Gideon Levy
Netanyahu the Mafia Boss Takes Pride in What He Ought to Be Ashamed Of
Don Bibi Netanyahou, le Parrain, tire fierté de ce dont il devrait avoir honte
Ci-dessous 2 articles traduits par Tlaxcala qui en disent long sur la folie régnant dans l'unique démocratie nucléaire du Moyen-Orient
Dans ce pays (Israël), tout le monde est devenu fou
Gideon Levy,
Haaretz, 5/3/2026
Pas
une seule voix de la raison à trouver parmi les commentateurs, les politiciens
et le grand public, qui courent tous aux abris toutes les heures mais sourient
en en sortant, louant la guerre contre l’Iran et les bénédictions qu’elle
apporte. Ça donne presque la nostalgie de 1967.
Où
a-t-il été décrété que le temps de guerre est aussi un temps pour la bêtise ?
Qui a écrit que quand les canons tonnent, les muses ne sont pas seulement
silencieuses mais devraient avoir honte ? Cela couvait depuis longtemps, mais
ce qui est arrivé cette semaine à la conversation publique en Israël bat tous
les records.
Il
est déjà impossible de ne pas regretter les albums de la victoire et les chants
de gloire de 1967. « Nasser attend Rabin, aïe, aïe, aïe » est subtil
comparé aux ordures d’aujourd’hui. Et qui aurait cru qu’on regretterait « Ô
Charm el-Cheikh, nous y sommes revenus ». Aujourd’hui c’est : « Enfin
nous pourrons vivre libres, enfin nous pourrons respirer, Israël est libre, l’Iran
est libre, tout le monde entend le lion rugissant, Alléluia, pour l’armée de l’air,
Alléluia pour l’armée... Tu es notre grande fierté » (paroles de Pnina
Rosenblum).
Une
de Haaretz après la victoire d’Israël dans la guerre de 1967 annonçant
que « 200 000 personnes ont visité le mur des Lamentations » et
donnant des détails sur la victoire de Tsahal contre les forces jordaniennes. Photo
Haaretz
Sauf qu’on
ne parle pas seulement de chansons, mais du discours public et médiatique.
Ultra-nationaliste, on y est habitué ; militariste, c’est normal aussi. Tout
est aligné à droite, il n’y a pas de place pour le doute, pour l’opposition,
pour les points d’interrogation ou quoi que ce soit de moins que le respect et
les éloges pour l’armée israélienne -- c’est aussi une caractéristique du temps
de guerre. Silence, on tire. Seulement du patriotisme dans les studios de télé
et de radio et sur les réseaux sociaux. Ce qui est différent cette fois, c’est
le niveau du discours ou, disons-le, son niveau incroyablement bas -- jamais
auparavant il n’avait été aussi creux, cliché et abrutissant.
Un
ancien footballeur est considéré comme la voix de la sagesse, un officier de
police militaire la voix de la moralité. Chaque Juif persan
est un commentateur. Aux marionnettes que sont les correspondants militaires et
leurs collègues couvrant les affaires étrangères, qui ont aussi rejoint le
chœur, s’est ajouté un nouveau groupe d’analystes, un type qui n’avait jamais
envahi les ondes et les réseaux sociaux avec une telle densité et une telle
exclusivité ; des salves de matraquage mental comme on n’en a jamais vu ici. C’est
ainsi après deux ans et demi sans vrai journalisme, sans même une couverture
minimale de la guerre à Gaza.
Essayez
de trouver ne serait-ce qu’une voix de la raison, quelqu’un qui ait quelque
chose à dire, qui sache vraiment quelque chose. Pas une seule. Pour Pourim, la
personnalité médiatique Avri Gilad est un pilote de l’armée de l’air, l’animateur
pour enfants Yuval Shem Tov chante en farsi. Tout le monde est si joyeux : pourquoi
? Ou peut-être que tout cela finira en larmes. Il est inacceptable même d’envisager
cette possibilité. L’orgie d’assassinats bat son plein, chaque frappe est une
raison de célébrer.

Avri Gilad déguisé en pilote de l’armée de l’air lors d’un
journal télévisé de la chaîne 12 sur la guerre contre l’Iran. Capture d’écran
de la chaîne 12
Dans
le studio de la journaliste Sharon
Gal, la fête bat son plein : les ventes d’armes
israéliennes vont atteindre de nouveaux sommets, et tout le monde
bourdonne de plaisir. « Chaînes de montage dans toute l’Inde... On a
conquis l’Inde... On a besoin d’1,4 milliard d’Indiens pour fabriquer pour nous ».
Quel monde nouveau et prometteur cette guerre va nous ouvrir. Maintenant, il ne
s’agit pas seulement de la rédemption de la terre mais d’argent, de beaucoup d’argent.
L’appel
au meurtre ne connaît pas de limites. Un manifestant qui dépasse un journaliste
de télévision à toute allure est un scandale national qui nécessite une
punition sévère. Un colon qui tue deux
agriculteurs ne suscite qu’un bâillement. Un minuscule don européen
à une organisation de défense des droits humains est présenté comme une
ingérence étrangère dans les affaires de l’État. Une tentative de renverser un
régime dans un pays étranger en le bombardant est un geste démocratique
légitime. Jusqu’où irons-nous ?
Toute
tentative désespérée d’entendre ne serait-ce qu’une voix intelligente est vouée
à l’échec. Alors que des discussions intelligentes sur la guerre ont lieu sur
les chaînes étrangères, ici seules la stupidité et l’ignorance parlent. Alors
que là-bas ils racontent ce qui se passe vraiment en Iran et au Liban, ici ils
font un reportage depuis un mariage dans un parking - le non-sens infini est le
principal sujet, sans discussion substantielle. C’est ainsi que la stupidité
des masses se répand comme un nuage radioactif, détruisant tout sur son
passage.
Ça
pourrait empirer. Regardez le « conseiller spirituel » du président Donald
Trump, qui a été nommé à la tête de son « Bureau de la foi de la Maison
Blanche ». Une évangéliste pour la guerre sainte : « J’entends le son
de la victoire. J’entends le son des cris et des chants. J’entends un son de
victoire. Le Seigneur dit que c’est fait. J’entends la victoire ! Victoire !
Victoire ! “, crie-t-elle en extase. Bientôt, ce sera ici.
Pour
Pourim cette semaine, Israël s’est déguisé en Iran
Uri Misgav,
Haaretz, 5/3/2026
Des
dirigeants appelant à une guerre totale pour anéantir leurs ennemis ? Oui. Des
dirigeants gouvernementaux collaborant avec des fanatiques religieux ? Oui. Des
forces de police œuvrant pour réprimer toute dissidence politique ? Oui.
Mardi,
Benjamin Netanyahou a été photographié sur la base aérienne de Palmachim en
train d’appuyer sur un bouton qui ferait larguer une bombe par un drone sur l’Iran.
La scène venait tout droit de Corée du Nord, avec le chef d’état-major de
Tsahal, le général Eyal Zamir, et le secrétaire militaire de Netanyahou, le
général Roman Gofman, présents pour les relations publiques.
L’étape
suivante du premier ministre fut la version jérusalémite de Téhéran, la yechiva
sioniste-religieuse Mercaz Harav, pour une lecture de la megilla de Pourim.
Entouré de mollahs barbus et d’étudiants de yechiva échappant à la conscription
chantant à partir du Livre d’Esther « les Juifs eurent autorité sur ceux
qui les haïssaient », Netanyahu battant la mesure avec eux, en tapant sur
la table.
Derrière
lui se tenaient ses gardes du corps du Shin Bet, masqués de noir, et son fils
aîné, Yaïr (on suppose que son apparition publique a été rendue nécessaire par
la tempête déclenchée par un post sur X de Guy Sudri, directeur de contenu de
Channel 12 News, insinuant que des membres de la famille de Netanyahou avaient
été exfiltrés à l’étranger peu avant l’attaque contre l’Iran).

Netanyahu
encadré par ses gardes du corps, la semaine dernière. Photo Yonathan
Zindel/Flash90
C’est
là, de tous les lieux, au cœur idéologique du racisme juif, de la misogynie et
de l’homophobie, que le premier ministre a choisi d’aller avec son fils pendant
ce qui ressemble à une guerre de religion moderne. Ce n’était pas un hasard.
Israël s’est déguisé en Iran pour Pourim cette semaine. Je ne me souviens pas d’une
autre ironie historique qui se soit développée aussi rapidement et
vertigineusement.
Il y
a des décennies, le journaliste du New York Times Thomas Friedman avait
forgé le bon mot appelant Israël « Yad Vashem avec une armée de l’air ».
Depuis le début de l’attaque contre l’Iran, du moins selon le gouvernement du
Bibistan et les studios de télévision, Israël est « la Yechiva Mercaz
Harav avec une armée de l’air ». Le gros du travail de la guerre est fait
par les protestataires
anti-gouvernementaux de l’armée de l’air et du renseignement militaire
tant vilipendés, sa fondation idéologique étant formulée par un large éventail
du spectre politique, public et médiatique.

Des
Israéliennes célèbrent Pourim dans un parking servant d’abri anti-bombes à Tel
Aviv lundi. Photo Itay Ron
Ça
commence avec la députée Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit), qui s’est fait
photographier costumée en Mangemort au service de l’État : en
combinaison du Service pénitentiaire israélien, une corde dans une main et une
seringue de poison dans l’autre. À côté d’elle, en chemise blanche, son mari,
portant un fusil automatique (un hommage au meurtrier de masse Baruch Goldstein
?) et arborant des pancartes « expulsion », « conquête » et
« colonisation ».
Leurs
frères judéo-fondamentalistes ont célébré toute la semaine par des pogroms
contre les Palestiniens en Cisjordanie et leur poignée d’amis juifs. Dans l’un
d’eux, deux frères d’un village près de
Naplouse ont été abattus par un colon portant son uniforme de
réserviste. ça a continué avec la
personnalité médiatique Avri Gilad qui, dans son excitation face à la fenêtre d’opportunité
pour un miracle historique, a lancé un appel depuis son domicile du nord de Tel
Aviv en faveur de l’occupation, du nettoyage ethnique et de la colonisation
juive au Liban, au sud du fleuve Litani.
@qudsn
جيش الاحتلال
يؤمن هجوم مليشيات المستوطنين ويواصل اقتحام قرية قريوت جنوب نابلس.
L'armée d'occupation sécurise l'attaque des milices de
colons et continue de prendre d'assaut le village de Qaryut, au sud de
Naplouse.
Il n’y
a pas de limite à leur manque de conscience. Ce n’est pas seulement Netanyahou
qui est arrogant et déconnecté, exhortant les Iraniens à descendre dans la rue
et à renverser leur horrible régime tyrannique (il s’avère qu’à Téhéran, il est
permis et même souhaitable de renverser un mollah au pouvoir). C’est tous ceux
qui répètent le slogan « il faut remplacer le régime en Iran » alors
même qu’ils soutiennent (ou du moins ignorent) les efforts de ce gouvernement d’extrême
droite, religieux, kahaniste, pour établir ici une version juive des Gardiens
de la révolution.
Pour
plus de détails, voir le jeune homme de 19 ans qui a osé se joindre
à une minuscule veillée de protestation contre la guerre sur une place de Tel
Aviv. Il a été brutalement arrêté (pour « rassemblement illégal ») et
fouillé à nu, bien qu’il ne représente aucun danger, dans le but clair de le
harceler et de l’humilier. Quelle est exactement la différence entre cela et la
façon dont la milice Bassidj en Iran maltraite les manifestants
anti-gouvernementaux là-bas ?
Toute
cette folie – l’arrogance, l’euphorie et la joie saisonnière de la guerre
(moins d’un an après que Netanyahou, ses collaborateurs et porte-parole nous aavaient
dit que la menace nucléaire et balistique iranienne et la menace du Hezbollah
étaient éliminées pour des générations) – se déroule dans un emballage
messianique-religieux étouffant, inspiré par l’histoire biblique vieille de
plusieurs millénaires qui a donné naissance à la fête de Pourim.
Maintenant,
le gouvernement et l’armée nous assurent déjà qu’ils s’efforceront de continuer
cette merveilleuse guerre au moins jusqu’à Pessa’h, qui est dans un mois (et si
c’est le cas, pourquoi ne pas continuer jusqu’au Jour de la Shoah et au Jour du
Souvenir ?). Je ne me suis jamais senti aussi triste, étranger et aliéné dans
ce pays que j’ai tant aimé autrefois. Israël est en train de disjoncter.
Des junkies de plateaux télé salivant à l’idée d’une frappe contre l’Iran à la jubilation du public face à la « victoire totale » promise sur les ennemis d’Israël, le pays semble avoir la mémoire très courte, shooté guerre après guerre.
C’est à nouveau la guerre, et la guerre, une fois de plus, vient résoudre une fois pour toutes les problèmes existentiels d’Israël.
Elle
sera à nouveau déclarée comme une victoire éclatante dans un premier temps,
tout le monde applaudira, Yair Lapid écrira que nous sommes une nation forte et
unie, et les analystes rivaliseront pour encenser les exploits courageux d’Israël,
tout ça jusqu’à la prochaine entreprise satisfaisante.
Encore
une fois, presque tous les Israéliens sont convaincus qu’il n’y a pas de guerre
plus juste ou plus réussie que celle-ci, et « quel choix avions-nous ? » et «
que proposez-vous ? » comme dans toutes les guerres d’Israël. Ces acclamations
pouvaient déjà être entendues dans les plateaux télévisés vendredi soir, avec
des panélistes bavant d’impatience, attendant ce moment comme s’ils attendaient
le Messie. La délivrance est venue samedi, ne durant que jusqu’au prochain shoot
d’adrénaline, qui arrivera plus tôt que prévu.
Si
Israël a connu autrefois quelques années de calme entre les guerres – huit ans
entre la guerre de 1948 et la campagne du Sinaï, onze entre celle-ci et la
guerre des Six Jours, six jusqu’à la guerre du Kippour, neuf jusqu’à la
première guerre du Liban et vingt-quatre jusqu’à la seconde – nous n’avons plus
maintenant que quelques mois entre une guerre et la suivante. Autrefois, les
promesses faites après chaque guerre atteignaient le ciel, le ciel délirant de
ceux qui fomentent et soutiennent la guerre, ce qui inclut presque tous les
Israéliens. « Plus aucun obus, plus aucune roquette Katyusha ne tombera sur nos
communautés », a promis Menahem Begin à la fin de la première guerre du Liban.
« Le sang n’a pas été versé en vain », a promis Ehud Olmert après la seconde.
En
juin dernier, il y a à peine huit mois, la victoire totale sur l’Iran a été
déclarée. Benjamin Netanyahou a déclaré que la salve d’ouverture entrerait dans
l’histoire militaire d’Israël et serait étudiée par les armées du monde entier.
« Au moment décisif, une nation comme un lion [le nom hébreu de la guerre est «
Lion Rugissant »] s’est levée, et notre rugissement a secoué Téhéran et a
résonné dans le monde entier. » Le rugissement du lion s’est rapidement avéré
être le couinement d’une souris.
Desde los contertulios de televisión que babean ante la posibilidad de un ataque contra Irán hasta el júbilo del público por la prometida «victoria total» sobre los enemigos de Israel, el país parece tener muy poca memoria, falopeado por guerra tras guerra.
Otra vez es tiempo de guerra, y la guerra, una vez
más, viene a resolver de una vez por todas los problemas existenciales de
Israel.
De nuevo se declarará primero una victoria
impresionante, con todos aplaudiendo, con Yair Lapid escribiendo que somos una
nación fuerte y unida, y con analistas compitiendo por alabar las valientes
hazañas de Israel, todo esto hasta la próxima empresa satisfactoria.
Otra vez, casi todos los israelíes están convencidos
de que no hay guerra más justificada o exitosa que esta, y «¿qué alternativa
teníamos?» y «¿qué propones?» como en todas las guerras de Israel. Estos
vítores ya se podían escuchar en los paneles de televisión el viernes por la
noche, con contertulios babeando esperando este momento como si esperaran al
Mesías. La liberación llegó el sábado, durando solo hasta el próximo subidón de
adrenalina, que llegará antes de lo esperado.
Si Israel alguna vez disfrutó de unos pocos años de
calma entre guerras – ocho desde la guerra de 1948 hasta la Campaña del Sinaí,
once entre esa y la Guerra de los Seis Días, seis hasta la Guerra de Yom Kipur,
nueve hasta la primera guerra del Líbano y veinticuatro hasta la segunda –
ahora solo tenemos unos pocos meses entre una guerra y la siguiente. Hubo un
tiempo en que las promesas hechas después de cada guerra alcanzaban el cielo,
el cielo delirante de los instigadores y partidarios de la guerra, que incluye
a casi todos los israelíes. «Ni un solo obús, ni un solo cohete Katyusha
volverá a caer sobre nuestras comunidades», prometió Menachem Begin al final de
la primera guerra del Líbano. «La sangre no fue derramada en vano», prometió
Ehud Olmert después de la segunda.
En junio pasado, hace solo ocho meses, se declaró la
victoria total sobre Irán. Benjamín Netanyahu dijo que la salva inicial pasaría
a la historia militar de Israel y sería estudiada por ejércitos de todo el
mundo. «En el momento decisivo, una nación como un león [el nombre hebreo de la
guerra es ‘León Rugiente’] se levantó, y nuestro rugido sacudió Teherán y
resonó en todo el mundo». El rugido del león rápidamente resultó ser el
chillido de un ratón.
Von Fernsehbabblern, die angesichts der Möglichkeit eines Angriffs auf den Iran geifern, bis zur Jubelstimmung der Öffentlichkeit über den versprochenen „totalen Sieg“ über Israels Feinde – das Land scheint ein sehr kurzes Gedächtnis zu haben, betäubt von Krieg um Krieg.
Es ist wieder Kriegszeit, und der Krieg kommt wieder
einmal, um Israels existenzielle Probleme ein für alle Mal zu lösen.
Es wird wieder zunächst ein atemberaubender Sieg
verkündet werden, alle werden applaudieren, Yair Lapid wird schreiben, dass wir
eine starke und geeinte Nation sind, und Analysten werden darum wetteifern, wer
Israels tapfere Taten mehr loben kann, all dies bis zum nächsten befriedigenden
Unternehmen.
Wieder sind fast alle Israelis überzeugt, dass es keinen
gerechteren oder erfolgreicheren Krieg gibt als diesen, und „welche Wahl hatten
wir?“ und „was schlagen Sie vor?“ wie in allen Kriegen Israels. Dieser Jubel
war bereits am Freitagabend in TV-Runden zu hören, mit geifernden Diskutanten,
die sehnsüchtig auf diesen Moment warteten, als würden sie auf den Messias
warten. Die Erlösung kam am Samstag und dauerte nur bis zum nächsten Adrenalinstoß,
der früher als erwartet kommen wird.
Wenn Israel einst ein paar Jahre Ruhe zwischen den
Kriegen genoss – acht Jahre vom Krieg 1948 bis zur Sinai-Kampagne, elf zwischen
dieser und dem Sechstagekrieg, sechs bis zum Jom-Kippur-Krieg, neun bis zum
ersten Libanonkrieg und 24 bis zum zweiten – haben wir jetzt nur noch wenige
Monate zwischen einem Krieg und dem nächsten. Einst erreichten die
Versprechungen nach jedem Krieg den Himmel, den wahnsinnigen Himmel der
Kriegstreiber und -unterstützer, zu denen fast alle Israelis gehören. „Keine
Granate, keine Katjuscha-Rakete wird mehr auf unsere Gemeinden fallen“,
versprach Menachem Begin am Ende des ersten Libanonkrieges. „Das Blut war nicht
umsonst“, versprach Ehud Olmert nach dem zweiten.
From news panelists salivating over the possibility of a strike on Iran to the public’s jubilation at the promised ‘total victory’ over Israel’s enemies, the country seems to have a very short memory, stupefied by war after war
Gideon Levy, Haaretz, 1/3/2026
It’s wartime again, with the war, yet again, coming to solve Israel’s existential problems once and for all.
It will again be declared a stunning victory at first,
with everyone applauding, with Yair Lapid writing that we are a strong and
united nation and with analysts competing over who can laud Israel’s brave
feats more, all of this until the next satisfying venture.
Again, almost all Israelis are convinced that there is
no war more justified or successful than this one, and "what choice did we
have?" and "what do you propose?" as in all of Israel’s wars.
This cheering could already be heard in TV panels on Friday evening, with
salivating panelists eagerly waiting for this moment as if they were waiting
for the Messiah. The release came Saturday, lasting only until the next round
of pleasure, which will arrive earlier than expected.
If Israel once enjoyed a few years of quiet between
wars – eight from the 1948 war to the Sinai Campaign, 11 between that one and
the Six-Day War, six to the Yom Kippur War, nine to the first Lebanon war and
24 to the second one – now we have only a few months between one war and the
next. Once, the promises made after each war reached the sky, the delusional
sky of the war’s instigators and supporters, who include almost all Israelis.
"No shell, no Katyusha rocket will fall again on our communities,"
promised Menachem Begin at the end of the first Lebanon war. "The blood
was not in vain," promised Ehud Olmert after the second.
Last June, just eight months ago, total victory over Iran was declared. Benjamin Netanyahu said the opening salvo would go down in Israel’s military history and be studied by armies around the world. "At the decisive moment, a nation like a lion [the Hebrew name of the war is ‘Roaring Lion’] rose, and our roar rattled Tehran and resounded around the world." The lion’s roar quickly turned out to be the squeak of a mouse.
Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traducido por Tlaxcala
La reciente indignación
por el rechazo de un ministro israelí a la palabra ‘masacre’ en referencia al 7
de octubre reveló que, en Israel, la palabra está reservada para un solo bando.
Quienes luchan por su preservación deben aplicarla a lo ocurrido en Gaza.
En los primeros meses
posteriores al 7 de octubre, utilicé constantemente el término masacre para
describir lo sucedido. Lo que vi con mis propios ojos mientras deambulaba por
la zona fronteriza sur con el fotógrafo Alex Levac solo podía definirse como tal.
En Sderot, Ofakim, en el estacionamiento de Re’im, en la carretera 232 sembrada de muertos, en Be’eri y Nir Oz, vimos un testimonio silencioso e interminable de una masacre. Los rastros de sangre coagulada en las habitaciones de los miembros del kibutz, las vidas truncadas en un instante, los ejemplares de fin de semana de Haaretz, con lectores masacrados mientras los hojeaban, los cuerpos de sus perros yaciendo en sus jardines, los coches aplastados y destrozados con sus restos silenciosos del festival de música Nova, carnés de identidad y efectos personales entre las ruinas de la comisaría de Sderot, y por supuesto, los testigos supervivientes, todo contaba la historia de una horrible masacre. Una masacre, ¿cómo podría llamarse de otra manera?
El memorial temporal para las víctimas instalado en el
estacionamiento de Re’im en los primeros meses después de la fiesta de Nova, en
enero de 2024. Foto Hadas Parush
Un año después, ya no
podía usar ese término. Esto fue después de que la palabra masacre llegara a
usarse en el discurso israelí solo para describir lo que nos habían hecho a
nosotros. La única masacre era la masacre de israelíes en el sur, y ninguna otra.
Casi nadie usaba la palabra masacre para describir lo que estaba sucediendo al otro lado de la frontera, en Gaza, por nuestra mano.
Cuando un israelí decía “masacre”,
se refería a la masacre de israelíes, como si afirmara que no había otra. La
palabra masacre se convirtió en una palabra polémica, tendenciosa, al servicio
de la propaganda y, por lo tanto, descalificada para su uso, por lo que a mí
respecta, debido a su significado unilateral.
Mientras tanto, la segunda
masacre continuaba a toda máquina, y nadie la llamaba por su nombre. No anulaba
la primera masacre, pero su magnitud, en números y devastación, la superaba con
creces. El hecho de que fuera perpetrada principalmente por aire no disminuía
su naturaleza ni un ápice.
Edificios destruidos en Gaza, vistos desde el lado
israelí de la frontera entre Israel y Gaza a principios de esta semana. Foto
Amir Cohen/Reuters
La furiosa discusión que
ha estallado en los últimos días por el intento insensato del gobierno de
borrar de la memoria la masacre que sufrimos solo puede provocar una sonrisa
amarga.
Nada podría ser más
irónico: después de más de dos años en los que el discurso público se abstuvo
de usar la palabra “masacre” o sus sinónimos para describir lo que el ejército
israelí estaba haciendo a los gazatíes; después de más de dos años en los que
Israel intentó decirse a sí mismo y al mundo que la única masacre que tuvo
lugar fue la de israelíes; más de dos años de hacerse la víctima, en los que
Israel exhibió, para sí mismo y para el mundo, solo sus propias heridas de
guerra; más de dos años en los que prohibió cualquier expresión de compasión,
humanidad y solidaridad con las víctimas de la otra masacre; después de más de
dos años en los que los medios israelíes ocultaron, ignoraron o desdibujaron la
otra masacre, he aquí que el gobierno intenta borrar también de las mentes
israelíes la primera masacre, como si nunca hubiera ocurrido.
El ministro de Cultura y Deportes, Miki Zohar, en la
primera ceremonia de entrega de premios de cine financiada por el gobierno en
Jerusalén el mes pasado. Foto Naama Grynbaum
El ministro de Cultura,
Miki Zohar, en realidad se opuso a adoptar una postura de victimismo, en la que
Israel se había regodeado, mientras esto sirviera a sus propósitos. [Zohar propuso eliminar la palabra «masacre» del
título de la propuesta de ley que se está debatiendo para crear una autoridad
encargada de conmemorar el 7 de octubre, NdT]
Sin embargo, hubo una
masacre en Israel, así como un genocidio en Gaza. Hay que reconocerlo. El poder
de las palabras es grande. El hecho de que a tan pocos israelíes les preocupe
lo que su país ha hecho en la Franja de Gaza demuestra el inmenso poder de las
palabras. El hecho de que cada vez que la palabra “masacre” se usaba o se usa
todavía en Israel, la gente solo piense en el asesinato de 1.200 israelíes,
nunca en la muerte de 70.000 gazatíes, demuestra lo fácil que es lavar el cerebro a la
gente y moldear su mentalidad.
Por lo tanto, la batalla
actual sobre este término es importante. Las personas que luchan
justificadamente por mantener intacto este término con respecto a los eventos
del 7 de octubre deberían al menos adoptarlo también para describir lo que
Israel hizo en sus represalias imprudentes en Gaza. No se puede decir “la
masacre del 7 de octubre” y no decir una palabra sobre la masacre punitiva y
vengativa que le siguió.
La sangre de los israelíes
masacrados a lo largo de la frontera de Gaza clama, pero no menos que la sangre
de los miles de bebés que fueron masacrados en la Franja de Gaza. Ambos grupos
fueron víctimas de un comportamiento bárbaro y criminal. Ambos grupos merecen
la definición correcta, no una propaganda mendaz. Hubo una masacre en Israel.
En Gaza, hubo un genocidio.
Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traduit par Tlaxcala
L’indignation récente suscitée par le rejet par un ministre
israélien du mot « massacre » à propos du 7 octobre a révélé qu’en Israël, le
mot est réservé à un seul camp. Ceux qui luttent pour sa préservation doivent l’appliquer
à ce qui s’est passé à Gaza.
Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre, j’utilisais
constamment le terme massacre pour décrire ce qui s’était passé. Ce que j’ai vu
de mes propres yeux en errant dans la zone frontalière sud avec le photographe
Alex Levac ne pouvait être défini que comme tel.
À Sderot, Ofakim, sur le parking de Re’im, sur l’autoroute 232
jonchée de morts, à Be’eri et Nir Oz, nous avons vu d’innombrables témoignages
silencieux d’un massacre. Les traînées de sang coagulé dans les chambres des
membres du kibboutz, les vies fauchées en un instant, les exemplaires du Haaretz
du week-end, avec des lecteurs massacrés alors qu’ils les parcouraient, les
corps de leurs chiens gisant dans leurs cours, les voitures écrasées et
déchiquetées avec leurs restes silencieux du festival de musique Nova, les
cartes d’identité et les effets personnels dans les ruines du poste de police
de Sderot, et bien sûr, les témoins survivants - tout racontait l’histoire d’un
massacre horrible. Un massacre - comment aurait-on pu appeler ça autrement ?
Un an plus tard, je ne pouvais plus utiliser ce terme. C’était
après que le mot massacre en était venu à être utilisé dans le discours
israélien uniquement pour décrire ce qui nous avait été fait. Le seul massacre
était le massacre d’Israéliens dans le sud, et aucun autre. Presque personne n’utilisait
le mot massacre pour décrire ce qui se passait de l’autre
côté de la frontière, à Gaza, de notre fait.
Quand un Israélien disait « massacre », il entendait le
massacre d’Israéliens, comme s’il affirmait qu’il n’y en avait pas d’autre. Le
mot massacre est devenu un mot chargé, tendancieux, servant la propagande et
donc disqualifié à mon sens, en raison de sa signification unilatérale.
Pendant ce temps, le second massacre se déroulait à plein régime, et personne ne l’appelait par son nom. Il n’annulait pas le premier massacre, mais son ampleur, en termes de chiffres et de dévastation, le dépassait de loin. Le fait qu’il ait été perpétré principalement par les airs n’en diminuait en rien la nature.
Bâtiments
détruits à Gaza, vus du côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza
plus tôt cette semaine. Photo Amir Cohen/Reuters
La dispute furieuse qui a éclaté ces derniers jours au sujet
de la tentative insensée du gouvernement d’effacer des mémoires le massacre que
nous avons subi ne peut que susciter un sourire amer.
Rien ne pourrait être plus ironique : après plus de deux ans
pendant lesquels le discours public s’est abstenu d’utiliser le mot « massacre
» ou ses synonymes pour décrire ce que l’armée israélienne faisait aux Gazaouis
; après plus de deux ans pendant lesquels Israël a essayé de se dire, et de
dire au monde, que le seul massacre qui avait eu lieu était celui des
Israéliens ; plus de deux ans à jouer les victimes, pendant lesquels Israël a
exposé, pour lui-même et pour le monde, uniquement ses propres blessures de
guerre ; plus de deux ans pendant lesquels il a interdit toute expression de
compassion, d’humanité et de solidarité avec les victimes de l’autre massacre ;
après plus de deux ans pendant lesquels les médias israéliens ont caché, ignoré
ou occulté l’autre massacre, voilà que le gouvernement tente d’effacer aussi
des esprits israéliens le premier massacre, comme s’il n’avait jamais eu lieu.

Le
ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, lors de la première cérémonie
de remise des prix du cinéma financée par le gouvernement à Jérusalem le mois
dernier. Photo Naama Grynbaum
Le ministre de la Culture, Miki Zohar, s’est en effet opposé à
l’adoption d’une posture de victimisation, dans laquelle Israël s’était complu,
tant que cela servait
ses objectifs. [Zohar a proposé d’enlever
le mot « massacre » du titre de la proposition de loi en discussion pour
instaurer une autorité de commémoration du 7
octobre, NdT]
Néanmoins, il y a eu un massacre en Israël, ainsi qu’un
génocide à Gaza. Il faut le reconnaître. La puissance des mots est grande. Le
fait que si peu d’Israéliens soient préoccupés par ce que leur pays a fait dans
la bande de Gaza prouve l’immense pouvoir des mots. Le fait que chaque fois que
le mot « massacre » était ou est encore utilisé en Israël, les gens ne pensent
qu’au meurtre de 1 200 Israéliens, jamais à la mort de 70 000
Gazaouis, prouve combien il est facile de manipuler les gens et de
façonner leur état d’esprit.
Par conséquent, la bataille actuelle autour de ce terme est
importante. Les personnes qui luttent à juste titre pour préserver ce terme
concernant les événements du 7 octobre devraient au moins l’adopter aussi pour
décrire ce qu’Israël a fait dans le cadre de ses représailles aveugles à Gaza.
On ne peut pas dire « le massacre du 7 octobre » sans dire un mot sur le
massacre punitif et vengeur qui a suivi.
Le sang des Israéliens massacrés le long de la frontière de
Gaza crie, mais pas moins que le sang des milliers de bébés qui ont été
massacrés dans la bande de Gaza. Les deux groupes ont été victimes d’un
comportement barbare et criminel. Les deux groupes méritent la définition
correcte, pas une propagande mensongère. Il y a eu un massacre en Israël. À
Gaza, il y a eu un génocide.
Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
The recent outrage over an
Israeli minister’s rejection of the word ‘massacre’ in reference to October 7
revealed that in Israel, the word is reserved for one side. Those fighting for
its preservation must apply it to what happened in Gaza
In the first months
following October 7, I constantly used the term massacre to describe what had
happened. What I saw with my own eyes as I wandered through the southern border
area with photographer Alex Levac could only be defined as one.
In Sderot, Ofakim, in the
Re’im parking lot, on death-strewn Highway 232, in Be’eri and Nir Oz, we saw
endless silent testimony to a massacre. The trails of congealed blood in the
rooms of kibbutz members, the lives cut short in an instant, the weekend copies
of Haaretz, with readers massacred as they were perusing them, the bodies of
their dogs lying in their yards, the crushed and shattered cars with their
silent remnants of the Nova music festival, ID cards and personal effects in
the ruins of the police station in Sderot, and of course, the surviving
witnesses – all told a story of a horrific massacre. A massacre – what else
could you call it?
A year later, I could no
longer use that term. This was after the word massacre came to be used in
Israel’s discourse only for describing what was done to us. The only massacre
was the massacre of Israelis in the south, and no other. Hardly anyone used the
word massacre to describe what was happening across the border, in Gaza, at our hands.
When an Israeli said
"massacre," he meant the massacre of Israelis, as if he were stating
that there was no other. The word massacre became a fraught one, a tendentious
one serving propaganda and thus disqualified for use, as far as I was concerned,
due to its one-sided meaning.
Meanwhile, the second
massacre proceeded at full force, and no one called it by its name. It did not
cancel out the first massacre, but its scope, in numbers and devastation, far
exceeded it. The fact that it was perpetrated mainly by air did not diminish
its nature by one whit.
The furious argument that
has erupted in the last few days over the government’s foolish attempt to erase
from people’s minds the massacre we suffered can only evoke a bitter smile.
Nothing could be more
ironic: After more than two years in which the public discourse refrained from
using the word "massacre" or its synonyms for describing what the IDF
was doing to Gazans; after more than two years in which Israel tried to tell
itself, and the world, that the only massacre that took place was that of
Israelis; over two years of playing the victim, in which Israel put on display,
for itself and the world, only its own war wounds; over two years in which it
forbade any expression of compassion, humaneness and solidarity with the
victims of the other massacre; after over two years in which the Israeli media
concealed, ignored or blurred the other massacre, along comes the government
trying to erase from Israeli minds the first massacre as well, as if it never
happened.

Culture and Sports
Minister Miki Zohar speaking at the first government-funded film award ceremony
in Jerusalem last month. Credit: Naama Grynbaum
Culture Minister Miki
Zohar actually objected to adopting a stance of victimhood, in which Israel had
wallowed, as long as this served its purposes.
Nevertheless, there was a
massacre in Israel, as well as a genocide in Gaza. One should recognize this.
The power of words is great. The fact that so few Israelis are bothered by what
their country has done in the Gaza Strip proves the immense power of words. The
fact that every time the word "massacre" was or is still used in
Israel, people mean only the killing of 1,200 Israelis, never the killing of 70,000 Gazans, proves how easy it is to brainwash people and shape
their mindset.
Therefore, the current
battle over this term is important. People who are justifiably fighting to keep
this term intact regarding the events of October 7 should at least also adopt
it for describing what Israel did in its reckless retaliation in Gaza. One
cannot say "the October 7 massacre" and not say a word about the
punitive and vengeful massacre that followed it.
The blood of Israelis
massacred along the Gaza border cries out, but no less so than the blood of the
thousand babies that were massacred in the Gaza Strip. Both groups were victims
of barbaric and criminal behavior. Both groups deserve the correct definition,
not mendacious propaganda. There was a massacre in Israel. In Gaza, there was a
genocide.