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17/09/2022

LUIS CASADO
Réveille-toi, Bernard Maris ! Ils sont devenus fous...

Luis Casado, 16/9/2022
Traduit  par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Les nouvelles de l'économie sont un film d'horreur. L'inflation bat des records, le déficit énergétique promet un hiver glacial en Europe et des prix de luxe pour l'électricité et le gaz. Mais tout cela était prévisible. Sauf que le populo préfère mater le foot…

Bernard Maris, un économiste, un vrai...

Plus d'une fois, j'ai rendu hommage à celui qui fut, involontairement, mon mentor en économie, le grand Bernard Maris. Son livre Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles devrait être une lecture obligatoire à Harvard et à Chicago, grâce à quoi il n'y aurait pas d'économistes à la moirmol et le monde irait mieux.

La lecture de Maris permet de démêler l’embrouillamini. Si vous poussez le vice jusqu'à lire Frédéric Lordon et même Jacques Sapir, tout l'édifice théorique de l'économie standard - celle qui justifie la misère, la faim et la pénurie pour les moins-que-rien et la richesse, l’ennui et l'abondance pour les privilégiés - s'effondre comme un château de cartes.

Ainsi j'ai su que pour la théorie économique standard, le temps n'existe pas, ou bien que lorsqu'il y a contradiction entre la théorie et la réalité, c'est la réalité qui se trompe (George Stigler, prix Nobel d'économie 1982), et un tombereau d’autres calembredaines, comme par exemple que les monopoles et les cartels n'existent pas, sans parler du caractère ontologique de l'information par excellence : les prix.

Si, comme la grande majorité des économistes, vous ne connaissez rien à l'économie, ne vous inquiétez pas. En électricité, vous pouvez déduire tout l'enchaînement théorique à partir de la formule u=R*i : il suffit de se donner la peine. En économie, il suffit de connaître la loi de l'offre et de la demande (si les prix augmentent, l'offre augmente, si les prix baissent, la demande augmente) et de savoir que toute intervention extérieure au marché est de la merde. Apprenez-le par cœur et exigez votre diplôme à l'Université du Chili, ou à la Catholique, à Harvard ou à la London School of Economics, en vous épargnant des années d'études inutiles et le bonbon qu'elles coûtent.

Les dogmes susmentionnés ont disparu au combat, au milieu de la crise toute fraîche d'hier et des inquiétantes menaces de stagflation confirmées par les banques centrales pour demain.

Un élément majeur du désastre dans lequel nous sommes plongés concerne la très célèbre loi de l'offre et de la demande dans le domaine de l'énergie. Sa rareté, générée par l'incurie, l'incompétence et l'irresponsabilité de gouvernements ineptes et inaptes, a conduit le G7 - groupe qui réunit les sept pays selon eux-mêmes les plus importants de la planète, à savoir l'Allemagne, le Canada, la France, l'Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les USA - à plafonner le prix de l'énergie, bordel de merde. Oui, comme vous l'avez lu. Ce n'est plus la loi de l'offre et de la demande qui fixe les prix, mais sept sommités de l’espèce jeanfoutriste qui n'ont même pas eu la délicatesse d'informer le FMI, ni la Banque mondiale, ni Harvard, ni la London School of Economics, qui ont abrogé la loi en laissant comme deux ronds de flan les économistes idiots (pléonasme).

L'économiste suisse Michel Santi a annoncé la bonne nouvelle le 13 septembre dernier, comme suit :

« La limitation des prix du pétrole décidée il y a quelques jours par le G7 est une mesure originale, inédite, que nous devons prendre très au sérieux. »

J'ai pris Michel au sérieux, au point de publier quelques-unes de ses notes. Je chante donc la palinodie et je reconnais que ce mammifère n'est qu'un économiste de plus. Il ose affirmer que la mesure - qui envoie aux huitième et neuvième cercles (Fraude et Trahison) de l'enfer la théorie économique - est originale et inédite. Ni l'un ni l’autre. Faut-il donner des exemples pour le prouver ? Non content de se rendre responsable de cette connerie, Michel abonde dans la bêtise :

« Les pays membres de ce club exclusif refuseront donc d'acheter leur pétrole à la Russie à un prix dépassant un certain niveau qui sera fixé ultérieurement. La Russie pourrait prendre de l'avance et refuser de vendre du pétrole à des nations qu'elle juge hostiles. Nous devons cependant écarter immédiatement cette hypothèse car les revenus liés au pétrole ont représenté ces dernières années jusqu'à 40% des revenus du Kremlin ».

Mais la Russie n'a rien dit. C'est la Norvège, pays membre de l'UE, aujourd'hui principal fournisseur d'énergie en Europe, qui a été la première à déclarer que la limitation du prix du pétrole, ils pouvaient se la mettre là où je pense : « Cela ne résoudra pas la question de fond - a déclaré Jonas Gahr Støre, Premier ministre norvégien - qui est que nous n'avons pas assez d'énergie ».

Ce qui m'amène à considérer que la théorie qui condamne toute intervention extérieure au libre marché, même lorsque cette intervention vise à corriger les défauts du libre marché, n'est pas si bête.

L'une des principales raisons de la catastrophe énergétique qui a mis les pays de l'UE au bord de l'effondrement est liée à « l'organisation du marché de l'énergie » qui a obligé à introduire le marché libre dans des pays qui n'avaient aucun problème. Compte tenu des résultats (les « libres concurrents» facturent jusqu'à treize fois le prix de revient de l'énergie qu'ils revendent), l'UE entend modifier « l'organisation du marché libre ». Vous me suivez ?

De sorte que l'autre principe fondateur de la libre concurrence, celui qui déclare que « toute intervention extérieure au marché est du caca », est aussi allé aux orties, à cause des libre-marchistes.

Ce qui est curieux, c'est que Bernard Maris avait prévu toute cette mascarade et publié son livre il y a 20 ans, affirmant à l'époque (2003) que la théorie économique était morte depuis au moins 30 ans. Il y a donc un demi-siècle que la théorie du libre marché est devenue ce qu'elle est, une arnaque, grâce au labeur de nombreux économistes libre-marchistes - Sonnenschein, Mantel, Debreu, Nash et bien d'autres - qui, en essayant de prouver la théorie de l’équilibre général (loi de Walras) dont on parle tant, ont prouvé exactement le contraire.

Si demain matin vous entendez à la radio, ou lisez dans la presse, que l'inflation et la récession perdurent et nous conduisent à un giga-abîme, pensez un instant à Bernard Maris, assassiné par des intégristes islamistes à Paris, chez Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.


   

 

 

 

 

16/09/2022

EDITORIAL ALMUZARA
El Frente Polisario desde sus orígenes hasta la actualidad
Nuevo libro de Carlos Ruiz Miguel

https://grupoalmuzara.com/libro/9788411312134_portada.jpg

¿Por qué nació? ¿Por qué continúa existiendo? ¿Qué papel juega hoy en el orden internacional?

Idolatrado por unos, calumniado por otros, desconocido para la mayoría, ¿qué es en realidad el Frente Polisario?

El Frente Polisario es la organización creada para liberar al Sahara Occidental del colonialismo. Idolatrado o calumniado, se habla mucho del Frente, pero se le conoce poco. A menudo los mismos que afirman que la relación con Marruecos es de la máxima importancia en la política exterior española desconocen o fomentan el desconocimiento sobre el Frente Polisario, a pesar de que éste es una de las preocupaciones máximas de la política exterior de Marruecos. Y precisamente por eso el conocimiento del Frente Polisario resulta necesario no sólo para entender la política regional en el Norte de África sino también para poder enjuiciar la política exterior de España.

Quienes vivieron los últimos años de la presencia española en el Sahara Occidental han oído hablar mucho del Frente Popular de liberación saharaui (el Frente Polisario), pero quizá tienen un conocimiento incompleto del mismo. En estos últimos años, las generaciones más jóvenes oyen hablar del Frente Polisario por hechos como la acogida en un hospital español al Secretario General del Frente Polisario o las crisis en las relaciones con Marruecos o Argelia.

Desde su nacimiento en 1973, no es posible entender la historia del Sahara Occidental sin conocer también la historia del Frente Polisario. Desde entonces hasta hoy, el Frente Polisario ha cometido aciertos y errores, ha tenido éxitos y fracasos, ha sufrido deserciones y ha sido calumniado. En circunstancias internas y externas extraordinariamente difíciles ha experimentado cambios importantes tratando de adaptarse, con resultados diversos, a las nuevas circunstancias.

Este libro quiere acercar al lector al conocimiento del Frente Polisario, mostrando sus objetivos iniciales y sus objetivos actuales, sus fortalezas y sus debilidades, sus principales figuras.

Carlos Ruiz Miguel
Carlos Ruiz Miguel es catedrático de Derecho Constitucional de la Universidad de Santiago de
Compostela (USC) y director del Centro de Estudios sobre el Sáhara Occidental (CESO) de esta Universidad. Autor del libro “El Sahara Occidental y España” (Dykinson, 1995). Coautor con Moisés Ponce de León Iglesias y Yolanda Blanco Souto de “El Sáhara Occidental. Prontuario jurídico. 15 Enunciados básicos sobre el conflicto” (Andavira/CESO, 2ª ed. 2019 y 1ª ed. en Argentina, CESO/CTA-ATE, Buenos Aires, 2022) también publicado en inglés, en 2018, y en francés, en 2019. Coautor con Yolanda Blanco de “Historia filatélica del Sahara Occidental Español” (Andavira/CESO, 2022). Ha contribuido en capítulos de libro relacionados con el Sahara Occidental publicados en España, Francia, Italia, Bélgica, Holanda, Austria, Rusia, Sudáfrica y es responsable de artículos sobre el Sahara Occidental publicados en revistas científicas de España, Francia, Argelia, México, Colombia y Venezuela.

PVP: 17,95 €
ISBN: 978-84-11312-13-4
Páginas: 240
Tamaño: 15 x 24 cm
Encuadernación: rústica con solapas
Publicación: 09/09/2022
Edición ilustrada


RAMZY BAROUD
40 ans après le massacre de Sabra et Chatila, les plaies restent béantes

Ramzy Baroud, Middle East Monitor, 12/9/2022
Traduit par

Le 16 septembre marque le 40e anniversaire du massacre de Sabra et Chatila. Environ 3 000 réfugiés palestiniens ont été tués par des milices phalangistes libanaises opérant sous le commandement de l’armée israélienne.


Affiches commémoratives dans le cimetière du massacre de Sabra et Chatila [Photo Ferdous Al-Audhali/Middle East Monitor].

Quatre décennies se sont écoulées, mais les survivants du massacre et les parents des victimes n’ont reçu aucune mesure de justice. Beaucoup sont morts et d’autres vieillissent en portant les cicatrices de leurs blessures physiques et psychologiques, dans l’espoir que, peut-être, de leur vivant, ils verront les bourreaux derrière les barreaux.

Cependant, bon nombre des commandants israéliens et phalangistes qui ont ordonné l’invasion du Liban et orchestré ou exécuté les massacres odieux dans les deux camps de réfugiés palestiniens en 1982 sont déjà morts. Ariel Sharon, qui a été mis en cause par la commission officielle israélienne Kahan un an plus tard pour sa « responsabilité indirecte » dans les macabres massacres et viols, a ensuite gravi les échelons pour devenir le premier ministre d’Israël en 2001. Il est décédé en 2014.

Même avant le massacre de Sabra et Chatila, le nom de Sharon a toujours été synonyme de meurtres de masse et de destruction à grande échelle. C’est lors de l’opération Shoshana, menée dans le village palestinien de Qibya en Cisjordanie en 1953, que Sharon a acquis sa réputation. Après l’occupation israélienne de Gaza en 1967, le général israélien a été surnommé « le bulldozer » ; après Sabra et Shatila, il est devenu « le boucher ».

Le Premier ministre israélien de l’époque, Menachem Begin, est également mort. Il n’a manifesté aucun remords pour le meurtre de plus de 17 000 Libanais, Palestiniens et Syriens lors de l’invasion du Liban par Israël en 1982. Sa réponse nonchalante aux meurtres perpétrés dans les camps de réfugiés de Beyrouth Ouest résume l’attitude d’Israël à l’égard de toutes les tueries et de tous les massacres perpétrés contre les Palestiniens au cours des 75 dernières années : « Les Goyim tuent les Goyim », a-t-il dit, « et ils accusent les Juifs ».

Les témoignages de ceux qui sont arrivés à Sabra et Chatila après les jours de massacre dépeignent une réalité qui nécessite une profonde réflexion, non seulement chez les Palestiniens, les Arabes et, surtout, les Israéliens, mais aussi dans l’humanité tout entière.

La regrettée journaliste américaine Janet Lee Stevens a décrit ce dont elle avait été témoin : « J’ai vu des femmes mortes dans leur maison, la jupe remontée jusqu’à la taille et les jambes écartées ; des dizaines de jeunes hommes abattus après avoir été alignés contre le mur d’une ruelle ; des enfants égorgés, une femme enceinte au ventre ouvert, les yeux encore grands ouverts, son visage noirci hurlant silencieusement d’horreur ; d’innombrables bébés et bambins poignardés ou déchiquetés et jetés dans des tas d’ordures. »

GIDEON LEVY
Deux garçons palestiniens ont perdu chacun un œil suite à des tirs de l'armée israélienne

Gideon Levy et Alex Levac  (photos), Haaretz, 16/9/2022
Traduit  par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Deux garçons palestiniens, âgés de 11 et 15 ans, ont chacun perdu un œil après s’être fait tirer dessus par des soldats israéliens. Le plus jeune s'est vu refuser l'entrée en Israël pour recevoir des soins médicaux car il représente un “risque pour la sécurité”. Le plus âgé s'est rendu en Jordanie pour tenter de sauver son œil.

Ils vivent à un kilomètre de distance, ne se sont jamais rencontrés et ne le feront probablement jamais. L'un est issu d'une famille de réfugiés et il vit dans l'un des camps les plus sinistres, les plus pauvres et les plus surpeuplés de Cisjordanie. L'autre, plus âgé de quelques années, vit avec sa mère et ses frères et sœurs dans une maison relativement spacieuse dans une ville voisine. Le père du premier est l'imam du camp. Le père du garçon plus âgé vit à Houston, au Texas, depuis quatre ans et demi, dans l'espoir d'améliorer sa vie et d'obtenir la citoyenneté usaméricaine pour lui et sa famille, et d'assurer un avenir à ses enfants. Pour le garçon du camp de réfugiés, cependant, il n'y a ni présent ni avenir.

La principale chose que ces deux jeunes ont en commun, outre le fait qu'ils sont des Palestiniens vivant sous l'occupation israélienne, est la triste réalité : chacun d'eux a récemment perdu un œil suite à des tirs de soldats des forces de défense israéliennes. Safi Jawabra, 11 ans, a perdu son œil gauche ; Ziad Abu Ayyash, 15 ans, a été touché à l'œil droit.

 
  Ziad Abou Ayyash

Une autre chose que les deux enfants ont en commun concerne Ibrahim al-Nabulsi, l'un des individus les plus recherchés par Israël jusqu'à ce qu'il soit abattu par les forces de sécurité israéliennes à Naplouse le 9 août. C'est ce même jour, lors d'une manifestation de protestation contre le meurtre de Nabulsi organisée à Beit Ummar, sa ville, que Ziad Abou Ayyash a été blessé. Pour sa part, Jawabra porte aujourd'hui une photo de Nabulsi en pendentif accroché à une chaîne autour de son cou.

Al-Aroub évoque les images d'un camp de réfugiés comme à Gaza. Des allées étroites où se pressent des hordes d'enfants après l'école, des ordures qui s’entassent dans les rues, une pauvreté abjecte, un fatras de structures, avec des maisons superposées, et des hommes sans emploi, oisifs et apathiques. Et comme si tout cela ne suffisait pas, une tour de béton fortifiée de l'armée israélienne domine le camp, tandis que des soldats tiennent les postes de contrôle postés à chacune des deux entrées d'Al-Aroub depuis la route 60, entre Bethléem et Hébron.

Safi Jawabra vit au deuxième étage d'un immeuble situé à l'extrémité d'une des étroites ruelles d'Al-Aroub. C'est une maison misérable, dont l'entrée est également pleine d’ ordures, bien qu'une tentative désespérée ait été faite pour atténuer la grisaille sous la forme de canapés en velours cramoisi délavé dans le salon. Jawabra, vêtu d'un jean à la mode, est un garçon séduisant, avec deux fossettes et un sourire conquérant. Il est le plus jeune des sept membres de la famille ; c'est son père, Ahmed, 65 ans, qui est l'imam local.

 

Jawabra porte une photo d'Ibrahim al-Nabulsi en pendentif

15/09/2022

GIDEON LEVY
La Stasi d'Israël prêche la morale

Gideon Levy, Haaretz, 14/9/2022
Traduit  par
Fausto Giudice, Tlaxcala

S'il y a une personne qui n'a pas l'autorité, et surtout pas le droit, de faire des prêches à Israël sur les lois de sa démocratie, c'est bien lui. S'il y a une organisation qui sape et détruit la démocratie israélienne plus que toute autre organisation ou politicien, c'est bien elle. Et s'il y a un fonctionnaire qui ne peut pas dire un seul mot sur le gouvernement, c'est le chef du service de sécurité Shin Bet.

Mais dans le chaos total qui règne aujourd'hui, où chaque bâtard est un roi, comme le dit le dicton, chaque chef d'une obscure agence est un professeur de morale.

Le chef du Shin Bet, Ronen Bar, lors de la conférence annuelle de l'Institut de politique antiterroriste (ICT) à l'Université Reichman de Herzliya, le 11 septembre 2022. Photo : Moti Milrod

Ronen Bar (né Ronen Berezovsky) est mécontent de la politique israélienne. Selon lui, elle encourage l'“axe du mal”, un terme infantile et propagandiste qui ignore, bien sûr, le mal de l'agence qu'il dirige lui-même - un mal qui a probablement peu de rivaux dans le monde - et ne concerne que le mal des autres.

S'exprimant lors d'une conférence à l'université Reichman de Herzliya, cette tour d'ivoire qui ressemble parfois plus à un camp d'état-major des FDI qu'à une université, et où chaque responsable d'une organisation de défense est considéré comme un oracle intellectuel, Bar a prévenu que les divisions au sein de la société israélienne encouragent la terreur et les méchants de l'axe. Il est difficile de dire qui était la cible de l'acte d'accusation du chef des argousins, encore plus difficile de comprendre ce qu'il veut (propose-t-il que nous nous unissions, comme la Corée du Nord ou l'Iran ?), mais le fait qu'il ose donner des conseils sur la démocratie est péniblement ridicule.

Le Shin Bet est une organisation vitale, tout comme l'est le service d'assainissement d'une ville. Ces agences font un travail sale, mais important, sans lequel la vie n'est pas sûre.

Mais contrairement aux activités des égoutiers, tout le travail que les hommes des ténèbres accomplissent dans le cadre de leurs fonctions n'est pas aussi vital qu'on nous le dit, et il ne faut certainement pas le vénérer, comme on nous l'apprend ; en tout cas, il cause aussi de sérieux dommages au tissu de la vie ici.

Il est difficile d'évaluer le véritable bilan - combien d'attaques terroristes le Shin Bet déjoue et combien d'attaques il motive par ses activités non contrôlées. Mais lorsque Bar se vante de 2 000 arrestations récentes, il est clair qu'il y a plus que quelques innocents parmi eux, et des personnes qui seront radicalisées par leur seule détention.

Dans une réalité où, chaque nuit, des soldats accompagnés de chiens terrorisent les gens qui dorment chez eux et arrachent des citoyens de leur lit sur ordre du Shin Bet, sans aucune supervision légale bien sûr, et dans une réalité où des centaines de personnes sont détenues sans procès pendant des mois et des années, également sur ordre du Shin Bet, il est clair que les dégâts sont énormes. La conséquence la plus grave est de transformer la démocratie israélienne en l'une des tyrannies militaires les plus brutales du monde, ne serait-ce que dans sa propre arrière-cour.

Le Shin Bet opère à peine dans l'Israël souverain. Mais ce qu'il fait dans les territoires occupés depuis 1967, qui sont une partie inséparable d'Israël, apparemment pour toujours, rend impossible de définir Israël comme une démocratie, certainement pas quand il est clair que ce n'est pas une situation temporaire. Il n'y a aucun mal avec lequel la Stasi israélienne - dans les territoires, le Shin Bet est la Stasi dans tous les sens du terme, avec une technologie plus avancée que celle dont disposait la tristement célèbre organisation est-allemande - n'est pas familière.

Cette semaine encore, j'ai rencontré, au camp de réfugiés d'Al-Arroub, un garçon de 11 ans qui a perdu un œil à cause d'une balle des FDI. Aujourd'hui, il a également été défini comme un risque pour la sécurité, et il lui est interdit d'entrer en Israël pour se faire soigner au centre médical Hadassah de Jérusalem, sur ordre du Shin Bet. La semaine dernière, deux patients atteints de cancer dans la bande de Gaza sont décédés ; ils n'ont pas pu recevoir de traitement en Israël à temps car le Shin Bet leur a refusé l'entrée pendant deux mois.

Peut-être que tout ce mal est nécessaire pour combattre la terreur - c'est très douteux - mais la personne qui commande les agents du mal ne peut pas prêcher la morale. Il serait préférable que ces personnes aient honte de certaines des actions honteuses dont elles sont responsables.

C'est une fois de plus la saison de l'arrogance des faucons de la sécurité. Le chef du Mossad a menacé l'Iran, le chef du renseignement militaire a menacé le Hezbollah et le chef du Shin Bet a menacé Israël. Cette dernière menace est la plus sérieuse et la plus dangereuse de toutes.

 

LUIS E. SABINI FERNANDEZ
Time is money, une maxime capitaliste : et la vie, qu’est-ce que c’est ?
Dark Waters, DuPont et le téflon

 Luis E. Sabini Fernández, 9/9/2022

Traduit par Rafael Tobar, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

 Dark Waters

Réalisé en 2019 par Todd Haynes, Dark Waters est un film usaméricain primé et aclamé, qui a été produit et interprété par Mark Ruffalo. Le scénario de Mario Correa et Matthew M. Carnahan est basé sur l’article The Lawyer Who Became DuPont's Worst Nightmare de Nathaniel Rich dans le New York Times. Il raconte l’histoire réelle de l’avocat Robert Bilott, exposant clairement l'idéologie dominante aux USA, au-delà du contenu explicite du film, et pour lequel il a été très bien accueilli.

Bilott, avocat dans un cabinet dédié à la défense des patrons d’entreprises, lui-même originaire de Virginie-Occidentale, apprend qu'un des voisins de sa grand-mère est confronté à la mort inexplicable de vaches de son élevage.

Il a 190 vaches mortes, qu'il a au départ enterrées « comme si c’était des membres de la famille », dit-il à Bilott, mais au fur et à mesure que les ravages mystérieux s'étendent, l’éleveur se rend compte que les eaux du ruisseau local ont été contaminées, et il se voit contraint de brûler les carcasses ensemble.

Ses terres jouxtent le terrain d’un laboratoire de l’entreprise DuPont, et, vu qu’on est dans la seconde moitié du 20e siècle, l’éleveur se demande inévitablement quel poison provient de ce terrain.

Le rôle du protagoniste du film est au départ ambigu : il veut sincèrement aider le voisin de sa grand-mère (qui vit dans une maison qu'il a bien connue dans son enfance), un éleveur moyen qui s’appelle Wilbur Tennant, mais ses collègues du cabinet le préviennent qu’il serait insensé de se bagarrer contre l’entreprise DuPont.

Bilott essaie donc de porter plainte dans la limite d’un délai de prescription, afin de corriger certaines irrégularités qu'il ne comprend pas lui-même. 

L'avocat qui représente l’entreprise DuPont, vieux copain du monde des petits arrangements entre amis, n'accepte aucune conciliation, pas même celle que Bilott avait timidement prévu de proposer.

 L’avocat de la défense et l’entreprise

Et l'incursion de Bilott dans le dédale des dispositions commerciales et juridiques lui fait découvrir l'univers des produits toxiques et des poisons utilisés en toute impunité.

Il apprend peu à peu que les études et les analyses qui se font, tant celles de l'entreprise que celles commandées à des tiers, révèlent des dommages que DuPont passe sous silence.

L’entreprise est protégée par des avis « scientifiques» (en fait, signés par des scientifiques) attestant de l'innocuité ou de la faible nocivité des substances chimiques étudiées.

Ce n'est pas nouveau. Le téflon ne fait que répéter, en matière de santé, la tendance de nombreux autres polymères à haut rendement commercial, économique et financier.

Cette merveille technologique fut découverte « par hasard » en 1938 par Roy J. Plunkett (comme l’immense majorité des plastiques dérivés du pétrole découverts dans la première moitié du 20e siècle).

Et en 1945, il a été breveté et commercialisé :

« Depuis  qu’elle a été enregistrée, la marque Teflon™ est devenue immensément populaire et reconnue dans le monde entier pour ses propriétés antiadhésives[1].

Elle est utilisée dans les : « revêtements pour ustensiles de cuisine ; les tissus et les imperméabilisants antitaches et antisalissures; les revêtements pour des environnements de production et industriels difficiles ».

Peut-être aurait-il été utilisé dans des revêtements industriels sans le potentiel pathogène qu'il a révélé lorsqu'on l’appliqua sur des casseroles et des poêles, en contact direct avec nos aliments.

«Plunkett reçut la reconnaissance de la communauté scientifique, universitaire et civile du monde entier pour sa contribution. Il a été intronisé au Plastics Hall of Fame en 1973 et au National Inventors Hall of Fame en 1985.

D'après la transcription ci-dessus, nous pouvons voir que le téflon faisait partie du techno-optimisme des hommes d'affaires qui n'étaient pas prêts à perdre le business à cause de quelques personnes affectées.



Rob Bilott sur les terres des Tennant, près de Parkersburg, Viginie occidentale. Photo Bryan Schutmaat pour le New York Times

La ténacité de Bilott et, surtout, celle de Tennant, qui, même malade (car ce ne sont pas seulement ses vaches qui ont été contaminée et tuées), lui permettra de poursuivre ses efforts pour localiser la source des dégâts.

Aussi, lorsque DuPont tente de calmer le jeu en accordant une mini-indemnité de 16 millions de dollars à un certain nombre de victimes, et en s'appuyant sur une décision de l'EPA (Agence usaméricaine de protection de l'environnement), à une époque où l'entreprise continuait d’empocher un milliard de dollars de ventes annuelles sur ses «produits fantastiques» et où Bilott lui-même est tenté, Tennant ne cède pas et insiste pour  combattre  DuPont.

Il est lui-même déjà atteint d'un cancer, tout comme sa compagne.

Tennant n'a pas seulement dû affronter l'entreprise contaminante, contrefaisante et meurtrière ; il n'a pas non plus reçu de soutien local, car ses voisins ont fui tout contact, le critiquant pour avoir mordu la main de ceux qui modernisaient l'endroit avec un établissement modèle...

On peut comparer Wilbur Tennant et son incroyable persévérance à la lutte d'un agriculteur victime du glyphosate contre une autre entreprise géante, Monsanto.

Percy Schmeiser, un Canadien,  a également fini par gagner un procès après des années et des décennies de contamination, de harcèlement, d'abus et de chicaneries.

Les produits toxiques finiront par rendre malades d'autres voisins de Tennant et des travailleurs de l'usine de Parkersburg, en Virginie occidentale.



L'usine chimique située près de Parkersburg, en Virginie occidentale, à l'origine de la contamination au centre du recours collectif contre DuPont. Photo Bryan Schutmaat pour le New York Times

14/09/2022

RUTH MARGALIT
“Shtisel”, la série Netflix qui plonge dans la communauté ultra-orthodoxe juive de Jérusalem

 Ruth Margalit, The New Yorker, 14/4/2019
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Ruth Margalit est une écrivaine israélienne qui vit à Tel Aviv après une décennie à New York. Ses écrits sont parus entre autres dans The New Yorker, The New York Times Magazine, The New York Review of Books, Columbia Journalism Review et Slate. Elle a fait partie de la rédaction du New Yorker, a étudié la littérature anglaise et l'histoire à l'université de Tel Aviv et a obtenu un master en journalisme à l'université de Columbia. @ruthmargalit

La série israélienne "Shtisel" exploite dramatiquement les restrictions de la vie ultra-orthodoxe mais ne suggère pas que ses personnages centraux veulent ou doivent s'en échapper. Netflix

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été fascinée par la communauté haredi, ou ultra-orthodoxe, d'Israël. J'ai grandi dans un quartier de Jérusalem situé à une courte distance en voiture de leur enclave la plus insulaire, à Mea Shearim, et lors des déplacements qui nécessitaient de passer par cette partie de la ville - chez le dentiste, chez le père d'un ami - j'avais l'habitude d'observer leurs grandes familles avec envie : des groupes d'enfants courant côte à côte dans les rues pavées, les filles portant des robes de velours qui semblaient avoir été coupées dans un seul tissu, dans ce qui me semblait alors être un spectacle élaboré de sororité.

Au fil des ans, cette envie s'est transformée en quelque chose que je ne peux que qualifier de pitié. J'ai observé non pas les enfants haredi, mais leurs sœurs plus âgées et leurs jeunes mères harassées, souvent cachées derrière une poussette à deux places. Sous le soleil israélien sans pitié, elles portaient des collants en forme de treillis, des pulls en laine et des perruques lourdes. Elles avaient l'air épuisées. Le film Kadosh, réalisé en 1999 par le réalisateur israélien (non religieux) Amos Gitai, a semblé réaffirmer mes préjugés : racontant l'histoire de deux sœurs haredi, l'une à qui on conseille de quitter son mari parce qu'ils ne peuvent pas concevoir et l'autre contrainte à un mariage sans amour, le film dépeint les femmes haredi comme des esclaves qui aspirent à se libérer. Ayant grandi avec certaines libertés, il m'a été impossible d'envisager la non-liberté autrement qu'avec un jugement désinvolte. Un désir de validation s'insinue également. Plus le monde dépeint est étrange, plus il est étouffant, plus les contours du nôtre n’irritent plus.

Un besoin de voyeurisme prend le dessus lorsqu'il s'agit de sociétés isolées et autosuffisantes. Nous prétendons vouloir découvrir des modes de vie parallèles alors qu'en réalité, notre désir le plus fort est de découvrir à quel point ils sont différents des nôtres. En 2007, comme de nombreux Israéliens, j'étais scotchée devant une série télévisée à succès, “A Touch Away”, sur une adolescente ultra-orthodoxe de la ville haredi de Bnei Brak qui tombe amoureuse d'un émigré russe laïc. Je pensais avoir un aperçu authentique de la façon dont “ils” - les Haredim - vivaient, mais ce que je regardais en réalité, je l'ai compris depuis, c'était un feuilleton relevé dont le message implicite était que l'amour romantique ne peut être atteint qu'en surmontant les restrictions religieuses.

Je n'avais pas réalisé à quel point la superficialité et les conjectures avaient influencé ma vision de toute une communauté. Jusqu'à ce que je regarde “Shtisel”, une série israélienne diffusée actuellement sur Netflix, qui raconte l'histoire de quatre générations d'une famille ultra-orthodoxe vivant à Jérusalem. La série, qui a été créée par deux hommes ayant une connaissance intime de la communauté haredi, exploite dramatiquement les restrictions de la vie ultra-orthodoxe mais ne suggère pas que ses personnages centraux veulent ou doivent s'en échapper. Il ne s'agit pas, comme la plupart des autres représentations des Haredim, du désir de sortir des confins de leur société, mais plutôt des peines et des joies ordinaires de la vie en son sein. Comme me l'a dit l'un des créateurs de la série, Yehonatan Indursky, « cette perspective selon laquelle les Haredim vivent dans une sorte de ghetto et n'attendent que le jour où ils pourront s'en échapper - c'est un fantasme pour passer le temps de personnes laïques ».

La série, qui a été diffusée pour la première fois en Israël sur la chaîne de diffusion par satellite Yes, en 2013, nous présente la famille Shtisel exactement un an après le décès de la matriarche de la famille. Le fils, Akiva, est un alter [vieux, en yiddish, NdT] rêveur, ou “célibataire vieillissant”, de vingt-quatre ans, qui dessine en secret. Il accepte un poste de professeur remplaçant dans l'école où enseigne son père et tombe amoureux d'Elisheva, la mère d'un de ses élèves, veuve et plus âgée que lui.

Shulem, par John Blenkinsopp

 Shulem, le père, est un homme de confort qui semble toujours être en train de manger. Au début de la série, il transfère sa mère dans une maison de retraite où, pour la première fois de sa vie, elle possède une télévision. La plus ennuyeuse des émissions de télé-réalité devient, dans son récit, une prouesse talmudique : « Il y a un tribunal d'érudits qui leur apprend à chanter ! », dit-elle à Shulem, le souffle coupé. Giti, la sœur d'Akiva, est mariée à un boucher casher qui se fait la malle en Argentine, la laissant seule pour s'occuper de leurs cinq enfants. La fille aînée du couple est Ruchami, une adolescente bibliophile magnifiquement portraiturée (Shira Haas) qui, le soir, lit à ses frères ce qu'elle appelle “Hannah Karenina”.

Shtisel” est généreux, léger et nostalgique, même si les origines de cette nostalgie restent floues. Il est également un peu vieux jeu, non seulement en raison de son sujet mais aussi de sa structure situationnelle. Des choses arrivent et cessent d'arriver aux personnages dans un même épisode : une maladie, un vol. C'est un drame déguisé en sitcom. Le centre de gravité de la série est la relation père-fils entre Shulem et Akiva, que l'on voit généralement assis autour de leur table de cuisine exiguë, avec sa toile cirée, mangeant des légumes coupés en tranches en manches de chemise et en châle de prière. Dans l'un de ces épisodes, ils discutent de l'amour non réciproque d'Akiva pour Elisheva. Shulem l'appelle “la veuve Rothstein” et “celle de la banque” (Elle travaille comme caissière). Akiva a annulé des fiançailles arrangées avec une autre femme, et Shulem s'inquiète que cela ait rendu son fils “de second choix”. Pourtant, c'est parce qu'il soupçonne qu'Akiva a peut-être déjà ruiné ses perspectives de mariage que Shulem est maintenant favorable à la quête d'Elisheva par son fils. Qu'est-ce qu'il y a à perdre ?, pense Shulem. Il est pratique, pas sentimental. Il conseille à son fils d'être stable et confiant, “comme le soleil”, et de forcer Elisheva à “retourner” vers lui. Mais Akiva le réprimande : « Les temps changent, Aba.» (« Le Juif reste le même, et le soleil aussi », rétorque Shulem).

Elisheva (Ayelet Zurer)

Giti (Neta Riskin)
Rushami (Shira Haas)

Ce qu'Akiva pense changer n'est jamais clair. Ce ne doit pas être grand-chose, étant donné que la série donne au mariage entre cousins et aux fiançailles entre deux jeunes de seize ans un aspect quotidien, voire romantique. Et pourtant, pendant douze épisodes par saison, vos habitudes sont imprégnées de celles de l'écran. Vous vous retrouvez à applaudir la consanguinité, à mazal-tov-er les adolescents. “Shtisel” jette ce genre de sort. C'est en grande partie grâce à l'absence de jugement de ses créateurs et au résultat de plusieurs performances puissantes et discrètes, notamment celles d'Ayelet Zurer, dans le rôle d'Elisheva, et de Neta Riskin, dans celui de Giti - deux femmes fougueuses et intelligentes que la vie a laissé tomber. “Shtisel” est peut-être alimenté par Akiva et Shulem, mais ce sont les femmes qui font monter la température. « Tu ne me vois pas vraiment », dit Elisheva à Akiva à un moment donné. « Je n'ai pas l'énergie pour recommencer. » « Recommencer quoi ? » demande-t-il. « Tout », dit-elle. « Je n'ai pas l'énergie pour l'amour, un mariage, une maison, des meubles, plus de famille, plus d'enfants, plus de vie ».

En plissant un peu les yeux, Elisheva pourrait être un personnage de Jane Austen, une Anne Elliot ou une Elinor Dashwood. C'est l'un des plaisirs de la série, et cela nous rappelle pourquoi les intrigues de mariage contemporaines sont difficiles à réaliser : les enjeux ne semblent jamais vraiment élevés lorsque tout ce que vous avez à faire est de glisser vers la droite. Dans leur quartier haredi de Geula, cependant, les regards comptent, tout comme le risque de déraper dans l'ordre social et d'échapper à un mariage digne de ce nom.

13/09/2022

1 milliard de dollars en 4 ans : dans les enclaves hassidiques de New York, les écoles privées défaillantes regorgent d'argent public
Une enquête du New York Times

Eliza Shapiro et Brian M. Rosenthal, The New York Times,11/9/2022
Photograpies de Jonah Markowitz

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Pendant plus d'un an, les reporters du New York Times ont interrogé plus de 275 personnes, traduit des dizaines de documents en yiddish et analysé des millions de lignes de données sur les écoles privées défaillantes de la communauté juive hassidique. Ci-dessous le résultat de leur enquête, publié en anglais et, pour la première fois dans l'histoire du journal, en yiddish.

Les écoles religieuses juives hassidiques de New York ont bénéficié d'un milliard de dollars de financement public au cours des quatre dernières années, mais ne sont soumises à aucun contrôle extérieur.

La communauté juive hassidique a longtemps géré l'une des plus grandes écoles privées de New York à ses propres conditions, résistant à tout examen extérieur des résultats de ses élèves.

Mais en 2019, l'école, la Central United Talmudical Academy, a accepté de faire passer des tests standardisés de l'État en lecture et en mathématiques à plus de 1 000 élèves.

Tous ont échoué.

Les élèves d'une douzaine d'autres écoles gérées par la communauté hassidique ont enregistré des résultats tout aussi médiocres cette année-là, ce qui, dans des circonstances ordinaires, serait le signe d'un système éducatif en crise. Mais là où d'autres écoles peuvent être en difficulté en raison d'un manque de financement ou d'une mauvaise gestion, ces écoles sont différentes. Elles échouent à dessein.

Les dirigeants de la communauté hassidique de New York ont construit des dizaines d'écoles privées pour éduquer les enfants à la loi, à la prière et à la tradition juives - et pour les isoler du monde séculier. Proposant peu d'anglais et de mathématiques, et pratiquement pas de sciences ou d'histoire, elles font travailler les élèves sans relâche, parfois brutalement, pendant des heures de leçons religieuses dispensées en yiddish.

Le résultat, selon une enquête du New York Times, est que des générations d'enfants ont été systématiquement privées d'une éducation de base, piégeant nombre d'entre eux dans un cycle de chômage et de dépendance.

Séparé par sexe, le système hassidique échoue de manière flagrante dans ses plus de 100 écoles pour garçons. Réparties dans Brooklyn et dans la vallée inférieure de l'Hudson, ces écoles forment chaque année des milliers d'élèves qui ne sont pas préparés à affronter le monde extérieur, ce qui contribue à faire passer les taux de pauvreté dans les quartiers hassidiques parmi les plus élevés de New York.

Ces écoles semblent fonctionner en violation des lois de l'État qui garantissent aux enfants une éducation adéquate. Malgré cela, selon le Times, les écoles hassidiques pour garçons ont trouvé le moyen d'obtenir d'énormes sommes d'argent du gouvernement, collectant plus d'un milliard de dollars au cours des quatre dernières années seulement.

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SERGIO FERRARI
La memoria naviga negli oceani e riunisce le generazioni
Libro di ex prigionieri politici argentini lanciato in italiano


 Sergio Ferrari, La Pluma, 13/9/2022
Tradotto da Fausto Giudice, Tlaxcala

Sergio Ferrari, ex prigioniero politico argentino, vive dal 1978 in Svizzera, dove lavora come giornalista per vari media europei e latinoamericani.

La memoria collettiva non conosce confini e non accetta amnesie imposte. Il Grand Hotel Coronda si rivolge al Vecchio Mondo e cerca nuovi porti per condividere fari di speranza.

  

Vista attuale del reparto numero 5 del carcere di Coronda. Foto Sergio Ferrari

Da Coronda a Roma, passando per la Svizzera italiana

Dal 15 settembre, si presenta in Europa Grand Hotel Coronda. Racconti di prigionieri politici sotto la dittatura argentina 1974-1979, a quasi vent'anni dalla pubblicazione in Argentina della versione originale spagnola, Del otro lado de la mirilla.

 

 El Periscopio – Olvidos y Memorias de ex Presos Políticos de Coronda 1974 – 1979

Dalla sua pubblicazione nel 2003, Del otro lado de la mirilla ha avuto ripercussioni significative, sia a livello nazionale che all'estero. Si tratta di una testimonianza collettiva e anonima di ex prigionieri politici detenuti a Coronda, Santa Fe, una delle carceri di massima sicurezza in Argentina durante l'ultima dittatura civile-militare (1976-1983). Si tratta di uno dei primi libri del genere pubblicati in America Latina, frutto del lavoro di un nutrito gruppo di autori riuniti nella Asociación El Periscopio.

Fonte di ispirazione per la creazione teatrale Coronda en Acción, presentata nel 2006 (https://www.youtube.com/watch?v=mkK12e2yaFw), durante la recente pandemia, questo lavoro collettivo ha alimentato concettualmente anche il progetto Corondaes, un'esperienza performativa audiovisiva. Ha inoltre ispirato la realizzazione del cortometraggio Retorno a Coronda (2020), proiettato come introduzione alle presentazioni del libro in Europa.

Nel 2020, l'editore svizzero de l'Aire ha pubblicato la traduzione francese con il titolo Ni fous, ni morts (“Né pazzi né morti”). E dalla seconda settimana di settembre sarà presentato in italiano con il titolo Grand Hotel Coronda, frutto del lavoro di un grande collettivo di solidarietà e della prestigiosa casa editrice romana Albatros Il Filo, che ha una vasta rete di distribuzione attraverso librerie e media digitali.

Molto più che un libro “storico”

“Più che un progetto editoriale, concepiamo Grand Hotel Coronda come una proposta educativa e di sensibilizzazione per rafforzare la solidarietà tra i popoli”, spiega il ricercatore scientifico italiano Enrico Vagnoni, membro del Gruppo di gestione del progetto, composto da una ventina di membri che ne hanno reso possibile la pubblicazione.

Per Vagnoni, che tra il 2001 e il 2006 è stato operatore di sviluppo per una ONG italiana nel nord di Santa Fe e in altre zone dell'Argentina, l'obiettivo principale di Grand Hotel Coronda è raggiungere un pubblico giovane. E per portare loro “un messaggio di speranza e di solidarietà, che rafforzi in Italia, in Svizzera, o ovunque lo leggiate, le sfide globali che le nuove generazioni devono affrontare. Tra le altre, nella lotta per la difesa del clima, per l'uguaglianza di genere, contro la spietata esclusione dei rifugiati, per la ricostruzione collettiva della memoria”.

Secondo Vagnoni, che vive a Sassari, in Sardegna, il contenuto di quest'opera di 410 pagine, organizzata in 39 capitoli, apporta e attualizza valori come la resistenza alle strategie del terrore, la solidarietà e l'impegno collettivo. Si tratta di riferimenti etici universali che trascendono lo specifico contesto geografico e storico del Grand Hotel Coronda. E per questo, spiega Vagnoni, molte delle presentazioni in Europa “faranno parte di un progetto educativo che prevede incontri nelle scuole, nei licei e nelle università, oltre a spettacoli teatrali e musicali e altre iniziative educative e culturali ispirate ai contenuti dell'opera”.


La prima di queste attività, il calcio d'inizio di una vera e propria maratona politico-letteraria, si svolgerà il 15 settembre in un collegio della città svizzera di Bellinzona, con la partecipazione di un centinaio di giovani che stanno per terminare la loro formazione pre-universitaria.

Nella Svizzera italiana, con la presenza di tre ex prigionieri politici di Coronda, sono previste presentazioni pubbliche anche a Biasca, Lugano e Mendrisio. A partire da lunedì 19 settembre, il Grand Hotel Coronda visiterà centri comunitari, culturali e sindacali a Parma, Bologna, Pavia, Livorno e Roma, dove Casa Argentina ospiterà il lancio pubblico il 4 ottobre. Nello stesso mese, una mezza dozzina di altre attività si svolgeranno in Sardegna e nella regione Toscana (Rignano sull'Arno e Firenze).