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15/02/2025

Ils avaient fui la violence au Guatemala : leur fille de 16 ans a été tuée dans une école usaméricaine

Une semaine après qu’une jeune fille de 16 ans a été abattue dans son lycée à Nashville, ses parents ont pris la décision déchirante de renvoyer son corps au Guatemala.

Christina Morales (New York) et Emily Cochrane (Nashville), The New York Times, 31/1/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala


Josselin Corea Escalante, 16 ans, venait de fêter sa quinceañera en 2023 et espérait devenir médecin. Photo Landon Edwards pour le New York Times

Josselin Corea Escalante avait 9 ans lorsqu’elle, sa mère et son jeune frère ont quitté le Guatemala pour demander l’asile aux USA, pensant qu’ils y seraient en sécurité.

Ils se sont retrouvés dans le Tennessee, où Josselin - que sa famille appelle Dallana, son deuxième prénom - a fêté ses 15 ans en 2023 avec une quinceañera au printemps dans une salle de bal de Nashville.

Mais la semaine dernière, un autre élève a abattu Josselin, 16 ans, dans la cafétéria de son lycée. Aujourd’hui, sa famille, qui attend toujours une décision en matière d’asile, se demande si cela vaut la peine de rester. La principale raison pour laquelle ils ont fait ce voyage éprouvant vers les USA - à pied pendant près de deux mois - était la crainte que Josselin et son frère ne soient enlevés ou tués par des gangs au Guatemala.

« Nous rêvions d’une vie meilleure », dit son père, German Corea, en espagnol cette semaine. « Mais la réalité, c’est que la vie n’est meilleure nulle part. Au Guatemala, on n’a jamais entendu dire que quelqu’un avait tué quelqu’un à l’école ».

 

Les professeurs et la famille de Josselin se souviennent d’elle comme d’une jeune femme pleine de vie, qui excellait en mathématiques et en sciences et qui aimait chanter. Photo Landon Edwards pour le New York Times


Un autre élève a tué Josselin à l’école le 22 janvier. Il y a eu au moins 15 fusillades sur ou près d’un campus scolaire cette année. Photo Landon Edwards pour le New York Times

Sa femme et lui ont déjà pris une décision déchirante : renvoyer le corps de Josselin au Guatemala pour qu’il y soit enterré, une façon de garantir qu’ils seront réunis s’ils décident - ou sont contraints - de quitter les USA. M. Corea est arrivé dans le pays avant sa femme et ses enfants et n’est pas concerné par la demande d’asile ; il risque donc davantage d’être expulsé.

« C’est le pays qui me l’a enlevée », dit M. Corea. « Et si un jour nous retournons dans notre pays, elle sera là avec nous ».

Josselin s’épanouissait à Nashville, où elle aimait chanter et jouer au football. Elle avait un jour refusé un voyage de trois jours pour ne pas manquer l’école. Elle voulait devenir médecin, dit son oncle, Carlos Corea : « Un médecin sauve des vies, et ce n’était pas juste pour elle ».

Le 22 janvier, un élève qui, selon la police, avait adopté une rhétorique haineuse en ligne, a apporté un pistolet au lycée Antioch, dans le sud de Nashville. Il a ouvert le feu, tuant Josselin et blessant un autre élève avant de se suicider. La police n’a pas précisé si le tireur visait Josselin.

Un mois après le début de l’année 2025, on dénombre au moins 15 fusillades survenues sur un campus scolaire ou à proximité, selon la base de données sur les fusillades dans les écoles (K-12 School Shooting Database).


Les membres de la famille ont déclaré que Josselin était la plus heureuse lors de sa fête de la quinceañera, où elle a dansé avec son père et ses oncles.  Photo Landon Edwards pour le New York Times

La perte de Josselin, qui traduisait souvent pour sa famille, a poussé certains d’entre eux à s’exprimer.

« Je n’ai pas peur, je dis la vérité, je dis aux gens ce que je ressens », dit Carlos Corea en espagnol.

C’est pourquoi lui et un autre oncle de Josselin, Juan Corea, se sont retrouvés lundi sur les marches du Capitole de l’État du Tennessee, entourés d’une foule de députés démocrates, d’étudiants et de militants pour le contrôle des armes à feu. En quittant l’église voisine où ils avaient célébré les funérailles de Josselin, ils ont vu des gens rassemblés avec des photos de leur nièce et ont compris ce qui se passait.

« Nous n’avions jamais pensé que nous serions dans cette position, mais nous voulions transmettre notre message aux gens » a déclaré Carlos Corea plus tard. Les deux hommes portaient des photos de Josselin, coiffée du diadème de quinceañera et vêtue d’une robe rouge scintillante.

Des manifestations en faveur du contrôle des armes à feu ont déjà eu lieu à Nashville, notamment en 2023, après la mort de trois élèves de troisième année et de trois membres du personnel dans une école chrétienne privée. Mais alors que les députés arrivent pour débattre de la création d’un tsar de l’immigration, la foule présente à cette manifestation n’a cessé de faire le lien entre la menace de l’application de la loi sur l’immigration et ses craintes de violence par arme à feu.


Juan Corea s’est souvenu dernièrement de la danse qu’il avait effectuée avec sa nièce lors de sa quinceañera, au cours de laquelle il lui avait dit d’aller au bout de ses rêves.

Carlos Corea s’est impliqué dans une manifestation contre la violence des armes à feu après avoir vu des gens rassemblés avec les photos de sa nièce près de ses funérailles. Photo Landon Edwards pour le New York Times

Par l’intermédiaire d’un traducteur, Carlos Corea s’est adressé à la foule au nom de sa famille. Sous les applaudissements, il a brandi le poing.

Dans le silence de la maison où ils se réunissent pour les repas hebdomadaires, les proches de Josselin ne parviennent pas à se reposer. Son oncle Juan pense à la danse qu’ils ont partagée lors de la célébration de son anniversaire, au cours de laquelle il a dit à Josselin qu’il l’aimait. Son père envisage de militer en son nom.

« Nous avons du soutien, mais ce que je dis à tous les parents qui ont perdu leurs enfants à l’école, c’est qu’il ne faut pas que ça en reste là », dit German Corea : « Ne laissez pas les choses en l’état, continuez à faire ce que vous pouvez pour que justice soit rendue à nos enfants. Si nous restons les bras croisés, ça continuera à se produire ».

Bien que le lycée d’Antioch ait rouvert ses portes, avec un agent scolaire supplémentaire et de nouveaux détecteurs de métaux, les cousins de Josselin qui fréquentaient l’établissement avec elle ont trop peur pour y retourner. Ils s’inscriront bientôt dans une nouvelle école, ont indiqué des membres de leur famille.

Jeudi, le cercueil rose de Josselin a été chargé dans un avion pour son retour au Guatemala. Ses grands-parents et sa tante l’y attendaient.


ALEXANDER CLAPP
J’ai vu le monde que forment nos déchets, et c’est terrifiant
L’histoire qu’on vous a racontée sur le recyclage est un mensonge

Alexander Clapp, The New York Times, 14/2/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala


Alexander Clapp est un journaliste et écrivain vivant en Grèce,  auteur de « Waste Wars : The Wild Afterlife of Your Trash » [Guerres des déchets : la vie sauvage d'outre-tombe de vos ordures], dont le texte ci-dessous est adapté.

Au cours des dernières années de la guerre froide, une chose étrange a commencé à se produire.

La plupart des déchets occidentaux ont cessé de se diriger vers la décharge la plus proche et ont commencé à franchir les frontières nationales et à traverser les océans. Les choses que les gens jetaient et auxquelles ils ne pensaient probablement plus jamais - pots de yaourt sales, vieilles bouteilles de Coca - sont devenues quelques-uns des objets les plus redistribués de la planète, se retrouvant généralement à des milliers de kilomètres de là. Il s’agit d’un processus déconcertant, qui a débuté avec l’exportation de déchets industriels toxiques. À la fin des années 1980, des milliers de tonnes de produits chimiques dangereux avaient quitté les USA et l’Europe pour les ravins d’Afrique, les plages des Caraïbes et les marécages d’Amérique latine.

Andrew Rae, NYT

En échange de cette cascade de toxines, les pays en développement se sont vu offrir d’importantes sommes d’argent ou promettre des hôpitaux et des écoles. Partout, le résultat a été à peu près le même. De nombreux pays qui avaient rompu avec l’impérialisme occidental dans les années 1960 se sont retrouvés transformés en cimetières de l’industrialisation occidentale dans les années 1980, une injustice que Daniel arap Moi, alors président du Kenya, a qualifiée d’“impérialisme des déchets”. Révoltées, des dizaines de nations en développement se sont regroupées pour mettre un terme à l’exportation des déchets. Le traité qui en a résulté - la convention de Bâle, entrée en vigueur en 1992 et ratifiée par la quasi-totalité des pays du monde, à l’exception des USA - a rendu illégale l’exportation de déchets toxiques des pays développés vers les pays en développement.

Si seulement l’histoire s’était arrêtée là. Malgré ce succès législatif, les pays les plus pauvres du monde n’ont jamais cessé d’être des réceptacles pour les déchets toujours plus nombreux de l’Occident. La situation actuelle est, à bien des égards, pire que celle des années 1980. À l’époque, il était largement admis que l’exportation de déchets était immorale. Aujourd’hui, la plupart des déchets voyagent sous prétexte qu’ils sont recyclables, dans un langage de salut planétaire. Ces deux dernières années, j’ai parcouru le monde - des plaines de Roumanie aux bidonvilles de Tanzanie - pour tenter de comprendre le monde que les déchets sont en train de créer. Ce que j’ai vu est terrifiant.


Agbogbloshie, par Carolina Rapezzi. Voir plus de photos

J’ai commencé par Accra, la capitale du Ghana, où des millions d’appareils électroniques défectueux ont été “donnés” par des entreprises et des universités occidentales depuis les années 2000. J’y ai rencontré des communautés de “burner boys”, de jeunes migrants originaires des confins désertiques du pays qui gagnent quelques centimes d’euro par heure en brûlant des chargeurs de téléphones portables et des télécommandes de téléviseurs usaméricains lorsqu’ils ne fonctionnent plus. Ils m’ont raconté qu’ils crachaient du sang la nuit. Ce n’est pas une surprise : Le quartier d’Accra qu’ils habitent, un estuaire sordide connu sous le nom d’Agbogbloshie, est régulièrement classé parmi les endroits les plus empoisonnés de la planète. Selon l’Organisation mondiale de la santé, quiconque mange un œuf à Agbogbloshie absorbe 220 fois la dose journalière tolérable de dioxines chlorées, un sous-produit toxique des déchets électroniques.

Ce n’est pas seulement votre vieux lecteur DVD qui est expédié en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, le commerce des déchets est une manne opportuniste, une soupape d’échappement à la responsabilité environnementale qui tire profit de l’acheminement de détritus de toutes sortes vers des endroits qui ne sont pas en mesure de les accepter. Vos vêtements mis au rebut ? Ils iront peut-être dans un désert du Chili. Le dernier bateau de croisière sur lequel vous avez embarqué ? Il sera désossé au Bangladesh. Votre batterie de voiture épuisée ? Empilée dans un entrepôt au Mexique. Une partie de ces activités est-elle gérée par le crime organisé ? Oui, bien sûr. « Pour nous, s’est vanté un mafioso de Naples en 2008, les déchets sont de l’or ». Mais une grande partie de ces déchets n’a pas à l’être. L’exportation de déchets reste scandaleusement sous-réglementée et non contrôlée. Pratiquement n’importe qui peut se lancer dans l’aventure.

Le commerce actuel des déchets n’atteint nulle part des dimensions aussi ahurissantes que dans le cas du plastique. Les échelles de temps sont à elles seules vertigineuses. Des bouteilles ou des cartons à emporter que vous possédez pour un moment se lancent dans des voyages ardus, longs de plusieurs mois et générateurs de carbone, d’un bout à l’autre de la planète. À leur arrivée dans des villages du Viêt Nam ou des Philippines, par exemple, certains de ces objets sont réduits chimiquement - une tâche à forte intensité énergétique qui libère d’innombrables toxines et microplastiques dans les écosystèmes locaux. La capacité du processus à produire du nouveau plastique est au mieux douteuse, mais le coût environnemental et sanitaire est cataclysmique. Dans les pays en développement, les déchets plastiques - qui obstruent les cours d’eau, exacerbent la pollution de l’air et s’infiltrent dans le tissu cérébral humain - sont désormais liés à la mort de centaines de milliers de personnes chaque année.

Le sort de la plupart des autres déchets plastiques envoyés dans les pays du Sud est plus rudimentaire : Ils sont incinérés dans une cimenterie ou jetés dans un champ. En Turquie, j’ai rencontré des biologistes marins qui font voler des drones le long de la côte méditerranéenne à la recherche de piles errantes de déchets plastiques européens, qui entrent dans le pays au rythme d’un camion-benne toutes les 15 minutes environ. Au Kenya, un pays qui a interdit les sacs en plastique en 2017 pour que le secteur pétrochimique usaméricain conspire à en faire la prochaine frontière africaine des déchets, on a découvert que plus de la moitié du bétail qui erre dans les zones urbaines contient du plastique dans son estomac, tandis qu’un pourcentage choquant de 69 %  du plastique jeté pénètre dans un système d’eau d’une manière ou d’une autre.

Mais ce n’est rien en comparaison de ce que j’ai vu en Indonésie. Dans les quelque 17 000 îles du pays, le plastique consommé localement est si mal traité que 365 tonnes se déversent dans la mer toutes les heures. Pourtant, sur les hauts plateaux de Java, on trouve des paysages infernaux de déchets occidentaux importés - tubes de dentifrice de Californie, sacs à provisions des Pays-Bas, bâtons de déodorant d’Australie - empilés à perte de vue jusqu’aux genoux. Trop volumineux pour être recyclés, ils sont utilisés comme combustible dans les nombreuses boulangeries qui approvisionnent les marchés de rue de Java en tofu, un aliment de base de la cuisine. Il en résulte l’une des cuisines les plus mortelles que l’on puisse imaginer, les poisons issus du plastique occidental incinéré étant ingérés toutes les heures par un grand nombre d’Indonésiens.

Le commerce des déchets peut-il être légiféré pour le faire disparaître ? Comme pour le trafic de drogue, il se peut qu’il y ait trop d’argent qui circule pour régler le problème. Après tout, le transport des déchets présente de nombreux avantages. Les pays riches perdent une responsabilité et les producteurs d’ordures sont déchargés. La nécessité de trouver un endroit où déposer tous nos déchets n’a jamais été aussi pressante : une étude des Nations unies récente a révélé qu’un objet sur vingt circulant dans les chaînes d’approvisionnement mondiales est aujourd’hui en plastique, ce qui représente une industrie annuelle d’un billion de dollars, soit plus que le commerce mondial des armes, du bois et du blé réunis.

Plus important encore, il est difficile pour les consommateurs occidentaux de reconnaître l’ampleur de la crise - que l’histoire qu’on leur a racontée sur le recyclage n’est souvent pas vraie - lorsque celle-ci est continuellement rendue invisible, délocalisée à des milliers de kilomètres. C’est peut-être Yeo Bee Yin, l’ancien ministre de l’environnement de Malaisie, qui me l’a le mieux fait comprendre : le seul moyen d’empêcher les déchets d’entrer dans son pays, m’a-t-elle dit, serait de fermer complètement les ports de la Malaisie.

Nous pourrions au moins être honnêtes avec nous-mêmes sur ce que nous faisons. Nous expédions nos déchets de l’autre côté de la planète non seulement parce que nous en produisons beaucoup trop, mais aussi parce que nous insistons pour que l’environnement soit exorcisé de nos propres empreintes matérielles. Tout ce que vous avez jeté dans votre vie : il y a de fortes chances qu’une grande partie de ces déchets soit encore là, quelque part, qu’il s’agisse de casques d’écoute brûlés pour leurs fils de cuivre au Ghana ou d’un morceau de Solo Cup flottant dans l’océan Pacifique.

Ici, le vieil adage ne se vérifie pas. Il est rare que les ordures de l’un deviennent les trésors de l’autre.



 


GIDEON LEVY
Comment Israël réagirait-il si Trump appelait à la création de camps de la mort à Gaza ?

Gideon Levy,  Haaretz , 12/2/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Et si le président usaméricain Donald Trump suggérait la création de camps de la mort pour les habitants de la bande de Gaza ? Que se passerait-il alors ? Israël réagirait exactement comme il l’a fait à ses idées de transfert, avec extase à droite et indifférence dans le camp centriste.

Emad Hajjaj

Yair Lapid annoncerait qu’il se rendrait à Washington pour présenter un « plan complémentaire », comme il l’avait proposé pour le plan de transfert. Benny Gantz dirait que le plan fait preuve de « créativité, d’originalité et d’intérêt ». Bezalel Smotrich, dans son état d’esprit messianique, dirait : « Dieu a fait des merveilles pour nous et nous nous en réjouissons ». Benjamin Netanyahou remonterait dans les sondages d’opinion.

La question n’est plus hypothétique. Trump ne suggérera pas explicitement des camps de la mort, mais il a déjà consenti à ce qu’Israël poursuive une guerre qui n’en est pas une, mais plutôt une agression barbare sur une étendue de terre désolée. De là, le chemin vers l’anéantissement est court, et Israël ne bronchera pas. Trump l’a approuvé. Après tout, personne En Israël ne s’est levé pour dire au président des USA : « Merci pour vos idées, mais Israël ne soutiendra jamais l’expulsion des Palestiniens de la bande de Gaza ».

Pourquoi donc être sûr que si Trump suggérait d’anéantir quiconque refuserait d’évacuer Gaza, Israël ne coopérerait pas avec lui ? Tout comme Trump a révélé le sentiment de transfert qui bat au cœur de presque tous les Israéliens, visant à résoudre le problème « une fois pour toutes », il pourrait encore révéler un élément plus sombre, le sentiment du « c’est nous ou eux ».

Ce n’est pas un hasard si un personnage sinistre comme Trump est devenu un guide pour Israël. Il est exactement ce que nous voulions et ce dont nous rêvions : un blanchisseur de crimes. Il pourrait bien s’avérer être le président usaméricain qui a causé le plus de dommages jamais infligés à Israël. Il y a eu des présidents avares en matière d’aide, d’autres acerbes envers Israël, voire menaçants. Mais jamais un président n’a entrepris de détruire les derniers vestiges de la moralité d’Israël. Désormais, tout ce que Trump approuvera deviendra la référence absolue pour Israël.

Trump pousse maintenant Israël à reprendre ses attaques contre la bande de Gaza, en imposant des conditions impossibles au Hamas : tous les otages doivent être libérés avant samedi midi, pas une minute plus tard, comme le fait la mafia. Et si seulement trois otages sont libérés, comme convenu ? Les portes de l’enfer s’ouvriront.

Elles ne s’ouvriront pas seulement à Gaza, qui a déjà été transformée en enfer. Elles s’ouvriront aussi en Israël. Israël perdra ses dernières limites. Trump a donné son autorisation. Mais Trump disparaîtra un jour. Il peut perdre tout intérêt avant cela, et Israël se retrouvera avec les dégâts qu’il a causés, des dégâts infligés par un État criminel et lépreux.

Aucune diplomatie publique ni aucun ami ne pourra le sauver s’il suit la voie de son nouvel oracle éthique. Aucune accusation d’antisémitisme ne réussira à faire taire le choc du monde si Israël se lance dans une nouvelle série de combats dans l’enclave.

On ne saurait exagérer l’intensité des dégâts. Le renouvellement des attaques contre Gaza, avec la permission et sous l’autorité de l’administration usaméricaine, doit être bloqué en Israël. Parallèlement à la campagne désespérée pour le retour des otages, une nouvelle campagne doit être lancée contre Trump et ses idées farfelues.

Cependant, non seulement il n’y a personne qui puisse mener une telle campagne, mais il n’y a personne qui puisse l’initier. Les seules batailles qui sont menées ici maintenant, pour les otages et pour le renvoi de Netanyahou, sont importantes, mais elles ne peuvent pas rester les seules.

La reprise de la « guerre » est le plus grand désastre auquel nous sommes maintenant confrontés, annonçant un génocide, sans plus de discussion sur les définitions. Après tout, à quoi ressemblerait une « guerre » aujourd’hui, si ce n’est à une attaque contre des dizaines de milliers de réfugiés qui n’ont plus rien ? Que signifiera l’arrêt de l’aide humanitaire, du carburant, des médicaments et de l’eau, si ce n’est un génocide ? Nous découvrirons peut-être que les seize premiers mois de la guerre n’étaient qu’un début, les cinquante mille premiers morts seulement un prélude.

Demandez à n’importe quel Israélien et il vous dira que Trump est un ami d’Israël, mais Trump est en réalité l’ennemi le plus dangereux d’Israël aujourd’hui. Le Hamas et le Hezbollah ne le détruiront jamais comme lui le fera.

 

 

14/02/2025

JEREMY HAMMOND
Pourquoi Israël n’a pas le “droit d’exister”

Jeremy R. Hammond, Foreign Policy Journal , 15/3/2019
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Jeremy R. Hammond est un analyste politique usaméricain indépendant, journaliste, éditeur et rédacteur en chef du Foreign Policy Journal (2008-2020), et auteur de plusieurs livres.

Les apologistes des crimes d’Israël contre les Palestiniens affirment que l’État a le « droit d’exister » dans le but de légitimer le nettoyage ethnique de la Palestine.

Les sionistes qui s’érigent en défenseurs des crimes d’Israël contre le peuple palestinien accusent fréquemment leurs détracteurs de tenter de « délégitimer » l’État juif autoproclamé. Israël, rétorquent-ils, a le « droit d’exister ». Mais ils se trompent.


Il ne s’agit pas de singulariser Israël. Le « droit à l’existence » d’un État n’existe pas, point barre. Aucun droit de ce type n’est reconnu par le droit international. Il ne pourrait d’ailleurs logiquement pas exister. Le concept même est absurde. Ce sont les individus, et non des entités politiques abstraites, qui ont des droits.

Les droits individuels peuvent également être exercés collectivement, mais sans porter préjudice aux droits des individus. Le droit pertinent dans ce contexte est plutôt le droit à l’autodétermination, qui fait référence au droit d’un peuple d’exercer collectivement ses droits individuels par le biais de l’autonomie politique. L’exercice collectif de ce droit ne peut violer l’exercice individuel de celui-ci. Le seul objectif légitime d’un gouvernement est de protéger les droits individuels, et un gouvernement n’a aucune légitimité sans le consentement des gouvernés. Ce n’est que dans ce sens que le droit à l’autodétermination peut être exercé collectivement, par un peuple qui choisit lui-même comment il doit être gouverné et consent à cette gouvernance.

Le droit à l’autodétermination, contrairement au concept absurde du « droit à l’existence » d’un État, est reconnu en droit international. C’est un droit qui est explicitement garanti, par exemple, par la Charte des Nations Unies, à laquelle l’État d’Israël est partie.

Le cadre approprié pour la discussion est donc le droit à l’autodétermination, et c’est précisément pour obscurcir cette vérité que la propagande affirme fréquemment qu’Israël a un « droit d’exister ». Il est nécessaire que les apologistes d’Israël changent ainsi le cadre de la discussion car, dans le cadre du droit à l’autodétermination, c’est évidemment Israël qui rejette les droits des Palestiniens et non l’inverse.

Et le rejet d’Israël ne se manifeste pas seulement dans l’occupation continue du territoire palestinien. Ce rejet des droits des Palestiniens s’est également manifesté dans les moyens mêmes par lesquels Israël a été établi.

DANIEL BERGNER
Les militants noirs et juifs aux USA ont été des alliés pendant des décennies. Qu’en est-il aujourd’hui ?

La cause palestinienne a ravivé un partenariat forgé à l’époque de la lutte pour les droits civiques, tout en créant de nouvelles tensions.

Daniel Bergner, The New York Times, 18/1/2024
Traduit par 
Fausto GiudiceTlaxcala


Daniel Bergner (1960) est un collaborateur du du New York Times Magazine et l’auteur de 7 livres, dont le plus récent est “The Mind and the Moon: My Brother’s Story, the Science of Our Brains, and the Search for Our Psyches”.

Eva Borgwardt a embrassé la cause palestinienne pour la première fois l’été suivant sa sortie du lycée. C’est arrivé à cause de Michael Brown. C’était en août 2014, et à Ferguson, dans le Maryland, non loin du quartier aisé de sa famille à Saint-Louis, des manifestations éclataient après que Michael Brown eut été tué par un policier. À la maison, Borgwardt s’est souvent demandé qui elle aurait été à l’époque du mouvement pour les droits civiques. Aurait-elle vraiment défendu ce qui était juste ? Aujourd’hui, alors que les manifestations pour la justice raciale et contre les brutalités policières dominent l’actualité, sa mère, professeure d’histoire et spécialiste des droits humains, lui dit : « C’est un moment de ‘Où étais-tu dans l’histoire’ ».


Eva Borgwardt à Manhattan en décembre 2023 lors d’un événement appelant à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Photo Jessica Dimmock pour le New York Times

Borgwardt s’est rendue aux manifestations avec une grande glacière et a distribué des bouteilles d’eau en marge de la manifestation. « J’étais une jeune fille blanche de 18 ans qui essayait de se rendre utile » Lorsque les manifestants défilaient, elle tirait sa glacière disgracieuse le long du défilé.

À Ferguson, jour après jour, Borgwardt a été confrontée pour la première fois au racisme systémique. « J’ai dû me rendre compte que dans ces manifestations, dans les rues, les policiers ne sont pas les gentils. Que les structures, comme la police, qui m’ont servi toute ma vie sont littéralement mortelles et conçues pour opprimer les gens qui vivent dans ma ville. Je n’avais jamais été confronté à ça auparavant ».

Lors des manifestations, elle a été confrontée à autre chose : le lien entre la lutte pour la justice raciale dans ce pays et le mouvement pour la libération de la Palestine. Il y avait des Palestiniens aux rassemblements, dont les banderoles proclamaient « Palestine Stands With Ferguson » et « Palestinian Lives Matter ». Sur Twitter, Borgwardt a vu que les Palestiniens tweetaient leur soutien à plus de 6 000 kilomètres de là, ainsi que des conseils sur la manière de faire face aux gaz lacrymogènes lancés par la police. Cet été-là, une attaque palestinienne meurtrière et les représailles de l’armée israélienne en Cisjordanie ont entraîné des semaines de guerre entre Israël et le Hamas à Gaza. « Soudain, se souvient Borgwardt, les parallèles m’ont paru évidents. Les Noirs usaméricains face à une police militarisée et les Palestiniens de Cisjordanie face à une armée chargée du maintien de l’ordre ».

Eva Borgwardt, qui est juive, a commencé à interpréter différemment le langage qu’elle a entendu lors des manifestations. « J’ai été socialisée à percevoir des phrases comme “Du fleuve à la mer” et “Palestine libre” comme menaçantes, comme signifiant “effacer les Juifs de la carte”, au lieu de parler de liberté et d’égalité ».

Mais alors qu’elle commençait à penser différemment, « la plupart des membres de ma communauté juive, même les juifs de ma congrégation qui sont allés aux manifestations », dit-elle, « paniquaient à propos de la solidarité avec la Palestine lors des manifestations ». À propos d’une banderole « Free Palestine », elle se souvient d’un commentaire d’un autre juif : « C’est une honte qu’elle soit là ».

Deux ans plus tard, alors qu’elle était étudiante à Stanford, cette tension est montée en flèche. Le Movement for Black Lives (Mouvement pour les vies noires), le consortium de groupes pour la justice raciale qui comprend Black Lives Matter, a publié une tribune déclarant qu’Israël était “un État d’apartheid” et que les USA étaient complices « du génocide perpétré contre le peuple palestinien ». Des dénonciations furieuses et des accusations d’antisémitisme sont venues de tout le monde juif. Borgwardt craignait que l’allégeance farouche des Juifs usaméricains à Israël ne les écarte facilement de l’action en faveur de la justice raciale.

Pendant et après ses études, elle a donc entrepris de persuader les jeunes juifs de voir réellement « l’oppression de l’occupation », les rapprochant ainsi de la façon dont les militants noirs ont tendance à considérer Israël et les Palestiniens. Dans les salles de réunion des universités et dans les centres communautaires, elle a mené des discussions informelles sur des articles concernant des villages palestiniens rasés par les forces israéliennes. Malgré le malaise institutionnel des juifs à l’égard du Mouvement pour les vies noires et de Black Lives Matter, elle a constaté que les juifs de son âge étaient « plus susceptibles de sympathiser avec la cause palestinienne sur la base de la politique de justice raciale menée dans leur pays ». Elle a mobilisé de jeunes Juifs pour faire pression sur la Fédération de la communauté juive et le Fonds de dotation de San Francisco afin qu’ils cessent de financer des groupes qui, selon des articles de presse, ont favorisé l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie. (La fédération dément ces informations).

Aujourd’hui, elle est d’autant plus passionnée. Borgwardt, de petite taille et aux cheveux noirs bouclés, est la porte-parole nationale d’IfNotNow, une organisation composée principalement de jeunes juifs à la pointe de l’activisme en faveur de la libération de la Palestine. À la mi-octobre, devant le nombre croissant de civils tués par les bombardements israéliens sur Gaza en réponse à l’attaque du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre, qui a fait environ 1 200 morts, un nombre inconnu de viols [sic] et de mutilations [resic] et plus de 240 otages, IfNotNow est passé à l’action. L’organisation, ainsi que Jewish Voice for Peace, un groupe de progressistes juifs partageant les mêmes idées, a entraîné des milliers de personnes dans des rassemblements pro-palestiniens, bloquant les portes de la Maison Blanche et investissant la rotonde du Capitole, ce qui a donné lieu à des centaines d’arrestations. Tout au long de l’automne, dans la région de la baie, à Boston, à New York, à Chicago et à Los Angeles, IfNotNow a bloqué des ponts, organisé des sit-in aux heures de pointe sur les autoroutes et occupé des bâtiments gouvernementaux.

J’ai rencontré Eva Borgwardt à Washington au début du mois de novembre, lors de l’une des plus grandes manifestations pro-palestiniennes jamais organisées sur le sol usaméricain. Des cercueils factices, recouverts de drapeaux palestiniens, étaient alignés au pied d’une scène. Au-dessus des cercueils, une longue banderole rouge et noire exigeait : « Mettez fin au nettoyage ethnique de la Palestine financé par les USA ». La foule, qui comptait entre 100 000 et 300 000 personnes, scandait : «Five, six, seven, eight, Israel is a terrorist state” [ Cinq, six, sept, huit, Israël est un État terroriste].

Cette manifestation n’était pas organisée par IfNotNow, mais le groupe de Borgwardt a rassemblé un contingent assez important. Leurs pancartes se sont mélangées aux pancartes artisanales qui flottaient dans l’air : L’une d’entre elles, intitulée « Genocide Joe », fait référence au soutien apporté par le président Biden à Israël par le biais d’une aide militaire se chiffrant en milliards de dollars. « Cessez le feu maintenant », « Pas de paix sur une terre volée », « Les Juifs disent non au génocide ! », « Révolution Intifada ! »

« Près de 40 % des Juifs usaméricains de moins de 40 ans considèrent Israël comme un État d’apartheid », m’a dit Borgwardt, fière d’avoir contribué à amener les jeunes Juifs à cette conclusion. Cette statistique est issue d’un sondage réalisé en 2021 par l’Institut de l’électorat juif ; elle suppose que ce chiffre est en augmentation.

PETER BEINART
Un “droit d’exister” pour les États, ça n’existe pas. Pour les gens, oui

Peter Beinart, The New York Times, 27/1/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Contributeur à la rubrique Opinion du NYT, Peter Beinart est professeur à la Newmark School of Journalism de la City University of New York, rédacteur en chef de Jewish Currents et auteur de The Beinart Notebook, une lettre d’information hebdomadaire. Le texte ci-dessous est adapté de son livre à paraître, Being Jewish After the Destruction of Gaza [Être juif après la destruction de Gaza]. Il vient de signer l’annonce signée par plus de 400 rabbins et personnalités juives publiée le 13 février par le New York Times [voir ci-dessous]

Dans le Washington d’aujourd’hui, qui respire l’acrimonie partisane, les démocrates et les républicains sont au moins d’accord sur ce point : Israël a le droit d’exister. Ce droit a été affirmé par le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, et son antagoniste démocrate, le chef de la minorité de la Chambre, Hakeem Jeffries ; par le secrétaire d’État de l’administration Biden, Antony Blinken, et son successeur républicain, Marco Rubio ; par le nouveau secrétaire à la défense de Donald Trump, Pete Hegseth, et par le chef des démocrates du Sénat, Chuck Schumer. En 2023, la Chambre des représentants a affirmé le droit à l’existence d’Israël par un vote de 412-1.

Ce n’est pas ainsi que les hommes politiques de Washington parlent généralement des autres pays. Ils commencent généralement par les droits des individus, puis se demandent si un État donné représente bien la population qu’il contrôle. Si les dirigeants usaméricains donnaient la priorité à la vie de tous ceux qui vivent entre le Jourdain et la mer Méditerranée, il deviendrait évident que la question de savoir si Israël a le droit d’exister n’est pas la bonne. La meilleure question est de savoir si Israël, en tant qu’État juif, a le droit d’exister : Israël, en tant qu’État juif, protège-t-il de manière adéquate les droits de tous les individus sous sa domination ?

La réponse est non.

Considérons le scénario suivant : si l’Écosse faisait légalement sécession ou si les Britanniques abolissaient la monarchie, le Royaume-Uni ne serait plus ni uni ni un royaume. La Grande-Bretagne telle que nous la connaissons cesserait d’exister. Un autre État la remplacerait. Rubio, Schumer et leurs collègues accepteraient cette transformation comme légitime parce qu’ils croient que les États doivent être fondés sur le consentement des gouvernés.

13/02/2025

EMMA GOLDBERG
À la recherche de Dieu, ou de Peter Thiel, dans la Silicon Valley

 Lorsque des manitous du monde de la technologie parlent de leur foi chrétienne, les gens les écoutent.

Emma Goldberg, The New York Times, 11/2/2025
Traduit par 
Fausto GiudiceTlaxcala

Emma Goldberg est une journaliste couvrant le monde de l’entreprise qui s’intéresse à la culture du lieu de travail et à l’évolution du travail à une époque de changements sociaux et technologiques. En savoir plus sur Emma Goldberg

Tout s’est enclenché lorsque Peter Thiel a prononcé le discours sur Dieu.

“Il s’agissait d’une fête d’anniversaire pour les 40 ans de Trae Stephens, partenaire en capital-risque de Thiel et l’un des fondateurs d’Anduril Industries, un fabricant de systèmes de défense et d’armement de haute technologie. L’événement s’est déroulé sur plusieurs jours, en 2023, au domicile de Stephens, au Nouveau-Mexique. Il a commencé par une soirée en l’honneur du quarantenaire, suivie d’une autre où l’on a porté un toast, puis d’un brunch avec caviar, mimosas et pizzas de petit-déjeuner. Lors du brunch (dont le thème était le Saint-Esprit), Thiel, milliardaire de la Silicon Valley et faiseur de rois de la droite, a prononcé un discours sur les miracles, le pardon et Jésus-Christ. Les invités ont été captivés.

« Dans la salle, plus de 220 personnes, pour la plupart issues du monde de la technologie et du capital-risque, venaient nous voir en disant : Oh, mon Dieu, je ne savais pas que Peter Thiel était chrétien” », se souvient Michelle Stephens, l’épouse de Stephens. « Il est gay et milliardaire. Comment peut-il être chrétien ? »

Cette réaction – froncements de sourcils, curiosité sincère - a donné une idée à Mme Stephens : réunir des personnes influentes, y compris dans la Silicon Valley, pour parler de la foi chrétienne. L’année dernière, elle a créé une association à but non lucratif appelée ACTS 17 Collective, qui organise des événements au cours desquels les grands noms des secteurs de la technologie et du divertissement discutent de leur foi. Pour ceux qui sont en quête de spiritualité, mais aussi de professionnalisme, c’est l’occasion de se rapprocher des demi-dieux de l’industrie.

Thiel a été l’orateur principal de la première manifestation d’ACTS 17 en mai dernier, au domicile de Garry Tan, directeur général de Y Combinator, à San Francisco. Il a expliqué comment la théologie chrétienne influence sa politique et lesquels des dix commandements sont le plus importants pour lui. ((Le premier et le dernier : Adore Dieu, et Ne convoite pas le bien d’autrui) Un DJ a mis de l’ambiance en mixant des rythmes religieux pour les plus de 200 participants.

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RODERT DRAPER
Comment Charlie Kirk est devenu l’homme qui susurre l’air de la trumperie à l’oreille des jeunes aux USA

 Sur son chemin vers le cercle intime de Trump, il a moissonné des donateurs, des électeurs, des tiktokeurs et des amis très influents

Robert Draper, The New York Times, 10/2/2025
Une version de cet article a été publiée le 16 février 2025, à la page 20 du Sunday Magazine, sous le titre : “He Always Delivers” [Il tient toujours ses promesses]

Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Robert Draper couvre la politique intérieure des USA pour le Times depuis Washington. Il est l’auteur de plusieurs livres et a été journaliste pendant trois décennies. Pour cet article, il a interviewé Charlie Kirk à quatre reprises et a assisté à une réunion de donateurs et à un bal célébrant l’investiture de Donald Trump.

Environ une heure avant que Donald J. Trump ne prête serment, Charlie Kirk était assis dans la rotonde du Capitole lorsqu’il a jeté un coup d’œil à son iPhone. Ce que ce militant conservateur et personnalité des médias de 31 ans a vu l’a fait déglutir de rire. Un journaliste de The Daily Beast avait posté sur X : « ‘Charlie Kirk a de meilleures places que tous les membres du Congrès. Ça vous dit à quel point Trump ne pense pas au Congrès’, m’a dit un législateur du GOP* ». Vingt minutes plus tard, Kirk a vu qu’un sénateur républicain de l’Indiana, Jim Banks, avait posté une sorte de réfutation : « Charlie Kirk a fait plus que la plupart des membres du Congrès réunis pour que nous en soyons là aujourd’hui ».

Kirk se demandait comment tout le monde aurait réagi s’il avait pris la place beaucoup plus proche qui lui avait été offerte à l’origine. Au lieu de cela, l’événement ayant été déplacé à l’intérieur, sa femme et lui se sont retrouvés à quelques dizaines de rangées de la scène. Kirk vit à Scottsdale, en Arizona, mais il a emmené sa femme et leurs deux jeunes enfants avec lui pour séjourner pendant dix jours à l’élégant hôtel Salamander, à Washington, en janvier, lorsque l’administration Trump a pris le pouvoir, tout comme il avait déraciné sa famille trois jours après l’élection et l’avait installée pour un séjour de deux mois dans un appartement à Palm Beach, en Floride, près de la propriété de Trump à Mar-a-Lago.

Comme tant d’autres dans l’écosystème MAGA, Kirk est très à l’écoute de l’action liée à Trump. La différence, c’est que Kirk semble toujours se retrouver au cœur de l’action, chaque fois qu’il s’y présente. Pendant la première présidence de Trump, Kirk m’a dit qu’il s’était rendu à la Maison Blanche « plus d’une centaine » de fois. Quelques jours après la victoire de Trump en novembre, Kirk faisait partie d’un groupe restreint de conseillers chargés d’examiner les candidats à la Maison-Blanche pour déterminer s’ils avaient fait preuve d’une loyauté sans faille à l’égard de Trump. Selon deux sources au fait des événements, Kirk s’est retrouvé plus d’une fois dans la même pièce que le président élu pour discuter des candidats potentiels à un poste de ministre.

La proximité de Kirk avec Trump est d’autant plus notable qu’il n’a jamais exercé de fonction, travaillé à la Maison Blanche ou occupé un poste dans l’équipe de campagne. Il puise sa valeur ailleurs. Kirk est à la tête de Turning Point USA, la principale organisation de jeunes conservateurs du pays, qu’il a créée à l’âge de 18 ans. Elle possède des sections dans plus de 850 universités qui inscrivent les étudiants sur les listes électorales, font venir des conférenciers conservateurs sur les campus et organisent un réseau national de dirigeants d’associations étudiantes de droite. La demi-douzaine d’événements annuels de Turning Point, auxquels participent les plus grands noms de la droite, de Trump jusqu’au bas de l’échelle, sont des productions élégantes qui attirent des foules énormes.

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