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22/06/2024

THE NEW YORK TIMES
Le ministre israélien des finances, Bezalel Smotrich, décrit la tentative secrète du gouvernement de bétonner le contrôle de la Cisjordanie


Natan Odenheimer, Ronen Bergman et Patrick Kingsley, The New York Times, 22/6/2024
Johnatan Reiss a contribué au reportage depuis Tel Aviv et Adam Rasgon depuis Jérusalem
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

 Les juges israéliens ont longtemps estimé que le contrôle d’Israël sur le territoire était une occupation militaire temporaire et qu’il était conforme au droit international. Un discours récent d’un ministre influent, enregistré, suggère que le gouvernement tente de changer cela.
Nos reporters ont examiné l’enregistrement d’un récent discours prononcé par Bezalel Smotrich, un ministre israélien d’extrême droite qui dirige les efforts visant à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie occupée.

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Un soldat israélien à un poste de garde en Cisjordanie, en décembre. Photo : Avishag Shaar-Yashuv pour le New York Times

Un membre influent de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahou a déclaré à des colons de la Cisjordanie occupée par Israël que le gouvernement était engagé dans un effort furtif visant à modifier de manière irréversible la manière dont le territoire est gouverné, afin de renforcer le contrôle d’Israël sur celui-ci sans être accusé de l’annexer formellement.

Dans un enregistrement du discours, on peut entendre le fonctionnaire, Bezalel Smotrich, suggérer lors d’un événement privé au début du mois de juin que l’objectif était d’empêcher la Cisjordanie de faire partie d’un État palestinien.

« Je vous le dis, c’est méga-dramatique », a déclaré Smotrich aux colons. « De tels changements modifient l’ADN d’un système ».

Si l’opposition de Smotrich à la cession du contrôle de la Cisjordanie n’est un secret pour personne, la position officielle du gouvernement israélien est que le statut de la Cisjordanie reste ouvert aux négociations entre les dirigeants israéliens et palestiniens. La Cour suprême d’Israël a statué que la domination d’Israël sur le territoire équivalait à une occupation militaire temporaire supervisée par les généraux de l’armée, et non à une annexion civile permanente administrée par des fonctionnaires israéliens.

Le discours prononcé le 9 juin par Smotrich lors d’un rassemblement en Cisjordanie pourrait rendre cette position plus difficile à maintenir. Il y a décrit un programme soigneusement orchestré pour retirer l’autorité sur la Cisjordanie des mains de l’armée israélienne et la confier à des civils travaillant pour Smotrich au sein du ministère de la défense. Certaines parties du plan ont déjà été introduites progressivement au cours des 18 derniers mois, et certaines autorités ont déjà été transférées à des civils.

 

Le ministre israélien des finances, Bezalel Smotrich, s’adressant aux parents des otages lors d’un rassemblement à Jérusalem ce mois-ci. Photo : Menahem Kahana/Agence France-Presse - Getty Images

« Nous avons créé un système civil distinct », a déclaré Smotrich. Pour détourner l’attention de la communauté internationale, le gouvernement a permis au ministère de la défense de rester impliqué dans le processus, de sorte qu’il semble que l’armée soit toujours au cœur de la gouvernance de la Cisjordanie.

« Ce sera plus facile à avaler dans le contexte international et juridique », a déclaré Smotrich. « Ainsi, ils ne diront pas que nous procédons à une annexion ».

Les journalistes du New York Times ont écouté un enregistrement du discours d’environ une demi-heure fourni par l’un des participants, un chercheur de La Paix Maintenant, un groupe de campagne contre l’occupation. Un porte-parole de Smotrich, Eytan Fold, a confirmé qu’il avait prononcé le discours et que l’événement n’était pas secret.

21/06/2024

ANSHEL PFEFFER
Au milieu des combats à Gaza, la guerre acharnée entre Netanyahou et les généraux israéliens s’intensifie : une armée qui a un État ou un État qui a une armée ?

Anshel Pfeffer, Haaretz, 17/6/2024
Traduit par
Layân Benhamed, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Les désaccords entre Netanyahou et les FDI concernant la guerre à Gaza deviennent si toxiques que le camp de Netanyahou  accuse désormais les généraux de “coup de poignard dans le dos”, une théorie du complot classique propagée par les nazis après la défaite allemande de 1918. Mais c’est une tactique risquée, voire dangereuse.

L’échange d’accusations de dimanche dernier entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et des sources anonymes des Forces de défense israéliennes concernant qui a donné l’ordre de permettre une “pause humanitaire” dans les combats dans la bande de Gaza n’est que le dernier rebondissement d’une relation de plus en plus hargneuse entre le premier ministre et l’état-major général des FDI

Dans ce cas, Netanyahou a publié une déclaration niant avoir connaissance de la pause humanitaire, s’attirant une réponse des FDI disant que cela avait été fait sur ses ordres exprès.

Ces dernières semaines, une série de problèmes ont élargi le fossé. Des officiers supérieurs ont informé les médias qu’Israël risque de perdre les “gains tactiques” des derniers mois de combats au sol à Gaza, parce que Netanyahou a refusé de permettre la formation d’une “alternative au Hamas” qui pourrait prendre le contrôle de la bande. Au lieu de cela, le Hamas retourne dans les zones déjà dégagées par les FDI.

Le chef d’état-major, le général de division Herzl Halevi, a publiquement parlé de la nécessité les FDI de recruter deS jeunes hommes haredim [juifs orthodoxes, exemptés de service militaire] pour combler ses rangs épuisés, ce qui a irrité Netanyahou, qui doit tenir les étudiants des a yeshivas [écoles religieuses] à l’écart de l’armée s’il veut garder les partis haredim dans sa coalition.

Lors de réunions privées, Halevi a parlé de la nécessité de prioriser un accord avec le Hamas pour la libération des otages encore détenus à Gaza, des remarques qui ont été rapidement divulguées. Cela constituerait une autre menace pour la coalition de Netanyahou, car ses partis d’extrême droite menacent de quitter le gouvernement si un tel accord avec le Hamas se concrétise.

20/06/2024

JUDY MALTZ
“Papy plaque Mamie” : une nouvelle exposition à New York brise le mythe du “gentil mari juif”


Judy Maltz, Haaretz, 19/6/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Pendant une soixantaine d’années à partir du début du XXe siècle, le Bureau national des désertions a traqué aux USA et à l’étranger les maris juifs qui avaient abandonné leur femme et leur famille. Une nouvelle exposition permet d’en savoir plus sur cette agence quasiment de détectives méconnue.

Runaway Husbands, Desperate Families: The Story of the National Desertion Bureau

NEW YORK - Nathan Goldfarb, un horloger qui vivait à Manhattan avec sa femme et ses deux enfants, était tombé amoureux d’une pensionnaire qui louait une chambre dans la maison familiale. Après que sa femme Lena les a surpris au lit, Goldfarb et sa maîtresse se sont enfuis en Californie, où ils ont rejoint une communauté pratiquant l’amour libre.

La maîtresse finit par le quitter pour un autre homme et, après avoir été menacé d’arrestation pour s’être introduit chez elle, Nathan retourne à Lena la queue entre les jambes.

Portrait de Jacob Rosenbloom et article du journal Forverts de juillet 1912 montrant un groupe de maris partis sans laisser d'adresse

Abraham Meyerson et sa femme Fannie ont connu une fin moins heureuse. Découpeur de tissus dans une usine de Chicago, Abraham abandonne sa femme et ses quatre enfants et s’enfuit sur la côte ouest, où il se met en ménage avec une autre femme.

C’est la deuxième femme et la deuxième famille qu’il abandonne. Bien qu’il ait finalement été retrouvé et qu’il ait accepté de verser une pension alimentaire à Fannie, les archives montrent qu’il n’a pas toujours respecté cet engagement.

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Cours de citoyenneté pour les immigrants juifs à la Hebrew Sheltering and Immigrant Aid Society of America [Société hébraïque d’hébergement et d'aide aux immigrants d’Amérique] dans le Lower East Side de New York, février 1920. Photo : Institut YIVO pour la recherche juive

Ces histoires et bien d’autres de maris juifs fugueurs font partie d’une exposition spéciale, inaugurée cette semaine à l’Institut YIVO pour la recherche juive à Manhattan, consacrée à une agence peu connue appelée le Bureau national des désertions.

Créé pour retrouver les milliers d’hommes juifs qui ont abandonné leurs femmes et leurs familles lors de la grande vague d’immigration vers les USA au tournant du siècle, il a fonctionné du début des années 1900 jusqu’aux années 1960 [en 1955, il a changé de nom, devenant Family Location Services, Services de localisation pour les familles, NdT]

« Nous aimons tous considérer la vague d’immigration juive en Amérique comme une immense success story », note Eddy Portnoy, directeur des expositions à YIVO. « Mais il y a aussi eu de nombreux cas comme celui-ci, où Zeidie [Papy en yddish] a plaqué Bubbie [Mamie en yidish] ».

Le Bureau national des désertions a été mis en place par le Jewish Board of Family and Children’s Services [Office juif de service aux familles et aux enfants], créé il y a 150 ans et qui est l’une des plus grandes agences de santé mentale et de services sociaux de l’État de New York.

GIDEON LEVY
Des photos manquent sur la Place des Otages de Tel-Aviv : celles des otages palestiniens

Gideon Levy, Haaretz, 20/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Une photo manque sur la place de Tel Aviv connue sous le nom de Place des Otages. Quelques douzaines d’images sont également absentes des manifestations de la rue Kaplan, située à proximité. Ces photos n’ont jamais été brandies dans les manifestations, alors qu’elles y ont leur place au même titre que les photos des otages israéliens. Les photos manquantes, celles des Palestiniens kidnappés, auraient dû être le deuxième point focal des protestations, après celles des otages israéliens. Mais pas dans l’Israël de 2024. Ici, personne ne pense même à les prendre en considération.


Un soldat israélien passe devant des photos de captifs israélien détenus à Gaza, sur la place Dizengoff à Tel Aviv, en mai. Photo Marko Djurica / Reuters

J’aimerais voir, lors de la manifestation de Kaplan ce samedi soir, une photo du kidnappé Bassem Tamimi après sa libération en Israël. Tamimi a été libéré la semaine dernière ; il avait été enlevé au passage Allenby/King Hussein entre la Cisjordanie et la Jordanie le 29 octobre et emprisonné sans procès.

Son apparition après environ huit mois d’incarcération et de torture aurait dû choquer tous les Israéliens, en particulier les parents des otages de Gaza. Les photos montrent un homme brisé : émacié, le visage décharné, les yeux rouges et en pleurs. Tamimi a été détenu des dizaines de fois, généralement pour des raisons politiques et sans procès, mais jamais, après sa libération, il n’a eu l’air qu’il avait la semaine dernière. L’homme autrefois beau et charismatique n’était plus que l’ombre de lui-même. Même ses amis ont eu du mal à le reconnaître au début. Il ressemblait à un détenu libéré de Guantanamo ou d’Abou Ghraïb.

 

C’est un militant politique chevronné qui a perdu quelques membres de sa famille dans la lutte. Sa fille Ahed est devenue un symbole international de la résistance palestinienne à l’âge de 14 ans après avoir giflé - que le ciel nous vienne en aide ! - son excellence, un officier de l’armée israélienne, qui , lui, a le droit de gifler et même de tuer à sa guise. Tamimi a été brisé. Ses amis disent qu’il est paniqué, effrayé et en état de choc après ce qu’il a enduré dans les infâmes ailes de prison pour les détenus de sécurité opérant sous la férule d’Itamar Ben-Gvir.

ANNA RAJAGOPAL
Pas besoin de “valeurs juives” dans la lutte pour la Palestine

Anna Rajagopal, Mondoweiss, 13/6/2024
Traduit par Layân Benhamed, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Anna Rajagopal, 24 ans, est une auteure usaméricaine de père blanc chrétien et de mère hindoue, convertie au judaïsme à l’âge de 11 ans et une stratège en médias vivant à Houston, au Texas. Anna a obtenu son diplôme avec distinction en recherche et créations artistiques, ainsi qu’avec mention honorable, de l’université Rice en 2023, où elle a reçu une licence en anglais et écriture créative. Anna est une poétesse et une auteure de non fiction publiée, et son travail a été publié localement, nationalement et internationalement. L’ensemble du travail d’Anna se concentre sur les géographies de l’identité de la communauté colonisées par l’empire et en résistance Anna est une coordinatrice de médias numériques qualifiée avec une expérience dans la gestion de médias pour des publications, des institutions et des marques de célébrités. Elle a fait l’objet de violentes campagnes de dénigrement de la part d’une obscure organisation sioniste la qualifiant, vi geventlikh [comme d'habitude en yiddish] d’ “antisémite”. @annarajagopal

Les Juifs n’ont pas besoin d’invoquer les “valeurs juives” pour justifier leur travail en faveur de la libération palestinienne. En fait, le faire renforce l’idéologie même que nous cherchons à démanteler.

La lutte populaire juive pour la libération palestinienne est souvent qualifiée par une invocation des « valeurs juives ». « Mes valeurs juives m’obligent à m’opposer au génocide » (ou des variantes) est une phrase populaire utilisée dans des discours, des déclarations et des slogans — donnant un sceau d’approbation juif légitime à ce qui suit.

« Le génocide n’est pas une valeur juive » : Des militants lors d’une manifestation contre le chanteur pro-israélien Matisyahu à Philadelphie, le 22 mars 2024. (Photo : Joe Piette/Flickr)

C’est ce que disent les fondateurs et les représentants d’organisations juives comme If Not Now, Independent Jewish Voices, Na’amod et Jewish Voice for Peace. C’est ce que disent des politiciens comme politicians such as Alexandra Ocasio-Cortez. Ainsi disent des tweets viraux et des vidéos populaires.

Que ce soit intentionnel ou non, ces organisations, individus et sentiments ont un point commun qui les aligne avec les groupes et mouvements sionistes populaires : un appel à la suprématie juive.

Quelles sont exactement les valeurs juives ? Bien sûr, les valeurs juives, comme celles de toute religion, couvrent un large spectre allant du libérateur au répressif. Mais si vous demandiez à Jonathan Greenblatt, directeur de l’Anti-Defamation League, il dirait probablement que cette notion abstraite de « valeurs juives » se résume à la nécessité de défendre la communauté juive en promouvant une politique pro-israélienne face à la montée des mouvements propalestiniens, ou qu’elle se résume à soutenir le sionisme lui-même. Si vous demandiez aux dirigeants militaires israéliens, ils diraient probablement que même l’attaque génocidaire contre Gaza a été guidée par les valeurs juives.

19/06/2024

REEM HAMADAQA
La noche en que Israel mató a mi familia

La noche del 2 de marzo, Israel acabó con cuatro generaciones de mi familia. Yo apenas sobreviví a la masacre. Ahora me toca a mí contar su historia.

Reem A. Hamadaqa, Mondoweiss, 13/6/2024
Traducido por Fausto Giudice, Tlaxcala

Reem A. Hamadaqa, de 24 años, es ayudante de cátedra en la Universidad Islámica de Gaza y traductora. Escribe para y sobre Palestina. Puedes seguirla en X @reemhamadaqa e instagram reemhamadaqa

La noche del 2 de marzo de 2024, Israel acabó con cuatro generaciones de mi familia en una sola noche. Un ataque israelí cerca de medianoche mató a 14 miembros de mi familia. Se llevó la esencia misma de mi vida, a mis seres más queridos, y me marcó como superviviente.

Reem Hamadaqa, en la extrema derecha, con sus padres Sahar y Alaa', y sus dos hermanas, Heba, de 29 años, y Ola, de 19 años. Estos cuatro miembros de la familia de Reem fueron martirizados junto con otros 10 familiares en un ataque israelí el 2 de marzo en el sur de la Franja de Gaza.

“Vayan al sur o haremos caer esta escuela sobre sus cabezas”, nos advirtieron los soldados israelíes cuando decidimos abandonar nuestro hogar en el norte de Gaza. Para entonces, mi familia ya había sobrevivido a 40 días de bombardeos, acogiendo a menudo a decenas de desplazados en nuestra casa. Tras este mensaje, no tuvimos más remedio que huir.

Nuestra primera parada fue una escuela cercana de la UNRWA. Fue nuestro primer intento de encontrar alguna apariencia de “seguridad”. Caminamos más de seis horas bajo un sol abrasador para llegar al sur, donde, al final, mataron a mi familia en una zona supuestamente “segura” a la que la ocupación israelí nos había dicho que fuéramos.

Sobrevivimos casi 100 días en la casa de mi tío materno en Jan Yunis. No era el mejor lugar para encontrar comida o agua, pero nos aseguraron que era seguro. Su casa estaba en el bloque 89, designado por la ocupación como bloque “verde”. Por eso nos quedamos y no huimos. Pero ya estábamos desplazados.

La casa estaba llena con una docena de mujeres y niños cuando, el 2 de marzo, empezó el bombardeo intensivo hacia las 22.30 horas.

Una hora más tarde, intercambié una última mirada con mis padres, mis hermanas, mis primos, mi abuela y, sin saberlo en ese momento, con toda mi vida. Leí el tercer capítulo de una novela, charlé con mis padres, llamamos a mi hermana que había sido trasladada a Rafah en una tienda de campaña. Me burlé de mi hermana pequeña. Me dormí, cerrando involuntariamente el último capítulo de mi vida.

Me despertaron bombardeos masivos, explosiones en cadena que parecían no tener fin.

Aterrorizada, me desperté gritando. Mi madre y mi padre estaban junto a la puerta. Heba, mi hermana mayor, estaba a mi lado. Gritábamos. A través de la ventana, todo lo que podía ver delante de la casa estaba en llamas. Estas escenas resonaban con el estado de nuestros corazones.

“¡Papi! ¡No abras la puerta!”, gritábamos. En cuestión de segundos, la casa estaba sobre nosotros. Sentí que las paredes y el techo se derrumbaban, que la habitación explotaba a mi alrededor. Vi las espaldas de mamá y papá y sentí a Heba a mi lado, gritando. Vi a Ola, dormida, ajena a la enorme explosión.

Me desperté bajo los escombros.

Había luna llena. Estaba tan oscuro que probablemente era medianoche, y hacía tanto frío. El invierno aún no nos había abandonado. Estaba sola, atrapada bajo los escombros, incapaz de moverme.

Incluso después de leer historias sobre lo que se siente al estar atrapado bajo los escombros, no era nada de lo que había imaginado. No sabía cuánto tiempo había estado inconsciente. Cuando desperté, pensé que era un sueño, una pesadilla. El dolor era insoportable.

Grité con todas mis fuerzas, buscando no sé qué. Me arranqué las piedras de las manos, del pecho y del estómago. Me pesaban, pero mi respiración era aún más pesada. Esperé al desconocido.

Oí a mi tío gritar, llamando a sus hijos, y oí a un hombre que corría desde los tanques llamando a mi tío por detrás. No podía sacar las piernas de entre los escombros. Casi una hora después, mi hermano y mi primo, que vivían en la casa de enfrente, me encontraron. Milagrosamente, Ahmad me salvó. Levantó toneladas de piedras que me aplastaban.

En vez de ambulancias, tanques

Ahmad me levantó y me cargó a la espalda mientras corría. Cada paso que daba me destrozaba el alma de dolor. Me llevó a su casa, a pocos metros de distancia. Esta casa también había sido alcanzada. El suelo estaba lleno de fragmentos de cristales y muebles que cortaban a cualquiera que entrara. Ahmad me dejó allí.

18/06/2024

REEM HAMADAQA
La nuit où Israël a tué ma famille

Dans la nuit du 2 mars, Israël a éliminé quatre générations de ma famille. J’ai à peine survécu au massacre. Il m’incombe désormais de raconter leur histoire.

Reem A. Hamadaqa, Mondoweiss, 13/6/2024
Traduit par Layân Benhamed, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Reem A. Hamadaqa, 24 ans, est assistante d’enseignement à l’Université islamique de Gaza et traductrice. Elle écrit pour et sur la Palestine. Vous pouvez la suivre sur X @reemhamadaqa et instagram reemhamadaqa

La nuit du 2 mars 2024, Israël a anéanti quatre générations de ma famille en une seule nuit. Une frappe israélienne vers minuit a tué 14 membres de ma famille. Cela a emporté l’essence même de ma vie, mes êtres les plus chers, et m’a marquée comme une survivante.

Reem Hamadaqa, à l’extrême droite, avec ses parents Sahar et Alaa’, et ses deux sœurs, Heba, 29 ans, et Ola, 19 ans. Ces quatre membres de la famille de Reem sont tombés en martyrs avec 10 autres membres de la famille lors d’une attaque israélienne le 2 mars dans le sud de la bande de Gaza.

« Allez vers le sud, sinon nous ferons tomber cette école sur votre tête », ont prévenu les soldats israéliens lorsque nous avons décidé de quitter notre maison dans le nord de Gaza. À ce moment-là, ma famille avait déjà survécu à 40 jours de bombardements, accueillant souvent des dizaines de personnes déplacées chez nous. Après ce message, nous n’avions pas d’autre choix que de fuir.

Notre premier arrêt fut une école voisine de l’UNRWA. C’était notre première tentative pour trouver un semblant de “sécurité”. Nous avons marché pendant plus de six heures sous un soleil brûlant pour atteindre le sud, où, en fin de compte, ma famille a été tuée dans une zone soi-disant “sûre” où l’occupation israélienne nous avait dit d’aller.

Nous avons survécu près de 100 jours chez mon oncle maternel à Khan Younès. Ce n’était pas le meilleur endroit pour trouver de la nourriture ou de l’eau, mais on nous avait assuré que c’était sûr. Sa maison se trouvait dans le bloc 89, désigné par l’occupation comme un bloc “vert”. C’est pourquoi nous sommes restés sur place et n’avons pas fui. Mais nous étions déjà déplacés.

La maison était remplie d’une douzaine de femmes et d’enfants lorsque, le 2 mars, les bombardements intensifs ont commencé vers 22h30.

Environ une heure plus tard, j’ai échangé un dernier regard avec mes parents, mes sœurs, mes cousins, ma grand-mère, et sans le savoir à l’époque, avec toute ma vie. J’ai lu le troisième chapitre d’un roman, j’ai discuté avec mes parents, nous avons appelé ma sœur qui était déplacée à Rafah dans une tente. J’ai taquiné ma sœur cadette. Je me suis endormie, fermant involontairement le dernier chapitre de ma vie.

J’ai été réveillée par des bombardements massifs, des explosions en chaîne qui semblaient interminables.

Terrifiée, je me suis réveillée en hurlant. Mon père et ma mère étaient près de la porte. Heba, ma sœur aînée, était à mes côtés. Nous avons crié. Par la fenêtre, tout ce que je pouvais voir devant la maison était en feu. Ces scènes résonnaient avec l’état de nos cœurs.

« Papa ! N’ouvre pas la porte ! » avons-nous crié. En quelques secondes, la maison était sur nous. J’ai senti les murs et le plafond s’effondrer, la pièce explosait autour de moi. J’ai vu le dos de papa et maman, et j’ai senti Heba à mes côtés, criant. J’ai vu Ola, endormie, insensible à l’explosion massive.

Je me suis réveillée sous les décombres.

C’était la pleine lune. Il faisait si sombre qu’il étaitprobablement minuit, et il faisait si froid. L’hiver ne nous avait pas encore quittés. J’étais seule, coincée sous les décombres, incapable de bouger.

Même après avoir lu des histoires sur la sensation d’être piégé sous les décombres, cela n’avait rien à voir avec ce que j’avais imaginé. Je ne savais pas combien de temps j’étais restée inconsciente. Quand je me suis réveillée, j’ai cru que c’était un rêve, un cauchemar. La douleur était insupportable.

J’ai crié de toutes mes forces, cherchant je ne sais quoi. J’ai retiré les pierres qui pesaient sur mes mains, ma poitrine, mon ventre. Elles étaient lourdes, mais ma respiration l’était encore plus. J’ai attendu l’inconnu.

J’ai entendu mon oncle crier, appelant ses fils, et j’ai entendu un homme fuyant devant les chars appeler mon oncle, venant de derrière. J’étais incapable de dégager mes jambes des décombres. Près d’une heure plus tard, mon frère et mon cousin, qui vivaient dans la maison en face, m’ont trouvée. Miraculeusement, Ahmad m’a sauvée. Il a soulevé des tonnes de pierres qui m’écrasaient.

Au lieu d’ambulances, des tanks

Ahmad m’a soulevée et m’a portée sur son dos en courant. Chaque pas qu’il faisait brisait mon âme de douleur. Il m’a emmenée chez lui, à quelques mètres de là. Cette maison aussi avait été touchée. Des éclats de verre et des meubles jonchaient le sol, coupant quiconque entrait. Ahmad m’y a déposée.

REINALDO SPITALETTA
Bananes sanglantes : Chiquita condamnée aux USA pour ses crimes en Colombie (ce n’est qu’un début...)

Reinaldo Spitaletta, El Espectador, 18/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Les actions de l’United Fruit Company, rebaptisée en 1989 Chiquita Brands International, dans une grande partie de l’Amérique centrale et de la Colombie sont terrifiantes. Son histoire d’iniquités comprend, parmi une vaste collection d’infamies, les méthodes d’acquisition des terres depuis la fin du XIXe siècle, y compris les manœuvres de sabotage propageant le sigatoka noir, l’exploitation impitoyable des travailleurs, souvent réduits en esclavage, et la participation à des massacres, comme celui de 1928 dans la zone bananière colombienne.

Détail d'une toile de Diego Rivera montrant le secrétaire d'État usaméricain John Foster Dulles tendant une bombe au colonel putschiste Carlos Castillo Armas.

Il convient de rappeler, par exemple, l’ingérence de la compagnie transnationale dans le coup d’État contre le président guatémaltèque Jacobo Árbenz en 1954, encouragé par la CIA, alors que ce président démocratiquement élu avait mis en œuvre des réformes agraires et du travail avec l’objectif social d’améliorer la situation des travailleurs. En substance, outre la production de bananes et d’autres fruits, l’entreprise, aux mains maculées de sang depuis ses origines, a soutenu des gouvernements autoritaires.


Récemment, un tribunal de Floride aux USA a condamné la compagnie que l’écrivain costaricien Carlos Luis Fallas avait baptisé “Mamita Yunai”*, fer de lance du néocolonialisme, pour avoir financé les Autodéfenses unies de Colombie et parrainé leurs actions criminelles, qui ont conduit à la violation systématique des droits humains de la population civile dans l’Urabá et le Magdalena. En 2007, comme on l’a peut-être déjà oublié, il avait été prouvé que Chiquita Brands avait soutenu les paramilitaires avec de l’argent et d’autres ressources entre 1997 et 2004.

Le tribunal du district sud de Floride a jugé la multinationale responsable des conséquences pénales de son financement du paramilitarisme, suite à l’action en justice intentée par certaines familles qui ont subi les conséquences désastreuses de ce parrainage. Bien qu’il existe des milliers de plaintes contre Chiquita Brands émanant de milliers de victimes de ses abus, dans ce cas-ci, la décision est favorable à huit des neuf familles qui, depuis près de vingt ans, persistent à demander justice pour l’assassinat de leurs proches.

ANNAMARIA RIVERA
L’activisme frénétique de Dino Frisullo et du Réseau antiraciste italien nous manque

Annamaria Rivera, il manifesto, 16/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

L’élection de Mimmo Lucano au Parlement européen et sa réélection à la mairie de Riace remet la question des droits des migrants sur le devant de la scène. Pour moi qui ai été, avec Dino Frisullo, la porte-parole du réseau antiraciste italien (1994-1998), cela me rappelle cette expérience d’où sont nés l’engagement et la culture de Mimmo Lucano lui-même.


Dino Frisullo (5 juin 1952 - 5 juin 2003)

Aujourd’hui, cette expérience, brève et intense, peut être un objet de réflexion pour la reconstruction d’un mouvement uni pour les droits des migrants.

Le 25 août 1989, Jerry Essan Masslo, ouvrier agricole, était assassiné à Villa Literno par une bande de criminels racistes : un réfugié de 29 ans qui, bien qu’ayant été contraint de fuir l’Afrique du Sud de l’apartheid, n’avait pas droit à l’asile en vertu de la législation italienne de l’époque. En conséquence, le 7 octobre suivant, la première grande marche nationale contre le racisme a eu lieu à Rome, à laquelle ont participé jusqu’à deux cent mille personnes, dont un grand nombre d’immigrés et de réfugiés.

C’est également cette grande manifestation qui a permis d’attirer l’attention de l’opinion sur la question du racisme et sur le sort des immigrés et des réfugiés, mais aussi de créer les conditions qui allaient conduire à la naissance du Réseau antiraciste.

Ce dernier a joué un rôle fondamental dans cette période, car il a donné - pour la première fois en Italie - une voix et une représentation politique à une myriade d’expériences locales, petites et importantes, et a formé toute une génération de militants, de bénévoles et de spécialistes de l’antiracisme.

Le Réseau a été baptisé du 6 au 8 octobre 1995, à Naples - la Naples du maire Bassolino [PCI puis PDS puis PD] - lorsque, après deux jours de confrontation entre les différentes réalités présentes, un document de base et une première forme de coordination nationale ont été lancés.

Pas moins de 140 associations et groupes de base de toute l’Italie ont adhéré au réseau antiraciste.

Dans le document d’intentions, présenté sous forme de projet lors de l’assemblée nationale de Naples, on peut lire : « Le réseau, décentralisé et pluriel, a pour but de faire circuler la connaissance, l’élaboration, l’information ; d’offrir une visibilité et un rayonnement national aux expériences locales, d’informer sur les dynamiques institutionnelles, de construire une orientation commune et un langage commun de l’antiracisme ».

C’est également grâce à Dino Frisullo que nous avons réussi à mettre en place un tel réseau, qui restera la seule expérience de coordination entre un grand nombre d’associations de dimensions régionale, provinciale et municipale, dans différentes parties de l’Italie.

C’est une expérience que lui, moi et d’autres n’avons jamais cessé de regretter, parce qu’elle était caractérisée par un antiracisme aussi cultivé que radical, anticipant de plusieurs années des analyses, des thèmes et des revendications que l’on croit aujourd’hui inédits : les migrants, les réfugiés et les personnes déplacées en tant que sujets exemplaires de notre époque, la critique de la vulgate différentialiste alors en vogue, la question de la citoyenneté européenne de résidence, la bataille pour le droit de vote le passage des préfectures aux communes de toutes les démarches administrative concernant le droit au séjour des étrangers, la critique sévère des centres de séjour temporaire et autres vilenies de la loi dite Turco-Napolitano.

Comparé à l’antiracisme radical et cultivé qui caractérisait le Réseau antoraciste, l’antiracisme actuel se manifeste par une remarquable pauvreté intellectuelle.

Dino, Udo Enwereuzor et moi-même étions initialement les porte-parole du Réseau. Même de grandes organisations telles que la CGIL et ARCI l’ont rejoint, avant de s’en distancer, comme on pouvait s’y attendre, lorsque le « gouvernement ami » (Prodi I) s’apprêtait à adopter l’infâme loi Turco-Napolitano mentionnée plus haut. Cette loi instituait, entre autres, les CPTA (généralement appelés CPT), dénommés alors, par un euphémisme absurde, Centres de séjour temporaire et d’assistance. En conclusion, la loi Turco-Napolitano instaure, pour la première fois en Italie, la détention administrative des immigrés « non réguliers », en violation flagrante de la Constitution.

Dès leur ouverture, les CPT allaient tuer leurs « hôtes ». À partir de la nuit de Noël 1999, sept personnes Y sont mortes en trois jours, toutes de nationalité tunisienne.

Déjà deux ans plus tôt, en 1997, le Réseau antiraciste, prévoyant que La loi Turco-Napolitano ne serait pas la merveille fabulée, avait élaboré trois propositions de loi d’initiative populaire, dont le contenu semble encore aujourd’hui très avancé. Je résume les points essentiels : le transfert des compétences en matière de résidence des préfectures de police aux communes locales ; la reconnaissance du droit de vote à tous les citoyens étrangers résidant en Italie depuis au moins cinq ans ; la réforme du régime juridique relatif à la citoyenneté italienne.

Pour les présenter au Parlement, nous aurions dû recueillir 50 000 signatures dans un délai de trois mois. Mais - inutile de le dire - grâce aussi à la défection de l’ARCI et de la CGIL, nous n’avons pas réussi à atteindre le nombre nécessaire ; et donc à empêcher l’adoption d’une loi qui allait ensuite ouvrir la voie aux aberrations de la loi Bossi-Fini.

Aujourd’hui, face aux exodes quotidiens qui ont pour épilogue la mort en mer de centaines de réfugiés ou le retour forcé aux tragédies et aux persécutions auxquelles ils ont tenté d’échapper, nous nous surprenons à penser : bien sûr, l’activisme frénétique de Dino Frisullo et du Réseau antiraciste ne parviendrait pas, à lui seul, à vaincre notre faiblesse politique et l’arrogance grossière et féroce des entrepreneurs politiques du racisme.

Pourtant, combien nous manquent et combien nous sont précieux, en ce moment même, les dizaines de communiqués quotidiens de Dino, qui arrivaient dans toutes les rédactions et dans tous les coins d’Italie, son obstination inflexible à laquelle personne ne pouvait échapper, son travail obstiné de vieille taupe qui découvrait, mettait en lumière et dénonçait les injustices et les crimes contre les damnés de la terre, sa capacité à opposer des données, des chiffres, des faits au baragouin des praticiens de la xénophobie et du racisme.


Dino, quant à lui, parmi ses nombreux engagements politiques, avait également épousé la cause de la libération du peuple kurde. À tel point que lorsque, entre 1996 et 1997, des barges remplies de réfugiés kurdes ont commencé à arriver sur les côtes du sud de l’Italie, deux d’entre elles portaient son nom de famille, bien qu’orthographié de manière imprécise, sur les flancs. L’un de ces épisodes a marqué les habitants de Riace et l’expérience de Mimmo Lucano.

C’était à l’époque du premier « gouvernement ami » (Prodi I) et la voix dissonante du Réseau antiraciste a été rapidement réduite au silence. Incroyablement (ou indignement, serait-il plus juste de dire), en 1998, alors que Dino était incarcéré dans la prison spéciale de Diyarbakir, accusé d’ « incitation à la révolte pour des motifs linguistiques, religieux ou ethniques », certains membres du réseau ont jugé bon de convoquer une assemblée nationale du 17 au 19 avril 1998 : curieusement à Lecco, dans le Nord profond de la Ligue. Et là, l’assemblée a décidé à la majorité de dissoudre la seule coordination antiraciste qui ait jamais existé en Italie. La seule à avoir réussi à unifier le maximum de ce qui pouvait l’être, qui a anticipé de plusieurs années l’idée que les migrants sont des sujets exemplaires de notre temps et qu’il peut exister une citoyenneté transnationale.

Et pourtant, comme je l’avais écrit dans le document que j’ai proposé à la discussion à l’assemblée nationale de Lecco, « le fait que les campagnes de collecte de signatures pour les trois lois d’initiative citoyenne se soient révélées être une fuite en avant n’enlève rien à la validité et à l’actualité impérieuse des objectifs que nous entendions proposer (...). Les objectifs du droit de vote et du passage des démarches aux communes doivent être relancés, même si c’est sous des formes et des modalités différentes, car c’est là que se mesure la différence entre une conception égalitaire et démocratique de l’intégration et une conception paternaliste-intégrative ».

L’un des grands mérites de Dino Frisullo, que je tiens à souligner vingt et un ans après sa mort, est d’avoir parfaitement saisi que le sens de la « grande histoire » se trouve dans les « petites histoires » de domination, d’oppression, de discrimination d’une population, d’une minorité, d’un groupe, mais aussi dans les malheurs et les drames de chacun de ses membres, de chaque réfugié, de chaque migrant, de chaque opprimé : l’histoire « mineure » d’un réfugié mort étouffé dans la cale d’un navire peut nous en dire plus sur le monde d’aujourd’hui qu’un froid essai géopolitique.

* Dino Frisullo, militant et journaliste, est décédé le 5 juin 2003, le jour de son 51e  anniversaire.