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13/07/2024

JEFFREY SACHS
La déclaration de l’OTAN et la stratégie mortelle des néoconservateurs

Jeffrey D. Sachs, Common Dreams, 13/7/2024

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

 

Pour le bien de la sécurité des USA et de la paix mondiale, les USA devraient immédiatement abandonner la quête néoconservatrice d’hégémonie en faveur de la diplomatie et de la coexistence pacifique.

Carlos Latuff, Global Times (Chine)

 

En 1992, l’exceptionnalisme de la politique étrangère usaméricaine s’est emballé. Les USA se sont toujours considérés comme une nation exceptionnelle destinée à jouer un rôle de premier plan, et la disparition de l’Union soviétique en décembre 1991 a convaincu un groupe d’idéologues convaincus - connus sous le nom de néoconservateurs - que les USA devaient désormais régner sur le monde en tant que superpuissance unique et incontestée. Malgré les innombrables désastres de politique étrangère provoqués par les néoconservateurs, la déclaration de l’OTAN de 2024 continue de promouvoir l’agenda néoconservateur, rapprochant le monde d’une guerre nucléaire.

 

Les néoconservateurs étaient à l’origine dirigés par Richard Cheney, secrétaire à la défense en 1992. Tous les présidents depuis lors - Clinton, Bush, Obama, Trump et Biden - ont poursuivi le programme néoconservateur d’hégémonie usaméricaine, entraînant les USA dans des guerres choisies perpétuelles, notamment en Serbie, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye et en Ukraine, ainsi que dans l’expansion incessante de l’OTAN vers l’est, malgré la promesse claire faite en 1990 par les USA et l’Allemagne au président soviétique Mikhaïl Gorbatchev que l’OTAN ne bougerait pas d’un pouce vers l’est.


Le général de division Yehuda Fuchs, génocidaire à visage humain


Ci-dessous, 2 articles sur le général de division Yehuda Fuchs (54 ans), qui vient de se démettre de son poste de commandant en chef des forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie, qu’il occupait depuis 2021. Auparavant, il avait commandé la Division de Gaza depuis 2016 et été deuxième attaché militaire à Washington depuis 2019. Les journalistes décortiquent le discours de départ à la retraite de cet éminent représentant de l’“armée la plus morale du monde”, qui va sans doute se lancer en politique dans l’“unique démocratie (génocidaire) du Moyen-Orient”. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 

 

Le commandant en chef d’Israël en Cisjordanie n’est pas un “moraliste” : il n’est qu’un hypocrite de plus

Gideon Levy, Haaretz, 11/7/2024

 

Comme tout ce qui concerne l’armée israélienne, les généraux peuvent être divisés en trois groupes. Le plus grand est celui des individus sans visage dont les noms, et encore moins les opinions, sont inconnus de la plupart des Israéliens. Ils gravissent les échelons, prennent leur retraite, vont travailler pour une entreprise de défense et c’est tout. Les deux autres sont des groupes minoritaires : d’une part les droitiers, les colons, les religieux, les militants et d’autre part  les “moralistes”, les “gauchistes”, ceux qui “tirent puis pleurent”* et se retirent avec une réprimande retentissante. C’est généralement le pire groupe et le plus hypocrite, et c’est celui auquel appartient le chef sortant du commandement central de Tsahal, le général de division Yehuda Fuchs.

 

Le commandant du Commandement central, le général Yehuda Fuchs, en mai. Photo : unité du porte-parole de Tsahal

 

Au cours de sa mission de trois ans, Fuchs a été érigé en ennemi des colons, soi-disant. Le groupe le plus cynique et le plus extorqueur de la société israélienne, qui pourrait apprendre aux ultra-orthodoxes une ou deux choses sur le chantage, connaît son travail : les colons attaquent pour terroriser. Quiconque a des doutes sur la véritable attitude de Fuchs à l’égard des colons ferait bien d’écouter son discours de départ à la retraite. 

 

À l’en croire, la grande majorité des colons sont des citoyens respectueux de la loi. Il n’y a rien à ajouter à propos de Fuchs. Pas un seul colon ne respecte la loi, et encore moins le droit international - qui, comme c’est étrange, s’applique aussi à Israël - et la plupart d’entre eux sont fiers de leurs émeutiers, qui réalisent le “miracle” de la ministre Orit Strock*. Fuchs était un ami des colons, comme tous les chefs du Commandement central, de Rehavam Ze’evi (1968-72) à lui-même, tous esclaves soumis du « peuple des collines ».

 

Mais le chef du commandement central est avant tout l’assujettisseur de la population palestinienne. Le mandat de Fuchs en Cisjordanie a été l’un des plus cruels pour les Palestiniens. C’est toujours le cas avec les généraux éclairés. Fuchs laisse derrière lui une Cisjordanie en ruines - exsangue, écrasée, sans emploi, menaçant d’exploser, obstruée et pauvre comme elle ne l’a jamais été depuis la seconde Intifada.

 

Aucun officier de principe ne peut être responsable d’une telle cruauté - même si Ben Caspit***, un authentique représentant du centre militariste et ultranationaliste qu’il croit éclairé, écrit sur X : « Fuchs est un officier de principe avec des valeurs, un patriote israélien, qui n’a pas fui les questions difficiles. ... Merci, Yehuda ».

 

12/07/2024

Anne Applebaum, horresco referens

EN DE FR ES IT 


Anne Applebaum, the killing messenger
or
the Messenger’s killer

In a moment of disgrace for the German publishing industry, Anne Applebaum has been named recipient of the 2024 Peace Prize of the German Book Trade, an annual award of the German Publishers and Booksellers Association. The Frankfurt Book Fair has also publicly congratulated Applebaum, who is scheduled to receive the award during FBM 2024 on October 20th. The Peace Prize award ceremony will take place on Sunday, October 20, 2024, in Frankfurt's Paulskirche and will be broadcast live on ARD at 10:45 a.m. The Peace Prize has been awarded since 1950 and is endowed with 25,000 euros.
In 2002, Applebaum wrote an article in ‘Slate’ praising the destruction of Palestinian radio and television outlets entitled, “
Kill the Messenger : Why Palestine radio and TV studios are fair targets in the Palestine/Israeli war.“
In 2021, the British Royal Society of Literature (RSL) presented Applebaum with
a fellowship.

Applebaum has been married since 1992 to Radosław Sikorski, the right-wing Polish politician famous for his “Thank you USA” tweet hailing the explosion of the North Stream gas pipeline in September 2022.

Anne Applebaum, die Todesbotin
oder
die Mörderin des Boten

In einem für die deutsche Verlagsbranche beschämenden Moment wurde Anne Applebaum zur Trägerin des Friedenspreises des Deutschen Buchhandels 2024 ernannt, einer jährlichen Auszeichnung des Börsenvereins des Deutschen Buchhandels. Auch die Frankfurter Buchmesse hat Applebaum öffentlich gratuliert, die den Preis während der FBM 2024 am 20. Oktober entgegennehmen wird. Die Verleihung des Friedenspreises findet am Sonntag, 20. Oktober 2024, in der Frankfurter Paulskirche statt und wird live um 10:45 Uhr in der ARD übertragen. Der Friedenspreis wird seit 1950 vergeben und ist mit 25.000 Euro dotiert.

 Im Jahr 2002 schrieb Applebaum einen Artikel in ‚Slate‘, in dem sie die Zerstörung palästinensischer Radio- und Fernsehsender lobte, mit dem Titel „Kill the Messenger : Why Palestine radio and TV studios are fair targets in the Palestine/Israeli war“ [Töte den Boten: Warum palästinensische Radio- und Fernsehstudios im palästinensisch-israelischen Krieg gute Ziele sind].
 Im Jahr 2021 verlieh die britische Royal Society of Literature (RSL) Applebaum ein Stipendium.

Applebaum  ist seit 1992 mit Radosław Sikorski verheiratet, dem rechten polnischen Politiker, der für seinen Tweet „Thank you USA“ bekannt ist, mit dem er die Explosion der North-Stream-Pipeline im September 2022 begrüßte.

Anne Applebaum, la messagère létale
ou
la tueuse du messager

Dans un moment de honte pour l'industrie allemande de l'édition, Anne Applebaum a été nommée lauréate du Prix de la paix 2024 du commerce du livre allemand, une récompense annuelle de l'Association des éditeurs et des libraires allemands. La Foire du livre de Francfort a également félicité publiquement Applebaum, qui devrait recevoir le prix lors de la FBM 2024, le 20 octobre. a remise du Prix de la paix aura lieu le dimanche 20 octobre 2024 dans la Paulskirche de Francfort et sera retransmise en direct à 10h45 sur la chaîne ARD. Le Prix de la paix est décerné depuis 1950 et est doté de 25.000 euros.
En 2002, Applebaum avait écrit un article dans Slate faisant l'éloge de la destruction des stations de radio et de télévision palestiniennes, intitulé « Kill the Messenger : Why Palestine radio and TV studios are fair targets in the Palestine/Israeli war » [Tuez le messagerr : Pourquoi les studios de radio et de télévision palestiniens sont des cibles légitimes dans la guerre israélo-palestinienne].

10/07/2024

PUBLISHERS FOR PALESTINE
Die Frankfurter Buchmesse und deutschstämmige multinationale Verlagsgruppen sind mitschuldig am Völkermord in Gaza

Multinationale Verlagskonzerne in deutschem Besitz sind in Israels Völkermord an 2,3 Millionen Palästinensern im Gazastreifen verwickelt.

Publishers for Palestine, Mondoweiss, 8/7/2024
Übersetzt von
Helga Heidrich, herausgegeben von Fausto Giudice Tlaxcala

Publishers for Palestine (VerlegerInnen für Palästina) ist ein globales Kollektiv von über 500 VerlegerInnen und VerlagsmitarbeiterInnen aus 50 Ländern weltweit. Wir setzen uns für Gerechtigkeit, Meinungsfreiheit und die Macht des geschriebenen Wortes ein. Die Projekte von P4P sind auf unserer Website oder auf @publishers4palestine und  X @pubforpalestine zu finden. Lesen Sie unsere SOLIDARITÄTSERKLÄRUNG MIT PALÄSTINA (3/11/2023) [PDF DOCX]. Laden Sie unsere kostenlose Sammlung Poems for Palestine herunter.

Seit der Absage [*] einer Preisverleihung an die palästinensische Schriftstellerin Adania Shibli, die auf der Frankfurter Buchmesse mit dem LiBeratur-Preis ausgezeichnet werden sollte, im vergangenen Oktober eine Welle der Verurteilung ausgelöst hat, hat der Versuch, PalästinenserInnen und die Unterstützung für die palästinensische Sache durch kulturelle Institutionen im Westen zum Schweigen zu bringen, nur noch zugenommen. Gleichzeitig hat sich die Durchleuchtung der institutionellen Komplizenschaft mit der israelischen Apartheid und dem Völkermord in großem Umfang intensiviert. Bedeutende Erfolge der BDS-Bewegung, darunter der Ausstieg aus Universitäten und Unternehmen, sowie die jüngsten Ankündigungen des Hay Festivals 2024 und des Edinburgh International Book Festivals, ihre Partnerschaften mit der Investmentfirma Baillie Gifford zu beenden, die an der Klimazerstörung, der israelischen Apartheid und dem Völkermord beteiligt ist, die anschließende Beendigung der Finanzierungsbeziehungen von BG mit allen britischen Literaturfestivals und der Rückzug seiner Beteiligung an dem multinationalen Bergbauunternehmen Rio Tinto sowie die Halbierung der Beteiligung des großen kanadischen Kultursponsors Scotiabank an dem israelischen Waffenhersteller Elbit Systems deuten alle auf einen Wandel hin und zeigen, dass eine erhebliche Kluft zwischen großen Unternehmen und Kultureinrichtungen auf der einen Seite und ihren Beschäftigten, dem Publikum und der breiten Öffentlichkeit auf der anderen Seite besteht.

Bedeutende internationale Menschenrechtsorganisationen schlagen weiterhin Alarm wegen der entsetzlichen und eskalierenden Menschenrechtsverletzungen, die Israel gegen Millionen von Palästinensern begeht. Viele dieser Verstöße wurden in der von Südafrika im Dezember beim Internationalen Gerichtshof eingereichten Klage gegen Israel wegen Völkermordes aufgezeigt. Trotz der Anordnung dieses Gerichts vom Januar, dass Israel glaubhaft einen Völkermord begeht, trotz der darauf folgenden Anordnungen, dass Israel den Fluss humanitärer Hilfe zulassen und die Militäroperationen in Rafah einstellen muss, und trotz der Anträge des Internationalen Strafgerichtshofs auf Haftbefehle gegen hochrangige israelische Beamte, sowie trotz der massiven Studenten- und Arbeiteraufstände zur Unterstützung der palästinensischen Befreiung und zur Beendigung der Komplizenschaft mit Israel in der ganzen Welt, geht die völkermörderische Kampagne gegen das palästinensische Volk in Gaza im Wesentlichen ungehindert von seinen größten Unterstützern - den USA und anderen westlichen Kolonialmächten - weiter.


Von besonderer Bedeutung für Schriftsteller und Verleger ist die Tatsache, dass die Frankfurter Buchmesse (FBM), die weltgrößte Veranstaltung der Buchbranche, in der Vergangenheit die Präsenz des Apartheidstaates Israel sehr begrüßt hat. Man könnte meinen, dass Kultureinrichtungen, wie die FBM angesichts des israelischen Vorgehens und der stark zunehmenden internationalen Empörung diese Unterstützung zurückziehen, Israel für seine Verstöße verurteilen und die Beziehungen abbrechen würden. Doch die anfängliche Position der Frankfurter Buchmesse, Israel während der gesamten Laufzeit im Oktober letzten Jahres zu unterstützen - eine Position, die Erklärungen im Namen der Messe und des Geschäftsführers Jürgen Boos und Pläne beinhaltete, israelische Stimmen durch die Hinzufügung von Sonderprogrammen, einschließlich eines Panels mit dem Titel „In Sorge um Israel“, „besonders sichtbar“ zu machen - scheint bis heute unverändert zu sein, und die FBM hat sich in den folgenden Monaten auffällig still zu dem sich entfaltenden Völkermord verhalten.

PUBLISHERS FOR PALESTINE
La Foire du livre de Francfort et les éditeurs multinationaux d’origine allemande sont complices du génocide de Gaza


Les multinationales de l’édition de propriété allemande sont impliquées dans le génocide perpétré par Israël contre 2,3 millions de Palestiniens à Gaza.

Publishers for Palestine, Mondoweiss, 8/7/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 


Publishers for Palestine (Éditeurs·trices pour la Palestine) est un collectif mondial de plus de 500 éditeurs et travailleur·ses de l'édition basé·es dans 50 pays à travers le monde. Nous défendons la justice, la liberté d'expression et le pouvoir de l'écrit. Les projets de P4P peuvent être trouvés sur notre site ouèbe et sur Instagram @publishers4palestine et X @pubforpalestine. Lire notre DÉCLARATION DE SOLIDARITÉ AVEC LA PALESTINE (3/11/2023). Télécharger notre recueil gratuit Poems for Palestine

Depuis la vague de condamnation déclenchée en octobre dernier par l’annulation[*] d’une cérémonie de remise de prix à l’écrivaine palestinienne Adania Shibli [lire ici], qui devait recevoir le prix LiBeratur à la Foire du livre de Francfort, la tentative de réduire au silence les Palestiniens et le soutien à la cause palestinienne par des institutions culturelles occidentales n’a fait que s’amplifier. Dans le même temps, l’examen de la complicité des institutions avec l’apartheid et le génocide israéliens s’est également intensifié à grande échelle. Le mouvement BDS a remporté des victoires significatives, notamment le désinvestissement d’universités et d’entreprises, et le Festival de Hay-on-Wye 2024 et le Festival international du livre d’Édimbourg ont récemment annoncé qu’ils mettaient fin à leurs partenariats avec la société d’investissement Baillie Gifford, complice de la destruction du climat et de l’apartheid et du génocide israéliens, La rupture par BG de ses relations de financement avec tous les festivals littéraires britanniques et le retrait de sa participation dans la multinationale minière Rio Tinto, ainsi que la réduction de moitié de la participation de la Banque Scotia, principal sponsor artistique canadien, dans le fabricant d’armes israélien Elbit Systems, sont autant d’indices d’un changement et d’un fossé important entre les grandes entreprises et les institutions culturelles, d’une part, et leurs travailleurs, leurs publics et le grand public, d’autre part.

Les principales organisations internationales de défense des droits humains continuent de tirer la sonnette d’alarme concernant les violations horribles et croissantes des droits de l’homme commises par Israël à l’encontre de millions de Palestiniens. Nombre d’entre elles ont été décrites dans la plainte déposée en décembre par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice contre Israël pour crime de génocide. Malgré l’arrêt rendu en janvier par cette Cour, selon lequel Israël commettait vraisemblablement un génocide, ses décisions ultérieures selon lesquelles Israël devait autoriser l’acheminement de l’aide humanitaire et mettre fin aux opérations militaires à Rafah, et le dépôt par la Cour pénale internationale de demandes de mandats d’arrêt à l’encontre de hauts responsables israéliens, ainsi que les soulèvements massifs d’étudiants et de travailleurs en faveur de la libération des Palestiniens et de la fin de la complicité avec Israël dans le monde entier, la campagne génocidaire menée par Israël contre le peuple palestinien à Gaza se poursuit essentiellement sans contrôle de la part de ses principaux soutiens, à savoir les USA et d’autres puissances coloniales occidentales.

Les écrivains et les éditeurs sont particulièrement concernés par le fait que la Foire du livre de Francfort (FBM), le plus grand événement mondial de l’industrie du livre, a toujours accueilli chaleureusement la présence de l’Israël de l’apartheid. On pourrait penser que, face aux actions d’Israël et à l’indignation internationale croissante, des institutions culturelles comme la FBM retireraient leur soutien, condamneraient Israël pour ses violations et rompraient leurs relations. Toutefois, la position initiale de la Foire du livre de Francfort, qui a soutenu fermement Israël tout au long de sa tenue en octobre dernier - position qui s’est traduite par des déclarations au nom de la Foire et de son directeur général, Jurgen Boos, et par des projets visant à rendre les voix israéliennes « particulièrement visibles » grâce à l’ajout d’une programmation spéciale, y compris un panel intitulé « In Sorge um Israel » [En souci d'Israël] - n’a pas changé à ce jour, et la FBM a gardé un silence assourdissant sur le génocide en cours dans les mois qui ont suivi. 


 Un tel soutien vocal et tacite contraste fortement avec les interdictions nationales édictées par la FBM, dont l’interdiction permanente imposée à la Russie depuis 2022, invoquant la “violation du droit international” à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une lettre d’information de la FBM distribuée le 24 avril contient un article intitulé « Marché du livre Ukraine : Bibliothèques en ruine et nouvelles librairies », où l’on peut lire : « Il y a une question que l’on pose régulièrement aux éditeurs lors d’événements internationaux et de conversations privées : comment faites-vous pour continuer à travailler pendant la guerre ? » Pourtant, FBM ne fait aucune mention de Gaza, où les écrivains, les universitaires, les éditeurs, les bibliothèques, les universités et les imprimeurs ont été pris pour cible bien avant le 7 octobre et ont été brutalement ciblés pour être éliminés au cours des nombreux mois qui se sont écoulés depuis. Cette destruction du savoir a été largement documentée, notamment dans un rapport détaillé rédigé par Librarians and Archivists with Palestine (Bibliothécaires et archivistes avec la Palestine). Depuis, les Nations unies ont fait état d’un “scolasticide” à Gaza. Toutes les universités de Gaza ont été détruites. Le fait que la FBM n’ait pas encore annoncé une interdiction d’Israël similaire à celle imposée à la Russie, ni exprimé ne serait-ce qu’un soupçon d’inquiétude quant à la violation des lois internationales par Israël, met en évidence une incongruité déjà existante.

Cependant, la complicité de la Foire du livre de Francfort va au-delà de son message public et ne peut être comprise qu’à travers ses relations étroites avec le gouvernement allemand et deux empires allemands de l’édition, devenus des multinationales multimilliardaires : Holtzbrinck Publishing Group et Bertelsmann SE & Co. KGaA.

Il faut d’abord souligner l’importance de la sphère culturelle israélienne - y compris le monde de l’édition et de la littérature - dans le maintien de l’apartheid israélien. Le fait que l’État israélien s’appuie fortement et collabore étroitement avec son secteur culturel complice afin de blanchir son image a été rendu public lorsque Nissim Ben-Sheetrit, ancien directeur général adjoint de “Brand Israel”, a ouvertement admis ne pas faire de différence “entre la hasbara [propagande] et la culture”. Le nouveau livre de Maya Wind, Towers of Ivory and Steel : How Israeli Universities Deny Palestinian Freedom (Tours d’ivoire et d’acier : comment les universités israéliennes nient la liberté des Palestiniens), détaille le rôle des universités, en particulier leur rôle dans cette indifférenciation, cette collaboration et cette complicité. Selon Naomi Klein, les recherches de Maya Wind « révèlent d’innombrables façons dont les établissements d’enseignement les plus célèbres et les plus réputés du pays sont totalement imbriqués dans la violente machine de dépossession, d’occupation, d’incarcération, de surveillance, de siège et de bombardement militaire des Palestiniens ».

Cette intégration des arts et de la culture dans les objectifs de l’État israélien est depuis longtemps contestée par la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI), membre fondateur du mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) dirigé par les Palestiniens. Lancée il y a vingt ans, PACBI a appelé le reste du monde à cesser toute collaboration avec les institutions culturelles et universitaires israéliennes complices. Pour être exemptée de l’appel au boycott du PACBI, une institution doit faire deux choses : prendre ses distances avec le génocide israélien et le régime d’apartheid colonial sous-jacent, et approuver les pleins droits du peuple palestinien en vertu du droit international, y compris le droit au retour des réfugiés palestiniens.

La plus grande foire du livre au monde et le climat de censure en Allemagne

Le programme de la Foire du livre de Francfort 2024 sera rendu public ce mois-ci [pays hôte : l’Italie]. Dans l’attente de sa publication, la censure et l’inquiétude internationales n’ont cessé de croître face à la limitation des droits civils par le gouvernement allemand, qui utilise des tactiques répressives pour faire taire la solidarité avec la Palestine. Au cours des derniers mois, ces tactiques ont notamment consisté à faire irruption dans le Congrès palestinien à Berlin et à le fermer violemment, ainsi qu’à interdire l’entrée en Allemagne et la participation au Congrès (en personne et en ligne) du chirurgien palestino-britannique et recteur de l’université de Glasgow, le Dr Ghassan Abu-Sittah. Lorsqu’il a tenté d’entrer en France en mai pour parler au Parlement français de son expérience à Gaza, M. Abu-Sittah a également découvert que l’Allemagne était allée jusqu’à mettre en œuvre une interdiction de voyager d’un an dans toute l’Europe à son encontre.

Plus récemment, l’Allemagne a adopté une loi exigeant que les candidats à la citoyenneté affirment le “droit d’exister” d’Israël, un régime d’apartheid vieux de 76 ans contre le peuple palestinien, au lieu de respecter ses obligations de mettre fin à sa complicité avec ce régime.

Derrière cette pratique étatique de censure extrême se cache l’énorme soutien militaire et diplomatique de l’Allemagne à Israël. L’Allemagne fournit près de la moitié des armes livrées actuellement à Israël (en deuxième position après les USA) et est son principal partenaire commercial en Europe et son quatrième partenaire d’exportation dans la région.

L’industrie allemande de l’édition est l’une des plus importantes au monde, représentant 11,4 milliards de dollars en 2022 ; les ventes de livres en Allemagne sont énormes, derrière les USA et la Chine. L’exploitation de l’édition par le gouvernement nazi pour sa propagande constitue un sombre précédent historique. Mais aujourd’hui, on peut difficilement parler d’une relation sans lien de dépendance. Dans un exemple récent, la Commission des monopoles a fait pression pour la suppression de la politique de prix fixe sur les livres conçue pour protéger les livres en tant qu’objets culturels, qualifiant la loi de « nuisance réglementaire de premier ordre » ; une telle suppression poserait de sérieux problèmes aux petits éditeurs et libraires et réduirait inévitablement la présence de voix progressistes dans l’atmosphère culturelle déjà très surveillée de l’Allemagne. Mais les objectifs de la Commission en matière d’économie de marché sont clairs : « l’intérêt culturel et politique des législateurs nationaux pour les livres doit être mis en balance avec l’intérêt d’une concurrence non faussée ».

09/07/2024

HAMZA HAMOUCHENE
A psicologia da opressão e da libertação
O que Fanon diria sobre o genocídio em curso na Palestina?

 

Hamza Hamouchene, Africa is a Country, 28/6/2024
Traduzido por
Helga Heidrich, editado por Fausto Giudice, Tlaxcala

Hamza Hamouchene é um pesquisador e ativista argelino que vive em Londres. Atualmente, é coordenador do programa da África Setentrional no Transnational Institute (TNI). @BenToumert

 

Para a Europa, para nós mesmos e para a humanidade... precisamos elaborar novos conceitos e tentar criar um novo homem.

 - Frantz Fanon, Os condenados da Terra


Baixe o documento

08/07/2024

HAMZA HAMOUCHENE
La psicologia dell’oppressione e della liberazione
Cosa direbbe Fanon del genocidio in corso in Palestina?

Hamza Hamouchene, Africa is a Country, 28/6/2024
Tradotto da Fausto Giudice, Tlaxcala


Hamza Hamouchene
è un ricercatore e attivista algerino residente a Londra. Attualmente è coordinatore del programma Nord Africa presso il Transnational Institute (TNI). @BenToumert

Per l'Europa, per noi stessi e per l'umanità, compagni, bisogna rinnovarsi, sviluppare un pensiero nuovo, tentare di metter su un uomo nuovo.
- Frantz Fanon, I dannati della terra


 

YANIV KUBOVICH
Le 7 octobre, l’armée israélienne a ordonné la mise en œuvre de la directive Hannibal pour empêcher le Hamas de capturer des soldats

Yaniv Kubovich, Haaretz, 7 /7/2024
Traduit par Alain Marshal, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala 

« Il y a eu une hystérie démente et on a commencé à prendre des décisions sans vérifier les informations » : des documents et des témoignages obtenus par Haaretz révèlent que l’ordre opérationnel Hannibal, qui ordonne l’utilisation de la force pour empêcher la capture de soldats, a été appliqué dans trois bases de l’armée israéliennes infiltrées par le Hamas, mettant potentiellement en danger des civils israéliens également.


Attaque du Hamas sur les communautés frontalières de Gaza dans le sud d'Israël, le 7 octobre. Photo Hani Alshaer, Anadolu Agency

Les opérations de la Division de Gaza et les frappes aériennes des premières heures du 7 octobre étaient basées sur des informations limitées. Les premiers longs instants qui ont suivi le lancement de l’attaque du Hamas ont été chaotiques. Des rapports étaient reçus, dont la signification n’était pas toujours claire. Lorsqu’ils ont été compris, on s’est rendu compte que quelque chose d’horrible s’était produit.

Les réseaux de communication ne parvenaient pas à suivre le flux d’informations, pas plus que les soldats qui envoyaient ces rapports. Cependant, le message transmis à 11h22 sur le réseau de la Division de Gaza a été compris par tous. L’ordre était le suivant : « Pas un seul véhicule [de combattants palestiniens] ne doit retourner à Gaza ».

À ce stade, les FDI ne connaissaient pas l’ampleur des enlèvements le long de la frontière de Gaza, mais elles savaient que de nombreuses personnes étaient impliquées. La signification de ce message et le sort réservé à certaines des personnes enlevées étaient donc parfaitement clairs.

Ce n’était pas le premier ordre donné par la division dans le but de déjouer un enlèvement, même au détriment de la vie des personnes kidnappées, une procédure connue dans l’armée sous le nom de « procédure Hannibal ».

Des documents obtenus par Haaretz, ainsi que des témoignages de soldats et d’officiers moyens et supérieurs de l’armée israélienne, révèlent une multitude d’ordres et de procédures établis par la Division de Gaza, le commandement sud et l’état-major général de Tsahal jusqu’aux heures de l’après-midi de ce jour-là, montrant à quel point cette procédure était répandue, dès les premières heures suivant l’attaque et en divers points le long de la frontière.

Haaretz ne sait pas si, ni combien de civils et de soldats ont été touchés à cause de ces procédures, mais les données cumulées indiquent que de nombreuses personnes kidnappées étaient en danger, exposées aux tirs israéliens, même si elles n’étaient pas la cible.

À 6h43, alors que des tirs de barrage de roquettes étaient lancés sur Israël et que des milliers d’hommes du Hamas attaquaient les bastions de l’armée et les équipements d’observation et de communication de la division, le commandant de la division, le général de brigade Avi Rosenfeld, a déclaré : « les Philistins ont envahi ».

C’est la procédure à suivre lorsqu’un ennemi envahit le territoire israélien. Un commandant de division peut alors assumer une autorité extraordinaire, y compris le recours à des tirs nourris à l’intérieur du territoire israélien, afin de bloquer un raid ennemi.

Une source très haut placée de l’armée israélienne a confirmé à Haaretz que la procédure Hannibal avait été utilisée le 7 octobre, ajoutant que le commandant de la division n’y avait pas eu recours. Qui a donné l’ordre ? Cela, a déclaré la source, sera peut-être établi par des enquêtes menées après la guerre.

En tout état de cause, selon un fonctionnaire de la défense qui connaît bien les opérations du 7 octobre à la division de Gaza, dans la matinée, « personne ne savait ce qui se passait à l’extérieur ». Il affirme que Rosenfeld était enfermé dans la salle de guerre, « alors qu’à l’extérieur une guerre mondiale faisait rage ».

« Tout le monde était choqué par le nombre de terroristes qui avaient pénétré dans la base. Même dans nos cauchemars, nous n’avions pas prévu une telle attaque. Personne n’avait la moindre idée du nombre de personnes enlevées ni de l’endroit où se trouvaient les forces armées. Il y a eu une hystérie démente, avec des décisions prises sans aucune information vérifiée », poursuit-il.

L’une de ces décisions a été prise à 7h18, lorsqu’un poste d’observation de l’avant-poste de Yiftah a signalé qu’une personne avait été enlevée au poste frontière d’Erez, à côté du bureau de liaison de Tsahal. Le quartier général de la division a donné l’ordre suivant : « Hannibal à Erez, envoyez un Zik ». Le Zik est un drone d’assaut sans pilote, et la signification de cet ordre était claire.

Ce n’était pas la dernière fois qu’un tel ordre était entendu sur le réseau de communication. Au cours de la demi-heure suivante, la division s’est rendu compte que les terroristes du Hamas avaient réussi à tuer et à enlever des soldats postés au point de passage et à la base adjacente. Puis, à 7h41, l’incident s’est reproduit : Hannibal à Erez, un assaut sur le point de passage et la base, juste pour que plus aucun soldat ne soit enlevé. De tels ordres ont également été donnés plus tard.

Le poste frontière d’Erez n’est pas le seul endroit où cela s’est produit. Les informations obtenues par Haaretz et confirmées par l’armée montrent que, tout au long de la matinée, la procédure Hannibal a été appliquée à deux autres endroits pénétrés par les terroristes : la base militaire de Re’im, où se trouvait le quartier général de la division, et l’avant-poste de Nahal Oz, où se trouvaient des guetteuses militaires. Cela n’a pas empêché l’enlèvement de sept d’entre elles et l’assassinat de 15 autres guetteuses, ainsi que de 38 autres soldats.

Au cours des heures suivantes, le quartier général de la division a commencé à rassembler les pièces du puzzle, réalisant l’ampleur de l’attaque du Hamas, mais manquant l’invasion du kibboutz Nir Oz, que les premières forces de l’armée n’ont atteint qu’après le départ des terroristes. En ce qui concerne la fréquence d’utilisation de la procédure Hannibal, il semble que rien n’ait changé. Ainsi, par exemple, à 10h19, un rapport est parvenu au quartier général de la division indiquant qu’un Zik avait attaqué la base de Re’im.

Trois minutes plus tard, un autre rapport de ce type est arrivé. À ce moment-là, les commandos de l’unité Shaldag [unité des forces spéciales sous le commandement de l'armée de l'air israélienne] se trouvaient déjà sur la base et combattaient les terroristes. À ce jour, on ne sait pas si l’un d’entre eux a été blessé lors de l’attaque du drone. Ce que l’on sait, c’est qu’un message a été diffusé sur le réseau de communication, demandant à tout le monde de veiller à ce qu’aucun soldat ne se trouve à l’extérieur de la base, car les forces de Tsahal étaient sur le point d’entrer et de chasser ou de tuer les terroristes restants.

Selon un haut fonctionnaire de la défense, la décision de mener des attaques à l’intérieur des avant-postes hantera les commandants toute leur vie. « Quiconque prenait une telle décision savait que nos combattants dans la zone pouvaient également être touchés. »