française de l'Union européenne » : c’est ainsi que Franck Riester, ministre délégué au Commerce extérieur auprès du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, a qualifié début janvier le sommet Union européenne (UE)-Union africaine (UA) qui se déroulera à Bruxelles ces 17 et 18 février [1]. De fait, cet évènement sera sans doute le dernier acte de la comédie du président-pas-encore-candidat à laquelle assistent les ressortissants de l’UE, dont Emmanuel Macron assume une opportune présidence depuis le 1er janvier. Un rendez-vous qui devait venir conclure en beauté une partition initiée en novembre 2017, sur le jeune président refondateur des relations franco-africaines, et dont la petite musique s’est déroulée jusqu’au sommet Afrique-France de Montpellier : c’était compter sans les fausses notes liées aux rebondissements récents au Mali puis au Burkina Faso.

Un sommet de communication macronienne

Ce sommet devait en effet être la vitrine européenne des efforts de communication français. « L'UE souhaite demeurer à tous égards, le premier partenaire de l'Afrique sur le plan économique, commercial, mais aussi en matière de sécurité, d'aide publique au développement et humanitaire », déclarait le même Franck Riester, faisant peu de mystère de l’intérêt pour Paris d’une telle stratégie « européenne ». L’obsession récurrente du verrouillage des migrations et l’avenir des « accords de partenariat économique » (APE) devraient constituer des volets importants des discussions, dans un contexte de libéralisation continue de l’économie africaine, incarné notamment par la Zone de libre-échange africaine (ZLECAf, dont la structuration se poursuit [2]). Mais l’Elysée pouvait aussi espérer utiliser ce sommet pour mettre en scène le « renouveau » qu’Emmanuel Macron tente d’incarner, en matière de politique africaine comme ailleurs. Le « jeune » président, qui aime à rappeler qu’il n’a pas connu l’époque de la colonisation, entend ainsi à nouveau s’afficher au côté du Rwandais Paul Kagame, ennemi d’hier pour Paris et désormais figure africaine de la réussite d’un modèle ultralibéral sur le plan économique – et verrouillé sur le plan politique. Le changement de nom de l’Agence française de développement (AFD), dont le principe a été acté lors du sommet de Montpellier, pourrait aussi être concrétisé à cette occasion, au nom de la priorité européenne donnée au « développement », quelques jours avant l’entrée en campagne officielle d’Emmanuel Macron.

Surtout, cet évènement devait être l’opportunité rêvée pour afficher l’européanisation de l’intervention militaire française au Sahel, par la montée en puissance de la Task Force Takuba, une mobilisation des forces spéciales de différents Etats membres en appui à l’armée malienne, permettant de justifier le retrait d’une partie du contingent de l’opération Barkhane.

La France enlisée, Takuba enterrée

Cette évolution du dispositif militaire tricolore au Sahel, en discussion depuis le début de l’année 2021, s’était subitement accélérée début juin 2021, Emmanuel Macron prenant même de court sa propre diplomatie et son état-major en brandissant la menace d’un retrait des troupes françaises du Mali. L’Élysée entendait ainsi répondre à la contestation croissante de Barkhane sur place, nourrie par les humiliations quotidiennes et la multiplication de bavures meurtrières [3], mais aussi et surtout dans la classe politique et l’opinion publique françaises, au vu de l’enlisement de cette opération. Pour désamorcer la colère de la rue malienne, dont les militaires au pouvoir à Bamako depuis mai 2021 essaient de tirer leur légitimité, le calcul à Paris depuis l’été dernier était de faire oublier le drapeau français, pour mettre en avant un nouvel étendard : présentée commune une force « européenne », la Task Force Takuba restait pourtant un artefact de l’interventionnisme français, puisque le protocole établi en mars 2020 avec les autorités maliennes d’alors prévoit que les pays contributeurs doivent obtenir le feu vert de la France pour participer à l’opération [4] et que la force Takuba reste subordonnée au commandement de Barkhane. Comment s’étonner, dès lors, que le ressentiment légitime contre la politique africaine de la France (qui s’est régulièrement ingérée dans les affaires maliennes depuis 2013, jusque dans le choix des Premiers ministres ou encore en bloquant toute négociation politique avec certains groupes armés) se reporte sur ses partenaires européens, comme le Danemark dont les forces spéciales ont récemment dû quitter le pays à la demande de Bamako ?

REINALDO SPITALETTA
Cinq prostituées et un anarchiste
Il y a un siècle, dans la Patagonie rebelle

 

Avec le massacre des travailleurs en Patagonie à la fin de l'année 1921, où 1 500 travailleurs agricoles ont été fusillés par l'armée, il s'est produit ce qui s'est produit plus tard avec le massacre des travailleurs de la banane à Ciénaga, dans le Magdalena colombien, en 1928, qui, selon les positions idéologiques plutôt que selon les documents et autres témoignages, ne fit que neuf victimes et non  mille ou plus, comme la légation usaméricaine à Bogota l'a reconnu à l'époque.

Lorsqu'il s'agit de travailleurs, il semble que cela ne fasse aucune différence que ce soient quelques-uns ou des centaines d'entre eux qui aient été massacrés. Ils étaient sûrement des communistes, dira-t-on. Ou des anarchistes. Et ils l'ont même mérité, diront les bourreaux. C'est ainsi que l'histoire, les contextes et les manifestations contre l'injustice sont niés. Et ceux qui sont au pouvoir font tout leur possible pour effacer de la mémoire des événements aussi horribles, des crimes contre l'humanité, comme on les a appelés plus récemment.

Dans le sud de l'Argentine, à Santa Cruz, les ouvriers ruraux de Patagonie, à la fin de l'année 1920, se sont mis en grève pour exiger des éleveurs un jour de repos par semaine, un endroit propre pour dormir et un paquet de bougies. Ce n'était pas grand-chose, mais les éleveurs se sont opposés et, de plus, ont renié les accords. Quelques années plus tard, les travailleurs se sont soulevés, puis l'armée est apparue, commandée par le colonel Héctor Benigno Varela. Et c'est ainsi qu'a commencé une histoire d'horreur, mais aussi de démonstration de dignité de la part de cinq prostituées de Puerto San Julián.


Varela a lancé les pelotons d'exécution en masse, sans procès. L'objectif était de punir les travailleurs (presque tous des tondeurs et des cardeurs de laine), de les passer par les armes, de les qualifier de hors-la-loi, d'insurgés et de bandits. Et ainsi, en divers endroits, les exécutions étaient un pain quotidien dur et amer. Au début de l'année 1922, après avoir perpétré le massacre, que le gouvernement appelle "pacification", Varela veut récompenser ses soldats par un prix en nature, comme une libération de leur libido refoulée.

Les soldats font la queue devant un bordel. On ne leur ouvre pas la porte. Soudain, la propriétaire, Paulina Rovira, sort et annonce que les demoiselles refusent de les servir. "C'est de la trahison", lui dit le sous-officier, et la foule tente de forcer l'entrée, quand, à ce moment-là, les cinq "élèves" surgissent, armées de balais et de bâtons, et les réprimandent : "assassins", "ordures", "on ne couche pas avec les assassins !".

Cette réaction inattendue a coupé le souffle aux soldats (et leur a ôté toute envie de s'envoyer en l'air), paralysés par les hijueputazos ["fils de putes"], les crachats, les balais et les "insultes obscènes typiques des bonnes femmes", selon un rapport de police. Cette démonstration de courage et de dignité des prostituées sera racontée, entre autres, par le romancier David Viñas et l'historien et écrivain Osvaldo Bayer, ce dernier dans son impressionnant livre La Patagonie rebelle.

Il y a un siècle, le 17 février 1922, cinq femmes courageuses, prostituées de profession, du bordel La Catalana, ont posé un acte audacieux de rejet du massacre des travailleurs. Face au silence et à la peur générale de la population, elles ont affronté les auteurs de l'un des massacres les plus atroces d'Argentine et de l'histoire du mouvement ouvrier. Les autres viendront des années plus tard, avec la dictature militaire de Videla et compagnie.

Consuelo García, Ángela Fortunato, Amalia Rodríguez, María Juliache et Maud Foster sont les cinq héroïnes de San Julián, sauvées de l'oubli par les recherches et les enquêtes d'Osvaldo Bayer. L'autre héros de cette histoire singulière est Kurt Wilckens, un anarchiste allemand de tendance tolstoïenne qui, le 27 janvier 1923, prend sa revanche en tuant le lieutenant-colonel Varela avec une bombe à percussion et un revolver Colt dans une rue du quartier Palermo à Buenos Aires.

Varela, comme le raconte Bayer dans son livre, "obligeait les travailleurs à creuser leurs tombes, puis les forçait à se déshabiller et les abattait. Il a fait battre les chefs des travailleurs et les a mis au tapis avant de donner l'ordre de les abattre de quatre balles". En Patagonie, consacrée par les latifundistes aux moutons (l'un d'entre eux, Mauricio Braun, est parvenu à posséder la superficie astronomique de 1 376 160 hectares de terres, avec des moutons), les ouvriers étaient soumis à des journées d'exploitation sans pitié.


 Wilckens, un anar pacifiste, abstinent et végétarien, décide de se faire justice lui-même face à la "violence d'en haut". Il n'avait aucun parent parmi les personnes abattues. Il ne connaissait pas la Patagonie (le Grand Sud argentin) et croyait seulement qu'il allait accomplir "un acte de justice individuel". Lorsqu'il atteint son but, dans une attaque cinématographique au cours de laquelle il est gravement blessé, il déclare : "J'ai vengé mes frères".


Cinq prostituées (quatre argentines et une espagnole) et un anarchiste allemand sont entrés dans l'histoire (enfin, disons que des gens comme Bayer et d'autres les ont sauvé·es de l'oubli officiel) des luttes contre l'injustice et l'exploitation.

16/02/2022

REINALDO SPITALETTA
Cinco prostitutas y un anarquista

Con la matanza de obreros en la Patagonia a fines de 1921, cuando fueron fusilados por el ejército mil quinientos trabajadores agrarios, pasó como sucedió después con la masacre de las bananeras, en Ciénaga, Magdalena, en 1928, que, según las posiciones ideológicas y no los documentos y otros testimonios, fueron solo nueve y no un millar o más, como lo reconoció en su momento la Legación de EE.UU. en Bogotá.

 Cuando se trata de trabajadores, parece dar lo mismo que sean unos cuántos o centenares de ellos los masacrados. Seguro eran comunistas, dirán. O anarquistas. Y hasta se lo merecían, acotarán los verdugos. Así se niegan la historia, los contextos, las manifestaciones contra las injusticias. Y desde el poder se hace lo posible por borrar de la memoria tales acontecimientos de espanto, crímenes de lesa humanidad, como se han catalogado en tiempos más recientes.

En el sur de la Argentina, en Santa Cruz, los peones rurales de la Patagonia, a fines de 1920, declararon una huelga para reclamar a los estancieros un día de descanso a la semana, tener un lugar limpio donde dormir y un paquete de velas. No era gran cosa, pero los hacendados se opusieron y, además, incumplieron acuerdos. Un años después, los trabajadores se levantaron y entonces apareció el ejército, comandado por el coronel Héctor Benigno Varela. Y ahí comenzó una historia de horror, pero, a su vez, de demostraciones de dignidad por parte de cinco prostitutas del Puerto San Julián.


Varela inició los fusilamientos a granel, sin fórmula de juicio. Se trataba de escarmentar a los trabajadores (casi todos esquiladores y cardadores de lana), de pasarlos por las armas, de calificarlos de forajidos, insurrectos y bandoleros. Y así, por distintos predios, los fusilamientos fueron un pan duro y amargo de cada día. A comienzos de 1922, tras cumplir con la masacre, a la que el gobierno llamó “pacificación”, Varela quiso galardonar a sus soldados con un premio en especie, en desfogue para su libido reprimida.

En un burdel la soldadesca hizo la fila. No les abrieron. Y de pronto, salió la dueña, Paulina Rovira, y les anunció que las damiselas se negaban a atenderlos. “Eso es traición a la patria”, le dijo el suboficial al mando, y una patota intentó meterse a la fuerza, cuando, en esas, emergieron las cinco “pupilas”, armadas de escobas y palos, y los increparon: “¡asesinos!”, “¡porquerías!”, “¡con asesinos no nos acostamos!”.

La inesperada reacción dejó sin aliento (y sin ganas de un polvazo) a los soldados, que se paralizaron ante los hijueputazos, los escupitajos, los escobazos y los “insultos obscenos propios de mujerzuelas”, según se consignó en un informe policial. Esta muestra de coraje y dignidad de las prostitutas, la va a narrar, entre otros, el novelista David Viñas y el historiador y escritor Osvaldo Bayer, este en su impresionante libro La Patagonia rebelde.

Hace un siglo, el 17 de febrero de 1922, ocurrió el atrevido acto de rechazo a la masacre obrera por parte de cinco valientes mujeres, putas de profesión, del prostíbulo La Catalana, que, ante el silencio y el miedo general de la población, enfrentaron a los autores de una de las más atroces matanzas de la Argentina y de la historia del movimiento obrero. Las otras llegarían años después, con la dictadura militar de Videla y compañía.

 

Consuelo García, Ángela Fortunato, Amalia Rodríguez, María Juliache y Maud Foster eran las cinco heroínas de San Julián, rescatadas de la desmemoria por las pesquisas e investigaciones de Osvaldo Bayer. El otro héroe de esta singular historia fue Kurt Wilckens, anarquista alemán de tendencia tolstoiana, quien, el 27 de enero de 1923, tomó venganza por mano propia al ultimar con una bomba de percusión y un revólver Colt al teniente coronel Varela en una calle del barrio Palermo, de Buenos Aires.

Varela, como lo cuenta Bayer en su libro, a los trabajadores “les hacía cavar las tumbas, luego los obligaba a desnudarse y los fusilaba. A los dirigentes obreros los mandaba apalear y sablear antes de dar la orden de pegarles cuatro tiros”. En la Patagonia, dedicada por los latifundistas a las ovejas (uno solo de ellos, Mauricio Braun, llegó a tener la astronómica cantidad de 1′376.160 hectáreas de tierra, con ganado lanar), los peones eran sometidos a jornadas de explotación inmisericorde.

 Wilckens, un anarco que además era un pacifista, abstemio y vegetariano, se decidió a tomar justicia por mano propia ante “la violencia de arriba”. No tenía parientes entre los fusilados. No conocía la Patagonia (el Far South argentino) y solo creía que iba a cumplir “un acto individual justiciero”. Cuando alcanzó su cometido, en un atentado cinematográfico, del que además salió mal herido, declaró: “He vengado a mis hermanos”.


 Cinco prostitutas (cuatro argentinas y una española) y un anarquista alemán pasaron a la historia (bueno, digamos que gente como Bayer y otros los rescataron del olvido oficial) de las luchas contra la injusticia y la explotación.

13/02/2022

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Tlaxcala, 13/2/2022

La scène se passe à Elx/Elche, dans la province d’Alicante, dans l’Espagne profonde, dans une famille de paysans : papa, maman et deux garçons, de 15 et 10 ans. Mardi dernier, l’adolescent rentre de l’école avec des mauvaises notes. Sa mère décide de lui supprimer la connexion internet pour le punir et qu’il consacre plus de temps à ses devoirs. Le garçon saisit un fusil de chasse et abat la maman. Puis il tire sur le petit frère. Quand le père rentre à la maison, il le tue à son tour. Puis il cache les corps dans la remise à outils. Les jours passent. Le vendredi, une voisine demande au garçon où sont ses parents, qu’elle n’a pas vus depuis 4 jours. Le garçon répond tranquillement : « Je les ai tués ». La voisine alerte la police qui interpelle le garçon. Les policiers qui ont recueilli sa déposition ont souligné « son sang-froid », sa sérénité « inhabituelle » et le fait qu'il n'ait exprimé « aucun remords ». La morale de cette histoire : parents, avant de couper la connexion à vos enfants, vérifiez qu’il n’y a aucune arme qui traîne dans les environs.

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Tlaxcala, 4/2/2022

« Mao, réveille-toi ! Ils sont devenus fous ! » : c’est le seul cri qu’on peut pousser en entendant les nouvelles de Beijing, où s’ouvrent les Jeux Olympiques. On apprend que, dans cette zone aride, disposant de très peu de ressources hydriques durables, on est en train de déverser des quantités kolossales d’eau et de neige artificielle pour faire ressembler la région à la Suisse en décembre. Quoiqu’on pense du système de pouvoir chinois, on ne peut qu’être affligé et révolté par cette folie pharaonique du XXIème. Siècle. Allez, camarade Xi, encore un effort pour méditer cette phrase du Président Mao : « Gardez-vous d'être orgueilleux. C'est une question de principe pour tous les dirigeants, et c'est aussi une condition importante pour le maintien de l'unité. Même ceux qui n'ont pas commis de faute grave et qui ont obtenu de grands succès dans leur travail ne doivent pas être orgueilleux. »

“¡Mao, despierta! ¡Se han vuelto locos!”. Este es el único grito que se puede lanzar al escuchar las noticias de Pekín, donde se inauguran los Juegos Olímpicos. Nos enteramos de que en esta zona árida, con muy pocos recursos hídricos sostenibles, se vierten kolosales cantidades de agua y nieve artificial para que la región parezca Suiza en diciembre. Independientemente de lo que uno piense del sistema de poder chino, no puede sino sentirse angustiado y revuelto por esta locura faraónica del siglo XXI. Vamos, camarada Xi, haz otro esfuerzo para meditar esta frase del presidente Mao: “Cuidado con ser orgulloso. Esto es una cuestión de principios para todos los líderes, y también es una condición importante para mantener la unidad. Incluso aquellos que no han cometido una falta grave y que han logrado un gran éxito en su trabajo no deben sentirse orgullosos”.

“Mao, wake up! They have gone mad!” This is the only cry you can utter when you hear the news from Beijing, where the Olympic Games are opening. We learn that in this arid area, with very few sustainable water resources, kolossal amounts of water and artificial snow are being poured to make the region look like Switzerland in December. Whatever one thinks of the Chinese power system, one can only be distressed and revolted by this pharaonic madness of the 21st century. Come on, Comrade Xi, make another effort to meditate on Chairman Mao's phrase: “Beware of pride. This is a matter of principle for all leaders, and it is also an important condition for maintaining unity. Even those who have not committed a serious fault and have achieved great success in their work should not be proud.”

„Mao, erwache! Sie sind verrückt geworden!“ ist der einzige Schrei, den man ausstoßen kann, wenn man die Nachrichten aus Peking hört, wo die Olympischen Spiele eröffnet werden. Man erfährt, dass in diesem trockenen Gebiet, das nur über sehr wenige nachhaltige Wasserressourcen verfügt, kolossale Mengen an Wasser und Kunstschnee verklappt werden, um die Region wie die Schweiz im Dezember aussehen zu lassen. Was auch immer man vom chinesischen Machtsystem halten mag, man kann nicht anders, als über diesen pharaonischen Wahnsinn des 21. Jahrhunderts betrübt und empört zu sein. Ach komm, Genosse Xi, bemühe Dich noch einmal, über den Satz des Vorsitzenden Mao nachzudenken: „Hütet Euch davor, hochmütig zu sein. Dies ist eine Grundsatzfrage für alle leitenden Personen und auch eine wichtige Voraussetzung für die Aufrechterhaltung der Einheit. Auch diejenigen, die keine schweren Fehler begangen und große Erfolge in ihrer Arbeit erzielt haben, dürfen nicht hochmütig sein“.

ALEXIS OKEOWO
Les portraits de Somalien·nes en exil dans la poésie pop de Warsan Shire

Alexis Okeowo, The New Yorker, 14/2/2022
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Dans son nouveau recueil, la poétesse mêle vers et reportages pour faire entendre les voix de la diaspora somalienne.

Les « hymnes à la résilience » de Shire ont commencé sur Tumblr, où elle est devenue une star. Photographie de Tracy Nguyen pour The New Yorker

Par une journée humide à Londres, vers 2013, la poétesse Warsan Shire a branché un magnéto tandis que son oncle parlait de sa jeunesse en Somalie, de sa vie de réfugié et de son addiction au khat, un stimulant aux feuilles amères. Shire, qui a trente-trois ans, des boucles sombres et un front haut, s'est assise avec lui dans sa chambre d'une pension de famille du nord-ouest de Londres, où vivent plusieurs hommes immigrés. Son oncle avait perdu la plupart de ses dents à cause de son addiction au khat. « Quand vous mâchez du khat, vous ne dormez pas, ça vous empêche de dormir », m'a dit Shire récemment. « Je lui ai demandé ce que ça faisait de faire ça ». Il lui a répondu : « Quand tu es défoncé, c'est comme si tu construisais, avec tes mots et tes rêves, ces tours massives de ce que tu vas faire demain, comment tu vas arranger ta vie. Et puis le soleil se lève, et les tours ont été renversées. Et vous faites ça tous les jours et vous n'arrivez jamais à rien, parce que vous vous mentez constamment à vous-même ».

Lorsque son oncle était adolescent, il a obtenu une bourse pour étudier à l'étranger ; les membres de sa famille parlaient de lui comme d'un garçon très prometteur. Mais lorsqu'une guerre civile a éclaté en Somalie, au début des années 90, il a perdu sa bourse. Il a émigré en Angleterre, mais ne s'est jamais marié ni n'a eu d'enfants. Les parents de Shire étaient également partis en Angleterre en tant que réfugiés de Somalie, et au fil des ans, elle a souvent parlé avec son oncle de son passé. Dans la pension, en sirotant du qaxwo (café somalien, épicé à la cannelle et à la cardamome), il lui a dit qu'il avait l'impression d'avoir « raté sa vie » et d'être « maudit par la guerre ».

Une grande partie de la poésie de Shire s'est concentrée sur les expériences des femmes immigrées. Ces dernières années, cependant, elle est devenue plus curieuse de la vie intérieure des hommes de sa famille. « Il y a toujours eu cette chose que je trouvais particulièrement triste chez certains des hommes autour desquels j'ai grandi », m'a-t-elle dit. « Ils portaient ces costumes, qui étaient un peu trop grands et qui pendaient sur les poignets, et ils avaient l'air de petits garçons qui jouent à se déguiser pour aller à un entretien d'embauche auquel ils ne seront jamais acceptés. Quelque chose dans tout cela m'a fait penser à la futilité de leur vie dans ce nouveau monde. Ils n'ont leur place nulle part ». Le premier recueil complet de Shire, « Bless the Daughter Raised by a Voice in Her Head » [Bénissez la fille élevée par une voix dans sa tête], sortira en mars. Dans un poème, « My Loneliness Is Killing Me » [Ma solitude me tue], elle décrit sa rencontre avec son oncle à la pension de famille, alors que de la musique pop somalienne est diffusée en fond sonore : « De la vapeur s'élève du qaxwo amer de larmes, soigneusement / roulant du tabac de la même couleur que ses mains / Il chante en même temps. Seul cette fois, seul à chaque fois ». Vers la fin de la visite, son oncle lui dit : « Ma fille, sois plus forte que la solitude que ce monde va te présenter ». Shire cite cette phrase dans la dernière strophe de son poème, et elle a inspiré le titre. « Tous ces hymnes à la résilience », m'a-t-elle dit. « J'ai juste pensé, ce sont les chansons pour le réfugié ».

Shire fait partie d'une génération de jeunes poètes qui ont attiré un large public en publiant initialement leur poésie sur la toile. Elle s'est d'abord fait connaître grâce à Tumblr, et compte aujourd'hui quatre-vingt mille adeptes sur Twitter, et cinquante-sept mille autres sur Instagram, des chiffres plus proches de ceux de la star d'une série FX que de ceux d'une poétesse. Elisa Ronzheimer, spécialiste de littérature à l'université de Bielefeld, en Allemagne, m'a dit que la poésie de Shire produit « quelque chose de valeur dans ce terrain intermédiaire qui n'est pas super hermétique, mais qui n'est pas non plus ce que je considère comme de la culture pop ».  Shire est surtout connuE pour avoir collaboré avec Beyoncé, en 2016, sur « Lemonade », un album visuel dans lequel la musique de la chanteuse est entrecoupée de la poésie de Shire. Le poète Terrance Hayes m'a dit : « Shire possède une manière féroce de dire la vérité féroce à la Sylvia Plath ». Hayes enseigne à l'université de New York, et il est frappé par le nombre de ses étudiants qui sont des inconditionnels de l’œuvre de Shire. « Elle ne touche pas seulement des gens qui suivent Beyoncé », dit-il. « Ce sont aussi des gens qui veulent devenir poètes et qui étudient ce qu'elle fait ».