17/02/2026

Lettre ouverte au Ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot

Lyna Al Tabal,  17/2/2026
Traduit par Tlaxcala

 

Monsieur le Ministre,

Permettez-moi de commencer par vous féliciter... Il n’est pas facile, pour le ministre des Affaires étrangères d’un pays qui a enseigné au monde le sens de « Liberté, Égalité, Fraternité », de parvenir à compresser l’histoire de son pays pour la glisser sous les bottes d’un général israélien téméraire. Vous l’avez fait, Jean-Noël, et avec l’ habituelle élégance française, qui plus est !

D’ordinaire, on adresse des « lettres ouvertes » à des alliés lorsqu’ils s’égarent, ou à des amis lorsqu’ils sont frappés d’un accès de stupidité soudaine. Quant à moi, je vous écris aujourd’hui parce que j’ai vu cette esquive malicieuse et cette panique dans les yeux de politiciens qui vous ressemblent... Oui, lorsque les arguments logiques s’effondrent, il ne leur reste plus qu’à s’envelopper de mensonges !

Vous avez exigé, avec le choeur d’une cinquantaine de députés qui, comme vous, ont perdu le nord, la démission de la Rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, parce qu’elle n’a pas menti, parce qu’elle n’a pas commis d’erreur comme il se doit... Pourquoi ?

Sa sincérité vous dérange-t-elle à ce point ? Vous vous êtes appuyé, Jean, sur une phrase qu’elle n’a jamais prononcée, une phrase fictive qui a circulé comme circulent les rumeurs dans les cafés parisiens avant de devenir tendance sur les plateformes numériques !

Comment un ministre représentant un pays du poids de la France peut-il se laisser entraîner dans la propagation d’une rumeur sans fondement et la détourner au nom d’une grande nation ? Comment ose-t-il, en plus de cela, prétendre défendre les valeurs universelles alors qu’il cherche à faire taire la voix de la vérité incarnée par Francesca Albanese ?
Mais laissons de côté tout ce malaise...

Je vais vous révéler un secret qui expliquera peut-être votre agitation, vous qui suivez nos traces, qui nous surveillez de près dans toutes les tribunes et qui avez suivi la route de notre flottille de Barcelone à Ashdod... Vous avez échoué, et vous échouerez toujours, à trouver la moindre erreur dans notre discours, ou la moindre faute que nous pourrions regretter... Savez-vous pourquoi ?

Ce n’est pas parce que, comme vous, nous avons peaufiné nos mots à l’aide de programmes d’intelligence artificielle tels que ChatGPT, ni parce que, comme vous, nous passons nos nuits à réviser et à embellir nos phrases... Nous ne sommes pas comme vous...

Nos discours sont spontanés, ils jaillissent directement du cœur des peuples et de la clarté de la vérité que nous défendons.

Celui qui défend une cause juste ne trébuche pas sur les mots, même face à ses ennemis.

Alors, continuez à nous surveiller, comptez nos respirations, comptez nos pas avec précision... Comptez-les et vérifiez-les bien.

La Révolution française, Monsieur Barrot, qui a ébranlé les trônes de la tyrannie et inspiré le monde en 1789, n’est pas venue pour ouvrir la voie à des politiciens qui tremblent sous la pression et s’inclinent devant la volonté des colonisateurs et des assassins.

Le premier article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen énonce une vérité éternelle qui est devenue la pierre angulaire de la conscience humaine : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »...

 Par quel langage justifier la violation de ce pacte ?

Je ne peux donc pas qualifier votre partialité flagrante envers une entité qui pratique le génocide de « dérapage politique ». Il s’agit d’une faute morale retentissante et d’une trahison flagrante des valeurs de la République que vous êtes censé représenter.

Monsieur Barrot, votre silence actuel relève d’une certaine forme d’avidité... Car par ce silence, vous faites de la Bastille, symbole de la libération de la tyrannie, un monument historique abandonné que vous pourriez rouvrir et dans lequel vous pourriez emprisonner les principes français...

Demain, Paris se réveillera au son de pas qui ne ressemblent pas à vos pas distingués. Le peuple de Paris sortira pour manifester sa solidarité avec Francesca Albanese, ce peuple dont vous et vos cinquante députés prétendez être les porte-parole, mais qui voit ce que vous vous obstinez à effacer de vos rapports. Là, sur les places, le drapeau palestinien flotte comme un fil rouge reliant les ruines de Gaza aux trottoirs d’Europe et aux continents du monde.

Soyons clairs, Francesca Albanese n’a pas inventé le génocide... C’est Gaza qui a imposé son poids au monde et imposé le nombre croissant de ses martyrs, les images de destruction et de dévastation... Et vous, vous ne bronchez pas.

Savez-vous qu’à Gaza, les fosses communes constituent désormais le relief du terrain ?... Et que toutes les dispositions du droit international ont été violées sur ce petit bout de terre ? Lorsque la rapporteuse spéciale des Nations unies utilise le terme « génocide », elle ne fait pas de l’incitation, elle décrit simplement l’enfer avec honnêteté.

Mais il semble que dans votre géographie politique, le droit perde sa capacité d’expression lorsqu’il s’agit de la Palestine.

Et comme Gaza seule ne suffit plus à incarner cette chute morale, le décor s’étend au Liban...

Le Liban, dont la souveraineté est violée chaque jour, et dont Israël bombarde les villages du sud. Et derrière lui, la Syrie déjà épuisée, où Israël a atteint Damas, la Cisjordanie en ébullition, et les prisons surpeuplées où sévissent toutes sortes de tortures. Tout cela constitue un seul et même système d’oppression, soutenu par les armes occidentales, justifié par des politiciens qui vous ressemblent, et protégé par le silence diplomatique.

La vérité dans notre pays ressemble au « jasmin » : tenace, sauvage, poussant entre les fissures... Peu importe les efforts déployés par les chenilles des chars que vous bénissez par votre silence pour l’écraser, son parfum continuera de dénoncer les assassins et d’offenser les narines des diplomates qui vous ressemblent...

Alors, épargnez vos précieux conseils à ceux qui mènent aujourd’hui le monde vers un précipice moral.

Mon dernier conseil n’est pas politique, c’est une simple sagesse populaire de notre pays : « Celui qui construit sa maison avec le verre des fausses promesses ne jette pas de pierres de calomnie sur les hommes libres »... Et vous, vous vivez maintenant dans ce verre.

Enfin, je vous félicite pour cet échec épique, vous avez finalement réussi à n’être rien, et avec l’habituelle élégance française, qui plus est !

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