01/02/2026

Moins quinze degrés
Un reportage sur Minneapolis en résistance à l’opération Metro Surge

Face à l’échelle démentielle de l’opération Métro Surge, des gens ordinaires jonglent entre leur vie quotidienne et le fait de veiller les uns sur les autres comme ils le peuvent.

Robin Kaiser-Schatzlein, The New York Review, 30/01/2026
Traduit par Tlaxcala

Robin Kaiser-Schatzlein a grandi à Saint Paul, Minnesota et vit à Brooklyn. C’est un journaliste indépendant usaméricain et l’auteur du livre à paraître Tyranny at Work: Unfreedom and the American Workplace (Harper-Collins, avril 2027). Bluesky

 


Une manifestante fait face à des agents des Douanes et Protection des frontières(CBP) lors d’une manifestation suite à la mort d’Alex Pretti, tué par des agents fédéraux, Minneapolis, 24 janvier 2026. Arthur Maiorella/Anadolu/Getty Images

 En allant en voiture de l’aéroport à Saint Paul, on passe sous Fort Snelling, une énorme structure en calcaire du début du XIXe siècle. En novembre 1862, après la conclusion sanglante de la guerre entre les USA et les Dakota, 1 700 personnes de la tribu Dakota furent forcées de marcher jusqu’à Fort Snelling et enfermées dans un camp de concentration sur les terrains plats de la rivière en contrebas. Le mois suivant, trente-huit hommes Dakota furent pendus à Mankato, Minnesota — la plus grande exécution collective de l’histoire des USA. Entre cent et trois cents personnes moururent dans le camp. Quand j’étais enfant, en grandissant à Saint Paul, nous n’avons rien appris de tout cela, mais nous allions régulièrement à Fort Snelling lors de sorties scolaires pour voir des reconstituteurs historiques allumer de faux canons. Les sucres d’orge du magasin général étaient une grande attraction.


Aujourd’hui, Fort Snelling est de l’autre côté de l’autoroute par rapport à un nouveau centre de détention, le bâtiment fédéral Bishop Henry Whipple, qui sert de quartier général local pour l’Immigration et les Douanes (ICE). Par le passé, Saint Paul, de l’autre côté du fleuve, a été largement épargnée par les types de troubles civils qu’a connus Minneapolis au fil des décennies ; même pendant les soulèvements de 2020, les choses y sont restées assez calmes. Mais quand j’ai commencé à appeler des gens chez moi dans les villes jumelles début janvier, tout le monde était à cran. Une personne m’a envoyé un article de la radio publique du Minnesota sur un homme battu inconscient par des agents de l’ICE et détenu à une station-service à quelques pâtés de maisons de chez elle, dans un quartier tranquille de Saint Paul. Une autre m’a dit que l’ICE patrouillait les artères centrales de la ville, remontant et descendant University et Snelling.

À ce moment-là, il était clair que l’ICE n’est pas au Minnesota principalement pour détenir et expulser des gens. Les agents sont venus, avant tout, pour terroriser les Minnésotain·es. Sinon, pourquoi seraient-ils arrivés équipés pour la guerre, en tenues de combat ? L’administration Obama a expulsé des millions de personnes à travers le pays sans autant de tapage. L’opération Metro Surge n’était pas bien pensée, comme le soulignent les vidéos de véhicules de l’ICE coincés dans la neige et d’agents glissant dans des rues gelées. Mais le fait de réaliser ça n’apporte aucun réconfort ; même avant qu’ils ne commencent à tuer des gens, il était évident que l’incompétence des agents ne faisait que les rendre plus dangereux. Le froid mordant entrave l’opération mais semble aussi être de connivence avec elle : l’ICE roule en cherchant des cibles par un temps qui contraint à rester cloîtré à l’intérieur tous ceux qui ont le choix.

Alors que la montée en puissance s’accentuait, les agents n’ont pas semblé craindre les caméras. En fait, ils participent à la diffusion de leur propre brutalité, utilisant souvent des grenades fumigènes colorées pour produire des images théâtrales. Sur Reddit, j’ai vu un agent sur le siège passager d’une fourgonnette pointer son pistolet sur des civils non armés dans la rue ; j’en ai vu d’autres fouiller violemment des appartements ; un autre encore a vaporisé du gaz poivre sur un manifestant qui s’éloignait de lui ; quelques autres ont traîné un jeune homme hors d’une Target pour l’abandonner en larmes peu après. Une vidéo montrait un escadron d’agents arrachant une femme handicapée de sa voiture alors qu’elle essayait de se rendre à un rendez-vous médical et la portant par les membres comme un animal.

Terrorisés et terrifiés, les gens résistent toujours à la vague comme ils le peuvent. Du jour au lendemain, des églises ont mis en place des opérations de type entrepôt pour livrer de la nourriture à ceux qui se sont cachés ; l’Iglesia Dios Habla Hoy dans le sud de Minneapolis a distribué plus de 12 000 boîtes de provisions en six semaines. Les banques alimentaires ont été submergées de dons et de bénévoles. Des femmes somaliennes du quartier Cedar-Riverside patrouillent dans les rues avec des gilets de sécurité et font des tours de garde dans les halls d’immeubles, informant les gens de leurs droits et servant du thé ; des groupes de voisins montent la garde devant un centre commercial somalien à Minneapolis et un supermarché mexicain à Saint Paul, tous deux ayant été pris pour cible par des raids. Dans un cas, des gens se sont donné le bras pour empêcher l’ICE d’entrer dans une épicerie sans mandat.

Des navettes conduisent les gens au travail et à leurs rendez-vous médicaux. Des bénévoles se déplacent en ville en tant que notaires, signant des formulaires de Délégation d’Autorité Parentale (DOPA) pour les familles séparées. Des sociétés de dépannage locales répondent gratuitement aux appels concernant des véhicules trouvés dans la rue portes ouvertes, désormais un phénomène couyrant. Des voisins promènent les chiens de familles cachées. Les gens s’organisent pour fournir du lait maternel à des bébés dont les parents ont été emmenés par l’ICE. Comme c’est devenu la norme dans toutes les formes de crise usaméricaine, les gens font des collectes de fonds en ligne pour ceux qui ont du mal à payer leur loyer ou à subvenir aux besoins de leurs enfants.

Des chats de réaction rapide se forment sur Signal et WhatsApp pour alerter les résidents quand l’ICE se montre et pour rassembler des foules d’observateurs, qui soufflent dans des sifflets et klaxonnent. Certaines personnes suivent les véhicules de l’ICE tandis que d’autres notent les plaques d’immatriculation des voitures quittant le bâtiment Whipple. D’autres encore traquent les hélicoptères pour essayer de deviner où l’ICE se rendra ensuite. Des foules jouent du klaxon et frappent sur des casseroles devant les hôtels logeant des agents de l’ICE. Mi-janvier, le DoubleTree de Saint Paul a notifié aux employés du DHS qui y séjournaient que leurs réservations étaient annulées et que l’hôtel fermait pour des « raisons de sécurité publique ».

L’ampleur même de l’effort d’entraide est difficile à saisir, tout comme la rapidité avec laquelle il s’est organisé et le courage de ceux qui en sont responsables. En même temps, ce qu’ils font est largement du tri, répondant à une urgence après l’autre. Des voisins jonglant avec leur travail, leurs enfants et leurs propres peurs font face à trois mille agents fédéraux. (À titre de comparaison, ce sont trois cents qui ont été déployés à Chicago.) L’ampleur de l’opération Metro Surge est démente, extravagante. Alors que les responsables étatiques et locaux font des effets de manche en conférences de presse et déposent des plaintes, les gens font ce qu’ils peuvent pour se protéger les uns les autres et tenir bon.

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Quand je suis arrivé à Minneapolis mercredi de la semaine dernière, la température était plus douce que la normale, environ -9°C, et une fine neige cristalline tourbillonnait. Après des jours à regarder des vidéos d’arrestations par l’ICE, je m’attendais inconsciemment à un pandémonium total, mais la zone de ramassage à l’aéroport était la plus calme que j’aie jamais vue. Je suis passé devant la station-service de Saint Paul où des agents ont battu un homme jusqu'à ce qu'il perde connaissance : il n’y avait aucun signe de l’enlèvement.

Dans une épicerie du quartier Seward à Minneapolis, j’ai entendu une caissière demander à une autre : « Mais est-ce que c’est illégal ? En mettant mes courses en sac, j’ai demandé si elles parlaient de l’ICE. « Ils ont frappé à la porte de sa famille mais il n’y avait personne. Alors ils ont cassé la caméra », a dit l’une d’elles en haussant les épaules.

Dans les rues du sud de Minneapolis, un centre de l’opération de chasse de l’ICE, deux jours plus tard, je n’ai trouvé aucune trace de cette semi-normalité surréaliste. Des blocs tranquilles sont animés par des bénévoles patrouillant en voiture ou debout au coin des rues avec des sifflets, et par des véhicules de l’ICE roulant à toute allure sur des routes glissantes ; les agents surgissent de nulle part et disparaissent tout aussi vite. Une fois, une voiture est passée devant moi et j’ai vu un homme ajuster son gilet pare-balles derrière une vitre teintée, laissant voir l’insigne brodé révélateur « POLICE ». Une autre fois, j’ai repéré un 4X4 sans plaque avant et deux autres véhicules le suivant de près. Les trois voitures ont fait un demi-tour puis un virage à gauche immédiat dans une rue latérale, se déplaçant comme une seule unité sinueuse, comme un serpent. Je me suis engagé dans la rue latérale derrière elles et j’ai vu qu’elles s’étaient garées dans une ruelle, et qu’une douzaine d’agents environ avaient surgi. J’ai fait le tour du pâté de maisons pour essayer de voir où ils étaient allés à pied, mais il n’y avait aucun signe d’eux, et quand je suis revenu, ils étaient partis.

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Les gens qui ont vécu 2020 à Minneapolis sont déjà familiers avec la vue de troupes fédérales armées rôdant dans leurs rues. Pendant les soulèvements, des membres de la Garde nationale patrouillaient les quartiers et tiraient des balles en caoutchouc sur des civils pour faire respecter un couvre-feu. Contribuant à cette impression de déjà-vu, de nombreux résidents de la ville sont à nouveau coincés chez eux, trop effrayés pour sortir. Comme ce fut le cas pendant la pandémie, pour certaines personnes, simplement faire une course ou aller voir des amis nécessite un certain degré de planification et une certaine tolérance au risque. Les districts scolaires des villes jumelles ont commencé à proposer des options d’apprentissage à distance pour les élèves. Même certains de mes amis citoyens non blancs se terrent sur place.

La pandémie et le soulèvement ont incité les gens de Minneapolis à s’organiser pâté de maisons par pâté de maisons. Les chats Signal et WhatsApp de quartier ont coordonné l’aide alimentaire et locative, puis organisé des surveillances locales, comblant un vide quand la police semblait avoir relâché ses efforts en matière d’application de la loi. Aujourd’hui, ces chats semblent à nouveau être l’unité de base de l’organisation à Minneapolis. La résistance à l’ICE est davantage motivée par des voisins veillant les uns sur les autres que par des groupes d’affinité ou un projet idéologique de gauche spécifique.

Des agents fédéraux s'en prennent à des manifestants après avoir tiré des gaz lacrymogènes, Minneapolis, 24 janvier 2026. Arthur Maiorella/Anadolu/Getty Images

 

Bien sûr, une différence entre ce moment et la pandémie est que la majorité des gens ne sont pas au chômage. Qu’ils soient des immigrants vivant dans la peur de l’ICE, des bénévoles d’entraide, ou les deux, la plupart vont encore à leur travail, en plus de s’occuper peut-être des enfants et de préparer le dîner. Beaucoup m’ont dit en riant que, quand on additionnait tout, ils faisant des journées de boulot de dix-huit à vingt heures.

En dehors de cette recrudescence d’activité, beaucoup vivent l’invasion principalement par le biais des vidéos, souvent filmées par des observateurs citoyens, qui se répandent sur les réseaux sociaux et passent aux informations. (« C’est comme Call of Duty ! », crie un agent en tenue de camouflage dans un extrait, pointant son arme sur des manifestants. « Plutôt cool, hein ? ») Ces images projettent la puissance bien au-delà des parties de la ville où l’ICE est le plus actif. Même les mises à jour régulières sur les observations de l’ICE dans les chats de quartier peuvent accentuer le sentiment que les agents sont omniprésents. C’est une ligne fine : les réseaux qui attisent la résistance peuvent aussi alimenter la rumeur de la peur.

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Une nouveauté de ce moment : il était difficile de dire à quel point il était sûr pour quiconque de me parler. Pendant mon séjour chez moi, alors que j’interviewais des personnes directement impactées par l’opération Metro Surge et que je suivais des bénévoles d’entraide, je n’ai cessé d’entendre parler des moyens déployés par l’ICE pour piéger les personnes qui critiquent l’agence ou entravent sa campagne de terreur. Après qu’un magasin de jouets local a été mis en avant sur ABC News pour avoir distribué des sifflets imprimés en 3D, il a été visité par des agents de l’ICE qui ont exigé les documents d’autorisation de travail des employés. Le 26 janvier, le directeur du FBI Kash Patel a révélé dans une interview qu’il avait lancé une enquête sur des chats Signal privés après qu’un podcasteur d’extrême droite s’est infiltré dans plusieurs fils de discussion de patrouille. Les manifestants et observateurs sont de plus en plus détenus sans raison ; on m’a dit à mi-parcours de ma visite que si j’allais au bâtiment Whipple, je devais me préparer à être retenu jusqu’à trois jours. Les tactiques de l’ICE changent constamment. J’ai entendu une rumeur selon laquelle les agents mettent des autocollants de pare-chocs « Vegan » et « Coexist » sur leurs voitures pour échapper à la détection. Ils pourraient se faire passer pour des livreurs. J’ai entendu parler de bénévoles qui suivaient des véhicules de l’ICE pour être menés directement à leur propre domicile — la façon des agents de leur faire savoir qu’ils ont été identifiés.

Une école a averti les familles que l’ICE distribuait des flyers proposant de la nourriture, transformant l’insécurité alimentaire créée par l’agence en piège. Des bénévoles livrant des provisions à des personnes cachées ont été suivis par des agents cherchant des cibles. L’ICE maintient trois membres de la tribu Oglala Sioux en détention, et a refusé de divulguer des informations au-delà de leurs prénoms à moins que la tribu n’entre dans un « accord d’immigration » avec le gouvernement. Des surveillants d’arrêts et de départ de bus scolaires rapportent que des agents de l’ICE se font passer pour des observateurs pour surveiller les enfants. À 150 km à l’ouest de Minneapolis, à Willmar, des agents de l’ICE ont déjeuné dans un restaurant mexicain, puis sont revenus cinq heures plus tard et ont arrêté trois employés alors qu’ils quittaient le travail. Ils ont tiré un grand-père, vêtu seulement de ses sous-vêtemens et enveloppé dans une couverture, hors de chez lui par -12°C. Ils arrêtent des observateurs, presque tous citoyens US, et les abandonnent dans des bois ou des parkings aléatoires. Ils ont enlevé des enfants de deux ans seulement ; un après-midi, ils ont forcé un enfant de cinq ans, capturé à son retour de l’école maternelle, à frapper à la porte de sa maison alors que les membres de sa famille se cachaient à l’intérieur.

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Le vendredi 23 janvier était le jour d’une grève générale largement médiatisée, un appel des syndicats des villes jumelles à « pas de travail, pas de shopping, pas d’école ». Le mouvement ouvrier du Minnesota, entre autres, a prévu une énorme marche publique dans le centre-ville de Minneapolis pour protester contre l’ICE. Je pouvais voir que l’information circulait largement en ligne au nombre de personnes en dehors des villes jumelles qui m’ont envoyé des messages pour me demander si j’y assistais. Au lieu de cela, j’ai fini par interviewer des personnes affectées par l’ICE et suivre des organisateurs d’entraide, qui continuaient leur travail.

J’ai rencontré Vi dans une maison chaleureuse et chaotique du sud de Minneapolis.

Vi vit en banlieue, mais à cause de l’interdiction de faire des achats durant la grève, elle déposait des nems maison au porc et au poulet chez des amis sur son chemin vers le rassemblement du centre-ville.

Vi, qui est Hmong, s’inquiète du désir exprimé par Stephen Miller de dénaturaliser des citoyens naturalisés comme elle. Elle a trois enfants, et son mari a une maladie chronique ; elle gère les factures et beaucoup de paperasse familiale, en plus de cuisiner, coudre et tout le reste. Elle a récemment jugé nécessaire de montrer à ses enfants où se cacher dans la maison si des agents venaient la prendre. Son enfant de onze ans fait des cauchemars sur le fait d’être enlevé par l’ICE. Le cadet de cinq ans demande s’il y a des « soldats » dehors avant d’ouvrir la porte. Le tout-petit n’est pas allé à l’école maternelle de la semaine. « Les enfants ne peuvent pas être des enfants en ce moment », dit Vi. Pendant ce temps, elle va toujours travailler tous les jours, même si elle se sent engourdie et déconnectée de son corps, et qu’elle ne dort pas bien.

« Ce qui me fait le plus peur, c’est que les règles changent sans cesse », m’a-t-elle dit. « Avant, c’était très clair. » On savait ce qui pouvait vous faire expulser, ce qui pouvait faire avancer votre dossier, et jusqu’où le gouvernement irait pour faire appliquer la loi. Maintenant, il n’est même pas clair si les lois comptent. Pourtant, Vi m’a dit qu’elle prévoyait de se joindre à la marche de la grève générale dans le centre-ville. Quand elle a embrassé et câliné ses enfants ce matin-là, elle leur a expliqué pourquoi elle devait y aller. Elle ne croit pas devoir attendre qu’une autorité supérieure vienne à son secours. La pancarte qu’elle a faite pour la protestation disait : « L’histoire nous dit que ça n’a jamais été le gouvernement qui nous sauve, ça a été le peuple ».

 


Une foule de manifestants marchant dans le centre-ville de Minneapolis, 25 janvier 2026. Arthur Maiorella/Anadolu/Getty Images

J’ai rencontré une autre bénévole d’entraide, Lucia, dans le sous-sol d’un centre communautaire à Saint Paul, où elle travaillait sur son ordinateur pendant que nous parlions. (C’est-à-dire que, comme la plupart des travailleurs d’entraide, elle faisait encore son travail de jour.) Son téléphone n’arrêtait pas de s’illuminer avec des messages de son chat de bénévoles pendant notre entretien ; elle m’a dit qu’elle avait dû commencer à transporter une batterie de secours extra-large parce que les mises à jour constantes vident rapidement son portable.

Lucia est citoyenne, mais elle est née au Mexique. Il y a quelques mois, elle a formé une organisation d’entraide en utilisant le chat texte de son groupe de danse hebdomadaire ; c’était fin novembre, après que l’ICE eut forcé l’entrée d’une maison dans l’est de Saint Paul sans mandat et eu détenu un homme latino non armé. Des voisins étaient sortis pour observer et filmer, mais alors que l’ICE terminait son opération, un escadron du département de police de Saint Paul est arrivé en tenue anti-émeute et a gazé aux lacrymos la foule. Lucia a pensé : « Personne n’est en sécurité ».

Les gens dans la communauté de Lucia ont commencé à se cacher. Elle et son groupe d’entraide ont livré de la nourriture, assuré des transports et aidé pour le loyer, entre autres. Puis les choses sont devenues plus effrayantes. Pendant trois jours consécutifs, elle a remarqué une Jeep noire garée en face de chez elle. Le troisième jour, elle était garée directement derrière sa voiture. La veille, Lucia organisait une collecte de fournitures pour les familles qui pourraient devoir se cacher, demandant à ses contacts d’apporter des sacs à dos et des produits essentiels comme des brosses à dents, du baume à lèvres et des produits féminins. Maintenant, elle a fait un sac pour elle-même et est allée rester avec des amis pendant trois jours.

La mort de Renee Good a été un autre tournant pour Lucia. Comme elle me l’a expliqué : si l’ICE était prêt à tirer sur une femme blanche en pleine tête, qui savait ce qu’ils feraient aux personnes de couleur ? Qui savait ce qu’ils feraient à qui que ce soit ? Après cela, elle a redoublé d’efforts dans son travail d’entraide.

Lucia et son mari, Harold, comme elle latino et citoyen usaméricain, portent maintenant leurs passeports sur  eux partout. (Beaucoup de gens dans les villes jumelles font de même, y compris le maire de Saint Paul, qui est Hmong.) Ils portent aussi des dispositifs de suivi cachés sous leurs vêtements au cas où ils se retrouveraient dans un centre de détention hors de l’État. Ils écrivent et réécrivent les numéros d’avocats sur leurs bras. Ils ont établi des plans avec des personnes qui sauront ce que signifie un message texte disant seulement « 911 ».

Quand j’ai évoqué avec Harold la peur qui accompagne le fait de savoir qu’il pourrait être profilé racialement comme un immigrant, sa réponse a fait écho à celle de Vi. « La peur a toujours été là », a-t-il dit, « mais la peur a changé parce que les règles ont changé ». Quand il patrouille son quartier avec le groupe d’entraide ou participe à des protestations pacifiques, m’a-t-il dit, « Je m’attends à être arrêté. Tu essaies juste de te préparer mentalement ».

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Je devais partir le samedi 24 janvier, prenant un vol de midi pour éviter une tempête arrivant sur la côte est. Pour mon dernier matin, j’ai retrouvé un ami d’enfance qui vit dans le sud de Minneapolis, et nous avons marché péniblement à travers la lueur hivernale et la neige gelée jusqu’à un bistrot local. Il faisait -26°C, et de la vapeur s’échappait des bouches d’égout. La vie de mon ami, comme celle de tout le monde, a été grandement altérée par la vague ; il voit des agents de l’ICE tous les jours. Pourtant, pendant le petit-déjeuner, nous avons parlé de nos vieux amis, de nos vies, et de mon enfant. Pendant que nous mangions, le bistrot s’est rempli d’une foule typique pour le brunch du week-end, choisissant entre café moyennement torréfié et torréfié foncé, entre pancakes et pain perdu, entre œufs au plat et brouillés.

Il voulait me montrer sa maison, qu’il avait récemment achetée, alors nous avons marché quelques pâtés de maisons jusqu’à là. C’est un petit bungalow avec de beaux détails en bois — cage d’escalier lambrissée en pin noueux, planchers en chêne usés — typiques du quartier. Sa compagne nous a accueillis à la porte. Après une visite rapide, j’ai commencé à remettre mon équipement d’hiver. Sa compagne a pris un appel téléphonique et s’est éclipsée dans la pièce voisine.

Soudain, elle était de retour. « Je te mets en haut-parleur », a-t-elle dit. La personne à l’autre bout tremblait – c’était audible -. « Nous pensons qu’il a été touché par balle », ont-ils dit. Nous sommes restés dans l’entrée sombre, la poussière scintillant dans l’air, figés dans le silence. L’appelant avait vu une vidéo circulant en ligne, dans laquelle des agents de l’ICE semblaient tirer sur un homme dans la rue. Ils pensaient que l’homme sur la vidéo était leur ami. Mon ami m’a dit qu’il venait de passer la soirée la veille avec la personne en question, un type doux et gentil qui était néanmoins exaspéré par la situation. Rien n’était encore clair, mais ils ont décidé d’aller aux soins intensifs. Alors que ma mère me déposait à l’aéroport, j’ai eu de leurs nouvelles : c’était leur ami, Alex Pretti, qui avait été touché. Juste avant le décollage de l’avion, j’ai appris qu’il était mort.

“T'en fais  pas, je m'occupe de toi”

Mobile Fortify, la aplicación de vigilancia del ICE es una pesadilla tecno-autoritaria

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 30-1-2026
Traducido por Tlaxcala

Moustafa Bayoumi, nacido en 1966 en Zúrich (Suiza) de padres egipcios, creció en Europa y Canadá antes de venir a estudiar a Columbia en 1991 y convertirse en ciudadano usamericano. Escritor, periodista y columnista del diario The Guardian, enseña inglés en el Brooklyn College de la Universidad de la ciudad de Nueva York. Saltó a la fama con dos libros: How Does It Feel to Be a Problem?: Being Young and Arab in America (2008) y This Muslim American Life: Dispatches from the War on Terror (2015)

Mobile Fortify permite a los agentes obtener grandes cantidades de información sobre cualquier persona escaneando su rostro.

La fuerza letal que el Immigration and Customs Enforcement (ICE) está ejerciendo en las calles usamericanas está recibiendo con razón fuertes condenas de polític@s y juntas editoriales en todo el país y alrededor del mundo. Ahora es el momento de empezar a prestar atención a otra parte altamente dañina del arsenal del ICE: el despliegue de vigilancia masiva por parte de la agencia.


Me refiero específicamente a Mobile Fortify, una aplicación especializada que ICE ha estado usando al menos desde mayo de 2025. ¿Qué es Mobile Fortify? Es una aplicación de reconocimiento facial que además puede tomar “huellas dactilares sin contacto” de alguien simplemente tomando una foto de los dedos de una persona. La aplicación se ha utilizado más de 100,000 veces, incluso en niños, como se alega en una demanda presentada por el Estado de Illinois y la ciudad de Chicago. Y es peligrosa. [ver NdT debajo]


Después de tomar una foto de alguien, un agente del ICE ahora puede escanear el rostro o las huellas dactilares de esa persona en una serie de bases de datos gubernamentales que según se informa incluyen más de 200 millones de imágenes. El agente obtendrá inmediatamente grandes cantidades de información sobre esa persona, incluidos nombre y fecha de nacimiento, posible estatus de ciudadanía, nombres de familiares, identificadores como números de registro de extranjero y mucho más.

Según los informes, ICE está utilizando la aplicación en personas que sospecha están en el país sin autorización, pero esta presunción conlleva su propio conjunto de problemas. El representante Bennie G. Thompson, miembro de mayor rango del comité de seguridad nacional de la Cámara, dijo a 404Media que ICE considera “que una coincidencia biométrica aparente por Mobile Fortify eses una determinación ‘definitiva’ del estatus de una persona y que un oficial del ICE puede ignorar evidencia de ciudadanía usamericana, incluido un certificado de nacimiento, si la aplicación dice que la persona es extranjera”.


Empeora. En un documento obtenido por 404Media, el gobierno admite que “es concebible que una foto tomada por un agente usando la aplicación móvil Mobile Fortify pueda ser de alguien que no sea un extranjero, incluidos ciudadanos americanos o residentes permanentes legales”. Nadie, ciudadano o no ciudadano, puede optar por no participar tampoco. Y, como dice el documento, “cada nueva fotografía o huella dactilar, independientemente de la coincidencia, es un encuentro y se almacena y retiene en el ATS (Sistema Automatizado de Seguimiento de Objetivos) durante 15 años”.

Quince años es un tiempo absurdamente largo para retener dichos datos. A modo de comparación, el uso de reconocimiento facial por parte de la TSA [Administración de Seguridad en el Transporte] es opcional, y la agencia dice que elimina las fotografías después de que se ha verificado. Además, testimonios durante una audiencia el 21 de enero revelaron que la TSA ha estado ayudando al ICE verificando información de pasajeros para operaciones de aplicación de inmigración.

Este tipo de tecnología claramente no se limita a USA. En Gaza, el ejército israelí también ha empleado ampliamente el reconocimiento facial para realizar vigilancia masiva, y se ha utilizado para identificar y detener a palestinos, como informó el New York Times. El Times también informó que la “tecnología luchó” en su misión, por lo que el ejército comenzó a complementar sus resultados de búsqueda usando Google Photos. ¿Hay una conexión entre la vigilancia masiva extremadamente intrusiva de los palestinos en Gaza y la vigilancia masiva que ocurre en nuestras calles? En otras palabras, ¿nos estamos transformando también en sujetos excesivamente vigilados, como los palestinos en los territorios ocupados?


Las herramientas de reconocimiento facial de hoy a menudo son duramente criticadas por su imprecisión, como deberían ser. Tales ocurrencias son legión. El reconocimiento facial siempre ha sido mejor para identificar a hombres blancos que a otras personas. Un estudio de 2018 dirigido por una investigadora del MIT encontró que la tasa máxima de error en software de reconocimiento facial para hombres de piel clara era del 0.8%. La tasa de error para mujeres de piel más oscura era del 34.7%.

Y las consecuencias de tales sesgos son reales. En Nueva Jersey en febrero de 2019, Nijeer Parks fue arrestado erróneamente por robar una barra de chocolate e intentar atropellar a un oficial de policía. No hizo nada por el estilo, pero Parks, que es negro, fue identificado erróneamente por el software de reconocimiento facial de la policía. Terminó pasando 10 días en la cárcel y casi 10 meses siendo procesado por un delito que no cometió.

En octubre pasado, ICE identificó erróneamente dos veces a una mujer mientras usaba Mobile Fortify en Oregón. Los agentes tomaron fotos y consultaron la aplicación en dos ocasiones diferentes, y cada vez la aplicación devolvió un nombre incorrecto diferente para la misma persona.

Así que el sesgo ciertamente es un problema real, pero los resultados erróneos son realmente solo la punta del iceberg de esta pesadilla tecno-autoritaria que ahora enfrentamos. La tecnología casi seguramente se volverá aún más sofisticada y a medida que la tecnología mejore, es posible que estos sistemas se vuelvan más precisos. Sin embargo, el problema central permanecerá porque la precisión no es el verdadero problema.

Ninguna otra organización en la sociedad usamericana puede ejercer el poder de la manera en que lo hace el gobierno. Éste tiene derecho a tomar su dinero a través de impuestos, tomar su libertad a través de un sistema legal penal e incluso tomar su vida a través de una ejecución sancionada legalmente. El control sobre esta enorme cantidad de poder es que el pueblo conserva el derecho no solo de crear y recrear el gobierno a través de elecciones, sino también de desafiar al gobierno a través de (lo que debería ser) un árbitro independiente: los tribunales.

Pero cuando el gobierno sabe casi todo sobre usted, puede rastrear virtualmente todos sus movimientos, puede crear redes de asociación basadas en aquellos que asume que son sus amigos, y puede recopilar esta información sin buscar autorización de los tribunales y puede retener la información durante años, simplemente apuntando un teléfono hacia usted, entonces el siguiente paso lógico es que ese mismo gobierno usará esa información para predecir lo que hará y lo que pensará.

¿Y qué impide que ese mismo gobierno use esta información para intimidar a aquellos que considera disidentes o incluso simplemente insuficientemente patrióticos? La acumulación centralizada y sin control de información de l@s ciudadan@s crea la arquitectura para un gobierno autoritario. Solo pregunte a los antiguos alemanes del este [y a los actuales alemanes, NdT]. Es por eso que, en una democracia, es el pueblo quien tiene el derecho a la privacidad y el gobierno debe operar públicamente. No puede ser al revés.

Elaine Scarry, una filósofa usamericana, reconoció este mismo hecho hace más de 20 años, después de que se aprobara la Ley Patriota de USA, la pieza clave de la legislación de la “guerra contra el terrorismo”. Es la “guerra contra el terrorismo” la que ha sentado la infraestructura para la sociedad de vigilancia masiva y la presidencia imperial que tenemos hoy. “La Ley Patriota invierte el requisito constitucional de que las vidas de las personas sean privadas y el trabajo de los funcionarios gubernamentales sea público”, escribió Scarry. “En cambio, crea un conjunto de condiciones en las que nuestra vida interior se vuelve transparente y el funcionamiento del gobierno se vuelve opaco”.

La privacidad, debemos notar, no es lo mismo que el secreto. De hecho, la privacidad es más fundamental. La privacidad es una parte vital de ser humano. La capacidad humana de hacer públicas algunas cosas mientras se mantienen otras privadas es clave para aprender a confiar en los demás, cómo construir comunidad e incluso cómo desarrollarnos a nosotr@s mism@s. Así que cuando un gobierno elimina la privacidad de su pueblo, en efecto está quitando parte de la humanidad de cada persona. La privacidad es “el fundamento de la autonomía moral y la libertad”, explicó Scarry. “Los habitantes de un país que pierden la garantía de privacidad también eventualmente pierden la capacidad de hacer amigos y la capacidad de libertad política”.

Con los asesinatos de Renee Nicole Good y Alex Pretti, el mes pasado nos ha mostrado que detener al ICE de disparar a civiles en la calle es un imperativo si queremos salvar las vidas de personas inocentes. Lo que también debería quedar claro ahora es que detener al ICE de tomar fotos de nosotros a través de aplicaciones como Mobile Fortify es igual de necesario si también queremos salvar nuestra democracia.

NdT

* La aplicación ha sido desarrollada por la empresa japonesa NEC, que forma parte del conglomerado SUMITOMO. El nombre “Mobile Fortify” puede confundirse con “Fortify”, el software de reconocimiento facial desarrollado por la empresa israelí Corsight AI, utilizado por el ejército en Gaza y en el resto de Palestina ocupada, así como por las policías de Bogotá [¡bravo, camarada Petro!] y de Essex [Thank you, comrade Starmer!].

Aunque estas dos tecnologías no pertenecen al mismo proveedor, la similitud de sus nombres no es casual. Refleja una estrategia recurrente de la industria de la vigilancia, que recicla un vocabulario de seguridad positivo (“fortificar”, “proteger”) para despolitizar y banalizar los dispositivos de control biométrico intrusivos, ampliamente documentados por sus violaciones de los derechos fundamentales.

Al contribuir a diluir las responsabilidades industriales, estatales y militares, esta convergencia léxica participa en la opacidad estructural de un sector en el que la circulación transnacional de las tecnologías de vigilancia escapa en gran medida al control democrático, al tiempo que alimenta políticas represivas, de control de migrantes o coloniales.


Me refiero específicamente a Mobile Fortify, una aplicación especializada que ICE ha estado usando al menos desde mayo de 2025. ¿Qué es Mobile Fortify? Es una aplicación de reconocimiento facial que además puede tomar “huellas dactilares sin contacto” de alguien simplemente tomando una foto de los dedos de una persona. La aplicación se ha utilizado más de 100,000 veces, incluso en niños, como se alega en una demanda presentada por el Estado de Illinois y la ciudad de Chicago. Y es peligrosa. [ver NdT debajo]

Mobile Fortify, l’application de surveillance de l’ICE, est un cauchemar techno-autoritaire

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 30/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Moustafa Bayoumi, né en 1966 à Zurich en Suisse de parents égyptiens, a grandi en Europe et au Canada avant de venir étudier à Columbia en 1991 et de devenir citoyen usaméricain. Écrivain, journaliste, chroniqueur au quotidien The Guardian, il enseigne l’anglais au Brooklyn College de l’Université de la ville de New-York. Il a acquis la notoriété avec deux livres : How Does It Feel to Be a Problem?: Being Young and Arab in America (2008) et This Muslim American Life: Dispatches from the War on Terror (2015)

Mobile Fortify permet aux agents d’obtenir de vastes quantités d’informations sur n’importe qui en scannant son visage.

La force létale que l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) déploie dans les rues usaméricaines suscite à juste titre de vives condamnations de la part des politicien·nes et des comités de rédaction à travers le pays et dans le monde entier. Il est temps que nous commencions à prêter attention à une autre partie extrêmement nocive de l’arsenal de l’ICE : le déploiement par l’agence de la surveillance de masse.

Je fais spécifiquement référence à Mobile Fortify, une application spécialisée que l’ICE utilise au moins depuis mai 2025. Qu’est-ce que Mobile Fortify ? C’est une application de reconnaissance faciale qui peut en plus prendre des « empreintes digitales sans contact » d’une personne simplement en prenant une photo de ses doigts. L’application a été utilisée plus de 100 000 fois, y compris sur des enfants, comme l’allègue une plainte déposée par l’État de l’Illinois et la ville de Chicago. Et elle est dangereuse. [voir NdT en fin d'article]

Après avoir pris une photo de quelqu’un, un agent de l’ICE peut désormais rechercher le visage ou les empreintes digitales de cette personne dans une multitude de bases de données gouvernementales qui contiendraient plus de 200 millions d’images. L’agent obtiendra immédiatement de vastes quantités d’informations sur cette personne, y compris son nom et sa date de naissance, son éventuel statut de citoyenneté, les noms des membres de sa famille, des identifiants comme les numéros d’enregistrement d’étranger et bien plus encore.


L’ICE utiliserait l’application sur des personnes qu’il soupçonne de se trouver dans le pays sans autorisation, mais cette présomption s’accompagne de son propre lot de problèmes. Le représentant Bennie G. Thompson, membre éminent du comité de la sécurité intérieure de la Chambre, a déclaré à 404Media que l’ICE considère « qu’une correspondance biométrique apparente par Mobile Fortify est une détermination ‘définitive’ du statut d’une personne et qu’un officier de l’ICE peut ignorer les preuves de citoyenneté usaméricaine - y compris un certificat de naissance - si l’application indique que la personne est un étranger ».

C’est pire. Dans un document obtenu par 404Media, le gouvernement admet qu’ « il est concevable qu’une photo prise par un agent utilisant l’application mobile Mobile Fortify soit celle de quelqu’un d’autre qu’un étranger, y compris des citoyens américains ou des résidents permanents légaux ». Personne, citoyen ou non-citoyen, n’est autorisé à refuser, non plus. Et, comme le document l’énonce, « chaque nouvelle photographie ou empreinte digitale, quelle que soit la correspondance, est une occurrence et est stockée et conservée dans l’ATS [Automated Targeting System] pendant 15 ans ».

Quinze ans, c’est un temps absurdement long pour conserver de telles données. À titre de comparaison, l’utilisation de la reconnaissance faciale par la TSA ( Administration de la Sécurité des Transports) est facultative, et l’agence affirme qu’elle supprime les photographies après vérification. En outre, des témoignages lors d’une audition du 21 janvier ont révélé que la TSA a aidé l’ICE en vérifiant les informations des passagers pour des opérations de contrôle de l’immigration.


Ce type de technologie n’est clairement pas limité aux USA. À Gaza, l’armée israélienne a également largement employé la reconnaissance faciale pour mener une surveillance de masse, et elle a été utilisée pour identifier et détenir des Palestiniens, comme l’a rapporté le
New York Times. Le Times a également rapporté que la « technologie a eu du mal » dans sa mission, alors l’armée a commencé à compléter ses résultats de recherche en utilisant Google Photos. Y a-t-il un lien entre la surveillance de masse extrêmement intrusive des Palestiniens à Gaza et la surveillance de masse qui se produit dans nos rues ? En d’autres termes, sommes-nous nous aussi transformés en sujets excessivement surveillés, comme les Palestiniens dans les territoires occupés ?

Les outils de reconnaissance faciale d’aujourd’hui sont souvent vivement critiqués pour le manque de précision qu’ils devraient avoir. De tels cas sont légion. La reconnaissance faciale a toujours été meilleure pour identifier les hommes blancs que les autres personnes. Une étude de 2018 menée par une chercheuse du MIT a révélé que le taux d’erreur maximum des logiciels de reconnaissance faciale pour les hommes à la peau claire était de 0,8 %. Le taux d’erreur pour les femmes à la peau plus foncée était de 34,7 %.

Et les conséquences de tels biais sont bien réelles. Dans le New Jersey en février 2019, Nijeer Parks a été arrêté à tort pour avoir volé une barre chocolatée et tenté de renverser un policier. Il n’avait rien fait de tel, mais Parks, qui est noir, a été mal identifié par le logiciel de reconnaissance faciale de la police. Il a fini par passer 10 jours en prison et près de 10 mois à être poursuivi pour un délit qu’il n’avait pas commis.

En octobre dernier, l’ICE a deux fois mal identifié une femme en utilisant Mobile Fortify dans l’Oregon. Les agents ont pris des photos et interrogé l’application à deux reprises différentes, et chaque fois l’application a renvoyé un nom incorrect différent pour la même personne.

Le biais est donc certainement un vrai problème, mais les résultats erronés ne sont vraiment que la partie émergée de ce cauchemar techno-autoritaire auquel nous sommes maintenant confrontés. La technologie deviendra presque certainement encore plus sophistiquée et, à mesure qu’elle s’améliorera, il est possible que ces systèmes deviennent plus précis. Pourtant, le problème central persistera car la précision n’est pas le vrai problème.


Aucune autre organisation de la société usaméricaine ne peut exercer le pouvoir comme le gouvernement le peut. Le gouvernement est habilité à prendre votre argent par l’impôt, à prendre votre liberté par le système judiciaire pénal et même à prendre votre vie par une exécution légalement sanctionnée. Le contrepoids à cette quantité énorme de pouvoir est que le peuple conserve le droit non seulement de créer et recréer le gouvernement par les élections, mais aussi de contester le gouvernement par (ce qui devrait être) un arbitre indépendant : les tribunaux.

Mais lorsque le gouvernement sait presque tout sur vous, peut suivre virtuellement tous vos déplacements, peut créer des réseaux d’association basés sur ceux qu’il suppose être vos amis, et peut recueillir ces informations sans chercher d’autorisation auprès des tribunaux et peut conserver les informations pendant des années, simplement en pointant un téléphone vers vous, alors la prochaine étape logique est que ce même gouvernement utilisera ces informations pour prédire ce que vous ferez et ce que vous penserez.

Et qu’est-ce qui empêchera ce même gouvernement d’utiliser ces informations pour intimider ceux qu’il juge dissidents ou même simplement pas assez patriotes ? L’accumulation centralisée et sans contrôle des informations sur les citoyens crée l’architecture d’un régime autoritaire. Demandez donc aux anciens Allemands de l’Est [et aux actuels Allemands, NdT]. C’est pourquoi, dans une démocratie, c’est le peuple qui détient le droit à la vie privée et le gouvernement qui doit fonctionner publiquement. Cela ne peut pas être l’inverse.

Elaine Scarry, une philosophe usaméricaine, a reconnu ce fait même il y a plus de 20 ans, après l’adoption de l’USA Patriot Act, la pièce maîtresse de la législation de la « guerre contre le terrorisme ». C’est la « guerre contre le terrorisme » qui a posé l’infrastructure de la société de surveillance de masse et de la présidence impériale que nous avons aujourd’hui. « Le Patriot Act inverse l’exigence constitutionnelle que la vie des gens soit privée et le travail des fonctionnaires publics », a écrit Scarry. « Il crée plutôt un ensemble de conditions dans lesquelles notre vie intérieure devient transparente et le fonctionnement du gouvernement devient opaque ».

La vie privée, notons-le, n’est pas la même chose que le secret. En fait, la vie privée est plus fondamentale. La vie privée est une partie vitale de l’être humain. La capacité humaine à rendre certaines choses publiques tout en gardant d’autres choses privées est essentielle pour apprendre à faire confiance aux autres, à construire une communauté et même à nous développer nous-mêmes. Ainsi, lorsqu’un gouvernement élimine la vie privée de son peuple, il retire en fait une partie de l’humanité de chaque personne. La vie privée est « le fondement de l’autonomie morale et de la liberté », a expliqué Scarry. « Les habitants d’un pays qui perdent la garantie de la vie privée finissent aussi par perdre la capacité de se faire des amis et la capacité de liberté politique ».

Avec les meurtres de Renee Nicole Good et Alex Pretti, nous venons de voir qu’empêcher l’ICE de tirer sur des civils dans la rue est un impératif si nous voulons sauver la vie de personnes innocentes. Ce qui devrait aussi être clair maintenant, c’est qu’empêcher l’ICE de prendre des photos de nous à travers des applications comme Mobile Fortify est tout aussi nécessaire si nous voulons aussi sauver notre démocratie.

NdT

* L’app est produite par l’entreprise japonaise NEC, qui fait partie du conglomérat SUMITOMO. La dénomination « Mobile Fortify » entretient une confusion avec « Fortify », le logiciel de reconnaissance faciale développé par l’entreprise israélienne Corsight AI, utilisé par l'armée à Gaza et dans le reste de la Palestine occupée ainsi que par les polices de Bogotá [bravo, camarade Petro!] et de l'Essex [Thank you, comrade Starmer!].

Si ces deux technologies ne relèvent pas du même fournisseur, la similitude de leurs appellations n’a rien d’innocent. Elle reflète une stratégie récurrente de l’industrie de la surveillance, qui recycle un vocabulaire sécuritaire positif (« fortifier », « protéger ») afin de dépolitiser et banaliser des dispositifs de contrôle biométrique intrusifs, largement documentés pour leurs atteintes aux droits fondamentaux.

En contribuant à diluer les responsabilités industrielles, étatiques et militaires, cette convergence lexicale participe à l’opacité structurelle d’un secteur où la circulation transnationale des technologies de surveillance échappe largement au contrôle démocratique, tout en alimentant des politiques répressives, de contrôle des migrants ou coloniales.


30/01/2026

Por qué aparecen tácticas israelíes de contraterrorismo* en Minnesota

Una colaboración de décadas ha incluido el intercambio de recursos y mucho entrenamiento conjunto para ICE y CBP** con sus contrapartes en Israel.

Connor Echols, Responsible Statecraft, 29/1/2026
Traducido por Tlaxcala

Connor Echols es periodista de Responsible Statecraft, el sitio web del Quincy Institute, un laboratorio de ideas que promueve la diplomacia y la moderación militar en la política exterior de USA. Anteriormente fue editor adjunto de la Nonzero Foundation, donde coescribía un boletín semanal sobre política exterior. Recientemente ha finalizado unas prácticas en el Centro Árabe de Estudios en el Extranjero en Amán, Jordania, y se licenció en la Universidad Northwestern (Evanston, Illinois), donde cursó periodismo y estudios sobre Oriente Medio y el norte de África. @connor_echols

En las últimas semanas, miles de funcionarios federales de aplicación de la ley han descendido sobre Minneapolis. Videos muestran a agentes de inmigración saltando de furgonetas sin identificar, sometiendo y rociando con gas pimienta a manifestantes, y rompiendo ventanas para arrastrar a personas de sus autos.

Figuras prominentes de la administración Trump han defendido este enfoque a pesar de una fuerte reacción local. Por ejemplo, cuando agentes federales mataron a un manifestante llamado Alex Pretti el sábado 24 de enero, la Secretaria de Seguridad Nacional, Kristi Noem, de inmediato lo acusó de “terrorismo doméstico”.

Para los observadores del conflicto israelí-palestino, estas escenas pueden parecer inquietantemente familiares. Esa similitud posiblemente no es una coincidencia.


En las últimas dos décadas, los funcionarios de inmigración yanquis han mantenido una relación cercana con el gobierno israelí. Esta colaboración ha incluido viajes que trasladan a funcionarios usamericanos de alto nivel de aplicación de la ley por Israel, entrenamiento conjunto para agentes de inmigración y transferencias de tecnología que han puesto capacidades de vigilancia sofisticadas en manos del Servicio de Inmigración y Control de Aduanas (ICE). El resultado ha sido una creciente fusión mental entre las agencias de seguridad en Israel y USA.

El enfoque principal de esta colaboración es prevenir actos de terrorismo, un objetivo necesario, aunque problemático. Pero, a medida que la administración Trump ha reformulado cada vez más su represión contra la inmigración indocumentada como una nueva guerra contra el terrorismo, ha aplicado estas tácticas de contraterrorismo a un número cada vez mayor de personas en USA. Este cambio, que ha generado reacciones a pesar del amplio apoyo público para contrarrestar la inmigración ilegal, ahora le está dando a los usamericanos una muestra de cómo opera el ejército israelí en Cisjordania, según Josh Paul, quien anteriormente dirigió la oficina de transferencia de armas en el Departamento de Estado.

“Hay algunos paralelos sorprendentes allí”, dijo Paul. “Tienes unidades de una fuerza de seguridad que son impuestas a las autoridades locales, impuestas a la policía local, que se dedican a puntos de control, detenciones, incluidos niños [...] Y parece operar ampliamente con impunidad”.

Una relación de dos décadas

Cuando Bill Ayub regresó de su viaje a Israel, estaba impresionado, pero un poco cauteloso. El software de vigilancia israelí es “un poco más invasivo de lo que se vería aquí en USA”, le dijo el ex alguacil del condado de Ventura a Jewish Currents en 2022. Y el uso de la fuerza en los arrestos fue “impactante”, dijo Ayub. “Era como, ‘¿Vaya, ustedes hacen eso?’ [...] Acabaríamos en la cárcel si hiciéramos algo así aquí”.

Ayub es uno de los cientos de altos oficiales de aplicación de la ley yanquis que, en las últimas dos décadas, han recorrido Israel y se han reunido con funcionarios israelíes de aplicación de la ley con la ayuda de organizaciones sin fines de lucro como la Liga Anti-Difamación (ADL) y el Instituto Judío para la Seguridad Nacional de América (JINSA). La información pública sobre estos viajes, centrados en el contraterrorismo, es limitada. Pero un itinerario de una delegación de la ADL en 2016 mostró reuniones programadas con funcionarios israelíes en una prisión notoria y en Hebrón, una ciudad segregada en Cisjordania.

La información disponible públicamente muestra que funcionarios del ICE participaron en ocho viajes de la ADL entre 2013 y 2016. Joseph Harhay, el actual subjefe de la Patrulla de Aduanas y Fronteras (CBP), se unió a un viaje de JINSA en 2018.

Estos viajes financiados con fondos privados son solo una faceta de la relación. La administración Bush creó ICE y CBP en 2003, cuando reestructuró el gobierno federal después de los ataques del 11 de septiembre. Las agencias, ambas parte del Departamento de Seguridad Nacional (DHS), se convirtieron en parte de un esfuerzo gubernamental para combatir el terrorismo. “ICE ha crecido con la guerra global contra el terror”, dijo Anthony Aguilar, un oficial del ejército retirado y activista.

El Congreso rápidamente buscó ayuda en el extranjero, estableciendo una oficina del DHS centrada principalmente en aprender de los funcionarios israelíes, según los partidarios de la legislación. “Creo que podemos aprender mucho de otros países, particularmente de Israel, que desafortunadamente tiene una larga historia de preparación y respuesta a ataques terroristas”, dijo la senadora Susan Collins (Republicana del Maine) en ese momento.

Los agentes de ICE y CBP desde entonces han desarrollado una relación cercana con sus contrapartes en Israel, permitiéndoles intercambiar notas sobre tácticas y tecnología. El DHS ha organizado conferencias con funcionarios de seguridad israelíes, realizado sesiones de entrenamiento conjunto e incluso otorgado subvenciones a oficiales israelíes para investigar áreas como la lucha contra el extremismo violento, según un ex alto funcionario del DHS.

El funcionario, quien dijo que algunas de las tácticas recomendadas por funcionarios israelíes equivalían a perfilados raciales y étnicos, recordó a un colega de alto nivel preguntándose: “¿Por qué le damos financiamiento a un gobierno extranjero para estas cosas? ¿Por qué el Departamento de Seguridad Nacional está haciendo esto?”

Los oficiales del ICE en particular han participado regularmente en entrenamientos junto con la policía israelí, según Aguilar, quien dijo que fue testigo personalmente de algunas de estas sesiones en el Centro Nacional de Entrenamiento Urbano de Israel mientras servía en el ejército. (El ex alto funcionario del DHS confirmó que los oficiales del ICE a menudo entrenan en Israel; el DHS no respondió a una solicitud de comentarios).

La transferencia de tecnología ha sido otro punto importante de colaboración. Parte de esto se debe a los lazos cercanos entre el ejército y las industrias de tecnología de vigilancia en ambos países. Por ejemplo, el ejército israelí utiliza software de empresas yanquis como el gigante de la vigilancia Palantir, que también trabaja con ICE.

ICE, por su parte, ha comprado tecnología sofisticada de piratería telefónica a empresas israelíes controvertidas como Cellebrite y Paragon. Estas herramientas han ayudado a ICE a construir lo que los críticos llaman una “red de arrastre” de vigilancia, recopilando datos sobre grandes porciones del público usamericano, incluidos ciudadanos.

No está claro si el gobierno usamericano ha facilitado estas transferencias de tecnología de vigilancia. Pero sí sabemos que los funcionarios yanquis están interesados en promover este tipo de colaboración. Desde 2015, el Programa Binacional de Investigación y Desarrollo Industrial (BIRD) reúne al DHS y al Ministerio de Seguridad Nacional de Israel para “desarrollar tecnologías avanzadas para las necesidades de seguridad nacional”, según el DHS. En 2022, la administración Biden lanzó otra iniciativa destinada a promover la colaboración entre el DHS y el Directorado Nacional de Ciberseguridad de Israel.

Otras similitudes pueden simplemente derivarse de la relación cercana que los funcionarios usamericanos e israelíes han mantenido a lo largo de los años. Por ejemplo, la Secretaria del DHS, Kristi Noem, se reunió el año pasado con el ministro de Seguridad Nacional israelí, Itamar Ben Gvir, un funcionario controvertido que comparte el compromiso de Noem con una policía intransigente.


Mayo de 2025: Kristi Noem visita el Monumento a la Flecha Negra, que conmemora a los heroicos paracaidistas israelíes, a 900 metros de la frontera con Gaza.

Y algunos paralelos no tienen nada que ver con la relación entre USA e Israel per se. Por ejemplo, el ejército israelí ha mostrado falta de disciplina y preparación para el combate durante la guerra en Gaza, que algunos expertos atribuyen a un entrenamiento deficiente y a una rápida expansión de las convocatorias al servicio activo. ICE ha enfrentado desafíos disciplinarios similares en medio de su crecimiento vertiginoso bajo la administración Trump, que ha aumentado el presupuesto anual de la agencia en aproximadamente un 200% y más que duplicado su número de oficiales en menos de un año a más de 20.000 agentes. (Solo se han enviado 3.000 oficiales de ICE y CBP a Minnesota).

3Es un poco de sálvese quien pueda. Obviamente no están operando bajo ningún procedimiento operativo estándar3, dijo Aguilar, quien observó protestas en Minneapolis esta semana y trabajó como contratista militar en Gaza durante la guerra. 3”Así es exactamente como operan las Fuerzas de Defensa de Israel en Gaza”.

Por supuesto, las escenas en Minneapolis han provocado una reacción que la administración tendrá dificultades para ignorar. De hecho, el presidente Trump ya ha comenzado a cambiar su enfoque en los últimos días, degradando a un controvertido comandante de la CBP y enviando a su “zar de la frontera”, Tom Homan, para supervisar las operaciones con miras a la desescalada. Trump incluso ha cambiado su tono sobre la muerte de dos ciudadan@s usamerican@s por parte del ICE, calificando ambos incidentes de “terribles”.

Pero, dada la extensión de la colaboración en seguridad entre USA e Israel y el deseo de Trump de actuar rápidamente en las deportaciones, Minnesota podría no ser el último estado en ver este tipo de tácticas, y tecnologías, desplegadas en sus calles. “Nada de esto me sorprende”, dijo el ex alto funcionario del DHS, agregando que aún espera que la presión interna pueda alentar a la administración a cambiar el rumbo. “Me conmociona un poco que la gente solo ahora esté haciendo estas comparaciones”.

NdT

*Contraterrorismo: denominación oficial de la contrainsurgencia.

** CBP: Customs and Border Protection, Servicio de Aduanas y Protección Fronteriza, agencia del Departamento de Seguridad Nacional (DHS), creada en 2003. Actualmente cuenta con 65 620 empleados.

Pourquoi les tactiques israéliennes de contre-terrorisme* apparaissent dans le Minnesota

Un partenariat de plusieurs décennies a inclus le partage de ressources et beaucoup d’entraînements conjoints pour l’ICE et la CBP** avec leurs homologues en Israël.

Connor Echols, Responsible Statecraft, 29/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Connor Echols est journaliste pour Responsible Statecraft, le site ouèbe du Quincy Institute, un laboratoire d’idées prônant la diplomatie et la retenue militaire pour la politique étrangère des USA. Il était auparavant rédacteur en chef adjoint à la Nonzero Foundation, où il co-rédigeait une newsletter hebdomadaire sur la politique étrangère. Il a récemment terminé un stage au Centre arabe d’études à l’étranger à Amman, en Jordanie, et il a obtenu sa licence à l’université Northwestern (Evanston, Illinois), où il a suivi un cursus de journalisme et d’études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. @connor_echols

 Ces dernières semaines, des milliers d’agents fédéraux des forces de l’ordre ont déferlé sur Minneapolis. Des vidéos montrent des agents de l’immigration sautant de fourgons banalisés, maîtrisant et aspergeant de gaz poivré des manifestants, et brisant des vitres pour traîner des gens hors de leurs voitures.

Des figures de proue de l’administration Trump ont défendu cette approche malgré une forte opposition locale. Par exemple, lorsque des agents fédéraux ont tué un manifestant nommé Alex Pretti samedi, la Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, l’a rapidement accusé de « terrorisme intérieur ».

Pour les observateurs du conflit israélo-palestinien, ces scènes peuvent sembler étrangement familières. Cette similitude n’est peut-être pas une coïncidence.

Au cours des deux dernières décennies, les responsables usaméricains de l’immigration ont maintenu une relation étroite avec le gouvernement israélien. Cette collaboration a inclus des voyages organisés pour des responsables usaméricains de haut niveau des forces de l’ordre en Israël, des formations conjointes pour les agents de l’immigration et des transferts de technologie qui ont mis des capacités de surveillance sophistiquées entre les mains de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le résultat a été une convergence croissante des mentalités entre les agences de sécurité israéliennes et usaméricaines.

L’objectif principal de cette collaboration est de prévenir les actes de terrorisme - un objectif nécessaire, bien que problématique. Mais, alors que l’administration Trump a de plus en plus repensé sa répression contre l’immigration clandestine comme une nouvelle sorte de guerre contre le terrorisme, elle a appliqué ces tactiques de contre-terrorisme à un nombre sans cesse croissant de personnes aux USA. Ce changement, qui a suscité des réactions malgré le large soutien public à la lutte contre l’immigration illégale, donne maintenant aux USAméricains un aperçu de la façon dont l’armée israélienne opère en Cisjordanie, selon Josh Paul, qui dirigeait auparavant le bureau des transferts d’armes au Département d’État.

« Il y a des parallèles frappants », dit Paul. « Vous avez des unités d’une force de sécurité qui sont imposées aux autorités locales, imposées à la police locale, qui s’engagent dans des points de contrôle, des détentions, y compris d’enfants [...] Et elles semblent opérer largement en toute impunité ».

Une relation de vingt ans

Lorsque Bill Ayub est revenu de son voyage en Israël, il était impressionné - mais un peu méfiant. Le logiciel de surveillance israélien est « un peu plus invasif que ce que vous verriez ici aux États-Unis », déclarait l’ancien shérif du comté de Ventura à Jewish Currents en 2022. Et l’usage de la force lors des arrestations était « choquant », a déclaré Ayub. « C’était genre “Ouaou, vous faites ça ?” [...] Nous irions en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici”

Ayub est l’un des centaines de hauts responsables usaméricains des forces de l’ordre qui, au cours des deux dernières décennies, ont visité Israël et rencontré des responsables israéliens des forces de l’ordre avec l’aide d’organisations à but non lucratif comme l’Anti-Defamation League (ADL) et le Jewish Institute for National Security of America (JINSA). Les informations publiques sur ces voyages, axés sur la lutte contre le terrorisme, sont limitées. Mais un itinéraire d’une délégation de l’ADL en 2016 montrait des réunions prévues avec des responsables israéliens dans une prison tristement célèbre et à Hébron, une ville ségréguée de Cisjordanie.

Des informations accessibles au public montrent que des responsables de l’ICE ont participé à huit voyages de l’ADL entre 2013 et 2016. Joseph Harhay, l’actuel chef adjoint de la Customs and Border Patrol (CBP), a participé à un voyage de JINSA en 2018.

Ces voyages financés par des fonds privés ne sont qu’une facette de la relation. L’administration Bush a créé l’ICE et la CBP en 2003, lors de la restructuration du gouvernement fédéral après les attentats du 11 septembre. Ces agences, toutes deux faisant partie du Département de la Sécurité intérieure (DHS), sont devenues partie intégrante d’un effort gouvernemental de lutte contre le terrorisme. « L’ICE a grandi avec la guerre mondiale contre la terreur », dit Anthony Aguilar, un officier de l’armée à la retraite et militant.

Le Congrès s’est rapidement tourné vers l’étranger pour obtenir de l’aide, créant un bureau du DHS principalement axé sur l’apprentissage auprès des responsables israéliens, selon les partisans de la législation. « Je pense que nous pouvons beaucoup apprendre d’autres pays, en particulier d’Israël, qui a malheureusement une longue histoire de préparation et de réponse aux attaques terroristes », a déclaré la sénatrice Susan Collins (Républicaine du Maine) à l’époque.

Les agents de l’ICE et de la CBP ont depuis développé une relation étroite avec leurs homologues en Israël, leur permettant d’échanger des notes sur les tactiques et la technologie. Le DHS a organisé des conférences avec des responsables de la sécurité israéliens, tenu des sessions de formation conjointes et même accordé des subventions à des officiers israéliens pour faire des recherches sur des domaines comme la lutte contre l’extrémisme violent, selon un ancien haut responsable du DHS.

Ce responsable, qui a déclaré que certaines des tactiques recommandées par les officiels israéliens équivalaient à du profilage racial et ethnique, se souvient d’un collègue senior se demandant : « Pourquoi donnons-nous des fonds à un gouvernement étranger pour ces choses ? Pourquoi le Département de la Sécurité intérieure fait-il ça ? »

Les officiers de l’ICE en particulier ont régulièrement participé à des entraînements aux côtés de la police israélienne, selon Aguilar, qui a déclaré avoir personnellement assisté à certaines de ces sessions au Centre national d’entraînement urbain d’Israël pendant son service dans l’armée. (L’ancien haut responsable du DHS a confirmé que les officiers de l’ICE s’entraînent souvent en Israël ; le DHS n’a pas répondu à une demande de commentaire.)

Le transfert de technologie a été un autre point important de collaboration. Cela est en partie dû aux liens étroits entre l’armée et les industries de la technologie de surveillance dans les deux pays. Par exemple, l’armée israélienne utilise des logiciels d’entreprises usaméricaines comme le géant de la surveillance Palantir, qui travaille également avec l’ICE.

L’ICE, pour sa part, a acheté une technologie sophistiquée de piratage téléphonique à des entreprises israéliennes controversées comme Cellebrite et Paragon. Ces outils ont aidé l’ICE à construire ce que les critiques appellent un « filet » de surveillance, collectant des données sur une grande partie du public usaméricain, y compris des citoyens.

Il n’est pas clair si le gouvernement usaméricain a facilité ces transferts de technologie de surveillance. Mais nous savons que les responsables US sont intéressés par la promotion de ce type de collaboration. Depuis 2015, le Programme binational de recherche et développement industriels (BIRD) réunit le DHS et le ministère israélien de la Sécurité nationale pour « développer des technologies avancées pour les besoins de la sécurité intérieure », selon le DHS. En 2022, l’administration Biden a lancé une autre initiative visant à promouvoir la collaboration entre le DHS et la Direction nationale de la cybersécurité israélienne.

D’autres similitudes peuvent simplement découler de la relation étroite que les responsables usaméricains et israéliens ont entretenue au fil des ans. Par exemple, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a rencontré l’année dernière le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un responsable controversé qui partage l’engagement de Noem en faveur d’un maintien de l’ordre intransigeant.


Mai 2025 : Kristi Noem visite le site du Monument de la Flèche Noire, commémorant les héroïques parachutistes israéliens, à 900 mètres de la frontière avec Gaza

Et certains parallèles n’ont rien à voir avec la relation usaméricano-israélienne en soi. Par exemple, l’armée israélienne a fait preuve d’un manque de discipline et de préparation au combat pendant la guerre à Gaza, que certains experts attribuent à un mauvais entraînement et à une expansion rapide des appels sous les drapeaux. L’ICE a fait face à des défis disciplinaires similaires lors de sa croissance vertigineuse sous l’administration Trump, qui a augmenté le budget annuel de l’agence d’environ 200 % et plus que doublé le nombre de ses officiers en moins d’un an pour dépasser les 20 000 agents. (3 000 officiers de l’ICE et de la CBP ont été envoyés dans le seul Minnesota)

« C’est un peu chacun pour soi. Ils n’opèrent manifestement pas sous des procédures opérationnelles standard », dit Aguilar, qui a observé des manifestations à Minneapolis cette semaine et travaillé comme sous-traitant militaire à Gaza pendant la guerre. « C’est exactement comme ça que les Forces de défense israéliennes opèrent à Gaza ».

Bien sûr, les scènes de Minneapolis ont déclenché une réaction que l’administration aura du mal à ignorer. En effet, le président Trump a déjà commencé à modifier son approche ces derniers jours, rétrogradant un commandant controversé de la CBP et envoyant son « tsar des frontières », Tom Homan, superviser les opérations dans un souci de désescalade. Trump a même changé de ton concernant le meurtre de deux citoyens usaméricains par l’ICE, qualifiant les deux incidents de « terribles ».

Mais, compte tenu de l’étendue de la collaboration sécuritaire usaméricano-israélienne et du désir de Trump d’agir rapidement sur les expulsions, le Minnesota pourrait ne pas être le dernier État à voir ce genre de tactiques - et de technologies - déployées dans ses rues. « Rien de tout cela ne me surprend », a déclaré l’ancien haut responsable du DHS, ajoutant qu’il espérait toujours qu’une pression interne pourrait encourager l’administration à changer de cap. « Je suis un peu choqué que les gens ne fassent ces comparaisons que maintenant ».

NdT

*Contre-terrorisme : désignation officielle de la contre-insurrection

** CBP : Customs and Border Protection, Service des douanes et de la protection des frontières, agence du département de la Sécurité intérieure (DHS), créée en 2003. Elle compte aujourd’hui 65 620 employés.

De quoi Minneapolis est-il le nom ? (Dossier)

L’exécution extrajudiciaire de Renée Nicole Good le 7 janvier et d’Alex Pretti le 23 janvier, à Minneapolis, capitale du Minnesota, a donné une dimension nouvelle, aux répercussions mondiales, à l’opération lancée par l’administration Trump, officiellement contre les immigrés sans-papiers, de fait contre les « ennemis de l’intérieur » de tous genres et de toutes origines, citoyens blancs compris, qualifiés après coup de « terroristes » pour  justifier leur exécution. Ce dossier explique les tenants et les aboutissants de l’opération Metro Surge et passe en revue les ripostes des autorités locales et étatiques, des premiers concernés, les immigrés, et du reste de la société civile à l’offensive trumpienne et met en regard les enjeux des luttes pour les droits des migrants dans l’ensemble des USA, en Europe et dans le Sud global.

Fausto Giudice, Tunis, 30 janvier 2026

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