03/03/2026

Manifeste pour les prisonniers politiques sahraouis

Hier marquait la cinquième année de nos rassemblements hebdomadaires devant le ministère des Affaires étrangères d’Espagne pour demander au ministre d'agir en faveur des prisonniers politiques sahraouis incarcérés dans les prisons marocaines. Des amis de la cause sahraouie étaient présents et nous avons lu le communiqué ci-dessous.



Mouvement pour les prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines, Madrid, 2 mars 2026

Traduit par Tlaxcala

MANIFESTE

Pour le cinquième anniversaire des rassemblements pour la libération des prisonniers politiques sahraouis devant le siège du ministère espagnol des Affaires étrangères, de l'Union européenne et de la Coopération (Plaza de la Provincia, Madrid)

Cela fait maintenant cinq ans que nous, membres du Mouvement pour les Prisonniers Politiques Sahraouis (MPPS) dans les prisons marocaines, et toutes les personnes solidaires qui le souhaitent, nous nous rassemblons ici, sur la Plaza de la Provincia, à Madrid, devant le siège du ministère des Affaires étrangères, tous les lundis, pour exiger que le gouvernement espagnol réclame la libération des prisonniers politiques sahraouis.

NOUS DÉNONÇONS, devant les autorités espagnoles et devant le monde entier, l'inqualifiable injustice cruellement perpétrée contre ces prisonniers politiques et, à travers ce qu'ils représentent, contre tout le peuple sahraoui depuis 50 ans. Ils sont emprisonnés pour le seul fait de réclamer la liberté de leur peuple et l'exercice de leur droit légitime à l'autodétermination, proclamé par la Résolution 1514 (XV) des Nations Unies.

Ils sont soumis à toutes sortes de vexations et de tortures pour leur arracher des aveux incriminants, les juger lors de procès bidon, et les condamner à de longues peines de prison, à une mort lente, en territoire marocain, à plus de 1 000 km de leurs familles, soumis à l'isolement et à de constants mauvais traitements et châtiments, dans des conditions carcérales inhumaines, source de toutes sortes de maux et de maladies, dont les autorités carcérales marocaines refusent de permettre le traitement médical, étant également arbitrairement privés de communication téléphonique, de facilités pour étudier, de visites familiales, absolument sans protection en raison de l'interdiction faite aux avocats et aux observateurs, etc., etc., etc.

Leur seul outil pour dénoncer cette situation et tenter de la rendre visible au monde est la grève de la faim, des grèves terribles qui détériorent encore plus, et dangereusement, la santé même des prisonniers, leur causant parfois des maladies irréversibles qui les rapprochent plus rapidement de la mort. Parfois, les autorités carcérales parviennent à briser ces grèves par des tromperies et des promesses qu'elles ne tiendront pas par la suite.

Les Procédures spéciales des Nations Unies répondent toujours positivement aux plaintes pour torture et détention arbitraire de ces prisonniers. Elles demandent leur libération et la réparation due pour la souffrance et les préjudices causés. Mais le Maroc ignore systématiquement les avis de ces instances des Nations Unies.

Nous connaissons l'existence des 31 prisonniers politiques sahraouis actuels. 19 d'entre eux appartiennent au nombreux « Groupe de Gdeim Izik » - l'immense camp de protestation qui a tenu pendant un mois face au Maroc -, qui cumule 8 peines de prison à perpétuité, sur les 9 imposées par le Maroc aux Sahraouis. Mais il y en a plus de 31. Beaucoup ne réclament pas, ne dénoncent pas, ne veulent pas que l'on parle d'eux par crainte des représailles, contre eux-mêmes et aussi contre leurs familles, misérablement. Et pour cela, ils purgent silencieusement leurs peines. Il faut rappeler, dans ce contexte de brutalité, la dernière victime mortelle en captivité, Omar Bahia Abdelmajid, qui a été arrêté un dimanche de novembre 2024 lors d'une manifestation et le mercredi suivant était mort au commissariat. Les données de l'autopsie n'ont pas été révélées, ce qui a révélé une fois de plus l'obscurantisme et l'impunité propres à l'occupant marocain.

La position du gouvernement espagnol concernant diverses causes est erratique : parfois, il est critique envers le génocide israélien du peuple palestinien, mais en réalité il est complice d'Israël dans de très nombreux cas. En revanche, il n'y a aucun doute dans le cas du peuple sahraoui : notre gouvernement est indéniablement allié du Maroc dans l'occupation du Sahara occidental et, par conséquent, complice des méfaits marocains. Et il fait preuve d'une passivité criante face aux mauvais traitements et à la terrible situation des prisonniers politiques sahraouis.

L'Espagne - le gouvernement espagnol – s’incline devant le Maroc. Comme lorsqu'il a livré de force au Maroc Hussein Bachir Amadour, membre du groupe « Compagnons d'El Ouali », qui demandait l'asile politique en Espagne parce que 15 membres de son groupe étaient déjà en prison, et qui purge maintenant 12 ans de prison au Maroc. Ou comme lorsqu'il n'émet pas la moindre triste note de protestation face aux nombreuses expulsions d'observateurs, auxquels le Maroc ne permet pas d'accéder aux territoires occupés. Ou comme il le fait depuis 2012, étant le premier à soutenir le Maroc face aux plaintes du Front Polisario concernant les Accords illégaux UE-Maroc qui spolient les ressources naturelles des territoires sahraouis occupés. Ou comme lorsque le président du gouvernement, Pedro Sánchez Castejón, a soutenu en 2022, et maintient aujourd'hui, la thèse de la présumée autonomie pour le Sahara occidental, qui, en fait, équivaudrait à une annexion.

L'occupation d'un territoire, en général, et de la majeure partie du territoire sahraoui, en particulier, génère beaucoup de souffrance et toutes sortes d'injustices. C'est la négation de l'être humain en tant que tel et elle entraîne les pires violations des droits. Les habitants originels - les Sahraouis - sont une gêne pour que l'occupant marocain puisse occuper l'espace et piller à loisir les ressources naturelles d'autrui. C'est pourquoi les territoires occupés du Sahara occidental sont une prison à ciel ouvert, sans droits ; et les Sahraouis, victimes des plus grands outrages.

Face aux attaques criminelles qui sont actuellement perpétrées dans le monde, l'occupation du Sahara occidental par le Maroc est le contexte qui implique le plus - et qui devrait le plus impliquer - l'Espagne, car l'Espagne a été pendant près d'un siècle la métropole coloniale, et actuellement elle reste la puissance administrante du Sahara occidental. L'Espagne n'a pas décolonisé, mais a honteusement éludé ses obligations internationales, et a vendu illégalement la population sahraouie qu'elle devait protéger. Et sa responsabilité de veiller sur les Sahraouis - y compris les prisonniers politiques - ne s'éteindra pas tant que le référendum d'autodétermination n'aura pas eu lieu et que les Sahraouis ne pourront pas choisir librement leur avenir.

Mais le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, élude le problème, un problème, qui le concerne avant tout autre. Il ne cherche pas de solutions. Il ignore le cri du peuple sahraoui. Il ne lève pas le petit doigt pour répondre aux réclamations que nous lui adressons tous les lundis aux portes de son ministère, sur la Plaza de la Provincia. Il n'utilise pas le pouvoir et les outils de la diplomatie pour libérer ces prisonniers ni pour adoucir leurs injustes conditions de captivité. Il le fait, en revanche, dans le cas d'autres pays avec lesquels il n'a pas les responsabilités et obligations qui lui incombent en tant que puissance légalement administrante du Sahara occidental.

C'est pourquoi nous continuerons à être là tous les lundis et tout le temps qu'il faudra, dénonçant le Maroc et le gouvernement espagnol, et EXIGEANT LA LIBÉRATION DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES SAHRAOUIS.

Nous avons besoin de votre soutien et de vos idées et initiatives, ainsi que d'une diffusion permanente pour briser le mur du silence et de l'impunité.

Le peuple sahraoui, et en particulier les prisonniers politiques et leurs familles, ont besoin de vous et vous en remercient infiniment.

VIVE LA LUTTE DU PEUPLE SAHRAOUI !

VIVE LE SAHARA LIBRE !

VIVENT LES PRISONNIERS POLITIQUES SAHRAOUIS !

Manifiesto por los presos políticos saharauis

Ayer se cumplió el quinto aniversario de nuestras concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores de España para pedir al ministro que actúe en defensa de los presos políticos saharauis en cárceles de Marruecos. Acudieron amigos de la causa saharaui, y leímos el comunicado a continuación. 


Movimiento por los Presos Políticos Saharauis en cárceles marroquíes, Madrid, 2 de marzo de 2026

Manifiesto

En el quinto aniversario de las concentraciones por la libertad de los presos políticos saharauis ante la sede del Ministerio español de Asuntos Exteriores, Unión Europea y Cooperación (Plaza de la Provincia, Madrid)

Se cumplen ahora cinco años desde que los integrantes del Movimiento por los Presos Políticos Saharauis (MPPS) en cárceles marroquíes, y cuantas personas solidarias lo desean, nos concentramos aquí, en la Plaza de la Provincia, en Madrid, ante la sede del Ministerio de Asuntos Exteriores, todos los lunes, para exigir que el Gobierno de España reclame la puesta en libertad de los presos políticos saharauis.

DENUNCIAMOS, ante las autoridades españolas y ante el mundo entero, la incalificable injusticia cruelmente perpetrada contra esos presos políticos y, a través de lo que ellos representan, contra todo el Pueblo Saharaui desde hace 50 años. Son encarcelados por el mero hecho de reclamar la libertad de su pueblo y el ejercicio de su legítimo derecho a la autodeterminación, proclamado por la Resolución 1514 (XV) de las Naciones Unidas.

Son sometidos a toda clase de vejaciones y torturas para arrancarles confesiones inculpatorias, procesarlos en juicios-farsa, y condenarlos a largas penas de prisión, a una muerte lenta, en territorio marroquí, a más de 1.000 Km de sus familias, sometidos a aislamiento y a constantes malos tratos y castigos, en unas condiciones carcelarias inhumanas, fuente de toda clase de dolencias y enfermedades, cuyo tratamiento médico las autoridades carcelarias marroquíes se niegan a permitir, siendo también arbitrariamente privados de comunicación telefónica, de facilidades para estudiar, de visitas de familiares, absolutamente desprotegidos por la prohibición de abogados y observadores, etcétera, etcétera, etcétera.

Su única herramienta para denunciar esa situación e intentar hacerla visible al mundo es la huelga de hambre, unas huelgas terribles que deterioran aún más, y peligrosamente, la propia salud de los presos, produciéndoles a veces enfermedades irreversibles que les acercan más rápidamente a la muerte. A veces, las autoridades carcelarias consiguen romper esas huelgas con engaños y promesas que luego no cumplirán.

Los Procedimientos Especiales de Naciones Unidas responden siempre positivamente a las denuncias de tortura y de detención arbitraria de estos presos. Piden su liberación y la debida reparación por el sufrimiento y los perjuicios causados. Pero Marruecos ignora sistemáticamente los dictámenes de esas instancias de Naciones Unidas.

Conocemos la existencia de los actuales 31 presos políticos saharauis. 19 de ellos pertenecen al numeroso “Grupo de Gdeim Izik” -el inmenso campamento de protesta que se mantuvo en pie durante un mes frente a Marruecos-, que acumula 8 cadenas perpetuas, de las 9 impuestas por Marruecos a los saharauis. Pero hay más de 31. Muchos no reclaman, no denuncian, no quieren que se hable de ellos por temor a las represalias, contra ellos mismos y también contra sus familiares, miserablemente. Y por eso, cumplen silenciosamente sus condenas. Hay que recordar, en este contexto de brutalidad, a la última víctima mortal en cautiverio, Omar Bahia Abdelmajid, que fue detenido un domingo de noviembre de 2024 en una manifestación y el miércoles acabó muerto en comisaría. Los datos de la autopsia no fueron revelados, haciendo gala, una vez más, del oscurantismo y de la impunidad propios del ocupante marroquí.

La posición del Gobierno español en relación con diversas causas es errática: a veces, es crítica con el genocidio israelí del Pueblo Palestino, pero en realidad es cómplice de Israel en muchísimos casos. En cambio, no ofrece duda alguna en el caso del Pueblo Saharaui: nuestro Gobierno es inequívocamente aliado de Marruecos en la ocupación del Sáhara Occidental y, por consiguiente, cómplice de los desmanes marroquíes. Y muestra una clamorosa pasividad ante el maltrato y la terrible situación de los presos políticos saharauis

España -el Gobierno español- se pliega ante Marruecos. Como cuando entregó forzosamente a Marruecos a Hussein Bachir Amadour, miembro del grupo “Compañeros de El Uali”, que estaba solicitando asilo político en España porque ya había 15 miembros de su grupo en la cárcel, y que ahora cumple 12 años de prisión en Marruecos. O como cuando no emite ni una triste nota de queja frente a las numerosas expulsiones de observadores, a los cuales Marruecos no permite acceder a los territorios ocupados. O como viene haciendo desde 2012, siendo el primero en apoyar a Marruecos frente a las denuncias del Frente Polisario por los ilegales Acuerdos UE-Marruecos que expolian los recursos naturales de los territorios saharauis ocupados. O como cuando el presidente del Gobierno, Pedro Sánchez Castejón, apoyó en 2022, y mantiene hoy en día, la tesis de la presunta autonomía para el Sáhara Occidental, que, de hecho, supondría una anexión.

La ocupación de un territorio, en general, y de la mayor parte del territorio saharaui, en particular, genera mucho sufrimiento y toda clase de injusticias. Es la negación del ser humano como tal y conlleva las peores vulneraciones de derechos. Los habitantes originarios -los saharauis- son un estorbo para que el ocupante marroquí pueda ocupar el espacio y saquear a placer los recursos naturales ajenos. Por eso, los territorios ocupados del Sáhara Occidental son una cárcel a cielo abierto, sin derechos; y los saharauis, víctimas de los mayores atropellos.

Ante los ataques criminales que actualmente se están perpetrando en el mundo, la ocupación del Sáhara Occidental por Marruecos es el contexto que más implica -y que más debiera involucrar- a España, porque España fue durante casi un siglo la metrópoli colonial, y actualmente sigue siendo la potencia administradora del Sahara Occidental. España no descolonizó, sino que eludió vergonzosamente cumplir sus obligaciones internacionales, y vendió ilegalmente a la población saharaui que debía proteger. Y su responsabilidad de velar por los saharauis -incluidos los presos políticos- no se extinguirá en tanto no se lleve a cabo el referéndum de autodeterminación y los saharauis puedan elegir libremente su futuro.

Pero el ministro de Asuntos Exteriores, José Manuel Albares, elude el problema, un problema, éste, que le incumbe antes que cualquier otro. No busca soluciones. Desoye el clamor del Pueblo Saharaui. No mueve un solo dedo para atender las reclamaciones que venimos dirigiéndole todos los lunes a las puertas de su Ministerio, en la madrileña Plaza de la Provincia. No utiliza el poder y las herramientas de la diplomacia para liberar a estos presos ni para suavizar sus injustas condiciones de cautiverio. Sí lo hace, en cambio, en el caso de otros países con los que no tiene las responsabilidades y obligaciones que le incumben como potencia legalmente administradora del Sáhara Occidental.

Por eso, seguiremos aquí todos los lunes y todo el tiempo que haga falta, denunciando a Marruecos y al Gobierno español, y EXIGIENDO LA LIBERACIÓN DE TODOS LOS PRESOS POLÍTICOS SAHARAUIS.

Necesitamos vuestro apoyo y vuestras ideas e iniciativas, como también una difusión permanente para romper la barrera de silencio y de impunidad.

El Pueblo Saharaui, y en particular los Presos Políticos y sus familias, os necesitan y os lo agradecen infinitamente.

¡VIVA LA LUCHA DEL PUEBLO SAHARAUI!

¡VIVA EL SAHARA LIBRE!

¡VIVAN LOS PRESOS POLÍTICOS SAHARAUIS!

02/03/2026

Lion rugissant ? Chat qui miaule, plutôt

Lyna Al Tabal, Rai Al Youm, 2/3/2026
Traduit par Tlaxcala

Hier matin, Israël s'est réveillé inquiet.  Il a fait le même cauchemar qui le hante chaque nuit.  Il s'est vu sans contrôle. Il a ouvert les yeux rapidement, s'est assis dans son lit, a palpé son corps et a inspecté soigneusement les murs de son existence.  Il fallait que les choses restent à leur place, le monde devait être sous son emprise.

Dans le rêve, il perdait le contrôle, ce qui est impardonnable. Il s'est donc levé hier et a décidé que le Machrek avait besoin d'une nouvelle vague de terreur et d'intimidation sadique.

Il a commencé à halluciner sur l'expression « élimination de la menace existentielle ». La menace est toujours existentielle, l'existence est toujours en danger, et l'occupation est toujours innocente.  Elle peut sentir la mort, elle peut faire évaporer notre sang.  Mais elle est innocente.

Mais la question à laquelle l'entité ne permet pas de répondre est la suivante : Israël est-il prêt pour une longue guerre ? Cette société, qui vit dans une phobie permanente, a-t-elle le courage de mener une longue guerre ? Et son peuple, qui n'a pas encore fini de compter ses fenêtres brisées et ses portes arrachées lors des guerres précédentes.  Des milliers d'Israéliens vivent dans un transit permanent, ils ont été chassés de leurs quartiers et n'y sont pas retournés.

Quelle misère pour cette entité qui se nourrit de cadavres, pour découvrir finalement qu'elle se dévore elle-même.

La guerre chez eux ressemble aux soldes saisonniers : elle revient tous les quelques mois, avec de nouvelles affiches et des couleurs plus criardes, mais la marchandise est la même : du fascisme en conserve, périmé et écœurant au point d'en avoir la nausée.

Puis Donald Trump apparaît, avec son visage qui ressemble à une tomate jaune mûrie à l'excès sous les lampes du solarium, et parle de paix.  Trump n'aime pas les guerres longues. Il préfère les guerres courtes, l'image d'une arme américaine qui bombarde, puis écrit par-dessus un tweet sur la grandeur.

Trump est un poète qui aspire à un Machrek « éviscéré ».  pardon, désarmé.

Sans armes pour le Hamas,
ni pour le Hezbollah,
ni pour l'Iran.
 Ni pour l'Irak.  Ni pour le Yémen.

Sans personne qui ait le droit de tirer, sauf Israël.
Le seul pays à qui tout est permis : l'extermination,
les armes,
les avions,
la dissuasion,
et le droit à la frappe préemptive permanente.

Comment appeler ce modèle qui demande à tout le monde de déposer les armes alors qu'il conserve tous les moyens de puissance ?

Supposons, à titre purement hypothétique, que le miracle se soit produit :

Hamas rend ses armes lors d'un défilé festif sous les flashs des appareils photo et avec les Toyota blanches immaculées ;

le Hezbollah scelle ses entrepôts avec de la cire rouge et jette les clés dans la Méditerranée ;

et l'Iran annonce la fin de ses rêves nucléaires et transforme ses réacteurs en usines de barbe à papa.

Croyez-vous vraiment que le gouvernement israélien se réveillera le lendemain matin, se frottera les yeux et dira : « La paix est venue, asseyons-nous maintenant pour discuter de la fin de l'occupation » ?

Quelle naïveté ! Pensez-vous que les crocs qui ont l'habitude de déchirer la terre et de sucer le sang se transformeront soudainement en sourire hollywoodien ? Se retirera-t-il des terres qu'il a occupées ? Les colonies qui ont poussé comme des champignons seront-elles démantelées ? La solution à deux États deviendra-t-elle soudainement un projet national qu'ils enseigneront à leurs enfants ? Un État qui a pratiqué le génocide à Gaza va-t-il nous sourire ?

Bien sûr que non.  Selon la doctrine de prédation qu'ils pratiquent, dès que notre puissance disparaîtra, Netanyahu ou son remplaçant, peu importe, viendra nous dire : « Nous sommes maintenant inquiets de vos intentions.  Nous avons besoin d'une nouvelle condition ».

Il y a toujours une nouvelle condition.  Ils exigeront que nous retirions les idées de nos têtes, que nous retirions la nostalgie de nos cœurs, que nous retirions l'histoire.

Ils veulent que nous nous rendions, que nous laissions tout derrière nous et que nous disparaissions.

Croyez-moi.  Si nous leur remettons les clés de nos maisons et de nos villes, ils exigeront de nous des excuses officielles pour les avoir fatigués pendant qu’ils nous expulsaient !

Quant à vous, qui faites la queue pour manifester votre solidarité avec Israël et avec la tomate jaune, que ferez-vous demain sur Facebook ? Et comment parfumerez-vous vos tweets sur X ?

Savez-vous vraiment ce que vous faites ?

Laissez-moi vous dire la vérité : personne ne pose la question la plus effrayante.  De combien de guerres cette entité israélienne a-t-elle besoin pour se sentir ne serait-ce qu'une seconde en sécurité ? Combien d’hectolitres de notre sang faut-il verser, et combien de victoires factices cet édifice fragile a-t-il besoin pour se maintenir au pouvoir ?

La vérité est que nous sommes face à un cas de boulimie pathologique de meurtre. Israël ne cherche pas des frontières, il cherche des victimes pour compenser un manque dans son identité.

C'est ainsi que les choses commencent… et c'est ainsi qu'elles finissent. Non pas par un rugissement comme ils le prétendent, mais par une personne pâle, effrayée… terrifiée… hantée par la phobie. Une personne qui a besoin chaque matin de tuer, de détruire, de brûler, juste pour se prouver à elle-même qu'elle n'a pas peur.

Ils construisent des murs plus hauts, ils inventent des missiles plus intelligents, mais ils ne peuvent construire une seule once de réconfort dans le cœur d'un colon.

Malheur à cette entité… Elle croit qu'empiler les cadavres lui fera une patrie, alors que la vérité est que chaque goutte de notre sang est un clou de plus dans le cercueil de son mirage.

 

Alain Marshal
Pourquoi 150 écolières iraniennes tuées par Israël ne font pas les titres de l’actualité

L’empire d’apocalypse qui entraîne le monde vers le désastre humanitaire


 Oto Higuita, 2/3/2026
Traduit par Tlaxcala

Le monde qui s’annonce aujourd’hui, celui vers lequel nous sommes entraînés dans cette lutte des classes et pour l’hégémonie mondiale dantesque — avec des missiles et des drones qui assassinent et détruisent sur leur passage tout ce qui est vie, culture et sécurité —, n’est pas très différent de celui qu’annonçait le fascisme lorsqu’il a lancé ses attaques et son offensive pour conquérir l’Europe, avant la Seconde Guerre mondiale.

C’est le rêve qu’ils expriment dans des discours apocalyptiques et anachroniques, et dans des attaques meurtrières contre ceux qui se déclarent opposés au cauchemar où les fascistes de l’empire d’apocalypse ont mené l’humanité : les banquiers multimilliardaires, les big boss de la Maison-Blanche, du Pentagone et de CIA, dans leur unique dessein de reconquérir le passé sinistre et monstrueux du colonialisme des cinq derniers siècles. C’est ainsi qu’ils conçoivent leur paradis.

C’est l’axe sioniste anglo-saxon, mené par les USA en alliance avec l’« Occident européen » et l’État sioniste d’Israël — créé pour maintenir leur hégémonie mondiale —, qui nous réveille à nouveau avec ses attaques atroces et criminelles contre les gouvernements et les nations qui refusent de plier et de se soumettre à sa dictature hégémonique. Y compris cette nouvelle modalité qui consiste à assassiner ou à enlever leurs chefs d’État, à décapiter leurs commandants et hauts responsables militaires, à la manière de la Rome impériale lors de sa chute finale.

Nul doute que le contexte auquel nous sommes confrontés aujourd’hui en tant qu’humanité est celui d’une puissance qui, face à son déclin économique, industriel et technologique, et après son usure et sa perte d’influence en tant qu’unique puissance dominante mondiale, brise complètement les règles qui régissaient l’ordre international et réécrit par la force un nouveau chapitre de guerre et de destruction dans l’histoire de l’humanité.

C’est dans ce contexte que nous devons lire son offensive et sa reconquête de peuples n’ayant pas la même capacité et le même pouvoir de défense, mais dont les sols regorgent de richesses naturelles, pour les soumettre à la vassalité avec l’idée de retrouver le statut hégémonique des cent dernières années, statut qu’elle n’est plus en mesure de soutenir ni de défendre face à la nouvelle réalité du monde : celle d’autres puissances qui ont émergé.

Voilà pourquoi elle se précipite pour se recomposer et se refaire comme centre hégémonique mondial au détriment des peuples qui ont décidé d’être libres et indépendants, en défendant leur droit d’exercer leur souveraineté sur leurs sols et leurs richesses.

Cependant, sans connaissance de l’histoire, face aux preuves historiques qui l’indiquent et, surtout, sans conscience de classe, il ne sera pas possible de dépasser le système capitaliste accumulateur d’hier et le mondialisme néolibéral d’aujourd’hui : le système qui, de manière schizophrénique, conduit l’humanité vers un nouveau désastre.

La thèse selon laquelle il ne sera pas possible de construire un front global de peuples et de gouvernements unis pour accumuler des forces, résister et affronter le danger que représentent les ennemis de l’humanité et de la vie, acquiert alors une importance fondamentale : soit nous nous laissons soumettre en tant que peuples vassaux au modèle économique et politique qui a non seulement détruit la vie de millions d’humains, mais menace d’achever la destruction de la vie sur la planète et de ses ressources naturelles limitées ; soit nous affrontons, en tant qu’humanité, la minorité qui se croit surpuissante, défenseure du système de la mort et de la destruction.

El imperio apocalíptico que arrastra al mundo al desastre humanitario

  


Oto Higuita, 2-3-2026

El mundo que se anuncia hoy, al que nos arrastran en esta dantesca lucha de clases y por la hegemonía global —con misiles y drones asesinando y destruyendo a su paso todo lo que es vida, cultura y seguridad—, no es muy diferente del que anunció el fascismo cuando inició sus ataques y su ofensiva por conquistar Europa, previo a la Segunda Guerra Mundial.

Es el sueño que expresan en discursos apocalípticos y anacrónicos, y en ataques mortales contra quienes se declaren opuestos a la pesadilla a la que han llevado a la humanidad los fascistas del imperio apocalíptico: los banqueros multimillonarios, los mandamases de la Casa Blanca, el Pentágono y la CIA, en su único propósito de reconquistar el pasado siniestro y monstruoso del colonialismo de los últimos cinco siglos. Así entienden su paraíso.

Es el eje sionista anglosajón, encabezado por Estados Unidos en alianza con el llamado «occidente europeo» y el Estado sionista de Israel —creado para mantener su hegemonía global—, el que nos despierta de nuevo con sus atroces y criminales ataques a los gobiernos y naciones que se niegan a doblegarse y someterse a su dictadura hegemónica. Incluida la nueva modalidad de asesinar o secuestrar a sus jefes de Estado, de descabezar a sus comandantes y altos jefes militares, al estilo de la Roma imperial en su caída final.

« Nous ne nous sommes jamais opposés à l'Inde ; nous nous sommes seulement opposés au gouvernement indien de l'époque. Le gouvernement Modi est notre véritable ami ! » : Tilvin Silva, secrétaire général du JVP du Sri Lanka

 Tilvin Silva affirme que le JVP n'a jamais été un parti anti-indien et qu'il s'est uniquement opposé aux actions des gouvernements de Rajiv Gandhi et de J.R. Jayewardene, qui ont imposé un accord indo-srilankais au Sri Lanka dans les années 1980.Tilvin Silva a fait cette déclaration lors d'un entretien avec Meera Srinivasan du journal The Hindu, suite à une visite effectuée en Inde du 5 au 12 février. Nous avons traduit cet entretien à partir de sa version cinghalaise, établie par Niromi Subramaniam.-SM/FG, Tlaxcala

NdT

Tilvin Silva rejoint le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP, Front de Libération du Peuple) à la fin des années 1970, à la suite d’une rencontre avec le fondateur du parti, Rohana Wijeweera. Titulaire d’un diplôme en sciences politiques, il gravit progressivement les échelons du JVP jusqu’à devenir membre de son comité central.

À la suite d’une attaque échouée contre une base militaire importante à Vadduwa, il est arrêté et condamné à dix ans de prison. Les autorités n’ignoraient ni sa place ni son rôle au sein du JVP. Il passe son temps en prison à lire et relire les œuvres choisies de Lénine.

Il est l’un des rares dirigeants survivants de la grande répression gouvernementale de 1987-1989, au cours de laquelle le fondateur ainsi que les membres du bureau politique et du comité central furent assassinés.

Un autre survivant du bureau politique, Somawansa Amarasinghe, alors en exil à Paris et devenu plus tard chef du parti, reprend contact avec Tilvin Silva vers 1991. En 1994, à sa sortie de prison, celui-ci devient secrétaire du parti et participe activement à sa reconstruction. Théoricien ardent du marxisme-léninisme, il s’impose comme une figure historique du mouvement. Il refuse toutefois d’occuper des postes de député ou de ministre, estimant qu’il ne fallait pas suivre le modèle soviétique, qu’il considérait comme ayant conduit à la dictature du chef et à la bureaucratisation du parti, l’une des causes de son effondrement en 1990.

Q : Pourquoi avez-vous décidé d'aller en Inde ?

R : Je n'ai pas décidé d'y aller. J'ai reçu une invitation du Haut-Commissariat indien pour participer au Programme des visiteurs de marque (DVP) du Conseil indien des relations culturelles (ICCR). C'était mon premier voyage en Inde.

Q : Le programme était-il organisé par le Haut-Commissariat ou avez-vous choisi les lieux à visiter ?

R : Le programme était organisé par le Haut-Commissariat, mais on m'a demandé si j'avais des préférences particulières. J'ai dit que je souhaitais me rendre au Kerala, car je trouvais cette région très similaire au Sri Lanka.



En visite chez Amul

Q : Vous avez visité la coopérative Amul [1]. Votre visite a-t-elle influencé la décision du gouvernement du Congrès national du peuple d'annuler l'accord signé par le gouvernement précédent avec Amul pour la gestion de Milko[2] et du Conseil national de développement de l'élevage (NLDB) [3] ?

R : Cette visite visait à présenter le développement de l'Inde, notamment l'utilisation des technologies dans de nombreux domaines. Amul est un exemple d'entreprise où la technologie a été mise au service des éleveurs laitiers, ce qui a permis d'améliorer considérablement leurs conditions de vie. Nous avons clairement indiqué au gouvernement indien que l'industrie laitière sri-lankaise est sous contrôle étatique. Cependant, nous sommes disposés à solliciter une aide pour développer ce secteur, en particulier pour l'introduction de nouvelles technologies. l'inde a accepté notre position.

Tilvin Silva avec Pinarayi Vijayan, ministre en chef du Kerala [Parti communiste d'Inde (marxiste)]

Q : On a souvent dit que votre parti était anti-indien, puisqu'il a complètement changé d'attitude et choisi de se rapprocher de l'Inde, n'est-ce pas ?

R : Nous n'avons jamais été contre l'Inde ni contre sa population. Nous nous sommes opposés au gouvernement indien de Rajiv Gandhi et au gouvernement sri-lankais de J.R. Jayewardene, ainsi qu'à leurs politiques. C’est pourquoi nous avons combattu leurs décisions dans le contexte du pacte indo-sri-lankais[4]. Aujourd’hui encore, nous affirmons que cela n’aurait pas dû se produire. C’était il y a 38 ans ; le monde a changé. L’Inde a changé, et nous aussi. Le passé ne doit pas entraver les relations futures. Si nous suivions cette logique, nous serions incapables de traiter avec la Grande-Bretagne. Ils nous ont colonisés ; ils ont réprimé les rébellions de 1815 et de 1848, etc., mais nous avons su nous relever. L’histoire est l’histoire , elle ne peut pas être un mur pour l'avenir. Nous en avons tous tiré des leçons. Nous devons agir en fonction du présent. Il est erroné de vivre dans le passé.

Q : La position anti-indienne de votre parti, en particulier entre 1988 et 1990, a causé de nombreuses destructions et sabotages ; de nombreuses vies auraient pu être sauvées et des biens publics préservés, n’est-ce pas ?

R : M. J.R. Jayewardene aurait pu empêcher ces destructions. Cette situation ne se serait pas produite s’il n’avait pas signé cet accord sans même en informer son cabinet et en tenant le public dans l’ignorance. Gamani Jayasuriya, l’un de ses ministres, a démissionné en signe de protestation. Les manifestations, d’abord pacifiques, ont dégénéré en violences lorsque le gouvernement de J.R. Jayewardene a brutalement réprimé les manifestants, faisant plus de 144 morts par balles réelles en une journée. De ce fait, il ne restait d’autre choix que de mener une lutte armée contre la dictature.

Q : Regrettez-vous, vous et votre parti, la manière dont vous avez réagi aux agissements du gouvernement ?

R : Isaac Newton lui-même disait que « à toute action correspond une réaction égale et opposée ». Nous n’avons pas agi ; nous avons seulement réagi. Si notre parti n’avait pas été interdit sur la base de fausses accusations d’implication dans les émeutes de 1983, nous n’aurions pas été contraints de faire de la politique dans la clandestinité. Sans cette interdiction, nous aurions pu agir librement et légalement. Nous aurions pu manifester ouvertement, comme nous l’avons fait ces dernières années depuis 1994, mais nous avons perdu ce droit d'existence dans le paysage politique sri lankais. C’est à eux de regretter ce qui s’est passé, pas à nous. S’ils ne montrent aucun remords, pourquoi le ferions-nous ? Nous pensons que ce qui s’est passé n’aurait pas dû se produire, mais c’est pourtant arrivé. Nous l’avons dit à maintes reprises : la responsabilité incombe au gouvernement de l’UNP alors au pouvoir, et non à nous. Le gouvernement de J.R. Jayewardene n’a laissé aucun de ses opposants faire de la politique librement. Nous avons réagi comme nous le pouvions. Si certaines choses se sont produites qui n’auraient pas dû se produire, nous le regrettons. Mais aucun membre du Parti national uni (UNP) n’a jamais exprimé de regrets quant aux événements de cette époque.

Q : Le JVP a-t-il été impliqué, de quelque manière que ce soit, dans les violences anti-tamoules de 1983 ?

R : Si nous avions été impliqués, nous aurions dû faire l’objet d’au moins une poursuite judiciaire. Il est clair que l’UNP a orchestré ce massacre. Ils s’en sont servis pour interdire le JVP, ainsi que le Parti communiste du Sri Lanka et le Nouveau Parti Sama Samaja (NSSP).

Q : Comment le JVP gère-t-il les relations avec l’Inde et la Chine ?

R : Notre politique étrangère est claire. Nous ne trompons aucun pays, nous ne mentons pas ; nous sommes honnêtes dans nos relations. L’Inde est notre voisine et nous entretenons avec elle des relations étroites. La Chine est également un partenaire important. Le Pakistan et le Bangladesh sont aussi nos amis. Le succès du match de cricket Pakistan–Inde, qui s’est tenu récemment à Colombo grâce à l’intervention du président (Anura Kumara Dissanayake), démontre l’efficacité de notre politique étrangère et prouve qu’aucun pays ne trahira l’autre. C’est la politique étrangère la plus adaptée à notre époque.

Khameneitashn et “sacrifices de Pourim ” : le gouvernement israélien et les complotistes de tous bords mélangent Pourim et la guerre contre l’Iran


La proximité des frappes usraéliennes sur l’Iran avec la fête juive de Pourim - qui célèbre le triomphe du peuple juif dans l’ancienne Perse - a fourni une abondance de matière à déclarations pour les responsables israéliens, les créateurs de mèmes et les complotistes antisémites.

Une famille juive ultra-orthodoxe, avec un enfant déguisé pour Pourim, debout devant un abri après avoir entendu une alerte annonçant l’arrivée de missiles iraniens, à Haïfa, dans le nord d’Israël, dimanche. Photo  Shir Torem / Reuters

Linda Dayan , Haaretz, 1/3/2026

Original anglais: 
Khamenei-taschen and ‘Purim Sacrifices’- Israeli Government and Far-right Conspiracy Theorists Point to Purim Parallels in Iran War

Traduit par Tlaxcala

La frappe usraélienne contre l’Iran était en préparation depuis des mois. Le New York Times a rapporté dimanche que la CIA suivait les déplacements du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, depuis des mois. Lorsqu’ils ont appris qu’il assisterait à une réunion de hauts responsables iraniens samedi matin, ils ont saisi l’occasion. Les USA ont transmis l’information à Israël, qui a mené des frappes contre les figures de proue du régime.

Mais ce timing a une autre importance en Israël et pour les Juifs du monde entier : la guerre a été déclenchée quelques jours seulement avant la fête de Pourim, qui commence lundi soir. Depuis plus de 2 000 ans, les Juifs célèbrent cette fête -- l’une des rares dans le judaïsme fondée sur la joie. Son texte, le Livre d’Esther, est centré sur la communauté juive de Perse pendant l’exil babylonien. Ses rebondissements hauts en couleur et les subversions de son propre récit en font une lecture divertissante deux millénaires plus tard.

Le roi Assuérus, décadent et influençable, après s’être débarrassé de sa femme désobéissante Vashti, cherche une jeune épouse. Au même moment, son grand vizir -- un homme méchant et hautain nommé Haman -- constate qu’un Juif nommé Mardochée refuse de se prosterner devant lui, ne s’agenouillant que devant Dieu. Haman prend cela très personnellement et décide que tout le peuple juif doit payer.

Il dit à son roi : « Il y a dans toutes les provinces de ton royaume des gens dispersés et séparés parmi le peuple, dont les lois sont différentes de celles de tous les peuples et qui n’observent point les lois du roi ». Il demande la permission de les massacrer, et Assuérus acquiesce. Il tire au sort (pour, dans le texte hébreu) pour décider de la date du massacre, et Haman fait ériger une potence pour y pendre personnellement Mardochée.

Des hommes lisent le Livre d’Esther tandis que des enfants déguisés regardent, à Jérusalem pendant Pourim 2024. Photo  Olivier Fitoussi

Ce qu’il ignore, cependant, c’est que la fiancée que le roi volage a choisie est Esther -- la nièce de Mardochée, et une Juive. Mardochée rappelle à Esther que sa nouvelle vie au palais ne la sauvera pas du génocide imminent de son peuple, et la convainc de faire sa part pour sauver la nation. Banquets et péripéties bouleversantes s’ensuivent, et la reine juive révèle son identité et les machinations cruelles d’Haman à Assuérus. Haman est pendu à la potence qu’il avait construite pour Mardochée, les Juifs se réjouissent et le reste de l’histoire, qui comprend la vengeance des Juifs contre les milliers de personnes de l’ancienne Perse qui leur avaient fait du tort, est plus ou moins passé sous silence.

La fête est marquée par la lecture à voix haute du Livre d’Esther, en faisant le plus de bruit possible lorsque le nom d’Haman est lu, par l’envoi de paniers de friandises aux amis et à la famille, par le déguisement et en se saoulant copieusement. Parmi une série de fêtes lugubres, elle est la préférée de la foule, ce qui peut se comprendre.

La frappe a été menée pendant Shabbat Zachor, le samedi qui précède Pourim. À cette occasion, des extraits des livres du Deutéronome et de Samuel sont lus dans les synagogues, dans lesquels les Israélites reçoivent l’ordre de se souvenir des mauvaises actions de la nation d’Amalek, qui les a attaqués sans provocation pendant l’exode d’Égypte, et de les exterminer. De nos jours, Amalek est rarement considéré comme un groupe ethnique ou un peuple, mais comme un archétype de la méchanceté et du désir d’anéantir le peuple juif -- parfois appliqué par les nationalistes religieux aux ennemis d’Israël.

Des manifestants protestent contre l’assassinat du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei devant le consulat israélien à Istanbul dimanche. Photo Khalil Hamra/AP

De l’ancienne Perse à Téhéran aujourd’hui

Au moment où les tensions entre Washington et Téhéran se sont intensifiées, des mèmes opportuns sur Pourim circulaient déjà. Le rabbin Zalmy Fogelman de la Village Synagogue de New York a posté une photo du président Trump rencontrant le commentateur de droite et complotiste de plus en plus antisémite Tucker Carlson à la Maison Blanche. Il l’a légendée : « Il y a dans toutes les provinces de ton royaume des gens dispersés et séparés parmi le peuple », présentant Carlson comme le Haman antisémite et Trump comme le roi capricieux.


Après le début de l’opération militaire contre l’Iran samedi, de plus en plus de personnes discutent des parallèles. L’idée d’une tentative de personnages perses d’exterminer le peuple juif, pour ensuite être victimes de ceux dont ils voulaient faire leurs victimes, semble troublante. Le fait que l’opération ait été initiée par les puissants USA, dirigés par un roi potentiel aimant le luxe et d’humeur changeante, n’a fait que renforcer la comparaison.

Un panneau d’affichage à Tel Aviv, en octobre 2025, comparant Trump à l’ancien roi perse Cyrus. Photo Moti Milrod

01/03/2026

La guerre est l’opium des masses israéliennes, par Gideon Levy

Des junkies de plateaux télé salivant à l’idée d’une frappe contre l’Iran à la jubilation du public face à la « victoire totale » promise sur les ennemis d’Israël, le pays semble avoir la mémoire très courte, shooté guerre après guerre.


 
Gideon Levy, Haaretz, 1/3/2026
Traduit par Tlaxcala

C’est à nouveau la guerre, et la guerre, une fois de plus, vient résoudre une fois pour toutes les problèmes existentiels d’Israël.

Elle sera à nouveau déclarée comme une victoire éclatante dans un premier temps, tout le monde applaudira, Yair Lapid écrira que nous sommes une nation forte et unie, et les analystes rivaliseront pour encenser les exploits courageux d’Israël, tout ça jusqu’à la prochaine entreprise satisfaisante.

Encore une fois, presque tous les Israéliens sont convaincus qu’il n’y a pas de guerre plus juste ou plus réussie que celle-ci, et « quel choix avions-nous ? » et « que proposez-vous ? » comme dans toutes les guerres d’Israël. Ces acclamations pouvaient déjà être entendues dans les plateaux télévisés vendredi soir, avec des panélistes bavant d’impatience, attendant ce moment comme s’ils attendaient le Messie. La délivrance est venue samedi, ne durant que jusqu’au prochain shoot d’adrénaline, qui arrivera plus tôt que prévu.

Si Israël a connu autrefois quelques années de calme entre les guerres – huit ans entre la guerre de 1948 et la campagne du Sinaï, onze entre celle-ci et la guerre des Six Jours, six jusqu’à la guerre du Kippour, neuf jusqu’à la première guerre du Liban et vingt-quatre jusqu’à la seconde – nous n’avons plus maintenant que quelques mois entre une guerre et la suivante. Autrefois, les promesses faites après chaque guerre atteignaient le ciel, le ciel délirant de ceux qui fomentent et soutiennent la guerre, ce qui inclut presque tous les Israéliens. « Plus aucun obus, plus aucune roquette Katyusha ne tombera sur nos communautés », a promis Menahem Begin à la fin de la première guerre du Liban. « Le sang n’a pas été versé en vain », a promis Ehud Olmert après la seconde.

En juin dernier, il y a à peine huit mois, la victoire totale sur l’Iran a été déclarée. Benjamin Netanyahou a déclaré que la salve d’ouverture entrerait dans l’histoire militaire d’Israël et serait étudiée par les armées du monde entier. « Au moment décisif, une nation comme un lion [le nom hébreu de la guerre est « Lion Rugissant »] s’est levée, et notre rugissement a secoué Téhéran et a résonné dans le monde entier. » Le rugissement du lion s’est rapidement avéré être le couinement d’une souris.

La guerra es el opio de las masas israelíes, por Gideon Levy

Desde los contertulios de televisión que babean ante la posibilidad de un ataque contra Irán hasta el júbilo del público por la prometida «victoria total» sobre los enemigos de Israel, el país parece tener muy poca memoria, falopeado por guerra tras guerra.


 
Gideon Levy, Haaretz, 1-3-2026
Traducido por Tlaxcala

Otra vez es tiempo de guerra, y la guerra, una vez más, viene a resolver de una vez por todas los problemas existenciales de Israel.

De nuevo se declarará primero una victoria impresionante, con todos aplaudiendo, con Yair Lapid escribiendo que somos una nación fuerte y unida, y con analistas compitiendo por alabar las valientes hazañas de Israel, todo esto hasta la próxima empresa satisfactoria.

Otra vez, casi todos los israelíes están convencidos de que no hay guerra más justificada o exitosa que esta, y «¿qué alternativa teníamos?» y «¿qué propones?» como en todas las guerras de Israel. Estos vítores ya se podían escuchar en los paneles de televisión el viernes por la noche, con contertulios babeando esperando este momento como si esperaran al Mesías. La liberación llegó el sábado, durando solo hasta el próximo subidón de adrenalina, que llegará antes de lo esperado.

Si Israel alguna vez disfrutó de unos pocos años de calma entre guerras – ocho desde la guerra de 1948 hasta la Campaña del Sinaí, once entre esa y la Guerra de los Seis Días, seis hasta la Guerra de Yom Kipur, nueve hasta la primera guerra del Líbano y veinticuatro hasta la segunda – ahora solo tenemos unos pocos meses entre una guerra y la siguiente. Hubo un tiempo en que las promesas hechas después de cada guerra alcanzaban el cielo, el cielo delirante de los instigadores y partidarios de la guerra, que incluye a casi todos los israelíes. «Ni un solo obús, ni un solo cohete Katyusha volverá a caer sobre nuestras comunidades», prometió Menachem Begin al final de la primera guerra del Líbano. «La sangre no fue derramada en vano», prometió Ehud Olmert después de la segunda.

En junio pasado, hace solo ocho meses, se declaró la victoria total sobre Irán. Benjamín Netanyahu dijo que la salva inicial pasaría a la historia militar de Israel y sería estudiada por ejércitos de todo el mundo. «En el momento decisivo, una nación como un león [el nombre hebreo de la guerra es ‘León Rugiente’] se levantó, y nuestro rugido sacudió Teherán y resonó en todo el mundo». El rugido del león rápidamente resultó ser el chillido de un ratón.