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03/02/2024

GIDEON LEVY
Dans cette “zone folle” de Cisjordanie, ils tirent aussi sur des USAméricains


Gideon Levy & Alex Levac (photos), Haaretz, 3/2/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Des colons israéliens et/ou des forces de sécurité ont tiré sur une voiture en Cisjordanie, tuant un jeune USAméricain d'origine palestinienne qui était sur le point de commencer des études d'ingénieur dans sa ville natale, la Nouvelle-Orléans, et qui rêvait de travailler à la NASA.

Hafeth Abdeljabbar avec la photo de son fils, Taoufik, cette semaine. « D'autres générations grandiront et se battront pour la liberté. Je veux que votre gouvernement le sache »

Taoufik Abdeljabbar rêvait d'étudier l'ingénierie aéronautique dans une université de Louisiane, où il était né. Il y a neuf mois, sa famille a décidé de retourner en Palestine et s'est installée à Al-Mazra’a ash-Sharqiya, la ville natale du père, au nord-est de Ramallah, pour permettre à ses enfants de connaître leur culture et leurs racines palestiniennes. La maison familiale du village, où les ancêtres du jeune défunt sont nés il y a plus de quatre générations, a été construite en 1870. Aujourd'hui, la vieille structure en pierre est abandonnée, mais la famille envisage de la rénover et de la transformer en maison d'hôtes.

Taoufik était un garçon usaméricain, sa langue maternelle était l'anglais, mais il parlait aussi l'arabe, la langue de ses ancêtres. Son père, Hafeth Abdeljabbar, et le frère de Hafeth, Rami, l'oncle de Taoufik, possèdent une chaîne de magasins de chaussures de sport en Louisiane ; les deux hommes font constamment la liaison Al-Mazra’a ash-Sharqiya-Nouvelle-Orléans. Au printemps 2023, le père a laissé l'un de ses fils gérer l'entreprise familiale et s'est installé avec sa femme et leurs quatre autres fils dans le village de ses ancêtres en Cisjordanie. Personne n'imaginait que la décision de retourner en Palestine coûterait la vie à l'un de leurs fils.

Al-Mazra’a ash-Sharqiya - dont certains des 10 000 originaires sont dispersés aux USA et en Amérique du Sud - est un village aisé d'environ 4 500 habitants, avec de belles et spacieuses maisons en pierre. Elles se dressent au sommet d'une colline qui domine la route 60, le principal axe de circulation de Cisjordanie, et offrent une vue splendide.

En contrebas, accessible par un sentier serpentin escarpé qui descend du village, se trouve l'endroit que la population locale appelle Wadi al-Baqar (la vallée du bétail) - l'endroit d'où, au fil des ans, trois jeunes hommes de la région ne sont jamais revenus vivants. Le 13 mai 2010, Aysar al-Zaban, 15 ans, a été abattu par des colons ; le 5 novembre 2022, Musab Nafal, 18 ans, a été tué et son ami grièvement blessé par des soldats en embuscade qui ont ouvert le feu sur eux ; et le 19 janvier 2024, il y a deux semaines, Taoufik Abdeljabbar - un adolescent à lunettes, un gentil garçon de l'État du Bayou - est devenu la dernière victime en date. Des colons et des soldats étaient présents sur les lieux, et l'on ne sait pas exactement qui a tiré au moins 10 balles sur la voiture qui passait. Selon un témoin oculaire, c'était les deux.

Lundi dernier, alors que nous nous rendions à Al-Mazra’a ash-Sharqiya, peu après avoir traversé Silwad, nous avons appris que les soldats d'un convoi qui passait juste après nous, avaient abattu un adolescent qui avait peut-être jeté des pierres sur les véhicules. Cet après-midi-là, lorsque nous sommes repassés par Silwad pour retourner à Tel Aviv, tous les magasins étaient fermés en signe de deuil et de protestation. Le même jour, cinq jeunes Palestiniens ont été tués de la même manière en Cisjordanie, dans des incidents qui n'ont pratiquement pas été couverts par les médias israéliens.

La maison de la famille à Al-Mazra’a ash-Sharqiya

De retour dans la maison endeuillée des Abdeljabbar, Hafeth, 41 ans, et son frère Rami, 47 ans, parlent couramment l'anglais usaméricain. Rami a été le premier à quitter la Cisjordanie pour s'installer aux USA y a 30 ans. Deux ans plus tard, ses deux frères et leurs familles l'ont rejoint. Hafeth et Rami ont ouvert leur chaîne de magasins et ont prospéré. Tous les deux ou trois ans, Hafeth et sa femme ramenaient leurs cinq enfants au pays, à Al-Mazra’a ash-Sharqiya,. En mai dernier, ils ont décidé de rentrer pour de bon. « Je voulais donner à mes fils ce que j'ai : des racines », explique le père.

Hafeth avait d'abord espéré que Taoufik resterait à la Nouvelle-Orléans pour y terminer ses études secondaires, mais le jeune homme, qui avait eu 17 ans en août, a insisté pour rentrer avec le reste de la famille. Le moment venu, a-t-il dit, il irait à l'université aux USA : son rêve était de travailler à la NASA. En attendant, il prévoyait de suivre des cours d'ingénierie à l'université voisine de Bir Zeit, afin de découvrir la vie en Palestine. Il poursuivrait ensuite ses études à la Nouvelle-Orléans.

ETAN NECHIN
Comme Tal Mitnick, j'ai refusé de servir Israël en tant que soldat. Il est important de comprendre pourquoi

Etan Nechin, The Guardian, 29/12/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Etan Nechin est un écrivain, journaliste et rédacteur, né en Israël, où il a été un refuznik, et vivant à New York, Il est éditeur en ligne de The Bare Life Review: a Journal of Immigrant and Refugee Literature,, fondé en 2017, et contributeur à Haaretz. @Etanetan23

Le service militaire définit l'identité de chacun dans la société israélienne, mais la dissidence a une longue tradition, malgré les nombreux obstacles.

La semaine dernière, Tal Mitnick, 18 ans, a été emprisonné pendant 30 jours pour avoir refusé de s'enrôler dans les Forces de défense israéliennes, devenant ainsi le premier objecteur de conscience emprisonné depuis le début de la guerre d’Israël contre Gaza. « Je refuse de croire que plus de violence apportera la sécurité. Je refuse de prendre part à une guerre de vengeance », a écrit Tal Mitnick dans un communiqué.

Tal Mitnick en novembre dernier, portant un ruban jaune, vieux symbole des Puritains dans la Guerre civile anglaise du XVIIème siècle, qui l’apportèrent aux USA, d’où il s’est répandu sur toute la planète pour signifier les messages les plus divers : soutien aux soldats en guerre, aux prisonniers de guerre, puis, à partir de 1979, aux otages de l’ambassade US à Téhéran. En 2008, il a symbolisé le soutien au caporal Gilad Shalit, prisonnier du Hamas. Après le 7 octobre, il a été relancé par des familles de captifs, qui le distribuent dans la rue. Ils sont accrochés aux parebrises des voitures ou sur la poitrine.

La conscription militaire est une pierre angulaire de l'unité de la société israélienne. Il est difficile de se fier entièrement aux chiffres des FDI en raison d'un manque de transparence, mais les chiffres officiels montrent que 69 % des hommes et 56 % des femmes sont enrôlés à l'âge de 18 ans. Cela fait de l'uniforme militaire un emblème de l'identité nationale collective, peut-être même plus important que le drapeau, incarné par la maxime israélienne : « Une nation qui construit une armée est une nation qui se construit elle-même ».

L'armée est tellement ancrée dans le tissu social que le service est autant un phénomène sociologique qu'un devoir idéologique. La plupart des soldats ne sont pas des combattants. Ils jouent des rôles de cuisiniers, de DJ à la radio ou d'enseignants. L'armée a appris à absorber des groupes qu'elle écartait par le passé, comme les personnes LGBTQ+, et sert même de la nourriture végétalienne. Il est possible de servir dans l'armée tout en vivant à la maison, en considérant cela comme un travail quotidien normal.

Alors qu'aux USA et au Royaume-Uni, le service militaire est considéré comme une « porte de sortie" »- de la pauvreté ou d'une classe sociale inférieure - en Israël, c'est tout le contraire. C'est un moyen d'entrer dans la société, où les offres d'emploi s'adressent aux « post-armée », où l'influence sociale se mesure à l'aune des résultats obtenus dans l'armée, et où les conversations informelles dérivent invariablement vers la question « où est-ce que tu as servi ? » L'armée sert de porte d'entrée à une identité israélienne complète, en jetant un pont entre toutes les strates de la hiérarchie sociale.

Pourtant, malgré l'omniprésence de l'armée, il existe un courant de dissidence. Comme Mitnick, j'ai également refusé de m'enrôler dans les FDI. Les exemples de refus sont rares, mais ils se sont produits tout au long de l'histoire d'Israël. Il y a les 3 000 soldats de réserve qui ont protesté contre la première guerre du Liban en 1983, dont 160 ont été emprisonnés pour leur refus de servir. Il y a aussi des personnalités comme Ofer Cassif, membre de la Knesset, qui s'est opposé à servir en Cisjordanie, ainsi que des pilotes qui ont rejeté des missions qu'ils considéraient comme illégales, et une poignée d'adolescents qui risquent chaque année la prison pour s'être opposés au service dans les territoires occupés, avec des groupes comme Mesarvot qui les soutiennent dans leur démarche.


 Contrairement à la majorité des objecteurs de conscience qui ne représentent qu'une infime partie de la population israélienne et sont souvent issus des classes supérieures, je venais d'un petit village situé à la périphérie d'Israël et j'allais à l'école dans un kibboutz où l'éthique du service et du sacrifice était fortement ressentie. Exprimant des réticences à l'égard de la culture militariste et déjà considéré comme problématique par mon école, j'ai été étiqueté lors de mon passage à l'armée pour être envoyé devant un comité d'évaluation.

Tal Mitnick : « Je refuse de participer à une guerre de vengeance. Il n’y a pas de solution militaire»
Lettre d’un objecteur de conscience israélien

Tal Mitnick, Libération, 28/12/2023

Le 28 août dernier, 230 lycéen·nes de terminale israéliens avaient publié une lettre [lire ci-dessous*] annonçant qu’ils ne répondraient pas à l’appel pour le service militaire, pour protester contre le coup d’État judiciaire du gouvernement de coalition et contre l’occupation de la Cisjordanie et le siège de Gaza.

Un des signataires, Tal Mitnick, a été condamné à une première peine de 30 jours de prison militaire en décembre et à une deuxième le 22 janvier.

Interviewé par Oren Ziv en septembre dernier, il déclarait :

« Avec d’autres jeunes, j’ai réalisé que la dictature qui existe en Israël et celle qui existe depuis des décennies dans les territoires occupés sont indissociables. Le but ultime des politiciens et des colons est d’approfondir l’occupation et l’oppression d’un plus grand nombre de populations en Israël et dans les territoires occupés, et d’annexer la zone C de la Cisjordanie [qui est sous le contrôle total de l’armée israélienne]. Pour beaucoup d’entre nous, ces manifestations ont été une prise de conscience. Je n’étais pas actif politiquement avant les manifestations. Elles m’ont fait comprendre ce que signifie manifester en tant qu’appelé·e, avec des centaines d’autres avant leur enrôlement, et dire “nous ne servirons pas”. »

L’organisation Mesarvot [“refuseur·ses”] a publié le 26 décembre la lettre de Tal confirmant sa décision d’objection, même après le 7 octobre. Tal a la double nationalité usaméricaine et israélienne : son père Josh, né dans le New Jersey, était correspondant de médias US en Israël. Il est mort de cancer en 2021 à 50 ans. Ci-dessous la traduction de la lettre en français, telle que publiée par le quotidien Libération. -FG, Tlaxcala

8 des 230 signataires de la lettre « Jeunesse contre la dictature* ». Tal Mitnick est le 4ème à droite en haut. Photo Oren Ziv

Cette terre a un problème : deux nations y ont tissé un lien indéniable. Même avec toute la violence du monde, nous ne pourrions pas effacer le peuple palestinien ou son lien avec cette terre, tout comme le peuple juif ou notre lien avec cette même terre ne peuvent pas être effacés. Le problème ici relève d’une forme de suprématie, la croyance que cette terre n’appartient qu’à un seul peuple. La violence ne peut résoudre ce problème, ni de la part du Hamas, ni de la part d’Israël. Il n’y a pas de solution militaire à un problème politique. C’est pourquoi je refuse de m’enrôler dans une armée qui croit que le vrai problème peut être ignoré, sous le couvert d’une guerre civile, avec un gouvernement qui ne fait qu’entretenir le deuil et la douleur.

Le 7 octobre, la société israélienne a vécu un traumatisme sans précédent dans l’histoire du pays. Au cours d’une terrible invasion, l’organisation terroriste Hamas a assassiné des centaines de civils innocents et en a enlevé des centaines d’autres. Des familles ont été assassinées dans leurs maisons, des jeunes ont été massacrés lors d’une rave et 240 personnes ont été enlevées dans la bande de Gaza. Après l’attaque terroriste, une campagne de vengeance a commencé non seulement contre le Hamas, mais aussi contre l’ensemble du peuple palestinien : des bombardements aveugles de quartiers résidentiels et de camps de réfugiés à Gaza, un soutien militaire et politique total à la violence des colons en Cisjordanie, ainsi qu’une persécution politique d’une ampleur sans précédent à l’intérieur d’Israël. La réalité dans laquelle nous vivons est violente. Selon le Hamas, mais aussi selon Tsahal et la classe politique, la violence est la seule solution. La poursuite d’une logique “œil pour œil, dent pour dent”, sans réfléchir à une véritable solution qui nous apporterait à tous sécurité et liberté, ne conduit qu’à plus de tueries et de souffrances.

La violence ne nous protège pas

TAL MITNICK
There is no military solution-a statement of refusal





 



 

02/02/2024

ABDEL BARI ATWAN
Le piège de la proposition de trêve de Paris
La duplicité US sur un “État” palestinien sert l’agenda génocidaire d’Israël

Abdel Bari Atwan, Rai Al Youm, 1/2/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

La direction du Hamas à Gaza n’a pas encore répondu officiellement à la proposition de cessez-le-feu issue de la réunion quadripartite du week-end dernier à Paris entre les chefs des services de renseignement des USA, d’Israël, de l’Égypte et du Qatar. Ce retard est très probablement délibéré, et si l’accord est approuvé, il sera conditionné à la satisfaction des exigences de la résistance, à savoir le retrait total d’Israël et l’arrêt définitif de sa guerre contre la bande de Gaza.


Ces dirigeants, qui bénéficient du soutien massif des Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie, doivent savoir que l’objectif de ce projet d’accord est de sauver l’État d’occupation israélien, de consolider l’influence déclinante des USA au Moyen-Orient et de réduire les perspectives d’extension de la guerre, après qu’il est apparu clairement qu’il serait impossible de détruire ou de vaincre le Hamas. Après près de quatre mois d’agressions israéliennes incessantes, le Hamas conserve intacts plus de 80 % de ses armes, de ses forces de défense, de ses tunnels et de ses manufactures d’armement.

Benjamin Netanyahou cherche à obtenir la libération du plus grand nombre possible de captifs, en particulier des civils, afin de pouvoir mettre en œuvre, sans pression intérieure ou extérieure, son plan de dépeuplement de la bande de Gaza par le biais d’une évacuation forcée ou « volontaire ». Il s’agirait d’un prélude à la mise sous tutelle militaire israélienne, au vol de ses énormes réserves de pétrole et de gaz offshore et au rétablissement des 16 colonies israéliennes qui ont été démantelées en 2005 lorsque l’occupation directe a pris fin en raison du nombre croissant de victimes parmi les colons et les militaires aux mains de la résistance.

Avec une duplicité typique, les USA tentent de vendre ce plan israélien en faisant miroiter un État palestinien « démilitarisé » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, une fois la guerre de Gaza terminée. Le département d’État US a révélé jeudi que Blinken envisageait la possibilité de reconnaître un tel État et qu’il avait demandé à ses collaborateurs de proposer des modèles de « démilitarisation » qui pourraient lui être appliqués.

Amorim, Brésil  

Un dicton populaire dit que plus le mensonge est gros, mieux il passe. Cela vaut pour les fuites des USA et de la Grande-Bretagne sur cette question. Les deux alliés qui ont lancé ensemble toutes les guerres dévastatrices récentes au Moyen-Orient tentent de tendre un nouveau piège à la résistance et au peuple palestiniens en leur vendant une fois de plus la même vieille illusion. Leur véritable objectif est d’annuler la victoire obtenue par le raid du 7 octobre de l’année dernière et de réduire les pertes matérielles et humaines d’Israël.

La prudence est donc de mise. Les preuves de cette duplicité ne manquent pas.

Mercredi, le Congrès usaméricain a voté à une écrasante majorité (422 voix contre 2) l’interdiction d’entrée sur le territoire usaméricain pour tous les membres de l’OLP, du Hamas ou du Jihad islamique palestinien. Comment Washington peut-il soutenir la création d’un État palestinien tout en interdisant l’entrée aux membres de l’OLP qui a signé les accords d’Oslo, reconnu Israël, cédé 80 % du territoire de la Palestine historique et recruté 60 000 agents de sécurité pour protéger les colons et réprimer son propre peuple ?

Les USA ont parrainé les accords d’Oslo et organisé leur cérémonie de signature dans la roseraie de la Maison Blanche il y a 30 ans. Pourtant, au cours des vingt dernières années, ils ont utilisé leur droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour faire échouer la décision de l’Assemblée générale d’accorder à la Palestine le statut d’État membre à part entière des Nations unies. Il semble que si les USA reconnaissent un jour un tel État, ce sera uniquement pour les placards d’archives de l’ONU, sans le faire sur le terrain.



Abdellah Derkaoui, Maroc

L’administration usaméricaine a toujours affirmé qu’un État palestinien ne pouvait voir le jour qu’avec l’accord d’Israël et qu’il devait être démilitarisé. Comment un État démilitarisé peut-il survivre aux côtés d’un ennemi qui pratique le génocide et le nettoyage ethnique et sans avoir les moyens de se défendre contre une nouvelle agression ?

Aujourd’hui, ce n’est pas Joe Biden qui mène la barque à Washington, mais Benjamin Netanyahou. En témoigne le refus répété d’Israël de répondre aux appels des USA à mettre fin aux massacres et aux déplacements massifs de civils dans la bande de Gaza.

Les USA se sont déjà engagés à garantir le cessez-le-feu et les accords de reconstruction à Gaza, notamment l’accord de Charm El Cheikh qui a suivi la guerre de 2013. Mais ils n’ont jamais respecté cet engagement et n’ont jamais fait pression sur Israël pour qu’il s’y conforme. Des milliers de maisons et de tours détruites lors de cet assaut sont toujours en ruines à ce jour, malgré l’allocation de 5 milliards de dollars pour leur reconstruction.

La direction du Hamas, qui a infligé à Israël la plus grande défaite depuis sa création il y a 75 ans, devrait s’en tenir à ses propres conditions dans leur intégralité. Elle ne doit pas accepter le piège de l’accord que les agences de renseignement US et arabes ont conçu et tentent de lui vendre. Ses principaux objectifs sont d’épargner à Israël une défaite ou d’en réduire l’impact, d’imposer ses conditions à la résistance palestinienne par la terreur et le génocide, de désamorcer la colère populaire croissante à l’égard des USA et d’Israël dans le monde arabe et d’anticiper les rébellions contre les dirigeants complices.

Le sponsor usaméricain de l’accord, ainsi que la plupart de ses alliés européens, n’ont jamais exigé l’arrêt de la guerre génocidaire à Gaza, mais l’ont soutenue au nom de la « légitime défense ». Il ne s’est jamais opposé à l’interdiction de l’aide humanitaire ou à la famine délibérée des deux millions d’habitants de la bande de Gaza qui peuvent à peine trouver une bouchée de pain ou une goutte de lait pour garder leurs enfants en vie.

La victoire exige de la patience et sa réalisation approche à grands pas. 550 000 soldats israéliens n’ont pas réussi à contrôler totalement la bande de Gaza, à écraser la résistance, à tuer ou à capturer ses dirigeants. L’État d’occupation a reçu un coup de massue qui a ébranlé les piliers de son existence et veut, avec l’aide des USA, déraciner la résistance en détruisant la population qui l’abrite.

 

Patrick Chappatte, Le Temps, Suisse,  2019

DAHLIA SCHEINDLIN
Les alliés de Netanyahou veulent utiliser l’aide à Gaza comme rampe de lancement pour l’occupation et l’annexion de la bande de Gaza

Dahlia Scheindlin, Haaretz, 1/2/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

La Dre. Dahlia Scheindlin est une chercheuse usaméricano-israélienne en opinion publique  et une conseillère politique qui a travaillé sur huit campagnes nationales en Israël et dans 15 autres pays. Elle est actuellement chargée de mission à la Century Foundation, co-animatrice du podcast The Tel Aviv Review, et du podcast Election Overdose au journal Haaretz. Son plus récent ouvrage s’intitule The Crooked Timber of Democracy in Israel : Promise Unfulfilled [Le bois tordu de la démocratie en Israël : promesses non tenues] (De Gruyter, 2023).@dahliasc

Permettre à Israël de distribuer de l’aide humanitaire par la mise en place d’un gouvernement militaire, c’est aller tout droit vers la reproduction du cauchemar en Cisjordanie, la fusion de la violence des colons et de la violence militaire contre les Palestiniens par un État autoritaire.



Aide humanitaire au compte-gouttes, par Amorim, Brésil

Lorsque le ministre des Finances Bezalel Smotrich a accordé une interview à Channel 12 la semaine dernière, il ne lui a fallu que quelques secondes pour exposer l’étonnante voie qu’Israël - ou du moins certains décideurs influents - est en train de tracer pour l’avenir.

« Nous ne devons pas laisser l’aide entrer par l’intermédiaire de l’UNRWA... afin de respecter le droit international... nous ferons entrer l’aide et la distribuerons nous-mêmes ».

Lorsque les animateurs ont fait valoir le danger que cela représenterait, il a déclaré, en ralentissant pour faire effet : « Écoutez ce que je dis : Il. y. aura. Un gouvernement militaire à Gaza. Parce que tout le monde est d’accord pour dire que nous devons rester à Gaza et la contrôler militairement, et qu’il n’y a pas de contrôle militaire sans contrôle civil ». Cette dernière partie a été prononcée si rapidement que c’est comme si Smotrich espérait qu’elle allait nous échapper.

Cet échange d’une dizaine de secondes contient de nombreux éléments. Tout d’abord, Smotrich affirme qu’Israël devrait se conformer au droit international en trouvant un moyen d’acheminer l’aide humanitaire à Gaza. Le monde entier considérera probablement qu’il s’agit là d’un pas dans la bonne direction.

Mais ce qui se passe aujourd’hui détermine le cours de l’avenir ; c’est une règle empirique en ce qui concerne les relations israélo-palestiniennes.

La proposition de distribution de l’aide par Israël semble bonne à première vue, jusqu’à ce que l’on considère les trois objectifs déclarés de Smotrich : premièrement, le contrôle permanent d’Israël sur Gaza après la guerre ; deuxièmement, le contrôle israélien sera mis en œuvre par le biais d’un régime militaire ; troisièmement, ce gouvernement militaire exercera un contrôle à la fois militaire et civil.

Comme je l’ai déjà fait remarquer, il n’existe pas, dans la pratique, de contrôle militaire israélien sur les Palestiniens qui n’entraîne pas, en fin de compte, un contrôle civil. La fiction des zones A, B et C en Cisjordanie - qui veut que les Palestiniens contrôlent les affaires civiles dans environ 40 % de la région (A et B) conformément aux accords d’Oslo - signifie simplement qu’Israël influence tous les aspects de la vie des Palestiniens, mais refuse de ramasser les ordures ou de fournir des services de santé et des prestations sociales.

Smotrich tente donc de tirer parti de la catastrophe humanitaire à Gaza, des ordonnances de la Cour internationale de justice et de quelques cajoleries usaméricaines pour faire entrer l’aide humanitaire, pour lancer l’occupation-annexion future de Gaza, avec une forte probabilité d’exode massif des Palestiniens dans l’intervalle.

Il n’est pas membre du cabinet de guerre - mais pensez à l’effet de ruissellement. Il a planté la graine et, comme le rapporte Haaretz aujourd’hui, Smotrich affirme maintenant que Netanyahou a demandé à l’armée d’examiner cette possibilité.

En début de semaine, des fuites concernant une réunion d’information du ministre de la Défense Yoav Gallant pour la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset ont révélé des positions contradictoires : la chaîne publique Kan a rapporté que Gallant avait déclaré qu’un “acteur gazaoui dirigerait la bande de Gaza après la guerre. Mais Ynet a rapporté qu’il avait déclaré : « Il est tout à fait clair que le Hamas ne gouvernera pas à Gaza, Israël gouvernera militairement, mais pas civilement ». Peut-être que Gallant s’est convaincu lui-même de la fausse séparation. Son bureau n’a pas répondu aux demandes de clarification.


Des femmes palestiniennes déplacées se rassemblent sur une dune au-dessus d’un camp de fortune à la frontière égyptienne, à l’ouest de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, en janvier.

La colonie juive de Migdalim près de Naplouse en Cisjordanie, 2022. Photo : Ariel Schalit /AP

Cette semaine, la raison pour laquelle les marginaux-radicaux ne devraient jamais être rejetés est apparue clairement. Historiquement, c’est une bande de danseurs et d’activistes divinement inspirés qui se sont installés au Park Hotel d’Hébron pour un seder de Pessah en 1968 et qui ont formé le noyau de ce qui est devenu plus tard Kiryat Arba, et le mouvement de colonisation.

Jürgen Habermas, der „Hegel der Bundesrepublik“, hat endlich seinen Napoleon gefunden, und er heißt Benjamin Netanyahu
Elend der deutschen Philosophie im 21. Jhdt.

Nachfolgend drei Texte, die das Desaster des europäischen Denkens in Zeiten des Völkermords illustrieren, der von der moralischsten Armee der Welt mit dem Segen und der bewaffneten Unterstützung der Führer der aufgeklärtesten Mächte der Welt begangen wird. Übersetzungen von Helga Heidrich, Tlaxcala

 Dank Gaza ist die europäische Philosophie als ethisch bankrott entlarvt worden

Hamid Dabashi, Middle Easte Eye, 18/1/2024


Hamid Dabashi ist Hagop Kevorkian Professor für Iranistik und Vergleichende Literaturwissenschaft an der Columbia University in New York, wo er Vergleichende Literaturwissenschaft, Weltkino und Postkoloniale Theorie unterrichtet. Zu seinen jüngsten Büchern gehören The Future of Two Illusions: Islam after the West (2022); The Last Muslim Intellectual: The Life and Legacy of Jalal Al-e Ahmad (2021); Reversing the Colonial Gaze: Persian Travelers Abroad (2020) und The Emperor is Naked: On the Inevitable Demise of the Nation-State (2020). Seine Bücher und Essays sind in viele Sprachen übersetzt worden.

Von Heideggers Nationalsozialismus bis zu Habermas' Zionismus ist das Leiden des „Anderen“ von geringer Bedeutung

Stellen Sie sich vor, der Iran, Syrien, der Libanon oder die Türkei - mit voller Unterstützung, Bewaffnung und diplomatischem Schutz durch Russland und China - hätten den Willen und die Mittel, Tel Aviv drei Monate lang Tag und Nacht zu bombardieren, Zehntausende von Israelis zu ermorden, unzählige weitere zu verstümmeln, Millionen obdachlos zu machen und die Stadt in einen unbewohnbaren Trümmerhaufen zu verwandeln, so wie heute Gaza.

Stellen Sie sich das einmal für ein paar Sekunden vor: der Iran und seine Verbündeten würden absichtlich bewohnte Teile von Tel Aviv, Krankenhäuser, Synagogen, Schulen, Universitäten, Bibliotheken - oder überhaupt alle bewohnten Orte - angreifen, um ein Maximum an zivilen Opfern zu gewährleisten. Sie würden der Welt sagen, sie seien nur auf der Suche nach dem israelischen Premierminister Benjamin Netanjahu und seinem Kriegskabinett. 

Fragen Sie sich, was die USA, das Vereinigte Königreich, die EU, Kanada, Australien und insbesondere Deutschland innerhalb von 24 Stunden nach dem Ansturm dieses fiktiven Szenarios tun würden.

Kehren Sie nun in die Realität zurück und bedenken Sie, dass Tel Avivs westliche Verbündete seit dem 7. Oktober (und seit Jahrzehnten davor) nicht nur zusehen, was Israel dem palästinensischen Volk antut, sondern es auch mit militärischer Ausrüstung, Bomben, Munition und diplomatischem Beistand versorgen, während US-amerikanische Medien ideologische Rechtfertigungen für das Abschlachten und den Völkermord an den Palästinensern liefern. 

Das oben beschriebene fiktive Szenario würde von der bestehenden Weltordnung nicht einen Tag lang toleriert werden. Mit der militärischen Gewalt der USA, Europas, Australiens und Kanadas, die vollkommen hinter Israel stehen, sind wir hilflose Menschen auf der Welt, genau wie die Palästinenser, nichts wert. Dies ist nicht nur eine politische Realität, sondern betrifft auch die moralische Vorstellung und das philosophische Universum dessen, was sich „der Westen“ nennt.  Haut du formulaire

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Diejenigen von uns, die sich außerhalb der europäischen Sphäre der moralischen Vorstellungskraft befinden, existieren nicht in ihrem philosophischen Universum. Araber, Iraner und Muslime oder Menschen in Asien, Afrika und Lateinamerika - wir haben für europäische Philosophen keine ontologische Realität, außer als metaphysische Bedrohung, die besiegt und besänftigt werden muss.

Angefangen bei Immanuel Kant und Georg Wilhelm Friedrich Hegel bis hin zu Emmanuel Levinas und Slavoj Zizek sind wir Merkwürdigkeiten, Dinge, erkennbare Objekte, die die Orientalisten zu entschlüsseln hatten. Die Ermordung von Zehntausenden von uns durch Israel oder die USA und ihre europäischen Verbündeten lässt die europäischen Philosophen daher nicht im Geringsten innehalten. 

Europäisches Stammpublikum

Wer das bezweifelt, braucht nur einen Blick auf den führenden europäischen Philosophen Jurgen Habermas und einige seiner Kollegen zu werfen, die sich in einem erstaunlich unverhohlenen Akt grausamer Gemeinheit für das Abschlachten der Palästinenser durch Israel ausgesprochen haben. Die Frage ist nicht mehr, was wir von Habermas, der jetzt 94 Jahre alt ist, als Mensch halten sollen. Die Frage ist, was wir von ihm als Sozialwissenschaftler, Philosoph und kritischer Denker halten sollen. Ist das, was er denkt, für die Welt noch von Bedeutung, wenn es das jemals war? 

Die Welt hat sich ähnliche Fragen über einen anderen bedeutenden deutschen Philosophen, Martin Heidegger, angesichts seiner verhängnisvollen Verbindungen zum Nazismus gestellt. Meiner Meinung nach müssen wir jetzt solche Fragen über Habermas' gewalttätigen Zionismus und die bedeutenden Konsequenzen für das, was wir von seinem gesamten philosophischen Projekt halten könnten, stellen.

Wenn Habermas in seiner moralischen Vorstellungskraft nicht ein Jota Platz für Menschen wie die Palästinenser hat, haben wir dann irgendeinen Grund, sein gesamtes philosophisches Projekt als in irgendeiner Weise auf den Rest der Menschheit bezogen zu betrachten - jenseits seines unmittelbaren europäischen Stammpublikums? 

In einem offenen Brief an Habermas sagte der angesehene iranische Soziologe Asef Bayat, er widerspreche „seinen eigenen Ideen“, wenn es um die Situation in Gaza geht. Bei allem Respekt, ich bin anderer Meinung. Ich glaube, dass Habermas' Missachtung des Lebens der Palästinenser ganz im Einklang mit seinem Zionismus steht. Sie entspricht ganz und gar der Weltanschauung, nach der Nichteuropäer nicht vollständig menschlich sind oder „menschliche Tiere“ sind, wie der israelische Verteidigungsminister Yoav Gallant offen erklärt hat.

Diese völlige Missachtung der Palästinenser ist tief in der deutschen und europäischen philosophischen Vorstellungswelt verwurzelt. Die allgemeine Weisheit besagt, dass die Deutschen aus der Schuld am Holocaust eine solide Verpflichtung gegenüber Israel entwickelt haben.

Aber für den Rest der Welt, wie das großartige Dokument, das Südafrika dem Internationalen Gerichtshof vorgelegt hat, beweist, gibt es eine perfekte Übereinstimmung zwischen dem, was Deutschland während seiner Nazizeit getan hat, und dem, was es jetzt während seiner zionistischen Ära tut.

Ich glaube, dass Habermas' Position im Einklang mit der Politik des deutschen Staates steht, der sich an der zionistischen Abschlachtung der Palästinenser beteiligt. Sie steht auch im Einklang mit dem, was als „deutsche Linke“ gilt, mit ihrem ebenso rassistischen, islamfeindlichen und fremdenfeindlichen Hass auf Araber und Muslime und ihrer uneingeschränkten Unterstützung für die völkermörderischen Aktionen der israelischen Siedlerkolonie.

Man möge uns verzeihen, wenn wir dachten, dass Deutschland heute keine Holocaust-Schuld, sondern Völkermord-Nostalgie hat, da es sich stellvertretend an Israels Abschlachten der Palästinenser im letzten Jahrhundert (nicht nur in den letzten 100 Tagen) ergötzt hat.