26/05/2021

Xiong’an, la ville parfaite de Xi Jinping, est à l'arrêt

Simone Pieranni, il manifesto, 18/5/2021

Traduit par Fausto Giudice

Métropole et contrôle : la Chine exporte du matériel et des « normes » pour les villes intelligentes dans le monde entier. Mais le projet phare près de Pékin ne fonctionne pas


Xiong'an. Photo AP

Dans le récit futuriste et hypertechnologique de la Chine, les villes intelligentes sont une sorte de résumé dans lequel aboutissent les nombreux aspects de la nouvelle posture de la Chine : des villes d'environ deux millions et demi d'habitants, entièrement durables, avec un trafic régulé par des algorithmes, des voitures autopilotées filant silencieusement dans des rues propres et des citoyens surveillés 24 heures sur 24.

La Chine est en train de développer 500 projets de villes intelligentes, suivant les directives du Parti et du président Xi Jinping lui-même, qui s'est exprimé à plusieurs reprises sur le sujet, appelant au développement de « villes intelligentes et sûres » Comme c'est souvent le cas avec ce processus technologique chinois, les composants, matériels et logiciels, font également partie des secteurs que la Chine exporte. Selon une étude réalisée en 2020 par Rwr ADvisory, la Chine aurait déjà signé plus de 100 accords d'exportation de « paquets » pour des villes « intelligentes » et « sûres » (plus de 70 dans le cadre du projet de Nouvelle route de la soie).

Les équipements « intelligents » visent à automatiser les fonctions « ville » : circulation, sécurité informatique, contrôle de la qualité de l'air, etc. Les équipements « sécurisés » sont principalement destinés à la surveillance de la population 24 heures sur 24. Exporter des « paquets » signifie également tenter de consolider les normes. Comme l'écrit le Financial Times, « les systèmes de reconnaissance faciale, l'analyse des big data, les télécommunications 5G et les caméras d'IA qui aident à créer des villes intelligentes sont autant de technologies pour lesquelles il y a des normes à établir. Par conséquent, les villes intelligentes, qui automatisent de multiples fonctions municipales, constituent une cible importante » pour la volonté de la Chine d'imposer des normes. À cet égard, la Chine établirait des normes de bas en haut « grâce à l'exportation généralisée et à l'adoption étrangère de sa technologie », selon Jonathan Hillman, analyste au CSIS, un groupe de réflexion basé à Washington. « Un pays comme la Serbie pourrait ne pas décider d’emblée qu'il veut adopter les normes chinoises, mais après suffisamment d'achats et d'accords, il pourrait finir par les utiliser ».

Le problème pour la Chine, cependant, s'est soudainement imposé sur le plan intérieur : l'un des plus importants projets de ville intelligente se traîne, depuis des années. Il s'agit du projet Xiong'an, à 130 kilomètres de Pékin, la « ville parfaite » expressément voulue par Xi Jinping pour montrer au monde ce qu'est l'idée de « ville intelligente ». Ces jours-ci, les médias chinois célèbrent de toutes les manières les 4 ans du début du projet, saluant avec emphase chaque ouverture de chantier. Il y a quelques semaines, les médias d'État ont salué l'ouverture de 120 chantiers, mais certains problèmes semblent être apparus récemment. Tout d'abord, il faut rappeler qu'au cours de ces quatre années, les travaux n'ont pas beaucoup avancé, au point que Xi lui-même avait rappelé tout le monde à l'ordre. Le nouveau plan quinquennal a donné un nouveau souffle au projet, qui repose toutefois sur des bases assez compliquées, étant situé dans l'une des zones les plus polluées du pays.

En outre, comme l'ont relevé ces derniers jours les médias internationaux, certaines rumeurs ont mis en évidence d'autres problèmes : toutes les entreprises ne semblent pas disposées à s'installer dans la « perle de la Chine », certaines se  sont surendettées, tandis que les habitants commencent à abandonner la zone en raison de la flambée des loyers. Xiong'an, donc, avec une population de 1,3 million d'habitants, et avec l'une des plus grandes gares du monde par sa superficie, qui a commencé à fonctionner en décembre, est en réalité, selon le Financial Times, « un marasme économique, bordée de routes en terre, de bâtiments miteux et de chantiers suspendus ».


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