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22/06/2021

Le journaliste de Haaretz Gideon Levy reçoit le principal prix de journalisme d'Israël

Ofer Aderet, Haaretz, 14/6/2021

Traduit par Fausto Giudice

Selon le comité du Prix Sokolow, Gideon Levy « remet en question le consensus israélien grâce à un travail courageux sur le terrain qui fait entendre la voix des Palestiniens » de Cisjordanie et de Gaza.

Le journaliste de Haaretz Gideon Levy est l'un des lauréats du prestigieux PrixSokolow 2021, décerné par la ville de Tel Aviv. Levy, 68 ans, qui écrit pour Haaretz depuis 1982, a remporté le prix du journalisme écrit.


Gideon Levy dans le village de Turmus Ayya, en Cisjordanie, lundi. Photo Alex Levac

Cette semaine, Gideon Levy répondra aux questions des auditeurs du podcast Haaretz Weekly. Pour soumettre votre question, envoyez un courriel à weekpod@haaretz.co.il 

Depuis la première Intifada, Gideon Levy écrit une chronique hebdomadaire, « The Twilight Zone » (Entre chien et loup), sur les souffrances des Palestiniens dans les territoires occupés en 1967. Dans ses articles d'opinion publiés dans Haaretz, il évoque l'injustice de l'occupation et n'hésite pas à exprimer des points de vue impopulaires contre la politique d'Israël, qui suscitent souvent de vives critiques de la part des lecteurs et du grand public.

« Le journaliste Gideon Levy remet régulièrement en question le consensus israélien dans un travail courageux sur le terrain qui apporte les témoignages et les histoires de ceux qui ne sont pas suffisamment exposés dans le débat médiatique local - les voix des Palestiniens de Judée, de Samarie et, dans le passé, de la bande de Gaza », ont écrit les juges dans leur décision d'attribuer le prix. Levy « présente des positions originales et indépendantes qui ne s'abandonnent pas aux conventions ou aux codes sociaux et, ce faisant, enrichit sans peur le discours public « .

02/07/2023

GIDEON LEVY
Pour une réalité pacifique, imaginez l’exact opposé d’Israël et vous aurez l’Islande

Gideon Levy, depuis Reykjavík, Haaretz, 2/7/2023

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Invité en Islande par l’association Islande-Palestine et Ögmundur Jónasson, Gideon Levy relate ses impressions. Une vraie déclaration d’amour.

échelle de Richter. Pendant un moment, il y a eu un risque de nouvelle éruption volcanique. L’information a été donnée à la radio dans le cadre des prévisions météorologiques.

Le contraste est saisissant avec Israël, où la première pluie de la saison est annoncée de manière plus terrifiante. En Islande, la lave descend d’une montagne environ une fois par décennie. En 2010, une éruption de la calotte glaciaire Eyjafjallajokull a créé un nuage de cendres volcaniques qui a perturbé les vols dans le nord-ouest de l’Europe.



Source d’eau chaude à Hrunalaug, Islande

Les Islandais ne sont pas inquiets. Personne ne leur instille de l’anxiété inutile. Personne ne se demande si l’Islande sera encore là dans 50 ans, comme c’est le cas en Israël, même si l’avenir de l’Islande est bien plus sombre, avec ses cendres volcaniques, son déclin démographique et les menaces d’ inondations dues à l’élévation du niveau de la mer.

L’Islande compte 580 000 citoyens, dont 50 000 vivent à l’étranger. Cinquante mille étrangers vivent en Islande, mais on n’en parle pas beaucoup. Personne ne semble s’inquiéter de l’avenir de la nation islandaise, contrairement à Israël, où l’on se préoccupe de l’avenir du peuple juif.

L’Islande est une île verte entourée d’un océan, probablement le joyau le plus beau et le plus fascinant du monde. Quatre fois plus grande qu’Israël, elle est essentiellement vide d’habitants. Ceux qui vivent ici semblent détendus et satisfaits, ce qui est difficile à comprendre pour des Israéliens angoissés, confrontés à des dangers réels ou imaginaires.

Ils ne craignent pas que le sol brûle littéralement sous leurs pieds ou qu’une “menace démographique” pèse sur eux. Personne ne s’inquiète de l’“assimilation” et les “mariages mixtes” ne sont pas un problème ici. L’émigration ne l’est pas non plus. Les liens familiaux et l’attachement à la nature sont plus importants que tout. Il n’y a pas de campagnes d’intimidation contre l’émigration, et encore moins contre les mariages avec des étrangers. Pourquoi diable en serait-il ainsi ?

Les Islandais sont les citoyens de l’un des rares pays sans armée. Cela ne les dérange pas non plus. Dans le port de Reykjavik, un seul navire des garde-côtes était présent cette semaine. C’est leur seule arme. Ils se contentent de leur appartenance à l’OTAN, qui a ses opposants - comme Ögmundur Jónasson, un impressionnant homme de gauche qui, pendant 21 ans, a été député, ministre de la justice, ministre de l’intérieur, ministre de la santé et ministre des communications. Il milite actuellement pour les droits nationaux des Kurdes.


Reykjavik, Premier Mai 2023

En Israël, aucun politicien ne travaille pour les droits des autres nations, même après avoir pris sa retraite. Lorsque les chefs des pays européens se sont réunis ici il y a quelques semaines, la police s’est empressée de s’équiper de 100 nouveaux fusils. Parfois, il se passe des années sans qu’aucun meurtre ne soit commis ici.

Le nombre annuel de meurtres est inférieur au nombre de meurtres commis dans les communautés arabes d’Israël au cours d’une mauvaise journée. Le pays occupe une position stratégique au milieu de l’océan Atlantique. Les Islandais ne craignent personne. La Suède, la grande sœur, craint beaucoup plus la Russie. Les Islandais ont fait de leur faiblesse une force et de leur petit nombre un avantage. Leur modestie et leur simplicité sont également une force. Il n’y a pratiquement pas de voitures de luxe monstrueuses comme en Israël ; l’auteure-compositrice-interprète Björk vit dans une modeste maison jaune au bord de la mer.

Pensez à Israël, puis imaginez son opposé. C’est l’Islande. Il est difficile de trouver deux contrastes plus grands, même en excluant les clichés sur le comportement sur les routes du pays, le niveau de propreté, le calme et la connaissance de l’anglais. Sa nature époustouflante, difficile à décrire, fait paraître les réserves naturelles d’Israël dérisoires. Le tourisme continue de frapper à la porte de la nation insulaire. Les chiffres augmentent de façon alarmante et les habitants s’inquiètent d’être inondés comme d’autres endroits ruinés et enlaidis par des hordes de touristes.

Un pays sans armée et sans inquiétude quant aux menaces malicieusement semées dans l’esprit de sa population, occupée à vivre sa vie et à profiter de la nature, de la mer et des moutons. Un pays avec 150 000 chevaux dans une mer verte sans fin, sans qu’aucun cheval n’ait été introduit de l’étranger au cours des 1000 dernières années ; un pays où l’eau chaude des robinets provient du sous-sol ; un pays sans Itamar Ben-Gvir. Imaginez ça.

Conférence de Gideon Levy à Reykjavik (aller à 13 :28)


Interview de Gideon Levy sur Rauður veruleiki (Réalité rouge) 

 

08/02/2025

ALAIN CAMPIOTTI
Leyendo Haaretz

Alain Campiotti, Le Temps, 13-1-2025
Traducido por Michel Mujica

El autor es un periodista y escritor suizo, columnista en el diario Le Temps

En el turco. Es un restaurante banal, no lejos del aeropuerto Ben Gurion. ¿Por qué ir a comer allí? Porque el hijo, que hizo el servicio militar en la zona, pensó que el shawarma era sabroso. El otro día llevó allí a su padre, Gideon Levy. Las cosas salieron mal. Rápidamente se reunió una multitud alrededor de su mesa y los insultos volaron. Al hijo: “¡Que se joda la madre del que come con los nazis!” Al padre: “¡Eres un nazi porque te preocupas por los niños de Gaza!” A causa de la bronca, tuvieron que marcharse.

Gideon Levy es periodista de Haaretz, uno de los diarios más conocidos de Israel, conocido por sus investigaciones sobre el terreno entre los palestinos y sus despiadados comentarios contra el gobierno de Benyamin Netanyahu y los partidos que dominan la escena política israelí. También es probablemente el periodista más odiado e insultado del país. Sin embargo, este hijo de inmigrantes centroeuropeos era cualquier cosa menos un exaltado. Religioso y nacionalista acérrimo en su juventud, según él mismo afirma, llegó a ser portavoz de Shimon Peres, del Partido Laborista, antes de incorporarse a Haaretz, donde se convirtió en una voz resonante cuando el centenario diario pasó del liberalismo moderado a la crítica de los supremacistas y anexionistas que poco a poco se hacían con el poder en Israel.

Pero este Haaretz tan comprometido no es un órgano de propaganda: trabaja en profundidad. También está abierto a voces que lo desafían, como Israel Harel, colono radical y belicista sin complejos, o el historiador Benny Morris, que aboga constantemente por un ataque a gran escala contra Irán.

Tras el asalto masivo de Hamás el 7 de octubre de 2023, el periódico no vaciló en su denuncia de este horror y en su documentación de las masacres, torturas y violaciones que pudieron probarse. Pero cuando se desataron las represalias en Gaza y luego en otros lugares, puso el mismo celo en describir los abusos de esta guerra sin límites y sin piedad para los civiles, a pesar de los obstáculos de todo tipo. Un periodismo ejemplar y solitario, en la adversidad y el dolor.
En otro lugar, el periódico ofrece una descripción a gran escala, completa con mapas (antes y después) de las ciudades destruidas en Gaza y las tiendas de campaña que han sustituido a las casas, bajo la lluvia torrencial de este día de Año Nuevo para nosotros. Otro texto imagina a toda la población de Jerusalén, Tel Aviv y Haifa concentrada en la playa bajo las inclemencias del tiempo: ésta es la vida de los gazatíes que describe.
El otro sábado, Alain Finkielkraut, en Répliques, su programa de culto en la radio France Culture, abrió una especie de apasionada discusión talmúdica sobre este tema (y sobre el pensamiento de Emmanuel Lévinas). ¿Qué significa «pueblo elegido» para los judíos? Todos estuvieron de acuerdo en que sólo puede significar revelar a otros pueblos (el pueblo palestino, por ejemplo) su parte en la elección. Para los extremistas en el poder en Israel significa algo muy distinto. Para algunos de ellos (diputados), no hay ni un solo inocente entre los 2,3 millones de palestinos de Gaza. Se lo dice la Biblia: ante las trompetas de Josué, las murallas de Jericó se derrumbaron y sus habitantes fueron pasados a cuchillo, hombres, mujeres, niños, ancianos, bueyes, ovejas y burros. Un miembro no fanático de la Knesset se levantó para denunciar la «bajeza moral» de este «mesianismo mendaz, nacionalista, racista y fundamentalista que envenena y destruye el espíritu de Israel».
Cuando Gideon Levy salió el otro día del restaurante de shawarma cerca del aeropuerto Ben-Gurion con su hijo, que había sido ahuyentado a base de insultos, fue abordado en la calle por un joven. Era simpático. Le pidió al odiado periodista su bendición. Un tímido atisbo.

Así que me suscribí hace 400 días, para saber más. Es útil, o indispensable. El martes pasado, oí una noticia de diez segundos en una emisora de radio francesa: 51 gazatíes habían muerto durante el día. Miré a ver qué se decía aquí. No había nada. La guerra dura, uno se acostumbra a ella, y algunas muertes valen más que otras; en aquel momento sólo hablábamos de «Charlie», diez años después.

Con Haaretz, estamos en el meollo, con los ojos abiertos. ¿Le apetece? Por ejemplo, el 1 de enero, cuando estábamos de celebración. Ese día, el periódico llegaba al final de un completo reportaje sobre la «guerra contra la prensa» que, en su opinión, libraba el gobierno de Netanyahu, y no hablaba sólo de los 110 periodistas muertos en Gaza. Se ha puesto en marcha un boicot contra el diario rebelde: no más comunicaciones, no más publicidad, no más ingresos del Estado; un viejo plan puesto en marcha el día en que Amos Schocken, el propietario de Haaretz, hablaba en una conferencia en Londres sobre los «luchadores por la libertad palestinos a los que Israel llama terroristas».

El veterano de Haaretz Zvi Bar'el se pregunta por qué la población israelí ha asimilado tan silenciosamente lo que ocurre en Gaza: destrucción masiva y muerte; le recuerda, y mucho, a la Noche de los cristales rotos en Alemania en noviembre de 1938. Una columnista árabe del periódico lamenta cómo las víctimas de los bombardeos han quedado reducidas a estadísticas, mientras que los niños quedan sepultados bajo las ruinas, sus vidas olvidadas para siempre.

Este número de Haaretz habla, por supuesto, de la destrucción del hospital Kamal Adwan en Beit Lahia, justo al norte de Gaza. Poco después, este rudimentario hospital, el penúltimo de esta parte de la Franja, también fue mencionado en un debate del canal LCI, el menos despreciable de los canales franceses de noticias. David Pujadas y sus invitados intentan distinguir lo verdadero de lo falso en este asunto. Porque lo que viene de Gaza está bajo el control de Hamás, ya que el territorio está cerrado a los periodistas. ¿Y no serían  terroristas los pacientes a los que se ve salir con los brazos en alto? ¿Y el médico jefe hecho prisionero, el doctor Hossam Abu Safiya, que tenía un cargo en Hamás, no es otro terrorista? Por otro lado, está la descripción que hace Haaretz del asalto al hospital. Pero cuidao, este periódico es la oposición, es la izquierda…

Haaretz es muy citado en el mundo (la prueba...), pero en Israel es una voz débil: 5% de la audiencia. Gran parte del resto de los medios de comunicación se alinean con la retórica de la venganza y la guerra total desde el 7 de octubre de hace 2 años: los pacientes de Kamal Adwan son terroristas, el médico es un combatiente. En este paisaje, Haaretz es un tenue faro de ética antibelicista. La ética...

Esto es también lo que escribe Haaretz todos los días. Pero frente a esta débil voz, está la realidad del poder sin parangón del ejército de Israel, alimentado sin cesar por sus aliados occidentales, de la victoria total y la obliteración de Jericó, de Palestina. El periódico acaba de revelar que está a punto de alcanzarse un acuerdo con Arabia Saudí para un arreglo regional cuyas migajas para los palestinos, si es que alguna vez obtienen alguna, no serán más que la humillación de sus aspiraciones. La lucha de Haaretz se verá entonces como lo que es: heroica, trágica, perdida.

Gran parte del resto de los medios de comunicación se alinean con la retórica de la venganza y la guerra total.

01/06/2023

GIDEON LEVY
À 70 ans, personne en Cisjordanie ne me soupçonne d'être un agent du Shin Bet

Gideon Levy, Haaretz, 1/6/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Gideon Levy, par Gil Cohen Magen, AFP/Getty Images

Lorsque mon grand-père a eu 70 ans, ses amis ont fêté son anniversaire. Dans le salon du petit appartement de la rue Rozenbaum à Tel Aviv, qui se transformait la nuit en chambre à coucher de ma grand-mère, des amis du vieux pays [les grands-parents venaient de Saaz/Žatec, dans les Sudètes, en Bohême du Nord, Tchécoslovaquie, NdT], dont je me souviens encore des noms, se sont réunis : Franzi, Ilsa, Pepi, Artur, Binka, Irma, Josef, Netka. Il y avait peut-être aussi Mme Korf, peut-être Mme Knopfelmacher, peut-être M. Gronich, l'avocat de la famille, peut-être Mme Simon, l'agent d'assurance.

L'une des amies, probablement Elsa Aufricht, mais je n'en suis pas certain, a récité un long maqama - un genre de récit en prose rimé d'origine arabe, remis au goût du jour en Israël vers 1960 par l'écrivain Haim Hefer - en allemand, en l'honneur de celui qui fêtait son anniversaire. J'avais 10 ans. C'était l'Europe centrale à Tel Aviv. Il y avait des petits fours, des gespritzten (panaché de vin blanc et de limonade), un gâteau au chocolat avec de la crème fouettée appelé “gav hatzvi” (épaule de cerf), ou encore pischinger ou malakoff, que ma grand-mère Trude préparait. Les dames portaient encore les fourrures qu'elles avaient apportées de “là-bas”, ou des tailleurs en jersey d'Iwanir ou des ensembles tricotés d'Aled avec une broche au revers ; elles fumaient des Dubek 10 dans un porte-cigarette. Mon grand-père ne quittait jamais la maison autrement qu'en costume, généralement avec un nœud papillon.  Nous étions des sabras, des nouveaux juifs, sains et robustes, qui allions bientôt écouter Pink Floyd et entrer dans l'armée, et eux, c'étaient des déplacés qui s'accrochaient de toutes leurs forces aux restes d'Europe qu'ils s'étaient conservés ici, loin du Levant, qu'ils ne pouvaient supporter. Ils ne s'intègreraient jamais ici, alors ils nous semblaient encore plus âgés. L'allemand qu'ils parlaient, que je considérais comme une langue réservée aux vieux, n'était pas la seule raison pour laquelle j'avais l'impression qu'il s'agissait d'un événement pour les personnes âgées. À l'époque, les septuagénaires étaient considérés comme très vieux.

 Rozenbaum 6

Mon grand-père Viktor utilisait déjà une canne depuis quelques années, une habitude qui avait commencé, soi-disant, pour que les gens lui laissent leur place dans le bus, ou du moins c'est ce qu'il disait, mais en fait il en avait de plus en plus besoin. Le bandage herniaire qu'il portait le gênait également dans ses mouvements. À l'époque, il n'y avait pas beaucoup de personnes plus âgées que mon grand-père. Il m'entraînait dans ses fréquents déplacements vers les cabinets d'avocats poussiéreux d'Allenby Street, afin d'obtenir des réparations de la part de l'Allemagne pour des amis. Il m'emmenait dans deux de ses cafés habituels, un petit et un grand, et commandait des taxis place HaBima en utilisant les deux seuls mots qu'il connaissait en hébreu : “Rozenbaum shesh” [six]. Il m'attendait sur le balcon de son appartement avec les livres de politique et de philosophie en allemand qu'il avait commandés à Robinson Books dans la rue Nahalat Binyamin, après avoir marqué au crayon les passages qu'il me lirait, et mes yeux se fermaient d'ennui. Il me destinait à la grandeur, en vain.

Lorsque l'accord de cessez-le-feu de la guerre d'usure a été signé le 7 août 1970, il m'a envoyé un télégramme de félicitations. J'étais en Amérique, dans le cadre d'une mission de jeunesse auprès des communautés juives de la côte Est. Nous avons dansé la hora pour eux, vêtus de chemises brodées, au son de “Shir La'shalom”. Mon grand-père pensait que la paix était revenue et il a envoyé un télégramme à son petit-fils. Même à l'époque, je trouvais que c'était une chose bizarre à faire.

La vie a filé à toute allure et j'aurai 70 ans ce vendredi 2 juin. Ce mot roule sur la langue plus facilement qu'à 60 ans, l'année de la véritable crise de la vieillesse, du moins pour moi. La tentation est grande de croire que mon grand-père était un vieux 70 ans et que je suis un jeune de 70 ans. De recourir au cliché selon lequel les septuagénaires sont les nouveaux cinquantenaires. Il est assez facile d'affirmer que cet âge a ses avantages : j'ai déjà vu des gens me céder leur place dans le bus. Mais c'était tellement humiliant. Lorsque cela s'est reproduit, j'ai pensé qu'il valait mieux mourir.

Mais le fait est que chaque fois que je descends du bus, je m'accroche à tous les poteaux possibles pour ne pas trébucher, et je me plains en silence des jeunes qui mettent leurs pieds sur les sièges. Ce n'est qu'en voyageant en Cisjordanie que l'ignominie de la vieillesse devient un avantage : plus personne ne nous soupçonne, le photographe Alex Levac et moi, d'être des agents du Shin Bet, des commandos infiltrés de l’unité Douvdevan ou même des colons. Ceux-là sont tous plus jeunes que nous. Jusqu'à présent, seul Levac a été appelé hadj par des Palestiniens.

Je pensais que ce serait plus dur que ça d'avoir 70 ans.

NdT : Bon anniversaire, Gideon ! 



28/11/2024

GIDEON LEVY
Exponer los trapos sucios de Israel en el extranjero es la mejor hasbara que podemos esperar

Gideon Levy, Haaretz, 27/6/2024
Traducido por Luis Casado, Politika/Tlaxcala

¿Por qué fui a hablar al extranjero? ¿Por qué lavar allá los trapos sucios? En primer lugar, porque en el extranjero hay mucho más interés y ganas de escuchar que aquí en Israel. El debate público en el que participé la semana pasada en Toronto con Mehdi Hasan, Douglas Murray y Natasha Hausdorff versaba sobre si el antisionismo es antisemitismo. Las 3 mil entradas (que no eran baratas) se vendieron con mucha antelación, y la sala de conciertos de la ciudad estaba completamente llena... y tormentosa. Dudo que se hubieran vendido 30 entradas para un debate similar en el Auditorio Bronfman de Tel Aviv.


Una manifestante disfrazada de Estatua de la Libertad en una concentración de simpatizantes y familiares de rehenes que pedían su liberación el lunes en Tel Aviv. La pancarta hace referencia a la frase «Todos los ojos puestos en Rafah» que circula por la red. Foto: Marko Djurica/Reuters

Pero el interés por debatir cuestiones de principio, que existe en el extranjero mas no en Israel, no es la única razón para ir allí. El extranjero es el escenario que, en gran medida, determinará el futuro de Israel. No debemos dejarlo en manos de la derecha. Nadie se queja cuando los propagandistas de la derecha causan estragos en todo el mundo a través de la clase dirigente sionista, los poderosos, las organizaciones judías y las embajadas israelíes, un vasto grupo de presión con mucho dinero.
Siembran el pánico afirmando que cualquier crítica a Israel, a la ocupación o el apartheid israelí es antisemitismo, y así silencian a medio mundo por miedo a ser sospechosos de antisemitismo.


Extracto del discurso de Gideon Levy en el Debate Munk de Toronto

Esta práctica manipuladora produce resultados a corto plazo. A largo plazo, será contraproducente para Israel y los judíos, por cuya culpa se ha suprimido la libertad de expresión. Una investigación de The Guardian ha revelado una vez más los métodos utilizados por el Ministerio de la Diáspora y promovidos por el Ministerio de Asuntos Estratégicos para hacerle frente a lo que está sucediendo en Estados Unidos y en los campus universitarios estadounidenses. Tales métodos bastan para dar una mala imagen de Israel. Todo vale para la derecha colonialista y el establishment sionista y judío; alzar una voz diferente a la de Israel es traición.

El daño más perjudicial para la reputación de Israel lo causan sus políticas. La entrevista o el discurso de un detractor de Israel que le hará tanto daño a Israel como las imágenes de los horrores cometidos en Gaza están aún por venir. Un niño convulsionando y moribundo en el suelo manchado de sangre del hospital Al Rantisi es más destructivo que mil artículos de opinión.

Ninguna campaña de propaganda gubernamental - conocida como «Concierto» o «Kela Shlomo» según The Guardian - puede erradicar la repugnancia (justificada) que Israel despierta con su comportamiento en la Franja de Gaza y Cisjordania.

Ningún artículo ha causado tanto daño como la foto del palestino herido atado al techo del capó en llamas de un Jeep del ejército israelí en Yenín. E incluso quienes sólo se preocupan por la imagen de Israel en el extranjero, y no por su esencia moral y su encarnación, deben estar esperando un cambio de política.

La explicación de que ya no hay distinción entre lo que se dice aquí y lo que se dice allá, porque la tecnología lo transmite todo, es risible. Lo que cuenta es el sentimiento antidemocrático de quienes intentan silenciar una opinión, expresada aquí o allá, y la obligación de recabar apoyos «por el bien» del Estado.

Independientemente de la utilidad o de los daños causados a Israel, cada individuo tiene el derecho a expresar sus opiniones en cualquier lugar y en cualquier momento. Basta ya de esta mierda anarquista, primitiva y antidemocrática de “no se lo digas a los Goys”. ¿Y quién determinará lo que es bueno para Israel? ¿La derecha? ¿El gobierno? ¿Los colonos? ¿Y qué Israel debe ser servido?

Cuando destacados israelíes publicaron el miércoles un llamamiento en el New York Times para que no se invitara a Netanyahu al Congreso, no sólo era su derecho, sino también su deber. Todos los que, como ellos, creen que el Primer Ministro Benjamin Netanyahu está haciéndole un daño irreversible al Estado deben poder decirlo, en todas partes.

Haaretz, que se lee en el extranjero en su edición inglesa tanto como en Israel, no es sólo una fuente de información, sino también una fuente de esperanza de que Israel no se resume en los colonos, en el ministro de Seguridad Nacional Itamar Ben-Gvir, en el ministro de Finanzas Bezalel Smotrich y en Netanyahu.
Esta es la mejor defensa pública que Israel puede esperar en estos momentos.

NdT: el gobierno de Netanyahu intenta ahora silenciar Haaretz cortándole todas las fuentes de financiamiento. 

 

 

27/06/2024

GIDEON LEVY
Exposer le linge sale d’Israël à l’étranger est la meilleure hasbara que nous puissions espérer

Gideon Levy, Haaretz, 27/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala 

Pourquoi suis-je allé faire une prestation à l’étranger ? Pourquoi aller y laver le linge sale ? Tout d’abord, parce qu’il y a beaucoup plus d’intérêt et de désir d’écouter à l’étranger qu’ici en Israël. Le débat public auquel j’ai participé la semaine dernière à Toronto avec Mehdi Hasan, Douglas Murray et Natasha Hausdorff portait sur la question de savoir si l’antisionisme est de l’antisémitisme. Les 3 000 billets (qui n’étaient pas bon marché) ont été vendus bien à l’avance, et la salle de concert de la ville était entièrement remplie - et orageuse. Je doute que 30 billets auraient pu être vendus pour un débat similaire à l’auditorium Bronfman de Tel Aviv.


Une manifestante déguisée en Statue de la Liberté lors d’un rassemblement de sympathisants et de familles d’otages pour demander leur libération, à Tel Aviv, lundi. La banderole fait allusion à la phrase “All eyes on Rafah” circulant sur la toile. Photo : Marko Djurica/Reuters

Mais l’intérêt de débattre de questions de principe, qui existe à l’étranger et n’existe pas en Israël, n’est pas la seule raison de s’y rendre. C’est à l’étranger que se trouve l’arène qui, dans une large mesure, déterminera l’avenir d’Israël. Nous ne devons pas l’abandonner à la droite. Personne ne se plaint lorsque les propagandistes de la droite sèment la pagaille dans le monde par le biais de l’establishment sioniste, des machers [“faiseurs” en yiddish et en anglais US , personnes influentes, NdT], des organisations juives et des ambassades israéliennes - un vaste lobby avec un paquet de fric. Ils sèment la panique en affirmant que toute critique d’Israël, de l’occupation ou de l’apartheid israélien est de l’antisémitisme, et réduisent ainsi la moitié du monde au silence par crainte d’être soupçonné d’antisémitisme.


Un extrait de l’intervention de Gideon Levy au Munk Debate à Toronto

Cette pratique manipulatrice donne des résultats à court terme. À long terme, elle se retournera contre Israël et les Juifs, à cause desquels la liberté d’expression a été supprimée. Un rapport d’enquête du Guardian a révélé une fois de plus les méthodes utilisées par le ministère de la Diaspora et promues par le ministère des Affaires stratégiques pour faire face à ce qui se passe aux USA et sur les campus usaméricains. De telles méthodes suffisent à donner une mauvaise image d’Israël. Tout est permis à la droite des colons et à l’establishment sioniste et juif ; faire entendre une voix différente de celle d’Israël est une trahison.

28/10/2021

GIDEON LEVY
Si seulement tous les bus israéliens étaient comme ce bus public de rêve !

Gideon Levy, Haaretz, 27/10/2021
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

NdT : les transports publics ne fonctionnent pratiquement pas en Israël -sauf à Haïfa - pendant le shabbat (du vendredi 18 minutes avant le coucher du soleil au samedi 40 minutes après le coucher du soleil). Gideon Levy salue l’initiative prise par la municipalité de Tel Aviv en 2019 : six lignes de bus gratuits circulent maintenant pendant le shabbat entre Tel-Aviv et les villes satellites de Ramat Gan, Ramat Hasharon, Givatayim, ’Holon et Kiryat Ono. Une proposition de loi de Tamar Zandberg (Meretz) visant à autoriser les transports publics pendant le shabbat a été rejetée par la Knesset en juin 2020. Le membre de la Knesst Uri Maklev, ultra-orthodoxe, avait alors déclaré : « Pourquoi sommes-nous un État juif ? Quel est notre lien avec la terre d'Israël, à part manger du falafel ? C'est notre identité juive. Les valeurs passent avant les loisirs. » Selon un sondage en 2018, 72% des Israéliens interrogés s’étaient déclaré favorables à une levée de l’interdiction.

Pendant une heure environ, c'est un autre pays, celui qui aurait pu être, celui qui aurait dû être. C'est pourquoi j'aime tant ce voyage. C'est un voyage de souhaits réalisés et d'illusions.

 


Un bus gratuit mis en place par la municipalité de Tel Aviv le jour du shabbat

Chaque week-end, il existe un service de bus dans l'agglomération de Tel Aviv que peu de gens connaissent. Il existe sept lignes entre six villes, 600 trajets chaque week-end, transportant 18 000 passagers. Le timing est comme une montre suisse, la politesse scandinave. De beaux bus, avec des chauffeurs arabes israéliens, le service est gratuit. Quelque chose dans ce bus de shabbat me remplit d'un rare sentiment de normalité et de gratitude ; presque tous les passagers qui montent ou descendent remercient le chauffeur, ce qui est presque inédit en Israël.

En apparence, c'est à cause de la gratuité du service et de l'ambiance du week-end, mais c'est plus que cela. Tout est apparemment évident, et rien ne l'est. Transports publics le jour du shabbat, service métropolitain gratuit, calme dans le bus, courtoisie et générosité. Le fait que les chauffeurs soient arabes et que quelques passagers le soient aussi crée la douce illusion d'un pays sain et équilibré. Bien sûr, il faut plus de Juifs pour conduire des Arabes et non l'inverse, sur le long chemin qui mène au rêve d'égalité, mais même ce petit trajet binational n'est pas un voyage vers nulle part. Peu de gens remarquent que les conducteurs sont des Arabes. Personne n'en fait tout un plat. Les voyous juifs ne les attaqueront jamais violemment comme à Jérusalem et dans d'autres villes, et ce n'est pas non plus quelque chose à prendre pour acquis. Les transports publics le jour du shabbat, sans cris de "Shabbès !" [shabbat en yiddish, crié par les orthodoxes pour tancer les violations d’interdits ce jour-là, NdT] et sans jets de pierres ne sont pas non plus une mince affaire. 

13/10/2021

ODEH BISHARAT
Un prix Nobel de la vérité pour Gideon Levy

Odeh Bisharat, Haaretz, 12/10/2021
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Odeh Bisharat est né en 1958 dans une famille originaire de Ma'alul, un village palestinien détruit en 1948, et vit aujourd'hui à Yafiah, en Galilée, avec sa femme et leurs trois enfants. Il a été impliqué dans des activités politiques et sociales toute sa vie, d'abord en tant que responsable du Comité national des lycéens arabes israéliens, puis en tant que responsable de l'Organisation des étudiants arabes à l'université de Haïfa. Il a également été actif dans divers mouvements judéo-arabes et a travaillé comme rédacteur en chef du journal pour jeunes Al-Jad. Au début des années 2000, Bisharat a été secrétaire général du parti politique Hadash (Front démocratique pour la paix et l'égalité). Actuellement, il est chroniqueur d'opinion pour les journaux Haaretz et Al-Atikhad. Il a publié trois romans en arabe : The Streets of Zatunia (traduit en hébreu et en finnois), Donia (traduit en hébreu) et The Late Tammam Mekehoul. @OdehBisharat

S'il y avait un prix Nobel pour l'incitation [à la haine, NdT], il y aurait certainement de la place pour l'appel du journaliste Akiva Novik à attribuer un prix Nobel de la paix à l'ancien Premier ministre Benjamin Netanyahou pour les accords d'Abraham. L'ancien président usaméricain Donald Trump (à qui Novik voulait également accorder un prix de la paix pour les Accords) peut se voir offrir un prix Nobel de la malhonnêteté. Vraiment, quel rapport y a-t-il entre Netanyahou, "l'ange de la destruction" selon le défunt Premier ministre Yitzhak Shamir, et ce prix humain ?

Et maintenant, le point principal : cette année, les responsables du prix ont pensé autrement. Ils sont partis du principe qu'il existe un lien étroit entre "paix" et "vérité", sinon ils n'auraient pas accordé le prestigieux prix à deux journalistes, Maria Ressa des Philippines et Dmitry Muratov de Russie, car les journalistes ne s'occupent pas directement de promouvoir des relations pacifiques entre les pays et les nations, ils s'occupent d'extraire la vérité des mâchoires mensongères du gouvernement - presque chaque gouvernement. 

À cette occasion, je peux proposer deux explications à cette décision. La première : la paix et la vérité sont du côté du bien, de la vie, alors que la guerre et le mensonge sont du côté du mal. Aussi, afin de renforcer la fraternité du bien, le comité a jugé bon d'honorer la vérité dans les rangs du royaume de la paix. Pas mal. Je suis d'accord. 

Et une autre explication qui me vient à l'esprit : il est vrai que les lauréats ne sont pas les premiers journalistes à recevoir le prix Nobel de la paix - auparavant, deux journalistes ont reçu le prix, en 1907 [Ernesto Teodoro Moneta, pacifiste italien] et en 1935 [Carl von Ossietzky, alors emprisonné par les nazis] - mais la guerre entre les mensonges, la désinformation et la manipulation des faits, d'une part, et un reportage équilibré et véridique, d'autre part, est aujourd'hui le principal champ de bataille dans notre monde turbulent. Les mots ont remplacé les coups de feu, les enquêtes ont remplacé l'artillerie et les images ont remplacé les bombes. 

Aujourd'hui, il est difficile d'entrer dans les médias sociaux sans être frappé par les éclats de l'incitation. Si on la compare à un tir réel, on peut compter de nombreuses victimes. Il est vrai que l'incitation ne laisse pas de morts et de blessés derrière elle, mais son impact psychologique négatif sur le comportement humain est énorme, surtout lorsque ce champ de bataille est géré par des géants tels que Facebook qui, selon les enquêtes, enflamme les éléments négatifs de notre discours. Nous pouvons certainement considérer la décision actuelle du comité du prix Nobel comme une sorte d'expression d'aversion pour le discours superficiel des médias sociaux. 

Je suis donc impressionné par le fait que ce prix important ait été décerné à des journalistes. À l'époque actuelle, ils sont les leaders de la diffusion de la vérité dans le monde. Sans la vérité, tout est fragile et sur le point de s'effondrer. D'autre part, on ne peut rien construire sur des mensonges, on ne peut que détruire, et à mon avis, le moment est venu d'offrir un nouveau prix, qui ne soit pas une annexe du prix de la paix ou un invité d'honneur - un prix Nobel de la vérité. La vérité mérite un prix, car souvent, ceux qui la révèlent le paient cher : atteinte à leurs moyens de subsistance, marginalisation, menaces et parfois, comme dans les pays des lauréats actuels, des choses bien plus terribles. 

Il est vrai que le chemin de la vérité est difficile et plein de déceptions, alors que le mensonge a de nombreux consommateurs et applaudisseurs, mais un monde sans vérité est un monde cruel, désolé et déprimant. Bien que le journaliste, après avoir révélé la vérité, ne puisse rien faire de plus, même sans changer la réalité, nous pouvons au moins trouver une consolation dans le fait que le mal ne marchera pas droit. 

La caméra de Basel al-Adra n'a pas changé la réalité à Khirbet al-Mufkara dans les collines du sud d'Hébron, mais a exposé l'armée et les émeutiers dans leur disgrâce. La vérité érode la confiance en soi des oppresseurs et donne espoir et confiance aux opprimés. Ce n'est pas une mince affaire. 

En Israël, il y a un certain nombre de journalistes qui révèlent la vérité, et qui paient un prix élevé pour cela. Nous devons leur en être reconnaissants, mais le problème est que, malgré cela, la plupart des Israéliens ne remarquent même pas le monstre dans la pièce - l'occupation. Par conséquent, je pense que nous devrions également décerner le prix Nobel de la vérité au journaliste Gideon Levy, qui, semaine après semaine, nous montre la laideur du monstre invisible.

 

24/07/2022

GIDEON LEVY
Allez Israël, encore un effort pour devenir un pays normal !

Gideon Levy, Haaretz, 24/7/2022
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Le ministère russe de la Justice a demandé la liquidation de la branche russe de l'Agence juive pour Israël [ha-Sokhnut ha-Yehudit le-Eretz-Israel], une organisation à but non lucratif qui promeut l'immigration en Israël, selon un tribunal de Moscou. Le site Internet du tribunal de district de Basmanny indique que le ministère a déposé la demande le 15 juillet et qu'elle sera examinée le 28 juillet. Voici le commentaire de Gideon Levy sur ce sujet -Tlaxcala

Être un pays normal : ça aussi, c’est une option. Nous pourrions commencer, par exemple, par une politique d'immigration normale, comme il est d'usage dans tout pays normal. Les critiques à l'encontre du président russe Vladimir Poutine pour son intention de mettre un terme aux activités subversives d'Israël contre son pays - intentions qui sont incommensurablement justifiées - montrent que le chemin vers la normalité est encore long et ardu. Tant qu'Israël conservera la mentalité selon laquelle "tout nous est permis" et "nous ne sommes pas comme les autres pays", le chemin vers la normalité sera infiniment plus long.

Et voici une autre preuve qu'il n'y a pas de différence entre un gouvernement israélien et le suivant : une question qui est intouchable quel que soit le gouvernement au pouvoir est le caractère sacré de la politique d'immigration d'Israël. Et si l'on accorde à la Loi du retour la primauté parmi les lois, la politique d'immigration est la dernière des questions qui serait débattue.

En cherchant à mettre un terme aux opérations de l'Agence juive pour Israël dans son pays, Poutine a cherché à mettre un terme à l'intervention d'un pays étranger dans les affaires intérieures de la Russie. Il n'est pas difficile de deviner ce qui se serait passé si Varsovie avait ouvertement tenté d'envoyer des émissaires de l'establishment polonais en Israël pour encourager les anciens Juifs polonais et leurs descendants à retourner en Pologne. Mais lorsqu'il s'agit des efforts d'Israël, tout va bien.

Il est clair que Poutine devra revenir sur sa demande, car l'establishment juif est plus fort, mais nous n'avons pas besoin de Poutine pour demander non seulement de quel droit mais aussi dans quel but Israël poursuit ses activités là-bas. Pourquoi Israël doit-il s'ingérer dans d'autres pays pour tenter de recruter, d'amadouer, de soudoyer ou de convaincre des Juifs, des demi-Juifs ou des quarts de Juifs d'immigrer ici ?

Quel est le but de tout ce réseau hypertrophié d'émissaires dans le monde ? À quoi servent tous ces ridicules programmes Birthright et Masa alors qu'il est clair qu'il n'y a plus de place ici ?