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26/07/2025

GIDEON LEVY
Les Palestiniens ne vivent plus dans cette vallée. Ils ont même peur de s’en approcher

Gideon Levy  & Alex Levac (photos), Haaretz , 26/7/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Avant la guerre, cette étendue de terre à l’est de Jérusalem, parsemée de rochers et d’oliveraies, abritait trois communautés de bergers palestiniens – jusqu’à ce que des colons violents et des ordres d’évacuation les en chassent.


Ali Askar parmi les ruines calcinées de la ferme familiale.
Un autre habitant de Hizma a raconté au frère blessé d’Ali, Ouda, qu’un officier de l’armée s’était présenté et lui avait dit :
« Les colons sont fous. On ne peut pas les arrêter. Ne vous frottez pas à eux. »

 Le danger rôde partout. Il est dangereux de mener les troupeaux au pâturage, dangereux de se promener dans la nature, dangereux de travailler la terre, dangereux même d’essayer de l’atteindre.

Depuis le début de la guerre à Gaza – et dans les communautés palestiniennes de Cisjordanie devenues l’arrière-cour de ce conflit – le terrain a subi une transformation radicale. Aux centaines de check-points militaires, à l’étranglement économique imposé par les blocus israéliens sur les villages et villes, à la brutalité des soldats atteignant des sommets inédits, aux descentes militaires aléatoires et incessantes, aux innombrables avant-postes de colons sauvages établis sans aucune opposition des autorités, et aux pogroms quasi quotidiens commis par les colons, s’ajoute une atmosphère de terreur absolue.

Une terreur de quitter sa maison, et encore plus de s’aventurer hors de sa communauté. Dehors, tout est plus dangereux. Les colons violents rôdent partout, et personne ne les arrête. Ils observent de loin et attaquent rapidement quiconque ose marcher dans les zones ouvertes, pourtant en grande partie propriétés privées palestiniennes.

Depuis le 7 octobre, les territoires palestiniens ont vu fleurir des tentes de deuil pour les centaines de personnes tuées par des tirs de soldats ou de colons, ainsi que pour des milliers de blessés tentant de se remettre des violences, sous le regard des forces israéliennes.

Nous avons récemment rendu visite à plusieurs blessés, chacun dans une zone différente de la Cisjordanie. À Hizma, à l’est de Jérusalem, trois personnes se remettent d’attaques récentes de colons. L’une d’elles est Ouda Ahmed Askar, 29 ans, ouvrier du bâtiment célibataire, dont la jambe a été pulvérisée par des balles, et qui est en convalescence chez son frère.


Ouda Askar, qui a été blessé à la jambe par des colons ce mois-ci.
Un ami est venu l’aider — et les colons ont tiré sur l’ami aussi, raconte Askar.

 Une attaque ciblée contre des bergers

L’incident a eu lieu le dimanche 29 juin. Sabrine, la sœur de 25 ans d’Ouda, emmenait les moutons de la famille au pâturage, accompagnée de sa nièce de 3 ans, Ibtisam. Leur troupeau, d’environ 100 têtes, est gardé dans un enclos en bordure de la ville, près d’une vallée appelée Biryat Hizma.

Alors qu’elles s’approchaient de la vallée, huit colons masqués, dont quatre armés de fusils et pistolets, ont surgi d’une colline voisine. Apparemment venus d’un avant-poste clandestin, ils ont pris position face à Sabrine et à l’enfant.

Sabrine a immédiatement envoyé un message WhatsApp à Ouda, lui demandant de venir d’urgence. Vingt proches et voisins l’ont suivi. Sabrine, fuyant la vallée avec sa nièce, a raconté qu’un des colons les avait menacées en arabe :
« Si vous revenez avec les moutons, on vous les confisque et on brûle l’enclos. »
Ils ont ajouté :
« On vous fera comme à Kafr Malik »,
faisant référence au pogrom du 25 juin, où trois Palestiniens ont été tués et de nombreux biens incendiés.

La vallée est rapidement devenue une zone de guerre. Les habitants jetèrent des pierres pour repousser les colons, qui menaçaient d’approcher les maisons et les enclos. Soudain, les colons ont ouvert le feu. À une distance de 50 mètres, ils ont tiré en rafale.

Ouda a été touché à la jambe droite. Un ami l’a aidé à fuir en voiture — mais lui aussi a été blessé par balle. Les deux hommes ont atteint une clinique à Hizma, où un troisième blessé, touché à l’épaule lors de la même attaque, venait aussi d’arriver. Tous trois ont été évacués à l’hôpital gouvernemental de Ramallah.


Des biens palestiniens vandalisés par des colons dans la vallée, ce mois-ci.
Après que les colons ont ouvert le feu, les habitants ont fui, et les colons ont incendié la propriété sans être inquiétés.

Entendant les tirs des colons, les Palestiniens ont fui en panique vers la ville.
Ni l’armée ni la police n’étaient présentes.
Le repli des habitants a permis aux colons de passer à leur deuxième activité favorite — après les tirs à balles réelles sur des Palestiniens — à savoir incendier les biens palestiniens.

Ils ont mis le feu à la ferme des Askar, située à la lisière de la vallée.
C’était une construction en bois colorée — comme on peut le voir sur les photos — où la famille venait se reposer en paix, au cœur de la nature. Elle était ornée de plantations décoratives et de pots de fleurs.
Il n’en reste plus rien aujourd’hui.

Ouda a subi deux opérations à la jambe et a été hospitalisé pendant huit jours.
Il commencera la rééducation le mois prochain ; en attendant, il est alité.
L’ami qui l’a secouru — et qui a demandé à rester anonyme — a lui aussi passé une semaine à l’hôpital.

Trois autres familles élargies vivaient à proximité de cette vallée jusqu’au début de la guerre à Gaza.
L’une d’elles a dû partir après la démolition de ses habitations par l’Administration civile (branche du gouvernement militaire israélien).
Les deux autres familles, terrorisées par les colons, se sont déplacées cinq kilomètres plus à l’est.

La vallée a été “nettoyée”.

 


Mohammed Askar. L’oliveraie familiale est divisée en deux parcelles : la famille n’a plus le droit d’approcher l’une, et l’autre a été arrachée par les colons.


Amer Aruri, chercheur de terrain pour l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem, a documenté six attaques de colons qui ont accéléré le nettoyage de la vallée.
La barrière de séparation, qui coupe les Palestiniens de 40 % de leurs terres depuis plus de vingt ans, a été accompagnée depuis le 7 octobre d’une hausse significative des attaques et accaparements par les colons près de Hizma, selon B’Tselem.

Les colons n’entrent pas dans la ville densément peuplée, à l’entrée de laquelle l’armée a récemment installé une barrière en acier jaune (ouverte cette semaine).
Mais ils se contentent d’expulser quiconque s’approche ou entre dans la vallée en bordure de Hizma — même sur ses confins les plus éloignés.

Retour à l’incident avec Ouda : une unité de l’armée est arrivée à la clinique où Ouda et son ami s’étaient rendus, mais ils étaient déjà à l’hôpital.
Un interrogateur du Shin Bet l’a appelé là-bas, mais Ouda était incapable de parler.
Depuis, il affirme n’avoir reçu aucune nouvelle des autorités israéliennes.

Un habitant local a raconté à Ouda qu’après sa fuite, l’armée est arrivée et un officier a déclaré :

« Les colons sont fous. On ne peut pas les arrêter. Ne vous frottez pas à eux et ne leur lancez pas de pierres. »

Nous nous sommes rendus sur les lieux de l’attaque avec Ali, le frère de 40 ans d’Ouda, père de quatre enfants, qui avait lui aussi participé à la défense du troupeau ce dimanche-là.
Il nous a également montré les ruines de maisons voisines, démolies ces dernières années par l’Administration civile.
Pendant ce temps, un nouveau quartier de tours est en construction non loin de là.
Les colonies d’Anatot (à l’est) et d’Adam (au nord) dominent les crêtes des collines environnantes.

Au cœur de la vallée, on aperçoit deux caroubiers isolés.
L’oliveraie des Askar y est divisée en deux :
la famille ne peut plus approcher l’une des parcelles depuis le début de la guerre ; l’autre a été arrachée par les colons.
Le reste de la vallée est rocailleux, désert, vallonné.
Le troupeau familial est toujours dans l’enclos — mais il est désormais impossible de l’emmener paître dans la vallée.

Le père d’Ouda, un homme barbu et expressif nommé Mohammed, affirme avoir « environ 70 ans ».
Combien d’enfants avez-vous ?, lui avons-nous demandé.
— Vingt.

Des bidons jaunes en plastique, utilisés pour apporter de l’eau aux moutons, sont éparpillés sur le sol.
Un chien de berger, attaché, montre les crocs et aboie sur notre passage.

Non loin de là, tout ce qui reste de la ferme des Askar, c’est de la poussière et des cendres.

Les colonies juives et la "barrière de séparation" (Mur de l'Apartheid), photographiée ici en 2007 lorsqu'elle était en construction, ont fait perdre aux habitants d'Hizma 60% de leurs terres

NADIA ELIAS
La muerte del artista libanés Ziad Rahbani a los 69 años: una pérdida devastadora para la cultura árabe

Nadia Elias, Al-Quds Al-Arabi, 26/7/2025

Traducido por Fausto GiudiceTlaxcala

Con profunda tristeza, el pueblo libanés recibió la noticia del fallecimiento del gran y brillante artista Ziad Rahbani, a la edad de 69 años, tras luchar contra una enfermedad.

Emad Hajjaj

Muchos expresaron su inmensa pena ante su partida repentina, compartiendo sus fotos en redes sociales y lamentando esta gran pérdida para el arte y la cultura libanesa y árabe. Fue una voz libre que denunció la injusticia y la hipocresía, rompiendo el silencio con la palabra y la acción.

Ziad Rahbani, nacido el 1 de enero de 1956, era hijo de Fairuz y del fallecido músico Assi Rahbani. Es reconocido como uno de los músicos y hombres de teatro más destacados del Líbano, así como dramaturgo, compositor, crítico político, comentarista radial y periodista consumado.

Conocido por su afiliación a la izquierda y su apoyo a la idea de la resistencia, fue un defensor firme de la causa palestina y un opositor del sistema político tradicional libanés. Sus obras, centradas en una crítica satírica y directa de la realidad social y política libanesa, le valieron una gran audiencia en el Líbano y en el mundo árabe.

Rahbani es famoso por sus obras teatrales revolucionarias, que se han convertido en clásicos del teatro libanés y se transmiten de generación en generación con cariño e interés. Entre las más destacadas se encuentran: Sahrieh, Nazl al-Surur, Haga Fashal, Asb’l Bi-Luqra Shou?, Film Amriki Tall, Lawla Fashat Al-Amal, Bi’s-Karama wa al-Sha’b al-’Aneed, entre otras.

Extrajo su material teatral del lenguaje cotidiano, presentando a sus personajes con el habla del pueblo y un talento cómico poco común, lo que lo destacó como un actor hábil que sabía elegir sus papeles conforme a su personalidad y capacidades.

Ziad comenzó su carrera artística a muy temprana edad, escribiendo y componiendo para su madre, Fairuz. Se convirtió en el tercer pilar cultural tras sus padres, proponiendo una nueva visión del teatro árabe contemporáneo que combinaba música, comedia, política y audacia.

A pesar de su retiro relativo de la vida artística en los últimos años, mantuvo un gran respeto entre un amplio público de intelectuales y amantes del arte auténtico.

Los detalles del funeral se anunciarán en las próximas horas, con la participación de su madre, Fairuz, su hermana Rima y su hermano Hali.

Las comunidades oficiales, artísticas y populares del Líbano lamentaron su pérdida. El presidente Joseph Aoun expresó su “dolor por el fallecimiento del gran artista Ziad Rahbani, quien murió tras una carrera artística excepcional que marcó profundamente nuestra conciencia cultural”.

Declaró: “Ziad Rahbani no era solo un artista, sino una entidad intelectual y cultural completa. Más aún, era una conciencia viva, una voz rebelde contra la injusticia y un espejo fiel de los sufrientes y marginados. Escribía sobre el dolor de la gente y tocaba las cuerdas de la verdad sin ambigüedad. A través de su teatro comprometido y su música rebosante de creatividad, oscilando entre lo clásico, el jazz y la música oriental, ofreció una visión artística única y abrió nuevas perspectivas para la expresión cultural libanesa, ganando así renombre internacional con sus innovaciones”.

El Presidente añadió: “Ziad fue una prolongación natural de la familia Rahbani, que le ha dado tanta belleza y dignidad al Líbano. Es hijo del creador Assi Rahbani y de Fairuz, nuestra embajadora ante las estrellas, a quien hoy dirigimos nuestras sinceras condolencias y estamos con ella de todo corazón en esta gran pérdida. Compartimos con ella el dolor de perder a quien fue para ella mucho más que un apoyo. También extendemos nuestras condolencias a la honorable familia Rahbani por esta enorme pérdida”.

Concluyó diciendo: “Las numerosas obras notables de Ziad permanecerán vivas en la memoria de los libaneses y los árabes, inspirando a las generaciones futuras y recordándoles que el arte puede ser resistencia y que las palabras pueden ser una toma de postura. Que Ziad Rahbani descanse en paz, y que su música y sus obras, llenas de memoria y vida, sigan siendo un faro de libertad y un llamado a la dignidad humana”.

El primer ministro Nawaf Salam también expresó su pésame, escribiendo: “Con la desaparición de Ziad Rahbani, el Líbano pierde a un artista creativo excepcional y a una voz libre, fiel siempre a los valores de justicia y dignidad. Ziad encarnaba un profundo compromiso con las causas de la humanidad y de la nación. En el escenario, con música y palabras, Ziad dijo lo que muchos no se atrevían a decir, y tocó las esperanzas y los sufrimientos de los libaneses durante décadas. Con su franqueza dolorosa, insufló una nueva conciencia en la cultura nacional. Ofrezco mis más sinceras condolencias a su familia y a todos los libaneses que lo amaban y lo consideraban su voz”.

El ministro de Cultura, Dr. Ghassan Salameh, escribió en su cuenta de X: “Temíamos este día, porque sabíamos que su estado de salud se deterioraba y su deseo de recibir tratamiento disminuía. Los proyectos de tratarlo en el Líbano o en el extranjero se volvieron ideas del pasado, porque Ziad ya no podía imaginar los tratamientos y operaciones que eso implicaba. Que Dios tenga piedad del creativo Rahbani. Lo lloraremos cantando sus eternas canciones”.

Por su parte, la actriz libanesa Carmen Lebbos, quien fue pareja de Ziad Rahbani, cubrió su perfil con un fondo negro y escribió con tristeza: “¿Por qué es así? Siento que todo ha desaparecido... Siento que el Líbano está vacío”.



 

 شو هالأيام

كأنه المصاري قشطت لحالا عهيدا نتفة وهيدا كتير

حلوة دي حلوة دي حلوة دي بتعجن في الفجرية

بيقولولك من عرق جبينه طلع مصاري هالإنسان

طيب كيف هيدا وكيف ملايينه وما مرة شايفينه عرقان

مش صحيح مش صحيح مش صحيح الهوا غلاب

شو هالإيام اللي وصلنالا قال إنه غني عم يعطي فقير

كأنه المصاري قشطت لحالا عهيدا نتفة وهيدا كتير

حلوة دي حلوة دي حلوة دي بتعجن في الفجرية

الغني من تلقاء نفسه حابب يوزع ورق المال

مانه بخيل أبدا على عكسه ذكركم يا ولاد الحلال

ليل يا لال ليل يا لال ليل

كل واحد منا عنده ستيله ما بيمنع إنو يصير تنسيق

جبلي لمضيلك قلمي ستيله كل الشعوب بكرا هتفيق

يا سلام يا سلام يا سلام سلم

شو هالإيام اللي وصلنالا قال إنه غني عم يعطي فقير

كأنه المصاري قشطت لحالا عهيدا نتفة وهيدا كتير

حلوة دي حلوة دي حلوة دي بتعجن في الفجرية

كل المصاري اللي مضبوبة الما بتنعد وما بتنقاس

أصلا من جياب الناس مسحوبة لازم ترجع ع جياب الناس

هيا دي هيا دي هيا دي هيا الأصلية

هيا دي هيا دي هيا دي هيا الأصلية

Qué días son estos que vivimos, dime?

Parece que el dinero cae del cielo,
Un poco pa’ uno, pa’l otro, un carretel.
¡Ay, qué bonita! ¡Qué linda es ella!
Amasa la masa sin pena ni estrella.

Dicen: “Él lo ganó con sudor y empeño”,
Frente en alto, luchando sin sueño.
¿Y aquel con millones, sin gota de frente?
¡Jamás lo vimos sudar entre gente!

Estribillo:
¿Qué días son estos que estamos viviendo?
¿Crees que un rico da sin estar mintiendo?
Parece que llueven billetes del aire,
Un poco pa’ ti, pa’l otro un millonario baile.
¡Qué linda es ella! ¡Tan viva, tan bella!
Amasa la masa con risa y estrella.

El rico de pronto se pone a donar,
¿No es tacaño? ¡Eso hay que dudar!
No es generoso, ni es corazón,
Es viejo teatro sin emoción.

Recuerda, pueblo noble y sufrido,
Lo que te quitó debe ser restituido.
Pero te lanza una sonrisa y un billete,
Y aplaudimos todos sin hacer un debate.

Estribillo
¿Qué días son estos que estamos viviendo?
Un mundo al revés, sin rumbo ni tiempo.
Parece que crecen los billetes en flor,
Un poco pa’ ti, pa’l otro el honor.
¡Qué linda es ella! ¡Qué fuego su huella!
Amasa la masa con luz de centella.

Layl ya lal, layl ya lal,
Cada uno con su propio ritual.
Pero unamos la voz, el canto y la herida,
Mañana los pueblos alzarán la vida.

Tantos tesoros que no se pueden contar,
Nos los sacaron sin parpadear.
Ya es hora de cambiar el guión,
Que el oro del mundo regrese en canción.

Estribillo final
¿Qué días son estos que estamos viviendo?
¿Un rico que da sin estar fingiendo?
Parece que el cielo reparte sin ley,
Un poco pa’ ti, pa’l otro la grey.
Pero la verdad, la única, la entera,
Es que lo robado regrese a tu acera.

Sí, es esa, sí, es esa,
La única ruta, la voz más espesa.
Sí, es esa, sí, es esa —
La justicia viva, sin palabrer
ía


بلا ولا شي

ولا فيه بهالحب مصاري ولا ممكن فيه ليرات

ولا ممكن فيه أراضي ولا فيه مجوهرات

تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

تعي نقعد تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

بلا ولا شي بحبك بلا ولا شي

بلا كل أنواع تيابك بلا كل شي فيه تزييف

بلا كل أصحاب صحابك التقلا والمهضومين

تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

تعي نقعد تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

بلا ولا شي وحدك بلا ولا شي

بلا جوقة أمّك فيّي ورموش وماسكارا

بلا ما النسوان تحيك بلا كل هالمسخرة

تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

تعي نقعد تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

Te quiero sin un mango


Te quiero sin un mango, sin un sope,
sin guita, sin anillo, sin escote.
Este amor no viene con billete,
ni campos, ni oro, ni juguete.
Venite a sentarte a la sombrita,
que no es de nadie, pero es bonita.
Quereme... y pensá un cacho.
Venite, che, quedate un rato.

[Estribillo]
Te quiero sin un mango, sin chamuyo,
sin trajes caros, sin barullo.
Sin esos amigos tan copados,
pero en el fondo re caretas y pesados.
Venite a sentarte a la sombrita,
que no es de nadie, pero es bonita.
Quereme... y pensá un cacho.
Venite, che, quedate un rato.


Te quiero solita, sin tu troupe,
sin tu vieja, ni rimel ni tul.
Sin las minas que viven bardeando,
sin todo ese circo que estás armando.
Venite a sentarte donde no joden,
lejos de todo, donde no hay orden.
Quereme... y pensá un cacho.
Venite, che, quedate un rato.

 

[Estribillo final]
Te quiero así nomás, sin maquillaje,
sin careta, sin embalaje.
Sin consejos, sin moralina,
quereme simple, sin cocina.
Venite a sentarte a la sombrita,
que no es de nadie, pero es bonita.
Quereme... y pensá un cacho.
Venite, che, quedate un rato.

NADIA ELIAS
La mort de l’artiste libanais Ziad Rahbani à 69 ans : une perte dévastatrice pour la culture arabe

Nadia Elias, Al-Quds Al-Arabi, 26/7/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

C’est avec une grande tristesse que le peuple libanais a appris la nouvelle du décès du grand et brillant artiste libanais Ziad Rahbani, à l’âge de 69 ans, après une lutte contre la maladie.
Emad Hajjaj

Nombreux sont ceux qui ont exprimé leur profonde tristesse suite à sa disparition soudaine, partageant ses photos sur les réseaux sociaux et exprimant leur tristesse face à cette immense perte pour l’art et la culture libanaise et arabe. C’était une voix libre qui mettait en lumière l’injustice et l’imposture, brisant le silence par la parole et l’action.

Ziad Rahbani, né le 1er janvier 1956, était le fils de Fairouz et du regretté musicien Assi Rahbani. Il est reconnu comme l’un des musiciens et hommes de théâtre les plus éminents du Liban, ainsi que comme dramaturge, compositeur, critique politique, commentateur radio et journaliste accompli.

Connu pour son appartenance à la gauche et son soutien à l’idée de résistance, il est resté un fervent défenseur de la cause palestinienne et s’est opposé au système politique traditionnel libanais. Ses œuvres, axées sur une critique satirique et directe de la réalité sociale et politique libanaise, lui ont valu une large audience au Liban et dans le monde arabe.

Rahbani est célèbre pour ses pièces révolutionnaires, devenues des classiques du théâtre libanais et transmises de génération en génération avec amour et intérêt. Parmi les plus marquantes, on peut citer : « Sahrieh », « Nazl al-Surur », « Haga Fashal », « Asb’l Bi-Luqra Shou? », « Film Amriki Tall », « Lawla Fashat Al-Amal », « Bi’s-Karama wa al-Sha’b al-’Aneed », etc.

Il a puisé sa matière théâtrale dans le vocabulaire de la vie quotidienne, présentant ses personnages dans la langue du peuple et avec un talent comique rare, ce qui le fait ressortir comme un acteur comique habile qui sait choisir ses rôles en fonction de sa personnalité et de ses capacités.

Ziad a débuté sa carrière artistique très jeune, écrivant et composant pour sa mère, Fairouz. Il est devenu un troisième pilier culturel après ses parents, proposant une nouvelle vision du théâtre arabe contemporain alliant musique, comédie, politique et audace.

Malgré son retrait relatif de la vie artistique ces dernières années, il a conservé une grande considération auprès d’un large public d’intellectuels et d’amateurs d’art authentique.

Les détails des funérailles seront dévoilés dans les prochaines heures, avec la participation de sa mère, Fairouz, de sa sœur, Rima, et de son frère, Hali.

Les communautés officielles, artistiques et populaires du Liban l’ont pleuré, le président Joseph Aoun exprimant sa « douleur suite au décès du grand artiste Ziad Rahbani, décédé après une carrière artistique exceptionnelle qui a profondément marqué notre conscience culturelle ».

Il a déclaré : « Ziad Rahbani n’était pas seulement un artiste, mais une entité intellectuelle et culturelle à part entière. Plus encore, il était une conscience vivante, une voix rebelle contre l’injustice et un miroir honnête pour les personnes souffrantes et marginalisées. Il écrivait sur la douleur des gens et jouait sur les cordes de la vérité sans ambiguïté. Par son théâtre engagé et sa musique, débordante de créativité, oscillant entre le classique, le jazz et la musique orientale, il a présenté une vision artistique unique et a ouvert de nouvelles perspectives sur l’expression culturelle libanaise, lui permettant d’acquérir, par ses innovations, une renommée internationale ».

Le Président de la République a ajouté : « Ziad était un prolongement naturel de la famille Rahbani, qui a donné au Liban tant de beauté et de dignité. Il est le fils du créateur Assi Rahbani et de Fairouz, notre ambassadrice auprès des étoiles, à qui nous présentons aujourd’hui nos sincères condoléances, et nous sommes de tout cœur avec elle dans cette grande perte. Nous partageons avec elle la douleur de perdre quelqu’un qui était pour elle plus qu’un soutien. Nous présentons également nos condoléances à l’honorable famille Rahbani pour cette grande perte. »

Il a conclu en déclarant : « Les nombreuses œuvres remarquables de Ziad resteront vivantes dans la mémoire des Libanais et des Arabes, inspirant les générations futures et leur rappelant que l’art peut être une résistance et que les mots peuvent être une prise de position. Que Ziad Rahbani repose en paix, et que sa musique et ses pièces, vibrantes de mémoire et de vie, demeurent un phare de liberté et un appel à la dignité humaine. »

Le Premier ministre Nawaf Salam a également exprimé son deuil, écrivant : « Avec la disparition de Ziad Rahbani, le Liban perd un artiste créateur exceptionnel et une voix libre, restée fidèle aux valeurs de justice et de dignité. Ziad incarnait un profond engagement envers les causes de l’humanité et de la nation. Sur scène, par la musique et les mots, Ziad a dit ce que beaucoup n’osaient pas dire, et a touché les espoirs et les souffrances des Libanais pendant des décennies. Par sa franchise douloureuse, il a insufflé une nouvelle conscience à la culture nationale. J’offre mes plus sincères condoléances à sa famille et à tous les Libanais qui l’aimaient et le considéraient comme leur voix. »

Le ministre de la Culture, le Dr Ghassan Salameh, a écrit sur son compte X : « Nous redoutions ce jour, car nous savions que son état de santé se détériorait et que son désir de se faire soigner diminuait. Les projets de le soigner au Liban ou à l’étranger étaient devenus des idées dépassées, car Ziad n’avait plus la capacité d’imaginer le traitement et les opérations que cela nécessiterait. Que Dieu ait pitié du créatif Rahbani . Nous le pleurerons en chantant ses chansons éternelles. »

Quant à l’actrice libanaise Carmen Lebbos, qui était en couple avec Ziad Rahbani, elle a couvert sa page de noir, écrivant tristement : « Pourquoi est-ce ainsi ? J’ai l’impression que tout a disparu... J’ai l’impression que le Liban est vide. »



 

 شو هالأيام

كأنه المصاري قشطت لحالا عهيدا نتفة وهيدا كتير

حلوة دي حلوة دي حلوة دي بتعجن في الفجرية

بيقولولك من عرق جبينه طلع مصاري هالإنسان

طيب كيف هيدا وكيف ملايينه وما مرة شايفينه عرقان

مش صحيح مش صحيح مش صحيح الهوا غلاب

شو هالإيام اللي وصلنالا قال إنه غني عم يعطي فقير

كأنه المصاري قشطت لحالا عهيدا نتفة وهيدا كتير

حلوة دي حلوة دي حلوة دي بتعجن في الفجرية

الغني من تلقاء نفسه حابب يوزع ورق المال

مانه بخيل أبدا على عكسه ذكركم يا ولاد الحلال

ليل يا لال ليل يا لال ليل

كل واحد منا عنده ستيله ما بيمنع إنو يصير تنسيق

جبلي لمضيلك قلمي ستيله كل الشعوب بكرا هتفيق

يا سلام يا سلام يا سلام سلم

شو هالإيام اللي وصلنالا قال إنه غني عم يعطي فقير

كأنه المصاري قشطت لحالا عهيدا نتفة وهيدا كتير

حلوة دي حلوة دي حلوة دي بتعجن في الفجرية

كل المصاري اللي مضبوبة الما بتنعد وما بتنقاس

أصلا من جياب الناس مسحوبة لازم ترجع ع جياب الناس

هيا دي هيا دي هيا دي هيا الأصلية

هيا دي هيا دي هيا دي هيا الأصلية

C’est quoi ces jours qu’on vit, dis-moi ?


On dirait que l’argent tombe tout seul,
Un p’tit pour lui, pour l’autre, un plein seau d’or.
Oh qu’elle est belle, oh qu’elle est belle,
Elle pétrit dès l’aube, sans faire d’effort.

On te raconte : “Il l’a gagnée en peinant”,
À la sueur du front, fier et vaillant.
Mais celui-là, avec ses millions,
Jamais vu transpirer, ni d’près, ni d’loin !

Refrain :
C’est quoi ces jours qu’on vit, dis-moi ?
Un riche qui donne à un pauvre, tu crois ?
On dirait qu’les billets pleuvent du ciel,
Un p’tit pour lui, pour l’autre, un arc-en-ciel.
Oh qu’elle est belle, oh qu’elle est belle,
Elle pétrit dès l’aube, fine et rebelle.

Le riche soudain veut tout partager ?
C’est pas un radin ? Il faut arrêter !
C’est pas d’la bonté, ni du grand cœur,
C’est un vieux théâtre, peint sans couleur.

Souviens-toi, brave peuple oublié,
C’qu’il t’a pris, faudrait le rendre en entier.
Mais il te sourit, te jette un billet,
Et tout l’monde applaudit sans se poser.

Refrain
C’est quoi ces jours qu’on vit, dis-moi ?
Un monde à l’envers où tout va de soi.
On dirait qu’les billets poussent en fleurs,
Un p’tit pour toi, pour lui, tout le bonheur.
Oh qu’elle est belle, oh qu’elle est belle,
Elle pétrit dès l’aube, sous les chandelles.

Layl ya lal, layl ya lal,
Chacun son style, chacun son bal.
Mais unissons nos cris, nos voix,
Demain les peuples se lèveront pour ça !

Tous ces trésors qu’on peut même pas compter,
Sont tirés d’nos poches, volés en beauté.
Il est temps qu’ça change, qu’on dise assez,
Que l’or du monde nous soit rendu en paix.

Refrain
C’est quoi ces jours qu’on vit, dis-moi ?
Un riche qui donne à un pauvre, pour quoi ?
On dirait qu’les billets tombent tout seuls,
Un p’tit pour lui, pour l’autre, un arc-en-ciel.
Mais la vérité, la seule, la vraie,
C’est qu’ça doit revenir chez toi, chez moi.

Oui, c’est celle-là, c’est celle-là,
La seule vraie route, la seule vraie voix.
Oui, c’est celle-là, c’est celle-là —
La vraie justice, et pas d’bla-bla.

 

بلا ولا شي

 ولا فيه بهالحب مصاري ولا ممكن فيه ليرات

ولا ممكن فيه أراضي ولا فيه مجوهرات

تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

تعي نقعد تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

بلا ولا شي بحبك بلا ولا شي

بلا كل أنواع تيابك بلا كل شي فيه تزييف

بلا كل أصحاب صحابك التقلا والمهضومين

تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

تعي نقعد تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

بلا ولا شي وحدك بلا ولا شي

بلا جوقة أمّك فيّي ورموش وماسكارا

بلا ما النسوان تحيك بلا كل هالمسخرة

تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

تعي نقعد تعي نقعد بالفي مش لحدا هالفي

حبيني وفكّري شوي

 

Je t’aime sans rien

Je t’aime sans rien, sans rien du tout,
Sans un sou, sans billet, sans bijou.
Y a pas d’argent dans mon amour,
Ni lingots d’or, ni grand détour.
Viens qu’on s’pose sous un coin d’ombre,
Elle est à personne, douce et sans nombre.
Aime-moi… et pense un peu.
Viens qu’on s’pose, rien que tous les deux.

[Refrain]
Je t’aime sans rien, sans rien du tout,
Pas d’apparat, pas de décousu.
Sans robe chic, sans défilé,
Sans les faux-amis trop bien habillés.
Viens qu’on s’pose sous un coin d’ombre,
Elle est à personne, douce et sans nombre.
Aime-moi… et pense un peu.
Viens qu’on s’pose, rien que tous les deux.


Je t’aime sans rien, rien que toi-même,
Sans ta troupe, ni leurs faux problèmes.
Pas d’mascara ni p’tit brushing,
Ni les commères qui parlent de rien.
Viens t’asseoir loin de leurs regards,
À l’abri du bruit, tout est plus clair.
Aime-moi… et pense un peu.
Viens qu’on s’pose, loin des envieux.

[Refrain final]
Je t’aime sans rien, sans maquillage,
Pas besoin d’artifice ni de page.
Sans les conseils, sans les discours,
Aime-moi vrai, aime-moi court.
Viens qu’on s’pose sous un coin d’ombre,
Elle est à personne, douce et sans nombre.
Aime-moi… et pense un peu.
Viens qu’on s’pose, rien que tous les deux.

25/07/2025

RIM AL-ATTRACHE
La pensée de Sultan al-Attrache d’après ses archives

Dr. Rim Mansour Sultan al- Attrache, Sabahelkheyr.com, n° 142, 25/7/2025

Original arabe  فكر سلطان الأطرش: من أرشيفه

Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

سلطان الأطرش: شعلة الثورة السورية الكبرى

Sultan al-Atrash : La flamme inextenguible de la Syrie


Durant un quart de siècle, j’ai travaillé à éditer les archives de Sultan al- Attrache, publiées à Beyrouth.

La Grande Révolution syrienne a éclaté le 21 juillet 1925, mais elle a capté l’attention du monde après la bataille d’al-Mazraa (2-3 août). Le tumulte fut tel que les Européens commencèrent à envoyer des journalistes – d’Allemagne notamment – pour observer la situation dans le Djebel Druze ; ainsi, les nationalistes ont commencé à s’y intéresser !

Sultan al- Attrache déclara alors aux journalistes allemands :

« Les Français ne cherchent pas sincèrement la paix dans leurs négociations... Ils veulent simplement nous distraire en attendant l’arrivée de leurs nouvelles troupes…

Nous n’acceptons rien d’autre que l’indépendance totale et l’unité de la Syrie, avec l’établissement d’un gouvernement national constitutionnel. Le mandat de l’État mandataire doit se limiter à une assistance technique et administrative via des conseillers qualifiés, conformément au Pacte de la Société des Nations de 1919. »

Refusant toute division confessionnelle du pays. Il proclamait clairement les objectifs de la révolution : l’unité du territoire syrien, côte et intérieur (Le Levant), et l’indépendance totale, comme déclaré dans son manifeste « Aux armes ».

Il refusa une offre royale du roi George V en 1927 : un château à Jérusalem et une pension mensuelle à vie. Il répondit : « Notre bonheur réside dans l’indépendance de notre patrie, son unité et la liberté de notre peuple, avec le retrait des troupes étrangères. »

Autour de lui se rassemblèrent les pauvres, les patriotes.



Combattants avant la bataille d’Al-Mazraa

La révolution de 1925 ne fut pas seulement un acte militaire spectaculaire, mais une initiative de refus et de résistance. Les envahisseurs ne doivent jamais se sentir en paix, quelle que soit la durée de leur occupation…

Quand le roi Fayçal quitta Damas, contraint par l’ultimatum du général Gouraud, Sultan dépêcha Hamad al-Barbour pour le convaincre de rejoindre le Djebel et y lancer une résistance armée, pour préserver la légitimité du pouvoir national. »
Une gifle au colon français et un rejet clair du confessionnalisme.

Une conscience profonde de la citoyenneté égale.
Notre lutte n’en est encore qu’au stade de la floraison. Nous ne voulons pas en cueillir les fruits tant que nous ne sommes pas unis en tant qu’Arabes.
Fils de la Révolution et enfants du désert, nous nous sommes voués à être les offrandes sacrées sur l’autel de l’arabisme.
Cet arbre ne portera pas de fruit tant qu’il restera infesté de parasites destructeurs.
Il ne portera pas de fruit tant que la voix de la liberté ne s’élèvera pas de Palestine, et que les ambitions coloniales ne seront pas écartées d’Irak, d’Égypte et de Transjordanie.
Alors, seulement, que vienne le fruit mûr, savoureux, symbole des générations qui ont porté la flamme de la civilisation, flamme qui ne s’éteindra plus ».

Sultan al- Attrache comprit l’importance des médias pour la cause nationale syrienne. Ainsi, le 15 octobre 1925, il adressa une lettre en arabe et en anglais au rédacteur du journal britannique The Times, pour informer l’opinion publique européenne des véritables raisons de la Révolution syrienne, que les Français tentaient de dissimuler afin d’induire l’Europe en erreur. Il y dénonça les atrocités françaises, comme le bombardement des femmes venues puiser de l’eau et le meurtre d’enfants. Les révolutionnaires, quant à eux, respectaient les conventions internationales dans le traitement des prisonniers et avaient renvoyé les femmes d’officiers français à leurs familles saines et sauves depuis Soueïda.

Les archives de Sultan al- Attrache apportent une contribution inédite à l’histoire du Levant. On y apprend par exemple que la révolution dura 12 ans. Sa période d’exil et de refuge fut marquée par de nombreuses prises de positions politiques qui influencèrent les négociations diplomatiques jusqu’au retrait total des troupes françaises le 17 avril 1946. Il est à noter que de nombreux combattants de la Révolution syrienne participèrent ensuite à la révolte palestinienne, comme le martyr Saïd al-’Ass (1936).

Sultan fut nommé commandant en chef de la révolution lors de la conférence de Rimat al-Fukhour (23 août 1925), après sa victoire contre la campagne du général Michaud à la bataille d’al-Mazraa. Le docteur Chahbandar prit en charge les affaires politiques de la révolution et en devint le porte-parole officiel. Toutefois, Sultan traçait les grandes lignes politiques, fixait les orientations, et planifiait les opérations militaires en coordination avec les commandants locaux.

Il existait un lien entre la Révolution syrienne et celle de l’émir Abdelkrim al-Khattabi au Maroc. La révolution du Rif allégea la pression sur la Syrie jusqu’à la reddition d’al-Khattabi, après quoi beaucoup de Marocains enrôlés dans l’armée française rejoignirent la révolution syrienne contre les Français.

Les révolutionnaires avaient mis en place une organisation ingénieuse : un quart des hommes de chaque village était mobilisé avec des provisions suffisantes pour la durée de service fixée par le commandant en chef. Une fois leur mission terminée, ils étaient remplacés par un second quart, et ainsi de suite, pendant que ceux restés au village assuraient les travaux agricoles au nom de tous.

En exil, Sultan appelait à l’unité, à dépasser les clivages partisans pour le bien commun, convaincu que la cause syrienne représentait le noyau de l’unité arabe. Dans ses lettres (1930), il insistait sur son indépendance vis-à-vis des partis et sa volonté de poursuivre la révolution pour une Syrie unie et libre.

Les politiques le consultaient même durant son exil de dix ans. Il présida la Conférence du Désert en octobre 1929, en présence de nombreuses figures nationalistes. Six décisions majeures y furent prises, dont la condamnation de la suspension de l’Assemblée constituante syrienne, la dénonciation des propos du Haut-commissaire français Henri Ponsot ignorant la cause nationale, le rejet des résolutions du 16ème Congrès sioniste de Zurich, et la demande adressée au ministère britannique du Travail d’annuler la Déclaration Balfour, en reconnaissant les droits nationaux des Arabes.

Cet homme, qui comprit tôt les ambitions coloniales en Orient, refusa tout poste politique après l’indépendance syrienne (1946), tout comme toute compensation financière. Il répétait aux dirigeants arabes :

« Préservez l’indépendance pour laquelle nous avons sacrifié nos vies pour lui. »

Il craignait sans cesse le retour des convoitises coloniales. Sa dernière volonté, publiée, en témoigne : il est le seul révolutionnaire syrien à avoir laissé un testament politique.

Il avait planifié une grande campagne vers la région de Balan, au pied du Mont Hermon, une autre pour soutenir les révolutionnaires de la Ghouta de Damas, et une troisième vers le Hauran. La révolution s’étendit vers le nord avec Fawzi al-Qawuqji, qui demandait qu’on lui envoie armes et hommes depuis le Djebel Druze.



Il n’abandonna jamais le slogan :

« La religion pour Dieu, la patrie pour tous ».

Une archive de la Bibliothèque nationale de Damas rapporte que le consul britannique au Levant écrivit à son ministère : « Sultan al-Attrache est incorruptible. »

La chercheuse française Lenka Bokova a dit à mon père Mansour al-Attrache  : « Sans cette forte personnalité, la Grande Révolution syrienne n’aurait pas vu le jour. »

Voici un extrait d’un article de Mansour al-Attrache, « L’initiative dans l’histoire » :

« Il faut distinguer les initiateurs des suiveurs dans le déroulement de l’histoire. L’initiateur accomplit son rôle en allumant la mèche de l’événement majeur. Le suiveur, bien qu’important, arrive plus tard…

La révolution de 1925 ne fut pas seulement un acte militaire spectaculaire, mais une initiative de refus et de résistance. Les envahisseurs ne doivent jamais se sentir en paix, quelle que soit la durée de leur occupation…

Quand le roi Fayçal quitta Damas, contraint par l’ultimatum du général Gouraud, Sultan dépêcha Hamad al-Barbour pour le convaincre de rejoindre le Djebel et y lancer une résistance armée, pour préserver la légitimité du pouvoir national. »

Sultan al-Attrache, conscient de son rôle, s’opposa aussi au sionisme, rejetant toute négociation avec les sionistes. Il faisait parvenir clandestinement des armes à la révolution palestinienne de 1936, avec le combattant Chékib Wahhab, depuis Karak. Il fut l’un des cinq leaders syriens à refuser toute forme de dialogue avec le sionisme.

Adib Chichakli lança une campagne militaire brutale contre Soueïda, croyant pouvoir asseoir son pouvoir. Environ 100 civils furent tués, soit un martyr pour 500 habitants. La maison de Sultan fut vandalisée. Il quitta alors sa demeure pour éviter le bain de sang, déclarant :

« Je refuse de brandir les armes contre l’armée syrienne. Ce sont mes fils ! »

Il partit à pied dans la neige depuis Qrayya vers la Jordanie. Il avait alors 66 ans. À la frontière, les autorités jordaniennes lui envoyèrent une voiture portant le drapeau britannique, qu’il refusa malgré le danger. Elles lui envoyèrent alors un autre véhicule, arborant cette fois le drapeau jordanien : il accepta et entra ainsi en Jordanie, où il resta jusqu’à la chute de Chichakli. Même dans les circonstances les plus difficiles, Sultan Pacha n’a pas recours aux étrangers.

Il revint alors triomphant à Qrayya.

Quand les gens vinrent le féliciter de la mort de Chichakli, il répondit :

« Je n’ai plus rien à voir avec lui depuis qu’il a quitté le pouvoir. Son assassinat est un acte isolé. Nous ne nous vengeons pas et ne nous réjouissons pas de la mort ! »

Trois leçons majeures que nous enseigna Sultan al-Attrache.

Il ne renonça jamais au slogan de la révolution :

« La religion pour Dieu, la patrie pour tous ».

Il écrivait à son frère Zeid, commandant la campagne du Ballan : « Protégez les chrétiens. Ne laissez personne leur faire de mal. Assurez leur sécurité, leur vie, leurs biens. Empêchez toute agression à leur encontre. Nous sommes tous enfants d’une même patrie, tous des Arabes syriens à égalité. »

Je conclus avec une pensée de Sultan al-Attrache, écrite en 1961 :

« Ils disent que nous avons cueilli le fruit de notre lutte, le fruit de cet arbre que nous avons nourri de notre sang. Non ! Ce fruit n’est pas encore mûr.
Notre lutte n’en est encore qu’au stade de la floraison. Nous ne voulons pas en cueillir les fruits tant que nous ne sommes pas unis en tant qu’Arabes.
Fils de la Révolution et enfants du désert, nous nous sommes voués à être les offrandes sacrées sur l’autel de l’arabisme.
Cet arbre ne portera pas de fruit tant qu’il restera infesté de parasites destructeurs.
Il ne portera pas de fruit tant que la voix de la liberté ne s’élèvera pas de Palestine, et que les ambitions coloniales ne seront pas écartées d’Irak, d’Égypte et de Transjordanie.
Alors, seulement, que vienne le fruit mûr, savoureux, symbole des générations qui ont porté la flamme de la civilisation, flamme qui ne s’éteindra plus ».


Mausolée de Sultan al-Attrache à Qrayya