Les deux articles ci-dessous, du correspondant militaire du quotidien israélien
Haaretz, jettent une lumière aveuglante sur le merdier qu’est devenue “l’armée
la plus morale du monde”, actuellement occupée à commettre un génocide pour
exercer “le droit à la défense” de “la seule démocratie du Moyen-Orient”. L’’état
de l’’armée israélienne évoque de plus en plus celui de l’armée US au Vietnam à
partir de l’Offensive du Têt du FNL au Sud-Vietnam en février 1968 : une armée-patchwork
traversée par des clivages et des incompatibilités de toutes sortes :
ethniques, idéologiques, culturels, de genre, en un mot anthropologiques.
Aujourd’hui, la galère des petites guetteuses, véritables cyber-esclaves .-FG
Tout au
long de l’année écoulée, les guetteuses des Forces de défense israéliennes (FDI)
stationnées à la frontière avec Gaza, toutes des femmes, ont averti que quelque
chose d’inhabituel était en train de se produire. Celles qui ont survécu au
massacre du 7 octobre sont convaincues que si des hommes avaient tiré la
sonnette d’alarme, la situation serait différente aujourd’hui
Photo : Ariel Shalit / Animation
: Aron Ehrlich
Trois jours après le massacre du 7 octobre dans le sud d’Israël, Mai - une guetteuse
qui sert dans la division de Gaza des FDI et qui a survécu à l’assaut meurtrier
du Hamas contre sa base militaire près de la frontière - a reçu un appel
téléphonique à son domicile.
Au bout du fil, une personne de la
division des ressources humaines de l’armée. « Si tu ne reviens pas à ton
poste, l’a-t-elle prévenue, c’est de l’absentéisme en temps de guerre et ça
peut te valoir jusqu’à dix ans de prison ». Des messages identiques ont
également été envoyés à des collègues de la base militaire qui, comme elle, s’étaient
retrouvées le Samedi noir enfermées dans une salle d’opérations, “armées”
uniquement de leurs téléphones cellulaires, alors que les terroristes du Hamas
se déchaînaient.
« Nous avons essayé d’expliquer que
nous ne pouvions pas revenir au boulot », raconte Mai. « Nous avons
perdu nos camarades. Nous avons passé des heures à nous cacher, au milieu des
cadavres, dans cette salle d’opérations ».
El 10 de diciembre próximo, Javier Milei se
instalará en la Casa Rosada, situada en la Plaza de Mayo en Buenos Aires. El
58º presidente argentino llegará allí con sus perros clonados, su hermana
rasputiniana y su concubina telegénica. Se supone que permanecerá allí hasta el
2027, a menos que no se fugue en helicóptero en pleno mandato, como hizo uno de
sus predecesores, Fernando de la Rúa, el 20 de diciembre 2001. En este país
aplastado por una política surrealista, uno puede esperarse a todo.
Vistas sus prestaciones públicas desde hace
algunos años, Milei merece su apodo: El Loco. Hizo todo, dijo todo,
desembaló todo, sobre su infancia desdichada, la pérdida de su perro, su
práctica del yoga tántrico, blandiendo la motosierra con la que va a decapitar
el Banco Central, el Ministerio de la Mujer, el de la Cultura, el del Bienestar
Social y el Museo de la Memoria de la ex-ESMA.
Prohibirá el aborto, autorizará la venta de
niños, la venta de órganos y el armamento de los buenos ciudadanos de bien
apasionados de legítima defensa, privatizará el petróleo y el gas de esquistos,
y un gran etcétera.
Dicho de otro modo, no tiene programa, pero
profirió a lo largo de su campaña eructos a diestra y siniestra. Poco antes de
la segunda vuelta, cayendo en la cuenta que había ido un poco lejos, buscó
tranquilizar a los electores:«
Tranquilos, no privatizaré ni la Salud ni la Educación ».
En resumen, El Loco es un mosaico: una dosis
de humpy-trumpy, una cucharada de bolsonaritis, un efluvio de
zelenskiada, aliño de meloni-abascaliadas con una cascarita de
marina-orbanidad, y todo a la salsa porteña*.
Y el payaso la rompió entre los de arriba,
entre los del medio, y sobre todo entre los pringaos.
Los descamisados, término despectivo -asumido
por los peronistas- para designar a los pringaos, le hicieron un triunfo a Juan
Domingo Perón en 1946, en 1951 y, mucho después del golpe de Estado de 1955 que
lo envió al exilio, al inicio de los años 1970. Luego el movimiento peronista
se dividió en facciones totalmente opuestas: de un lado el ala marchanta-revolucionaria,
algo teñida de marxismo y de teología de la liberación, y el ala fascista,
dirigida por Lopez Rega, el Rasputín de Perón y de su viuda Isabelita,
organizador de los comandos de asesinos de la Triple A, la Alianza
Anticomunista Argentina.
Al salir de las sombras después de la caída de
la dictadura en 1983, el peronismo no ha hecho sino derivar de líder en líder:
Menem, Duhalde, Kirchner I (el marido, Néstor) y Kirchner II (la mujer,
Cristina) y finalmente Alberto Fernández.
Ochenta años después de su nacimiento, luego
de la Revolución de 1943, el peronismo está definitivamente muerto. Lo que fue
en su día un maremoto obrero y popular que escogió como primer nombre el
inimitable « Partido Único de la Revolución », antes de rebautizarse « Partido
Justicialista » y cambiar de nombre a cada gran elección, devino en una canasta
de escorpiones matándose entre ellos en la carrera por los curules y los
taburetes.
Los descamisados de hoy, el 42% de la
población clasificada pobre, no son los del siglo pasado. Para 46 millones de
habitantes, se cuentan 38,2 millones de teléfonos « inteligentes ». No
sorprende pues que los tiktokeros hayan votado por un pirado. La alternativa el
Señor 648% de inflación, el ministro de Economía Sergio Massa. Al presentarlo
como candidato a la presidencia, el postpostpostneoneoperonismo se hizo el
hara-kiri.
De ello dan testimonio los resultados del voto
en las villas miseria, equivalente argentino de las favelas brasileñas.
En casi todos los antiguos bastiones del peronismo votaron por El Loco, sin
comprender que El Loco era un Alfil (fou: loco, en francés) del
Rey, y que ese rey se llama Macri, el cual -agazapado en las sombras- va a
manipular las cuerdas del nuevo pelele de la Casa Rosada dolarizada.
« El hombre desciende del mono, el Argentino
desciende del barco », dice una antigua broma. ¿Los Argentinos retomarán un
barco -o un avión- para un nuevo éxodo? ¿O bien nos regalarán una explosión
social generalizada, un Argentinazo ? Vivir para ver.
NdT * Los no familiarizados con la política mundial
tal vez no reconozcan aquí todos los personajillos neofascistas:
Ce texte a été écrit en
novembre 2002, à un moment où, en France et ailleurs, une campagne
d’intoxication d’une rare violence était menée par les autorités israélienne
avec le film de propagande « Décryptage », dans lequel Yasser Arafat
et plus largement les Palestiniens sont caricaturés comme l’étaient les juifs
dans les médias nazis. À l’époque, les bombardements sur les habitants de Gaza
avaient ému l’opinion publique, et il s’agissait de la faire taire. D’où les
procès intentés par le Conseil représentatif des institutions juives de France
(CRIF) contre Daniel Mermet (Radio France) et d’autres journalistes pour
« antisémitisme ». Objectif : criminaliser l’antisionisme en
l’assimilant au racisme. 20 ans plus tard, ce texte reste hélas toujours aussi
pertinent.
L’historien
italien s’inquiète des effets dévastateurs de l’instrumentalisation de
la mémoire de l’Holocauste pour justifier la « guerre génocidaire »
menée par l’armée israélienne à Gaza. Ce dévoiement pourrait causer une
« remontée spectaculaire » de l’antisémitisme, alerte-t-il.
L’historien
italien Enzo Traverso, spécialiste du totalitarisme et des politiques
de la mémoire, enseigne l’histoire intellectuelle à l’université Cornell
aux États-Unis. De passage à Paris, l’auteur de La Violence nazie (La Fabrique, 2002), La fin de la modernité juive (La Découverte, 2013), Mélancolie de gauche(La Découverte, 2016) ou encore Révolution - Une histoire culturelle(La
Découverte, 2022), analyse dans cet entretien les effets
potentiellement dévastateurs de l’instrumentalisation de la mémoire de
l’Holocauste pour justifier la « guerre génocidaire » menée par l’armée israélienne à Gaza.
Tout en dénonçant la terreur du 7 octobre, il appelle à ne pas tomber
dans le piège tendu par le Hamas et par l’extrême droite israélienne,
qui conduirait à la destruction de Gaza et à une nouvelle Nakba. « On
peut manifester pour la Palestine sans déployer le drapeau du Hamas ;
on peut dénoncer la terreur du 7 octobre sans cautionner une guerre
génocidaire menée sous prétexte du “droit légitime d’Israël de se
défendre” », défend-il.
Mediapart : Dans « La fin de la modernité juive »
(La Découverte, 2013), vous défendiez l’idée qu’après avoir été un foyer
de la pensée critique du monde occidental, les juifs se sont retrouvés,
par une sorte de renversement paradoxal, du côté de la domination. Ce
qui se passe aujourd’hui confirme-t-il ce que vous écriviez ?
Enzo Traverso : Hélas, ce qui est train de se passer
aujourd’hui me semble confirmer les tendances de fond que j’avais
analysées, et cette confirmation n’est pas du tout réjouissante. Dans ce
livre, je montrais que l’entrée des juifs dans la modernité eut lieu,
vers la fin du XVIIIe siècle, sur la base d’une anthropologie
politique particulière. Cette minorité diasporique se heurtait à une
modernité politique façonnée par le nationalisme, qui voyait en eux un
corps étranger, irréductible à des nations conçues comme des communautés
ethniques et territoriales.
Engagés, après l’émancipation, dans la sécularisation du monde moderne, les juifs se sont retrouvés, au tournant du XXe siècle,
dans une situation paradoxale : d’une part, ils s’éloignaient
progressivement de la religion, en épousant avec enthousiasme les idées
héritées des Lumières ; de l’autre, ils étaient confrontés à l’hostilité
d’un environnement antisémite. C’est ainsi qu’ils sont devenus un foyer
de cosmopolitisme, d’universalisme et d’internationalisme. Ils
adhéraient à tous les courants d’avant-garde et incarnaient la pensée
critique. Dans mon livre, je fais de Trotski, révolutionnaire russe qui
vécut la plupart de sa vie en exil, la figure emblématique de cette
judéité diasporique, anticonformiste et opposée au pouvoir.
La
guerre à Gaza confirme que le nationalisme le plus étriqué, xénophobe et
raciste, dirige aujourd’hui le gouvernement israélien.
Le paysage change après la Seconde Guerre mondiale, après
l’Holocauste et la naissance d’Israël. Certes, le cosmopolitisme et la
pensée critique ne disparaissent pas, ils demeurent des traits de la
judéité. Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, cependant,
un autre paradigme juif s’impose, dont la figure emblématique est celle
de Henry Kissinger : un juif allemand exilé aux États-Unis qui devient
le principal stratège de l’impérialisme américain.
Avec Israël, le peuple qui était par définition cosmopolite,
diasporique et universaliste est devenu la source de l’État le plus
ethnocentrique et territorial que l’on puisse imaginer. Un État qui
s’est bâti au fil des guerres contre ses voisins, en se concevant comme
un État juif exclusif – c’est inscrit depuis 2018 dans sa Loi fondamentale
– et qui planifie l’élargissement de son territoire aux dépens des
Palestiniens. Je vois là une mutation historique majeure, qui indique
deux pôles antinomiques de la judéité moderne. La guerre à Gaza confirme
que le nationalisme le plus étriqué, xénophobe et raciste, dirige
aujourd’hui le gouvernement israélien.
D’un autre côté, l’offensive du Hamas le 7 octobre a agi comme une
réactivation mémorielle très forte en Israël, à tel point
qu’aujourd’hui la mémoire de l’Holocauste est utilisée pour justifier
les massacres à Gaza. Comment maintenir une mémoire juive qui ne soit
pas instrumentalisée ainsi ? Peut-on réactiver la première judéité dont
vous parliez ?
Le 10 décembre prochain, Javier Milei prendra ses marques à la Casa Rosada, la Maison rose, sur la Plaza de Mayo à Buenos Aires. Le 58ème
président argentin s’y installera avec ses chiens clonés, sa sœur
raspoutinienne et sa concubine télégénique. Il est censé y rester
jusqu’en 2027, à moins qu’il ne s’enfuie en hélicoptère en cours de
mandat, comme un de ses prédécesseurs, Fernando de la Rúa, le 20
décembre 2001. Dans ce pays accablé par une politique surréaliste, on
peut s’attendre à tout.
Au vu de ses prestations publiques depuis quelques années, Milei
mérite bien son surnom : El Loco, Le Fou. Il a tout fait, tout dit, tout
déballé, sur son enfance malheureuse, la perte de son chien, sa
pratique du yoga tantrique, brandissant la tronçonneuse avec laquelle il
va décapiter la Banque centrale, le ministère des Femmes, celui de la
Culture, celui de la Protection sociale, le musée de la mémoire de
l’ex-ESMA. Il va interdire l’avortement, autoriser la vente d’enfants,
la vente d’organes, l’armement des bons citoyens épris de légitime
défense, il va privatiser le pétrole et le gaz de schiste, et j’en
passe. Bref, il n’a pas de programme, mais il a proféré tout au long de
la campagne des éructations à tort et à travers. Peu de temps avant le
deuxième tour, se rendant compte qu’il était allé un peu trop fort, il a
cherché à tranquilliser les électeurs : « Pas de panique, je ne vais
pas privatiser la santé et l’éducation ».
Bref, El Loco est un patchwork : une dose de humpy-trumpy, une louche
de bolsonase, une effluve de zelenskiade, le tout saupoudré de
melono-abascaliades avec un zeste de marino-orbanité, le tout à la sauce
porteña.
Et le clown a fait un tabac chez ceux d’en haut, ceux du milieu et, surtout ceux d’en bas.
Les descamisados -les sans-chemise, un terme méprisant pour désigner
les gueux, repris à leur compte par les péronistes – avaient fait un
triomphe à Juan Domingo Perón en 1946, 1951 et, après le putsch de 1955
qui l’envoya en exil, au début des années 1970. Puis le mouvement
péroniste avait explosé, entre factions totalement opposées : d’un côté
l’aile marchante révolutionnaire, teintée de marxisme et de théologie de
la libération, et l’aile fasciste, dirigée par Lopez Rega, le
Raspoutine de Perón et de sa veuve Isabelita, organisateur des commandos
de tueurs de la Triple A, l’Alliance Anticommuniste Argentine.
Ressortant de l’ombre après la chute de la dictature en 1983, le
péronisme n’a fait que dériver de leader en leader : Menem, Duhalde,
Kirchner I (le mari, Néstor) et Kirchner II (la femme, Cristina) et
enfin Alberto Fernández. 80 ans après sa naissance au lendemain de la
Révolution de 1943, le péronisme est bel et bien mort. Ce qui fut en son
temps un raz-de-marée ouvrier et populaire et qui choisit comme premier
nom de parti l’inimitable « Parti Unique de la Révolution » avant de se
renommer « Parti Justicialiste », puis de changer de nom avant chaque
grande échéance électorale, est devenu un panier de crabes se bouffant
entre eux dans la course aux fauteuils et aux strapontins.
Les descamisados d’aujourd’hui, les 42% de la population classés
comme pauvres, ne sont pas ceux du siècle dernier. Pour 46 millions
d’habitants, on compte 38,2 millions de téléphones « intelligents ». Pas
étonnant donc que les tiktokeurs aient voté pour un toqué.
L’alternative était Monsieur 648% d’inflation, le ministre de l’Économie
Sergio Massa. En le présentant comme candidat à la présidence, le
postpostpostnéonéopéronisme s’est fait hara-kiri. En témoignent les
résultats du vote dans les villas miseria, équivalent argentin des
favelas brésiliennes. Dans presque tous ces anciens bastions du
péronisme, on a voté pour El Loco, sans comprendre que Le Fou était un
Fou du Roi, et que ce roi s’appelle Macri, lequel, tapi dans l’ombre, va
tirer les ficelles du nouveau pantin de la Maison rose dollarisée.
« L’homme descend du singe, l’Argentin descend du bateau », dit une
vieille blague. Les Argentins vont-ils reprendre un bateau – ou un avion
– pour un nouvel exode ? Ou bien vont-ils nous régaler d’une explosion
sociale généralisée, un Argentinazo ? Qui vivra verra.
NdT
La lecture de cet article hallucinant a
achevé de me convaincre que ce qu’on appelle Israël est le plus grand asile
psychiatrique du monde connu. J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent les
féministes du reste du monde.
Il n’est pas nécessaire d’inventer une conspiration
pour expliquer les échecs catastrophiques du 7 octobre. Les doses criminelles
de chauvinisme et d’arrogance restent toujours impunies.
Des guetteuses de l’armée israélienne au travail à Nahal Oz. Photo de l'armée
Quinze femmes soldats non armées ont été tuées à
la base de surveillance de Nahal Oz des FDI le 7 octobre, lors de ce que l’on
appelle généralement l’attaque “surprise” du Hamas contre les communautés [israéliennes
juives] frontalières de Gaza. Sept autres ont été prises en otage et l’une d’entre
elles a été tuée par ses ravisseurs à Gaza.
Maya et Yael, deux guetteuses (ou observatrices de
terrain) survivantes, ont vécu l’enfer. Leurs amies ont été exécutées sous
leurs yeux et elles ont dû faire semblant d’être mortes pendant des heures,
entourées de cadavres, avant d’être secourues sous les tirs. Comme elles l’ont
dit depuis au journaliste d’investigation israélien Roni Singer sur la chaîne
publique Kan, elles ne font pas seulement face à la perte de leurs amies, au
traumatisme de cette journée et aux blessures physiques, mais à quelque chose
de bien plus grave.
Pour Maya et Yael, ainsi que pour des dizaines d’autres
femmes de Tsahal
positionnées à la frontière de Gaza et chargées de surveiller la bande de Gaza en permanence, de
recueillir des renseignements et des informations sur les activités
terroristes, l’attaque du 7 octobre n’a pas été une surprise. Elles avaient une
très bonne idée de son déroulement dès la seconde où elle a commencé. En effet,
pendant des mois, elles ont vu des militants du Hamas s’entraîner pour ce scénario
: ils s’entraînaient à conduire les véhicules à travers la frontière, à
assassiner des civils israéliens dans les kibboutzim, à s’emparer des bases de
l’armée, à démonter les caméras de la clôture frontalière et même à retourner
dans Gaza avec des otages.
Les jeunes soldates ne prennent pas cette
découverte à la légère. À plusieurs reprises, elles ont raconté à leurs
commandants ce dont elles avaient été témoins. Des officiers de tous grades
leur ont dit que leurs rapports n’avaient aucun sens. Certains ont dit aux
observatrices qu’elles ne comprenaient pas ce qu’elles voyaient, même lorsqu’il
s’agissait de très hauts responsables du Hamas qui donnaient des instructions à
des hommes armés à quelques mètres de la clôture. Un officier israélien de haut
rang qui a visité la base de Nahal Oz cette année a été explicite : « Je
ne veux plus entendre parler de ces absurdités », a-t-il déclaré. "Si
vous m’enquiquinez encore avec ça, vous passerez en justice ».
Talia (nom fictif), une observatrice interrogée
par Yaniv Kubovich de Haaretz, a déclaré que cette attitude avait toujours prévalu
vis-à-vis des femmes soldats de sa base. « Personne
ne fait vraiment attention à nous », lui a-t-elle dit. Pour eux, c’est « restez
devant votre écran » et c’est tout. Ils disaient : « Vous êtes nos
yeux, pas la tête qui doit prendre des décisions sur les informations ».
Les histoires sur la façon dont ces soldates ont
été ignorées de façon
méprisante et constante par des hommes plus âgés et plus expérimentés sont si
stupéfiantes qu’elles sont déjà à la base de certaines théories conspirationnistes
entourant les événements du 7 octobre. Car pourquoi une armée de pointe, une
superpuissance du renseignement, construirait-elle des systèmes de défense
sophistiqués, y consacrerait-elle des milliards, puis formerait-elle des
centaines ou des milliers de jeunes femmes à leur utilisation - pour ensuite ne
rien faire des informations qu’elles ont recueillies ? C’est à n’y rien
comprendre.
Sauf, bien sûr, si vous avez déjà été une femme
dans l’armée, sur un lieu de travail ou dans le monde. Vous savez alors qu’il n’est
pas nécessaire d’inventer une conspiration pour expliquer les échecs
catastrophiques du 7 octobre. Les doses criminelles de chauvinisme et d’arrogance
restent toujours impunies.
Anne Boyer (Topeka, Kansas,
1973) est une poétesse, essayiste et professeure usaméricaine qui a reçu le
Prix Pulitzer de l’essai en 2020. Jusqu’au 16 novembre, elle était responsable
de la rubrique Poésie du New York Times Magazine, le supplément dominical du quotidien,
qui publie un poème chaque semaine. Voici son annonce de démission.
Je viens de
donner ma démission de mon poste de rédactrice en chef de la rubrique Poésie du
New York Times Magazine.
La guerre de
l’État d’Israël contre la population de Gaza, soutenue par les USA, n’est une
guerre pour personne. Elle n’offre aucune sécurité, ni pour Israël, ni pour les
USA, ni pour l’Europe, et surtout pas pour les nombreuses personnes juives dénigrées
par ceux qui prétendent abusivement se battre en leur nom. Les seuls à en tirer
un profit mortel sont les intérêts pétroliers et les fabricants d’armes.
Le monde, l’avenir,
nos cœurs, tout devient plus petit et plus difficile à cause de cette guerre.
Il ne s’agit pas seulement d’une guerre de missiles et d’invasions terrestres.
Il s’agit d’une guerre permanente contre le peuple de Palestine, un peuple qui
résiste depuis des décennies à l’occupation, aux déplacements forcés, aux
privations, à la surveillance, au siège, à l’emprisonnement et à la torture.
Vu que notre
statu quo est une expression personnelle, le mode de protestation le plus
efficace pour les artistes est parfois de refuser.
Je ne peux
pas écrire sur la poésie au milieu des tons “raisonnables” de ceux qui cherchent
à nous acclimater à cette souffrance déraisonnable. Finis les euphémismes
macabres. Finis les paysages d’enfer verbalement aseptisés par du blabla. Finis
les mensonges va-t-en-guerre.
Si cette démission laisse dans les
news un trou de la taille d’une poésie, alors c’est là la vraie forme du
présent.
Manifestation pour la Palestine devant le siège du New York Times le 9 novembre 2023
Si j’avais à soutenir le droit
d’Israël à se « défendre » face à la population palestinienne à Gaza et
en Cisjordanie, voici ce que je dirais :
Le territoire israélien
étant trop exigu et trop vulnérable, et en déficit démographique face
aux populations arabes indigènes, il est nécessaire de l’agrandir par de
nouvelles guerres de conquête, d’expulser toujours davantage de
Palestiniens, et de défricher & purifier leur territoire au
phosphore blanc.
L’économie mondiale n’étant pas au beau fixe, une
bonne guerre permet de relancer l’industrie de l’armement du parrain
américain d’Israël, tout en détournant le regard de la débâcle en
Ukraine.
Les Palestiniens sont basanés depuis les pieds jusqu’à la
tête ; et certains ont le nez si épaté, qu’il est presque impossible de
les plaindre. On ne peut se mettre dans l’esprit que D.eu, qui est un
être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps
basané.
Il est si naturel de penser que c’est l’appartenance à la
race juive qui constitue l’essence de l’humanité, que certains passages
du Talmud, autorité incontestable pour les intégristes religieux,
placent les Goyim au rang des animaux.
Même si le récit des 40
bébés israéliens décapités par le Hamas a été rétracté, il a placé le
monde dans un tel émoi qu'il justifie toutes les actions possibles et
imaginables contre la population palestinienne à Gaza ; quant aux
dizaines de bébés palestiniens prématurés morts à l'hôpital Al-Shifa
lorsqu'Israël l'a pris d'assaut et a délibérément coupé l'électricité
indispensable au fonctionnement de leurs couveuses, bien que ces décès
soient avérés, ils ne sauraient prétendre susciter ne serait-ce qu'une
fraction de l'indignation mondiale pro-israélienne consécutive au 7
octobre. Au taux de change en vigueur entre vies israéliennes et vies
palestiniennes, ce serait absolument inconcevable, la preuve d'un mépris
inouï pour la valeur des vies humaines blanches.
Une preuve que
les Palestiniens n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils sont prêts à se
sacrifier ainsi que toute leur famille et tous leurs biens pour leur
cause, et à rester dans des camps de réfugiés des pays voisins pendant
des décennies, ce génération après génération, au lieu de tourner la
page de la Nakba (1948) et de la Naksa (1967). Le progrès de la
civilisation ne peut pas s’accommoder d'un tel ancrage passéiste, pas
plus qu'il ne s'est accommodé des tipis Amérindiens. De leur côté, les
Israéliens vivent avec leur temps : ceux qui le peuvent prennent l’avion
dès que les hostilités éclatent, et quant à ceux qui restent et sont
déplacés à l’intérieur d’Israël, ils exigent d’être hébergés dans des
hôtels étoilés et de ne pas être importunés par la guerre, mal
nécessaire à l’avancée de l’humanité des ténèbres de l’archaïsme et de
l’ignorance vers la lumière du progressisme et de la modernité.
Rappelons que d'après la Bible, Pharaon, maître des Égyptiens, a fait périr tous les
nouveau-nés juifs de sexe masculin afin d’empêcher l’avènement du
Sauveur des Hébreux, Moïse. Si les musulmans ont vraiment un D.eu
protecteur comme Ya.vé, il leur enverra un Sauveur, le prétendu « Mahdi
», pour les secourir et réaliser un miracle tel qu’ouvrir les flots de
la Mer rouge. Le projet de déportation des 2,5 millions d'habitants de
Gaza dans le Sinaï est justement une occasion rêvée pour éprouver la
véracité de l'islamisme, religion des Palestiniens, et de les émanciper de leurs vaines superstitions (tout en hâtant la venue du vrai Messie, le Machia'h).
Les Juifs ayant été
persécutés tout au long de leur histoire, si les habitants de Gaza
étaient pleinement des hommes et non des « animaux humains », on
commencerait à croire que les Israéliens ont la cruauté d'infliger à un
peuple les sévices qu’ils ont eux-mêmes subi, et que les occidentaux et
européens, qui soutiennent inconditionnellement Israël, bafouent le
droit international, les droits de l’homme et l’humanité la plus
élémentaire, alors qu'ils s'en affirment les champions, et perpétuent
aveuglément les crimes de leur passé colonialiste et génocidaire.
Des
petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux femmes,
enfants et bébés palestiniens, qui meurent par milliers : car si leur
vie à Gaza, immense camp de concentration, est de toute façon vouée à
être misérable, et qu’aucun des 57 pays arabo-musulmans ne veut les
accueillir ni même lever le petit doigt pour les secourir (si ce n'est les exceptions notables du Liban et du Yémen, autres candidats à l'annihilation), preuve que ce
peuple est maudit et honni même par les siens, abréger leur existence
par des bombardements massifs et indiscriminés n’est pas un acte de
barbarie mais un acte de miséricorde et de pitié, qualités incarnées de
manière exemplaire par Netanyahou et son gouvernement fasciste, de même
que par la fine fleur des dirigeants occidentaux (Biden, Trudeau,
Shunak, Macron).
Plusieurs « détails » dans le récit construit par la machine de propagande de guerre sioniste après le 7 octobre et visant à justifier l’énorme disproportion entre l’action (l’attaque palestinienne) et la réaction (le massacre à grande échelle de tout être humain dans les zones bombardée), avaient de quoi faire tiquer toute personne douée d’un minimum de bon sens et de sang-froid.
Il y a eu d’abord les bébés juifs décapités (ou égorgés). Faux. Les personnes ayant un minimum de mémoire se sont rappelé les fameux bébés prématurés dans les couveuses koweïtiennes soi-disant débranchées par les soldats irakiens. Le « témoignage » d’une fille d’ambassadeur à Washington, concocté par une boîte de com, avait fini dans les poubelles de l’histoire.
Il y a eu ensuite les jeunes participants à la rave party massacrés sans discrimination par les monstrueux barbus. Il s’est ensuite avéré qu’une bonne partie d’entre eux et elles avaient été abattus par des tirs indiscriminés d’hélicoptères israéliens.
Femmes de l’organisation terroriste Haganah, années 1940. Photo Zoltan Kluger
Et maintenant, les femmes juives violées par les horribles terroristes. Dans toutes les guerres, dans tous les conflits que j’ai pu suivre depuis 50 ans, je n’avais jamais entendu parler de femmes violées par des combattants musulmans, ou islamistes. En Bosnie, ce furent les tchetniks serbes qui violèrent des femmes bosniaques musulmanes, au point que les autorités religieuses bosniaques émirent une fatwa disant que l’avortement, dans ce cas, était halal. Il y a eu des phénomènes similaires en Tchétchénie, de la part des soldats russes, ou au Cachemire, de la part des soldats indiens. Revenons à Gaza : croyez-vous qu’un combattant ultra-stressé pris dans des échanges de tirs, lourdement chargé, sachant qu’il risque la mort à chaque seconde, va avoir ne serait-ce que l’idée de violer une femme israélienne juive tremblante de peur ?
Il y a quelques semaines, une jeune écrivaine palestinienne qui devait recevoir un prix à Francfort pour son roman, s’est vu envoyer paître au dernier moment. Motif : son roman « donnait une image unilatérale de l’armée israélienne, la présentant comme une armée de tueurs et de violeurs ». Le roman raconte l’histoire d’une fille bédouine de 14 ans violée par des soldats israéliens durant la Nakba. Les responsables de l’attribution du prix ont annulé la remise suite à une campagne lancée par la Tageszeitung, le quotidien berlinois qui naquit à la suite de Libération et qui a suivi la même pente savonneuse que Libération, même s’il n’est possédé ni par Rotschild ni par Drahi et qu’il n’a pas (encore) un rédac chef israélien, ancien des services de renseignement de l’armée la plus démocratique du monde.
Et nous arrivons au clou de l’affaire. Samantha Peason était jusqu’à ces derniers jours directrice du Centre d'aide aux victimes d'agressions sexuelles de l’Université d’Alberta, à Edmonton, dans le Far West canadien. La pauvre Samantha se retrouve au chômage : elle vient d’être virée de son boulot pour avoir osé signer un appel signé par plus de 2000 personnes et organisations remettant en cause le récit des « viols commis par le Hamas », repris tel quel par le leader du Nouveau Parti Démocratique (social-démocrate) Jameet Singh. Ce qui a fait bondir tous les inconditionnels d’Israël dans l’appel, c’est la qualification de ce récit comme « accusation non vérifiée ». La Fédération juive d’Edmonton a vu là une marque d’antisémitisme.
Au Canada comme ailleurs, il est interdit que qualifier de menteurs les guerriers du Propagandaministerium de Netanyahou and Co. Plus le mensonge est gros, et mieux il passe : « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose », disait Josef Goebbels. Nos Goebbels sont ou se disent juifs. Pour eux, il n’y aura donc pas de Nuremberg.
La pin-up sioniste, un thème récurrent sur la toile, mêlant pornographie, féminisme et bellicisme (catégorie : pornohasbara)