22/12/2022

GIDEON LEVY
Portrait du porte-parole de l’armée israélienne en martyr

Comment blanchir des institutions et des organisations qui trahissent leur devoir, ou qui sont ouvertement ou secrètement partenaires de l’occupation ? C’est horriblement simple : tout ce qu’une personne de droite a à faire, c’est d’attaquer l’institution ou l’organisation en question et de la qualifier de gauchiste. Le centre et la gauche prendront immédiatement sa défense, et nous aurons une agence éclairée et progressiste à laquelle on ne peut toucher, de peur que la droite ne la détruise. Une splendide laverie automatique.

Le porte-parole des FDI, Ran Kochav. Photo : Unité du porte-parole des FDI

Il en va de même pour la Cour suprême, l’un des plus grands collaborateurs de l’occupation et des colonies. Une attaque de la droite contre elle a suffi à en faire un phare de la justice pour lequel nous devons nous battre, de peur que la droite ne détruise ce bastion des Lumières. C’est également le cas de l’Administration civile, un mécanisme d’occupation brutal et corrompu. La seule menace de sa prise en charge par Bezalel Smotrich suffit à en faire une forteresse de l’humanisme, comme si Smotrich le Terrible allait la transformer en un mécanisme des ténèbres. De même, la police est soudainement devenue la gardienne de la démocratie, de peur qu’Itamar Ben-Gvir ne lui porte préjudice et ne la transforme, hélas, en une force raciste et violente, comme si elle ne l’avait pas toujours été.

Le dernier tollé concerne l’unité du porte-parole des FDI et son commandant, le général de brigade Ran Kochav. L’un des principaux fonctionnaires des colons, le chef du Conseil régional de Samarie, Yossi Dagan, a accusé Kochav de transformer l’unité en un “parti d’extrême gauche”. Voilà un homme qui fait tout ce qui lui semble bon avec l’armée dans les territoires occupés, qui organise les ridicules et scandaleuses tournées de provocation au soi-disant “Tombeau de Joseph” encore et encore, tandis que les FDI se précipitent pour une raison quelconque pour les protéger et verser davantage de sang palestinien. Cet homme est arrivé à la conclusion que l’unité de propagande de Tsahal se situe à l’extrême gauche. Il sait bien sûr qu’elle n’est pas de gauche, loin de là, mais pourquoi ne pas dire d’extrême gauche ? Les colons ne peuvent que profiter de cette manipulation cynique.

Des soldats anonymes de l’unité ont gazouillé quelque chose de gauchiste, et maintenant le porte-parole des FDI doit prouver qu’il n’a pas de sœur et n’est pas d’extrême gauche. Dagan est en train de rire jusqu’à la colonie de Shavei Shomron. Sa provocation a réussi une fois de plus et le porte-parole des FDI va purger les soldats gauchistes de ses rangs, comme si cela importait.

L’autre camp a déjà lancé une campagne pour blanchir le nom du porte-parole honnête, éclairé et séduisant des FDI. Dans un scénario qui aurait pu être écrit à l’avance, les anciens porte-parole des FDI, dont certains sont encore aujourd’hui des fonctionnaires de l’armée, se sont immédiatement mobilisés. Tous les anciens, à l’exception de l’ancienne porte-parole des FDI Miri Regev, ont défendu la réputation de l’unité. Nous savons tous que l’unité qui légitime et justifie chaque crime de guerre n’est pas de gauche. Elle n’est même pas “politique”, comme si le travail consistant à légitimer ces crimes, à cacher la vérité, à la brouiller et à la faire disparaître, ainsi que les mensonges flagrants occasionnels pour couvrir les FDI à tout prix, n’était pas politique. Comme s’il était possible que la propagande ne soit pas politique.

Il y a aussi eu un soulagement comique. Dans le cadre de la campagne visant à sauver le porte-parole des FDI, l’ancien porte-parole Avi Benayahu a été interviewé sur Canal 14 et s’est vanté de ses escapades. « En tant que porte-parole de Tsahal, j’ai mené une campagne contre Breaking the Silence. J’ai travaillé sur le darknet. J’ai exposé leurs sources de financement, et ils se sont cachés pendant six, sept ans ». C’est ce que fait le porte-parole des FDI : du darknet. Son successeur à ce poste, Ronel Manelis, a continué dans le darknet en tant que directeur général du ministère des Affaires stratégiques. Ce ministère scandaleux, qui a heureusement été fermé, avait l’habitude de persécuter les organisations de défense des droits humains dans le monde comme s’il s’agissait de bandes criminelles organisées.

C’est ainsi qu’ils remuent le couteau dans la plaie, jusqu’à ce que la vérité soit honteusement laissée de côté. Le porte-parole des actes odieux de l’occupation est qualifié de “gauchiste” par Yossi Dagan, un chef des bandes criminelles organisées des colons. Il s’agit d’une inversion cynique de la réalité, après laquelle aucune discussion réelle ne peut avoir lieu sur la performance extrêmement problématique du porte-parole des FDI.

 

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