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01/04/2023

GIDEON LEVY
Jours tragiques dans les annales d’un camp de réfugiés palestiniens

Gideon Levy et Alex Levac (photos), Haaretz, 31/3/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le cyclomotoriste qui s’est fait tirer dessus et qui a été arraché aux ambulanciers. La mère qui est allée rendre visite à son fils blessé et qui a découvert que le patient dans le lit était quelqu’un d’autre, qui avait été déclaré mort. Les enfants en bas âge utilisés comme boucliers humains. Histoires d’Aqabat Jabr

Nasser Shloun avec les jumeaux Mohammed et Ahmed. Les soldats ont ordonné aux personnes qui se trouvaient dans la rue de tenir les enfants en bas âge pour les protéger des jets de pierres.

 Quelqu’un dans la pièce a dit avoir entendu un coup de feu, quelqu’un d’autre a immédiatement vérifié les mises à jour sur les médias sociaux du camp de réfugiés. Les rapports indiquent que des soldats israéliens en civil se trouvent dans les ruelles.

L’armée avait de nouveau envahi le camp, cette fois en plein jour, afin d’enlever des personnes sans aucune autorisation légale - un acte connu en Israël sous le nom d’“arrestation d’activistes terroristes”. Tout le monde est devenu tendu et a commencé à quitter la maison prudemment, l’un après l’autre, en file. Dans la rue, les gens courent. Il se passe quelque chose, ailleurs dans le camp. Au bout de la rue, des habitants avertissent les automobilistes de faire demi-tour, des soldats sont là. Nous avons quitté le camp par une route de contournement.

C’est ce qui s’est passé lundi après-midi dernier, lorsque nous nous sommes rendus dans le camp de réfugiés d’Aqabat Jabr, à la périphérie de Jéricho, pour documenter ce qui s’est passé dans cet endroit reculé au cours des dernières semaines. Alors qu’en Israël, les gens retenaient leur souffle dans l’attente de l’annonce par le premier ministre de la suspension de son paquet de “réformes” législatives, les habitants d’Aqabat Jabr retenaient leur souffle dans la crainte de l’armée israélienne, qui a commencé à y mener des raids fréquents, laissant derrière elle des morts et des blessés.

Jamais la ville de Jéricho, normalement calme, n’a semblé aussi éloignée de Tel Aviv. Deux récentes fusillades dont les auteurs venaient du camp - l’une n’a fait aucun blessé, l’autre a coûté la vie à un Israélien né aux USA, Elan Ganeles, 26 ans - ont amené à plusieurs reprises l’armée dans les ruelles étroites d’Aqabat Jabr.

Le 1er  mars vers midi, Nasser Shloun, 58 ans, s’est présenté au domicile de son frère Maher pour changer la serrure de la porte d’entrée. Nasser est un ancien prisonnier qui, en 1989, a été condamné à la prison à vie pour le meurtre d’un officier de police ; il a été libéré dans le cadre des accords d’Oslo de 1993. L’un de ses frères a été assassiné par des inconnus une semaine après sa propre libération d’une prison israélienne ; un autre frère a été libéré il y a des années dans un état mental instable dont il ne s’est pas remis.

AMIRA HASS
Les masses israéliennes protesteront-elles contre une injustice qu’elles ont causée ?

Amira Hass, Haaretz, 31/3/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le/la Cynique : Les Israéliens manifestent donc parce qu’ils craignent d’être arrêtés à l’étranger pour avoir commis des crimes de guerre et interrogé des Palestiniens sous la torture ?

Le/la Fan : C’est quoi ton problème ? Les agents du Shin Bet, les architectes qui ont conçu les colonies d’Ariel et de Ma’aleh Adumim, les avocats et les juges qui ont approuvé la coupure de la bande de Gaza du monde et la destruction des villages de Masafer  Yatta - ne sont qu’une minorité parmi les dizaines de milliers d’opposants à ce détestable coup d’État contre notre système de gouvernement.

Des manifestants contre la refonte du système judiciaire se rassemblent devant le Parlement israélien à Jérusalem, lundi. Photo : AHMAD GHARABLI - AFP

C : Mais ils sont du même milieu que les manifestants. Ils renoncent aux salauds de la Police des frontières et de La Familia, mais en même temps ils veulent assurer l’avenir de leurs enfants comme tortionnaires du Shin Bet, développeurs de logiciels espions, bombardeurs de Gaza, avocats qui approuvent les déportations et ainsi de suite, sans risquer d’être arrêtés lorsqu’ils débarqueront à La Haye ou à Madrid.

Des manifestants comparent Israël à une république bananière lors d’une manifestation à Jérusalem lundi. Photo : Emil Salman

F : C’est une image démagogique de la société israélienne. Tout d’abord, les juifs mizrahi manifestent également. Deuxièmement, la majorité d’entre eux sont des gens qui travaillent dur, des salariés comme toi et moi, sans pensions financées par l’État, avec des hypothèques et des dettes et de la colère face à la détérioration des systèmes d’éducation et de santé. Regarde comment ils ont réussi à saper l’arrogance capitaliste du Kohelet Forum.

HAARETZ
Le Ku Klux Klan israélien doit être mis hors la loi

Éditorial, Haaretz, 31/3/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

« Nous les entendions crier et nous étions sûrs qu'ils allaient nous tuer d'une minute à l'autre. Nous avons attendu tranquillement dans l'obscurité totale sans bouger d'un pouce. Nous nous sommes ensuite débarrassés de tout ce qui avait trait à la manifestation : pancartes, mégaphone et sacs, et nous nous sommes préparés à fuir. Au bout d'une demi-heure, nous avons ouvert la porte. ... Nous n'avions aucune idée de ce qui se passait à l'extérieur, seulement que quelques instants plus tôt, il y avait eu une marche, qu'ils avaient des couteaux et des gourdins et qu'ils voulaient nous tuer ».

C'est ainsi que Yuval, un adolescent qui a manifesté contre le projet de réforme juridique du gouvernement, a décrit les moments terrifiants que lui et ses amis ont endurés dimanche à Jérusalem, lorsqu'ils ont dû se cacher dans un ascenseur par crainte des voyous de droite (Haaretz, 28 mars).

Un manifestant pro-gouvernemental à Tel Aviv jeudi. Photo : Ilia Yefimovich/dpa

Les descriptions et les témoignages recueillis par les reporters de Haaretz cette semaine sont terrifiants : messages menaçants de militants de droite sur les médias sociaux, appels à s'armer de couteaux, de haches, de gourdins et d'armes à feu, appels à asperger les manifestants de gaz poivré pour leur « donner une leçon sur les trois derniers mois », et descriptions répétées de manifestants contraints de fuir des voyous d'extrême-droite. Comme d'habitude, l'essentiel des violences a eu lieu à Jérusalem, où les voyous ont également agressé des Palestiniens avec une violence choquante, simplement parce qu'ils étaient Palestiniens, et n'ont même pas hésité à tabasser des journalistes. Mais dans le nord également, les partisans de la droite ont barricadé les routes et décidé des personnes à laisser passer en fonction de leur identité politique. Des personnes ont également été battues dans le centre du pays.

Le fil rouge de toutes ces descriptions et témoignages est le niveau de violence utilisé par la racaille d'extrême droite, la peur qu'elle a suscitée parmi les manifestants et l'inaction de la police. Certains des agresseurs n'appartenaient à aucune organisation, mais une organisation était manifestement à l'origine de la grande majorité des agressions. Il s'agit parfois de La Familia [supporters ultras de l’équipe de foot Beutar Jérusalem], parfois de Lehava*. Si ces deux abominables organisations s'étaient comportées de la même manière en Europe, elles auraient été qualifiées d'organisations néo-nazies et mises hors la loi [oui, enfin, pas dans toute l'Europe, pas en Ukraine, par exemple, NdT]. Et c'est ce qu'Israël doit faire aussi. Après des années d'agressions criminelles, il est grand temps de prendre enfin cette mesure contre La Familia et Lehava, les versions israéliennes du Ku Klux Klan.

31/03/2023

GIANFRANCO LACCONE
L’ère des mythes ne s’arrête jamais : du colosse de Rhodes au pont du détroit de Messine
Mussolini l'a rêvé, Melosalvini va le faire

Gianfranco Laccone, Climateaid.it, 30/3/2023
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

C’est une Arlésienne typiquement italienne : le pont sur le Détroit de Messine, qui relierait sur 3,3 km la botte à la Sicile, qui, ainsi, « cesserait d’être une île ». La première tentative fut faite par le consul romain Lucius Caecilius Metellus durant l’été de l’an 250 av. J.C., pour transférer son armée et les 104 éléphants capturés au Carthaginois Hasdrubal durant la Bataille de Palerme. L’historien Strabon raconte : « ayant fait rassembler à Messine un grand nombre de tonneaux vides, il les fit disposer en ligne sur la mer, attachés deux par deux de manière à ce qu’ils ne puissent ni se toucher ni se heurter. Sur les tonneaux, il forma un passage de planches recouvertes de terre et d’autres matériaux et fixées à des parapets en bois sur les côtés, afin que les éléphants ne tombent pas dans la mer ». La mer déchaînée entre Charybde et Scylla balaya rapidement le pont flottant et on procéda à la navigation par bateaux. D’autres projets chimériques virent le jour sous Charlemagne, sous les rois normands, sous les Bourbon de Naples. En 1866, le ministre des travaux publics du Royaume d’Italie, Stefano Jacini, chargea l’ingénieur Alfredo Cottrau, responsable des chemins de fer, de concevoir le « lien stable » entre la Calabre et la Sicile. Celui-ci proposa de cultiver en travers du détroit un banc de moules géant qui en cinquante ans constituerait l’assise naturelle d’un pont. L’Arlésienne est réapparue dans les 1950 et 1960, puis 1980 et 1990. Berlusconi, Bettino Craxi & Co. ont régulièrement relancé le projet et « étudié » des contre-projets de tunnel : concours, études de faisabilité, signature de contrats et tout le tintouin, ont permis de dilapider au fil des ans quelques centaines de millions (p. ex. 78 000 euros dépensés en un an en photocopies et « travaux héliographiques »).  Berlusconi dixit à propos de la « Huitième merveille du monde » : « Nous construirons le pont, de sorte que si l’on a un grand amour de l’autre côté du détroit, on puisse s’y rendre même à quatre heures du matin, sans attendre les ferries... » Puis on a cru l’Arlésienne enterrée. Il n’en était rien : le gouvernement melosalvinien vient de la ranimer. Un Grand Projet Inutile caractérisé qui fait se lécher les babines à Cosa Nostra et à la N’drangheta, à l’affût des deux côtés du détroit. Et dans une zone sismique qui a connu le séisme le plus meurtrier de l’histoire, qui a fait 120 000 morts (estimation) en 1908. Mussolini l'a rêvé [«Après la victoire, je jetterai un pont sur le détroit de Messine, de sorte que la Sicile perdra sa physionomie insulaire...», 1941], Melosalvini va le faire. En 3 mots, Boia chi molla -FG

Parmi les récentes décisions du gouvernement figure, entre autres, le lancement de la procédure de construction du « pont sur le détroit de Messine », un projet qui, en raison de son ampleur, pourrait engager l’État, les forces politiques et la société italienne pendant des décennies et qui aura un impact sur notre vie et celle des générations suivantes.  Le fait qu’il ait été mentionné en marge et parmi d’autres décisions prises, décisions certes importantes mais peut-être de moindre impact sur l’avenir de la population, montre une certaine sous-estimation et également un manque de perspective dans lequel se meuvent les actions de ceux qui gouvernent.



Les gouvernements italiens n’ont pas toujours agi avec une telle insouciance : la décision (1959) de créer un mégacentre sidérurgique à Tarente, mythiquement considéré comme le plus grand et le plus moderne de la planète, a été prise à l’issue d’un débat national, impliquant l’opposition politique et les syndicats, qui a recueilli le consensus de personnes d’orientations culturelles différentes, proposant une perspective imaginaire et concrète à la société, une idée de bien-être et de vie confortable grâce aux méga-machines industrielles qui conduiraient l’Italie. Bien plus tard, certains de ceux qui avaient soutenu l’usine sidérurgique de Tarente se rendront compte que c’était une erreur et essaieront de trouver n’importe quelle solution pour éviter les problèmes créés par le mégacentre, qui tuait ses travailleurs et produisait des effets contraires aux attentes qu’il avait suscitées. Cette décision, que nous considérons aujourd’hui comme erronée et mortelle pour la région concernée et l’ensemble du système italien, était le produit d’une culture qui a façonné l’imagination de plusieurs générations et le mode de vie de toutes les classes. Il était difficile d’avoir une idée différente et les rares personnes (comme moi) qui la professaient étaient considérées avec une certaine condescendance ; c’était, disait-on, notre formation spécialisée qui nous conduisait à des conclusions catastrophiques sur la nature de l’industrie sidérurgique. Le temps est un grand sculpteur et il est impitoyable dans les images qu’il produit.   

J’ai évoqué l’affaire du « monstre d’acier » dont on ne sait plus comment se débarrasser (mais on pourrait en citer d’autres plus éloignés, comme Tchernobyl ou la défunte mer d’Aral) pour souligner l’aspect du mythe qui a précédé et soutenu une telle intervention, un mythe qu’il ne faut pas sous-estimer, même dans ses effets à long terme.

Et c’est de mythes que je voudrais parler, pour évoquer le rapport entre la construction du pont sur le détroit de Messine et le changement climatique, un fait inéluctable qui conditionnera l’esprit avec lequel nous affronterons les temps à venir.  Je ne m’attarderai donc pas sur les raisons rationnelles pour et contre un tel ouvrage, car elles ne pèseront pas sur les décisions finales et sur la volonté de soutenir toute décision au-delà de toute limite. Pensez-vous qu’Hitler était rationnel lorsqu’il pensait faire la guerre d’un petit État sur deux fronts (est et ouest) ? Que Napoléon ou Alexandre le Grand étaient rationnels en pensant partir avec une poignée d’hommes à la conquête de territoires démesurés et inconnus ?  Et je ne parlerai pas des mythes liés à la victoire des hommes sur les hommes (comme ceux évoqués), mais de ceux qui visent à exalter la grandeur des œuvres humaines sur la Nature, corollaire du mythe de Prométhée dérobant aux dieux le secret du feu, représenté aujourd’hui par le « vol » du secret de l’atome ou de celui de l’ADN. Sans une culture qui sanctionne la fin d’un « mythe », on ne peut songer à éviter une manière d’agir liée à celui-ci et, inversement, les mythes doivent être maniés avec précaution, car ils sont annonciateurs, surtout dans leur chute, de douloureuses transitions d’époque. L’absence d’une telle culture conduit à la défaite et à un sentiment de frustration, comme cela s’est produit en Italie pour ceux qui ne se sont pas résignés au résultat d’un référendum populaire qui, le 8 novembre 1987, a éliminé la perspective de créer des centrales nucléaires dans le pays.  Aujourd’hui, on voudrait reproposer une voie aussi dépassée, et reproposer le passé comme avenir est toujours l’indice de perspectives limitées. Aujourd’hui, alors que le mythe du progrès vacille et que le mythe de l’industrie créatrice de richesses s’est certainement étiolé, quel mythe alimentera la perspective d’un pont sur le détroit de Messine ? Et que deviendrait cette œuvre, quel sens aurait-elle pour la postérité ?

30/03/2023

SERGIO RODRIGUEZ GELFENSTEIN
Pour le régime sioniste, c’est le début de la fin : en voici quelques indices

 Sergio Rodríguez Gelfenstein, 29/3/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Original He aquí evidencias claras del principio del fin del régimen sionista
English Behold, clear evidence of the beginning of the end of the Zionist regime

À Julio García Jarpa, camarade et  ami cher
qui nous a quittés avant l’heure
Un homme noble et bon, loyal comme peu d’autres.
Il y a quelques jours, après avoir lu mon article précédent,
 avec son humour traditionnel, il m’a écrit pour me dire
“Ecrivez poète, vous avez de l’avenir”.
Qu’il en soit ainsi, cher frère, et je promets de continuer à le faire.
Jusqu’à la victoire. Toujours !

La décision de Benjamin Netanyahou de reporter sa proposition de refonte judiciaire semble clore une période de grands bouleversements dans l’État sioniste, mais les événements de ces dernières semaines pourraient faire penser le contraire.

Il convient toutefois de préciser qu’il ne s’agit pas de “souffler les bougies” de la fin du sionisme à court terme, mais de montrer la pourriture politique, morale et éthique du régime et la fin du mythe de l’homogénéité et de la solidité du système de domination sioniste.

 À cette occasion, nous ne porterons pas de jugement de valeur, nous nous contenterons de rappeler les événements des six derniers mois. Laissons-les parler d’eux-mêmes, afin que chacun puisse tirer ses propres conclusions. Nous commencerons en septembre de l’année dernière, lorsque, à mon avis, l’escalade des conflits internes a commencé, pour aboutir à une situation qui met clairement en évidence la fragilité de l’État sioniste :

9 septembre. Le général de division Uri Gordin, nouveau commandant du commandement nord de l’armée israélienne, a averti que le Hezbollah tirerait quelque 4 000 missiles sur les territoires occupés au cours des premiers jours d’une éventuelle guerre à venir et que les dirigeants israéliens seraient les premiers visés.

4 octobre. Dans une interview accordée aux médias, l’ancien chef de la Direction du renseignement militaire de l’armée israélienne (AMAN), le général-major Amos Yadlin, a donné son avis sur l’accord maritime avec le Liban qui était en cours de discussion à l’époque. Yadlin a déclaré : « Les critères de l’accord n’ont pas été publiés, ni en Israël ni au Liban, et l’hypothèse selon laquelle il pourrait être proche de la fin est que le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, a obtenu tout ce qu’il voulait, et qu’il est donc satisfait... »

4 octobre. Les médias israéliens, quant à eux, ont déclaré que Hassan Nasrallah « a réussi la bataille des consciences dans les négociations sur la délimitation des frontières maritimes ». Ils ajoutent que le Liban est uni sur l’accord maritime alors que « Tel-Aviv est divisé ».

8 octobre. La chaîne israélienne Kan estime que « ni le commandant, ni les services de renseignement israéliens ou occidentaux ne peuvent entrer dans la tête de Nasrallah et parvenir à analyser ce qu’il planifie ».

GIDEON LEVY
La ligne rouge de la société israélienne est la ligne de la mort

Gideon Levy, Haaretz, 29/3/2023

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

La mort était l'une des menaces qui guettaient le coup d'État judiciaire. Elle pouvait tout contenir, mais pas les menaces des familles endeuillées et des agents du deuil. Les cérémonies d'État, en premier lieu la Journée du Souvenir [Yom Hazikaron, journée de commémoration des soldats tombés au combat et des victimes du terrorisme, tombant le 24 avril] sont devenues des dates cibles menaçantes. Il était clair qu'elles ne pouvaient pas se dérouler au milieu de manifestations et de protestations. Même la fermeture de l'aéroport international Ben-Gourion pendant quelques heures a été réduite à néant face au danger tapi dans les cimetières du Mont Herzl et de Kiryat Shaul. Cela en dit long sur une société dont les cimetières militaires constituent la frontière, le dernier ciment qui l'unit. Jusqu'à ce que la mort nous sépare.

La journée alternative du souvenir en 2018. Photo : Ofer Vaknin

La ligne rouge de la société israélienne est la ligne de la mort. Il s'avère que sous toutes les démonstrations de joie de vivre et les enquêtes classant Israël parmi les nations les plus heureuses, c’est la mort, et surtout le culte de la mort, qui ressort. Que se passerait-il si quelqu'un manifestait lors d'une cérémonie du Yom Hazikaron? Ou criait pendant la cérémonie d'allumage de la flamme ? Comme la fin du monde. Mais c'est la fin du monde que nous nous sommes inventé. L'idée que tout doit s'arrêter aux portes du cimetière militaire est une auto-illusion. Il est permis de protester dans les maisons des vivants, mais aussi dans les maisons de la mort.

La protestation contre le projet de refonte judiciaire a ébranlé la société, abattu des vaches sacrées et, surtout, révélé des vérités. Israël s'est révélé beaucoup plus militariste qu'il n'y paraissait. Après que la manifestation, qui est aussi par essence une guerre de classes, a révélé que l'armée populaire est une armée de classes - remarquez la tension entre les pilotes insoumis et les mécaniciens qui les dénoncent -, ce sera au tour des soldats tombés au champ d'honneur. Dans la mort aussi, il y a des classes. Un pilote de chasse mort n'est pas la même chose qu'un soldat mort. Un soldat mort dans un accident de voiture n'est pas l'égal d'un soldat tombé au combat, et les héros sont presque toujours issus d'unités très spécifiques. Seule la douleur des familles est la même, et elles se battent même parfois sur la définition de la mort de leur proche - tombé au combat ou mort - comme si cela avait de l'importance aujourd'hui.

Le débat sur le deuil militaire n'est pas libre. Il se concentre sur l'aspect émotionnel et il est rare que l'on ose se demander s'il est toujours inévitable, décrété par le destin. Combien de personnes enterrées sous des pierres tombales militaires sont-elles mortes en vain ? Le sujet est tabou, mais il doit être abordé. Nous pouvons comprendre le sentiment national compatissant qui partage la douleur, mais il ne doit pas tout taire et tout occulter. C'est justement à cause de son coût terrible que le deuil doit servir aux vivants, qu'il doit servir de leçon, sinon, peut-être, il aura été vain.

Personne ne souhaite que les commémorations se transforment en manifestations. Mais l'interdiction d'accès aux cimetières est forcée et artificielle. La question n'est pas de savoir si les hommes politiques y prendront la parole - leurs discours sont toujours vides - la question est de savoir ce qui peut être fait et dit au nom des morts. Il est impensable que leur mémoire ne soit utilisée que dans un seul sens. Il est impensable que les familles endeuillées soient autorisées à faire autre chose que protester, ou que leur protestation soit considérée comme plus importante que celle de n'importe quel autre Israélien ; que la seule leçon à tirer de la mort de leurs proches soit de continuer à vivre par l'épée et de ne croire qu'en la force.

Remarquez la bataille laide, violente et répugnante contre le Cercle des parents - Forum des familles israéliennes et palestiniennes endeuillées. La loi [interdisant qu’on les invite dans des écoles] arrive. Ne touchez pas à notre deuil. Il n'appartient qu'à nous, les Juifs.

Face au tsunami de slogans sirupeux qui va déferler sur nous dans les semaines à venir, nous devons aussi constater que la société israélienne a changé. S'il y a bien eu un tremblement de terre ici, il doit aussi toucher les cimetières militaires. Le sentiment est que si la protestation atteint ce temple, ce sera la fin. Que si ce dernier ciment se dissout, la société se désagrège. Mais là aussi, le temps est venu d'exposer des vérités. Il n'y a pas d'égalité en Israël, pas même entre les morts. Les réservistes dissidents, si admirés aujourd'hui, disent qu'ils ne se battront pas pour une dictature. Ils sont prêts à s'enrôler avec enthousiasme pour l'occupation, même pour être tués. Les familles endeuillées de demain n'auront pas le droit de protester contre cela. Le chemin est encore long.

 

29/03/2023

LUIS CASADO
Les Invalides

 Luis Casado, Politika, 29/3/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Selon la presse, les industriels et les militaires français cherchent toujours plus d'argent pour “adapter” l'armée française à la “guerre de haute intensité”. Que signifie “haute intensité” : deux ou trois kilotonnes dans mon jardin ? La Grande-Bretagne fournit déjà à l'Ukraine des obus équipés de flèches perforantes en uranium appauvri. L'OTAN a utilisé ce type de munitions en Serbie et en Irak, et les munitions “démocratiques” ont provoqué des milliers de cancers. Et personne ne songe à arrêter ces fêlés du ciboulot....




Au Liceo Neandro Schilling de San Fernando (Chili), j'ai eu deux professeurs d'histoire : Don Heriberto Soto, un homme âgé à l'érudition reconnue, et “Choro” Silva, qui méritait bien son surnom [= le “Classieux”]. Des professeurs magnifiques, et pourtant je n'ai jamais réussi à comprendre les cartes changeantes de l'Europe, avec des pays qui s'agrandissaient ou se rétrécissaient, changeaient de nom et de frontières, abritant des centaines de nations et de communautés colorées, aux langues alambiquées, qui ne se sentaient jamais à l'aise ni avec le prince de l'époque ni avec leurs voisins. D'où les guerres. Des massacres pendant des millénaires.

Si l'on va de Paris vers le sud, la route nationale 7 a un tracé qui a été défini par les troupes de Jules César lors de la conquête de la Gaule. Plus tard, il y eut la guerre de Cent Ans, qui opposa, de 1337 à 1453, les dynasties Plantagenêt, Capet et Valois, et à travers elles le royaume d'Angleterre au royaume de France.

Des guerres et encore des guerres.

Il est probable que même Joe Biden ait entendu parler de Napoléon, sans pour autant savoir de quoi qu’on cause. Le Corse a réussi à prendre d'assaut la France et l'Europe grâce à son artillerie, qu'il maniait avec habileté et prodigalité. Avec elle, il a massacré les monarchistes qui s'opposaient à ce qui restait de la Révolution française. C'est cela et une paire de burnes monumentales qui l'ont amené au pouvoir : c'était une autre époque, pour accéder au palais du gouvernement, il fallait en avoir deux.

Son ambition démesurée l'amène à envahir la Russie en 1812 et à atteindre Moscou. Mais les Russes, menés par Koutouzov, ripostent. Les plaines biélorusses sont glaciales en hiver et les troupes napoléoniennes ont gelé. Lorsqu'elles atteignent la rivière Berezina... Napoléon y perdit le Nord et son latin e. Depuis lors, lorsqu'un Français veut dire qu'il a fait une connerie monumentale, il dit simplement C'était une Bérézina. Tolstoï écrit sa gigantesque oeuvre Guerre et Paix, Tchaïkowsky compose son Ouverture 1812, coups de canon compris, et le tsar Nicolas Ier arrive avec ses troupes à Paris, où il vit confortablement installé dans le palais de Talleyrand jusqu'à l'épuisement du champagne.

Dans les années 1860, Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, s'ennuyait, ou avait perdu aux dés, ou enviait la victoire de son tonton à Iéna (1806), ou que sais-je encore, et il envahit le Mexique pour y installer un empereur à sa façon : Maximilien. Les Mexicains, ne faisant ni une ni deux, y mirent le hola et eurent une idée amusante : fusiller l'empereur.

Napoléon III, quelque peu agacé, voulant se venger, déclara la guerre à la Prusse en 1870, et mal lui en prit Les Prussiens le font prisonnier à Sedan, puis arrivent à Paris et, sur leur lancée, en profitent pour proclamer l'Empire allemand à Versailles. Napoléon III est envoyé se faire voir en Angleterre et la Troisième République française est née. Cette même République massacre cette année-là des dizaines de milliers d'ouvriers parisiens lors de la tristement célèbre Commune de Paris.

Le 28 juin 1914, un jeune nationaliste serbe - originaire de Bosnie - nommé Gavrilo Princip assassine l'héritier du trône austro-hongrois, le prince François-Ferdinand d'Autriche et son épouse la duchesse de Hohenberg. Quoi ? Oui, oui, c’est cela même.

Dès lors, on se déclare la guerre avec un tel enthousiasme que la Première Guerre mondiale éclate. D'un côté, la Triple Alliance formée par l'Angleterre, la France et la Russie, de l'autre, les Empires centraux, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, ainsi que l'Empire ottoman et d'autres encore.

Après quelques bières, trois verres de saké et un bourbon (rien à voir avec la dynastie franco-espagnole), les Américains, les Japonais et Petauchnok se sont engagés. C'est un plaisir de voir les uns se battre, les autres financer et fournir de la poudre à canon.

Les pires batailles se sont déroulées sur le sol gaulois, et Verdun saigne encore dans nos cœurs. À la bataille du Chemin des Dames, plus de 200 000 soldats français sont morts grâce au génie de leurs généraux, qui ont inventé de tirer sur leurs propres troupes pour inoculer le patriotisme et le courage aux recrues. La France, pays des Lumières.

Les officiers gaulois sauront dès lors que la cage thoracique d'un pioupiou ne fait pas le poids face aux balles d'une mitrailleuse de 50 mm.

C'est pourquoi ils ont eu une idée géniale, comparable à la ruse du cheval de Troie ou à celle de Mata Hari : construire un mur pour arrêter les Allemands à la frontière. Ils ont donc dépensé beaucoup d'argent pour construire la ligne Maginot.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, les Allemands ont d'abord envahi la Belgique et sont entrés en France par la route directe de Bruxelles à Paris : ils n'ont même pas payé de péage. On n'a plus jamais entendu parler de la ligne Maginot, qui semble être un musée aujourd'hui.

ANNAMARIA RIVERA
Dans le cercle vicieux du racisme

Annamaria Rivera, Comune-Info, 28/3/2023 
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

2022 a été une année désastreuse, selon le dernier rapport d’Amnesty International. Agnès Callamard, sa secrétaire générale, ne fait pas dans la demi-mesure lorsqu’il s’agit de l’Italie. Elle est convaincue que le gouvernement « criminalise honteusement ceux qui aident les réfugiés et les migrants » [voir p. 273 du  rapport). Elle ne peut s’empêcher d’être consciente que le racisme contemporain montre son profil systémique encore plus que par le passé. Surtout lorsque son trait institutionnel - celui que réitère le premier décret-loi de 2023, trompeusement intitulé « Sur la gestion des flux migratoires » - se mêle de manière particulièrement perverse aux offensives médiatiques. Lorsque, quelques jours après l’hécatombe de Cutro en Calabre, Vittorio Feltri - l’un des experts italiens les plus influents de ces dernières décennies, élu en Lombardie avec le parti de la Première ministre et, par le passé, même candidat à la présidence de la république de Meloni et Salvini - explique qu’ « aux citoyens non européens, je rappelle un vieux dicton italien : partir, c’est mourir. Restez chez vous », il n’y a pas vraiment de quoi rire. Ce n’est pas un vieux monsieur au goût de la provocation et au taux d’alcool élevé qui déclare : « Je n’ai jamais fréquenté les plages ni mis un pied dans la mer. Mais si je devais affronter les vagues, je choisirais un vrai bateau, pas une épave semi-flottante conduite par des passeurs délinquants ». Non, Feltri est un leader d’opinion qui fait autorité et qui illustre l’axe des politiques migratoires italiennes auprès de très larges publics. S’agit-il vraiment de politiques racistes ou s’agit-il plutôt de la pantomime habituelle entre les camps politiques dans laquelle le gagnant est celui qui tire le plus fort et ensuite tout glisse dans le marais boueux des médias sans laisser de trace concrète ? Annamaria Rivera tente, une fois de plus, de redonner tout son sens à l’époque que nous vivons, une époque où l’expression politique « cercle vicieux du racisme » devient chaque jour plus mortelle et terriblement concrète (Rédaction de Comune-info).

La vie à bord d’un navire négrier. Image de afrofeminas.com

Pour commencer, il convient de proposer une définition du racisme, même si elle est imparfaite. Celle que je propose est un résumé de l’entrée que j’ai rédigée pour le Grand dictionnaire encyclopédique de l’UTET. Le racisme - écrivais-je - peut être défini comme « un système de croyances, de représentations, de normes, de discours, de comportements, de pratiques et d’actes politiques et sociaux, visant à stigmatiser, discriminer, inférioriser, subordonner, ségréguer, persécuter et/ou exterminer des catégories de personnes altérisées ». A mon avis, le terme “racisme”, au singulier, est préférable à celui de “racismes” (très en vogue, même à gauche), si l’on veut définir le caractère unitaire du concept, au-delà des variations empiriques du phénomène.

LUIS CASADO
Los Inválidos

Luis Casado, Politika, 29/3/2023

Según la prensa, industriales y militares franceses buscan más y más dinero para 'adaptar' el ejército francés a "una guerra de alta intensidad". ¿Qué significa "alta intensidad"? ¿Dos o tres kilotones en mi jardín? Gran Bretaña ya le suministra a Ucrania obuses equipados con cabezas de uranio empobrecido. Eso fue utilizado en Serbia y en Iraq por la OTAN y ahora hay miles de cancerosos gracias a las municiones "democráticas". Y a nadie se le ocurre parar a estos enfermos de la cabeza...


En el Liceo Neandro Schilling de San Fernando tuve dos profes de Historia: Don Heriberto Soto, un hombre mayor de reconocida erudición, y el “choro” Silva, que le hacía honor al apodo. Magníficos maestros y sin embargo nunca logré entender los cambiantes mapas de Europa, con países que crecían o encogían, cambiaban de nombre y de fronteras, albergando cientos de naciones y comunidades variopintas, de enrevesadas lenguas, que jamás se sentían a gusto ni con el príncipe de turno ni con sus vecinos. Ergo, guerras. Masacres durante milenios.

Si agarras de París al sur, la ruta Nacional 7 tiene un trazado que fue definido por las tropas de Julio César durante la conquista de las Galias. Más tarde hubo la Guerra de los Cien años, que opuso, de 1337 a 1453, las dinastías de los Plantagenet, los Capeto y los Valois, y a través de ellas el reino de Inglaterra al reino de Francia.

Guerras y más guerras.

Es probable que hasta Joe Biden haya oído hablar de Napoléon, no digo que sepa de qué va el tema. El corso se encaramó sobre Francia y Europa gracias a su artillería, que manejaba con destreza y prodigalidad. Con ella masacró a los monarquistas que se oponían a lo que quedaba de Revolución Francesa. Eso y un par de cojones monumentales le llevaron al poder: eran otros tiempos, para llegar al palacio de gobierno tenías que tener dos.

Su ambición desmedida le llevó a invadir Rusia en 1812, y llegó a Moscú. Pero los rusos, con Kutuzov a la cabeza, contraatacaron. Las llanuras de Bielorrusia son heladitas en invierno, y las tropas napoléonicas se congelaron. Al llegar al río Berezina... Napoleón perdió hasta el modo de andar. De ahí en adelante, cuando un francés quiere decir que ha quedado una cagada federal, dice simplemente Fue una Berezina. Tolstoi escribió su gigantesca obra La Guerra y la Paz, Tchaikowsky compuso su Obertura 1812, cañonazos incluidos, y el Zar Nicolás I llegó con sus tropas a París, en donde vivió cómodamente instalado en el palacio de Talleyrand hasta que se terminó el champaña.

En los años 1860 Napoléon III, -sobrino de Napoléon I-, se aburría, o había perdido en las quinielas, o envidiaba Iena, anda a saber, la cosa es que se le ocurrió invadir México y poner allí un emperador a la pinta suya: Maximiliano. Los mexicanos, ni cortos ni perezosos, pararon la ranchera y tuvieron una idea divertida: fusilar al emperador.

Napoléon III, algo mosqueado -buscando desquite- le declaró la guerra a Prusia en 1870, y así le fue. Los prusianos lo tomaron prisionero en Sedán y llegaron a París, aprovechando el impulso para proclamar el Imperio Alemán en Versailles. Napoléon III fue enviado a parir a Inglaterra, y nació la III República Francesa. La misma que ese año masacró a decenas de miles de obreros y obreras parisinas en la tristemente célebre Comuna de París.

El 28 de junio de 1914, un joven nacionalista serbio -originario de Bosnia- llamado Gavrilo Princip, asesinó a la pareja heredera del trono austro-húngaro, el príncipe Franz-Ferdinand de Austria, y su esposa la duquesa de Hohenberg. ¿Lo qué? Eso mismo.

A partir de ahí se declararon la guerra unos a otros con tal entusiasmo que se armó la 1ª Mundial. De un lado la Triple Alianza formada por Inglaterra, Francia y Rusia, -así como lo lees-, del otro los Imperios Centrales, Alemania y Austria-Hungría, más el imperio Otomano y los que fueron llegando.

Al cabo de un par de birras, tres copas de saké y un bourbon (nada que ver con la dinastía franco-española) se metieron los yanquis, los japoneses y Petauchnok. Era un gusto ver eso: unos peleando, otros financiando y suministrando pólvora.

Las peores batallas se libraron en suelo galo, y Verdun aun sangra en nuestros corazones. En la batalla del Chemin des Dames murieron más de 200 mil soldados franceses gracias a la genialidad de sus generales, que inventaron fusilar a sus propias tropas para inocularle patriotismo y arrojo a los reclutas. Francia, el País de las Luces.

La alta oficialidad gala supo desde entonces que la caja torácica de un milico no para las balas de una ametralladora .50

Por eso tuvieron una idea genial, sólo comparable al ardid del Caballo de Troya, o a las malas artes de Mata Hari: construir un muro para detener a los alemanes en la frontera. Así se gastaron un billete largo construyendo la Línea Maginot.

Cuando empezó la Segunda Guerra Mundial, los alemanes invadieron Bélgica primero, y llegaron a Francia por la ruta directa que viene de Bruselas a París: no pagaron ni peaje. De la Línea Maginot nunca más se supo, parece que ahora es un museo.