12/02/2026

L’empire vertueux : « Gardons l’Angleterre blanche !» (Churchill, 1955)

Rafael Poch de Feliu, CTXT, 28/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Après Gaza, la question que se pose, avec une sensation de vertige, le secteur conscient de l’opinion publique européenne est de savoir comment expliquer la complicité et la coopération des gouvernements, des institutions et des médias européens avec le génocide colonial israélien. La réponse se trouve dans l’histoire : c’est l’histoire coloniale européenne qui rapproche les gouvernements occidentaux du massacre israélien.


L’industrie du divertissement est un outil fondamental de l’hégémonisme occidental. En étroite collaboration avec le complexe politico-militaire, financier et médiatique, sa production pénètre quotidiennement dans tous les foyers et joue un rôle idéologique clé, parfaitement identifié et connu. Rétrospectivement, l’industrie hollywoodienne a réussi à transformer en exploits, épopées et récits romantiques cette encyclopédie universelle de l’infamie que contient l’histoire du colonialisme européen, et plus particulièrement celle des Britanniques, parents directs de l’hégémon actuel. La liste des films glorifiant les grands crimes coloniaux reste à faire, mais il suffit de citer des classiques tels que « Lawrence d’Arabie » (1962), « 55 jours à Pékin » (1963), « Zoulou » (1964) ou « Khartoum » (1966) pour se rappeler comment toute une génération a grandi bercée et divertie par ce genre exaltant dont elle a intériorisé la légende.

Il est instructif de comparer la lecture de n’importe quel ouvrage sérieux sur l’action de l’empire britannique en Inde ou en Chine avec des films tels que « Victoria et Abdul » (2017) de Stephen Frears ou « Tai Pan » (1986) de Daryl Duke, afin de mesurer le niveau de bassesse d’un tel bombardement. Frears présente la relation d’amitié chaleureuse entre la reine Victoria et son serviteur indien à une époque où les Indiens mouraient de faim dans des crises effroyables directement liées à la gestion coloniale. Le film de Duke s’inspire de la figure de William Jardine (1784-1843) pour monter une fiction romantique, érotique et héroïque autour du principal trafiquant de drogue de l’histoire, qui a condamné 150 millions de Chinois à la toxicomanie et est devenu l’un des hommes les plus puissants et les plus riches de son temps.


« Fumez du tabac de l’Empire » : l’Empire Marketing Board (Bureau publicitaire de l’Empire, EMB) a produit plus de 800 affiches de publicité pour inciter les Britanniques à consommer colonial, sans grand succès. Créé en 1926, il a été dissous en 1930.

Après plus de deux siècles de violence, de racisme et d’exploitation, l’empire britannique se présente toujours avec hauteur et arrogance comme une entreprise civilisatrice et exemplaire, aux côtés des empires français, espagnol, portugais, etc., déclarés défectueux ou manifestement défaillants.

« Pour certaines nations, comme l’Espagne par exemple, l’ouverture du monde a été une invitation à la prospérité, au faste et à l’ambition, une ancienne façon de procéder. Pour d’autres, comme les Pays-Bas et l’Angleterre, ce fut l’occasion de faire de nouvelles choses, de surfer sur la vague du progrès technologique », écrit David S. Landes. (Dans : La richesse et la pauvreté des nations, 1998). Cette cohérence avec le « vecteur de progrès » plus qu’ambigu que souligne avec satisfaction l’illustre historien de Harvard explique peut-être la nostalgie actuelle et renouvelée de l’empire britannique, dont font état deux auteurs critiques à l’égard de ce phénomène (Hickel et Sullivan). « Des livres très influents tels que Empire : How Britain Made the Modern World, de Niall Ferguson, et The Last Imperialist, de Bruce Gilley, ont affirmé que le colonialisme britannique a apporté prospérité et développement à l’Inde et à d’autres colonies. Il y a deux ans, un sondage YouGov a révélé que 32 % des Britanniques sont fiers de l’histoire coloniale de leur pays », soulignent-ils.

Cette même fierté envers le passé colonial est sans aucun doute honteusement présente dans de nombreuses autres anciennes nations impériales, mais nulle part ailleurs que chez les « Anglais des deux côtés de l’Atlantique », que Benjamin Franklin a définis comme « le noyau le plus important du peuple blanc », ce sentiment n’a autant de conséquences pour le présent.

« L’empire tel qu’il était a officiellement pris fin dans les années 1960, mais son héritage malheureux est toujours présent dans le monde actuel, où de nombreux conflits éclatent dans les anciens territoires coloniaux », observe Richard Gott dans son ouvrage sur l’impérialisme britannique (Britain’s Empire, 2012). « Si la Grande-Bretagne a connu un tel succès avec ses colonies, pourquoi beaucoup d’entre elles restent-elles des sources importantes de violence et de troubles ? », s’interroge-t-il. Les Britanniques, désormais relégués à l’humble rang d’ajoints du shérif, encore plus que les autres Européens, « ont continué à mener des guerres sur les terres de leur ancien empire au XXIe siècle, et une grande partie de la population britannique est revenue sans broncher à son ancienne position consistant à accepter sans réfléchir ce qui est fait en son nom dans des endroits lointains du monde », explique Gott. Le rôle que jouaient au XIXe siècle la « civilisation », le « commerce » et le « christianisme » imposés aux « sauvages » est désormais joué par l’idéologie des droits de l’homme, de l’égalité de genre et autres nobles causes. Pour toutes ces raisons, se souvenir des exploits exemplaires d’un empire aussi vertueux n’est pas un exercice historique, mais un impératif pour comprendre le présent et, en particulier, pour comprendre la complicité européenne (politique, financière, commerciale, militaire et médiatique) dans le génocide palestinien.


Prisonniers déportés d'Angleterre vers l'Australie

Le goulag britannique

L’empire britannique était une dictature militaire dans laquelle les gouverneurs coloniaux imposaient la loi martiale à la moindre dissidence. Pendant plus de 200 ans, il a été le théâtre de révoltes constantes et de violences répressives. Dans la métropole même, des centaines de milliers de personnes ont été confinées dans le goulag insulaire de Sa Majesté. En particulier après que l’indépendance des USA eut mis fin à ce territoire colonial du Nouveau Monde – dans les trente années précédant 1776, un quart des immigrants arrivés au Maryland étaient des condamnés –, des îles des Caraïbes comme les Bermudes et Roatán, au Honduras, d’Asie, comme Penang, en Malaisie, ou de l’océan Indien comme les Seychelles ou les Andaman, faisaient partie du pénitencier insulaire britannique, qui envoyait également de nombreux prisonniers indiens et chinois à Singapour. Au XIXe siècle, les Seychelles étaient une prison pour les chefs de révoltes et les notables locaux, de Zanzibar, de Somalie, d’Égypte ou du Ghana, qui, pour une raison ou une autre, ne pouvaient être exécutés. L’archevêque Makarios, leader des nationalistes chypriotes grecs, y fut emprisonné jusqu’en 1956. Mais c’est l’Australie, la grande île-continent offrant des espaces illimités, qui fut la grande destination dont le gouvernement avait besoin pour les déchets sociaux de sa révolution industrielle catastrophique, grand jalon de ce « progrès » commenté par Landes.

En 1840, la moitié de la population de Tasmanie, soit environ 30 000 personnes, était composée de détenus. Comme il était coûteux de maintenir les prisonniers dans les prisons métropolitaines, les peines minimales de déportation vers l’Australie pour s’en débarrasser, même pour de petits vols, étaient de sept ans. Entre 1788 et 1868, 162 000 condamnés ont été envoyés en Australie, parmi lesquels 4 000 syndicalistes, chartistes, luddites, les célèbres « filles de Rebecca » du Pays de Galles, qui détruisaient les péages et les barrières pour protester contre la privatisation et les péages sur les routes, ainsi que 2 000 révolutionnaires irlandais.

La terrible situation des personnes persécutées et condamnées dans la métropole, qui à leur tour persécutaient et massacraient la population indigène dans les colonies, comme cela s’est produit de manière si féroce aux USA avec les nations indiennes, s’est répétée dans d’autres colonies européennes et également en Australie. En 1824, le gouverneur militaire de Nouvelle-Galles du Sud a autorisé les colons, dont beaucoup étaient d’anciens condamnés déportés, à tuer les aborigènes à leur guise. Le gouverneur s’appelait Thomas Brisbane et son nom de famille donne aujourd’hui son nom à l’une des grandes villes australiennes.

 

Below Decks (Sous les ponts), par Rodney K. Charman (1995). Représentation de l'intérieur d'un «cercueil flottant» ( long cónra) transportant des migrants irlandais vers l’Amérique. Collection du musée Knights of Columbus

La famine en Irlande

Certains considèrent la famine qui a frappé la Chine pendant le Grand Bond en avant (1958-1962) comme la plus grave de l’histoire. Un siècle plus tôt, la famine en Irlande (« An Gorta Mór ») a été bien pire que celle de Chine si l’on tient compte de la proportion de la population touchée. Avec huit millions d’habitants, la famine et ses conséquences ont coûté la vie à un à deux millions d’Irlandais. Certains endroits ont perdu un tiers de leur population, la moitié étant morte et l’autre moitié ayant émigré. ( Patrick Joyce, Remembering Peasants. A personal History of a Vanished World, 2024).

« J’ai visité les vestiges désolants de ceux qui furent autrefois de nobles Peaux-Rouges dans leurs réserves d’Amérique du Nord et j’ai exploré les quartiers noirs où les Africains sont dégradés et réduits en esclavage », écrivait en 1847 James Hack Tuke, un philanthrope quaker anglais, dans une lettre après sa visite à Connaught, « mais je n’ai jamais vu autant de misère, ni une dégradation physique aussi avancée, que celle des habitants des marécages d’Irlande ».

D’autres pays comme la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Russie ont également souffert du mildiou de la pomme de terre en 1846/1847, mais contrairement à ce qui s’est passé en Irlande sous la domination britannique, ils ont freiné les exportations des autres denrées alimentaires pour compenser la perte. La politique anglaise destinait à l’exportation les denrées alimentaires produites en Irlande, une stratégie dont le maintien était considéré comme plus important que la vie des Irlandais. L’un des protagonistes de cette politique, le sous-secrétaire au Trésor Charles Trevelyan, était plus préoccupé par la « modernisation » de l’économie irlandaise que par le sauvetage de vies humaines, et il a donc vu dans la famine une occasion d’appliquer des réformes radicales de libre marché.

« Nous n’avons aucun doute que, en raison des lois impénétrables mais immuables de la nature, le Celte est moins actif, moins indépendant et moins travailleur que le Saxon. Telle est la condition archaïque de sa race », écrivait The Times, le quotidien central de l’establishment impérial.

The Economist, le même hebdomadaire qui, dans les années 1990, prônait les vertus de la thérapie de choc russe, qui a fait un demi-million de victimes, principalement des hommes en âge de travailler, tout en dénigrant la mauvaise réforme chinoise, avait publié le 30 janvier 1847 un éditorial consacré à la crise irlandaise : « Que les innocents souffrent avec les coupables est une triste réalité », disait-il, « mais c’est l’une des grandes conditions sur lesquelles repose l’existence de toute société. Chaque violation des lois de la morale et de l’ordre social entraîne sa propre punition. C’est la première loi de la civilisation ». (Dans : The Economist and the Irish Famine, par Crooked Timber )

Depuis le XVIe siècle, une dîme était en vigueur en Irlande, obligeant les Irlandais, majoritairement catholiques, à verser un dixième de leurs revenus annuels pour financer l’Église protestante. Jusqu’en 1829, les catholiques qui refusaient de prêter serment d’allégeance à la couronne protestante ne pouvaient accéder à la fonction publique. Pendant la famine, les théologiens protestants anglais attribuaient le fléau de la pomme de terre au « papisme », c’est-à-dire au catholicisme, qui avait « provoqué la colère de Dieu ». L’hebdomadaire satirique Punch publiait régulièrement des caricatures présentant les Irlandais comme des singes brutaux, sales, paresseux, violents et seuls responsables de leur propre malheur.

En 1847, alors que le Times ignorait les ravages de la famine, une campagne d’aide fut lancée aux USA, mettant en évidence l’inaction du gouvernement de Londres. Les colis portant la mention « Irlande » étaient transportés gratuitement par chemin de fer et 114 navires furent affrétés pour acheminer l’aide.

L’holocauste irlandais se poursuivait pour ceux qui parvenaient à émigrer. Au cours du dernier des trois siècles de traite négrière, au cours desquels environ dix millions d’Africains ont été transférés vers le Nouveau Monde, la moitié d’entre eux ayant péri pendant la capture et le transport, selon l’un des grands historiens de ce trafic (Joseph Miller, 1988, dans Way of Death), les émigrants irlandais ont connu un sort similaire. Sur les navires anglais qui transportaient les émigrants irlandais vers l’Amérique, les conditions étaient si épouvantables qu’un sur quatre mourait pendant le voyage ou dans les six mois suivant son arrivée dans le Nouveau Monde. La mortalité enregistrée sur ce qui était décrit comme des « cercueils flottants » n’était pas inférieure à celle des navires transportant des esclaves africains vers les colonies. Le fait que cette mortalité ait été particulièrement élevée sur les navires anglais témoigne d’une négligence criminelle manifeste : pour chaque décès d’un émigrant à bord d’un navire américain, il y en avait quatre sur un navire britannique, et pour chaque malade arrivant aux USA sur un navire américain, il y en avait cinq sur un navire britannique. En 1847, sur les 98 000 émigrants arrivés au Canada à bord de navires anglais, 25 000 sont morts pendant le voyage ou dans les six mois suivant leur arrivée. Tout cela a fait la une des journaux américains et canadiens, mais le Times de Londres l’a ignoré. Le gouvernement britannique n’a commencé à prendre des mesures qu’en 1854, sept ans plus tard. (Thomas Gallagher, La lamentation de Pady 1846-1847. Prélude à la haine, 1982. Version espagnole 2007. Toujours inédit en français).

L’industrie du divertissement a complètement ignoré la famine en Irlande, mais en 2018, une rare exception irlandaise produite au Luxembourg a présenté « Black 47 », du réalisateur et scénariste Lance Daly, un film d’action au rythme effréné de western construit sur la trame de cette tragédie historique. The Times a cette fois souligné la « théâtralité machiste » du film, dont il a noté que « tout est profondément absurde, mais dans un contexte troublant de profondeur ». The Independent a souligné le caractère « excessivement sombre » de ce qu’il a qualifié de « western de pacotille » en référence aux westerns spaghetti, et The Guardian a regretté que « la caricaturisation des méchants diminue l’impact » de ce film formidable qui a néanmoins été un succès au box-office...

L’Irlande à l’Ouest et la Birmanie à l’Est ont été les territoires les plus puissants et les plus tenaces dans leur résistance aux Anglais, c’est pourquoi la répression y a été particulièrement dure, mais en Inde aussi, les bouleversements, les famines et les révoltes ont été chroniques.

Fresque sur les murs du Shaheed-Smarak ou Auditorium du Mémorial des Martyrs à Jabalpur MP (Inde), représentant le Mouvement Quittez l'Inde par l'artiste local Beohar Rammanohar Sinha de Santiniketan.

Inde

Selon une estimation récente, rien qu’au cours des quarante années allant de 1880 à 1920, la colonisation britannique a causé en Inde environ 100 millions de morts, provoquées par l’appauvrissement de la population et la fréquence et la mortalité accrues des famines. (Jason Hickel, Dylan Sullivan, How British colonialism killed 100 million Indians in 40 years). « Il s’agit de l’une des plus grandes crises de mortalité induite par des politiques dans l’histoire de l’humanité », soulignent les auteurs. « Elle est plus importante que le nombre total de décès survenus pendant toutes les famines de l’Union soviétique, de la Chine de Mao, de la Corée du Nord, du Cambodge de Pol Pot et de l’Éthiopie de Mengistu », toutes survenues au XXe siècle, précisent-ils. Avant cela, en 1770, une grande famine a ravagé le Bengale, tuant environ 10 millions de ses habitants, soit un tiers de la population. La situation a été aggravée par le monopole sur le riz et d’autres produits imposé par la Compagnie britannique des Indes orientales qui gouvernait le territoire. L’effondrement et les taxes, combinés à la sécheresse et à la famine, ont marqué le début de la domination anglaise en Inde, une situation qui allait durer 200 ans.

Dès son arrivée sur le sous-continent au XVIIe siècle, la Grande-Bretagne a détruit le secteur manufacturier indien, qui exportait des tissus dans le monde entier. Le régime colonial a supprimé les droits de douane sur les produits textiles britanniques et a créé un système de taxes et de barrières internes qui empêchaient les Indiens de vendre leurs produits dans le pays et encore moins de les exporter. « Si l’histoire de la domination britannique en Inde devait être résumée en une seule donnée, ce serait celle-ci : entre 1757 et 1947, il n’y a pas eu d’augmentation du revenu par habitant et, dans la seconde moitié du XIXe siècle, les revenus ont certainement diminué de plus de 50 % », explique Mike Davis (Late victorian Holocausts, 2002). La nouvelle économie coloniale a fragilisé les populations face aux sécheresses et aux phénomènes naturels défavorables qui ont favorisé la famine. Selon l’historien Robert C. Allen (Global Economic History: A Very Short Introduction, 2011), sous la domination britannique, l’extrême pauvreté est passée de 23 % en 1810 à plus de 50 % au milieu du XXe siècle, les salaires réels ont diminué et les famines sont devenues plus fréquentes et plus meurtrières. Un passé lointain ?

Le plus important homme politique anglais de la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill, mort en 1965, était un raciste avoué. Dans les années 1940, il qualifiait les Indiens de « peuple bestial avec une religion bestiale » et, à propos de la famine de 1943 au Bengale, qui fit trois millions de morts, il affirmait que « c’était de leur faute s’ils se reproduisaient comme des lapins ». En 1919, Churchill s’est déclaré « totalement favorable à l’utilisation de gaz toxiques contre les tribus non civilisées » [en Irak et en Palestine, NdT]. Dans les années 1930, il qualifiait les Palestiniens de « hordes barbares qui ne mangent que du fumier de chameau ». Avant la guerre, il était un admirateur de Mussolini (« je ne pouvais m’empêcher d’être charmé par son attitude aimable et simple et son calme aplomb ») et avait des mots élogieux pour Hitler en 1937, l’année de Guernica : « on peut détester le système de Hitler et pourtant admirer ses réalisations patriotiques. Si notre pays était vaincu, j’espère que nous trouverions un champion aussi admirable qui nous redonnerait courage et nous ramènerait à notre place parmi les nations ». Lors de la campagne électorale de 1955, Churchill a proposé pour le parti conservateur un slogan auquel de nombreux Européens souscrivent aujourd’hui : « Gardons l'Angleterre blanche ! ».

The self-righteous Empire: “Keep England white!”(Churchill, 1955)

Rafael Poch de Feliu, CTXT, 28/1/2026
Translated by Tlaxcala

After Gaza, the question being asked, from a place of vertigo, by the conscious sector of European public opinion is how to explain the complicity and cooperation of European governments, institutions, and media with the Israeli colonial genocide. The answer lies in history: it is European colonial history that links Western governments to the Israeli massacre.


The entertainment industry is a fundamental tool of Western hegemonism. In close collaboration with the political, military, financial, and media complex, its production penetrates every household daily, performing a key ideological function, perfectly identified and understood. In retrospect, the Hollywood industry managed to turn that universal encyclopedia of infamy—the history of European colonialism, particularly that of the British, direct relatives of today’s hegemon—into exploits, epics, and romantic tales. The list of films glorifying great colonial crimes has yet to be written, but it suffices to cite classics like "Lawrence of Arabia" (1962), "55 Days at Peking" (1963), "Zulu" (1964), or "Khartoum" (1966) to remember how an entire generation grew up lulled and entertained by this exalting genre whose legend they internalized.

It is instructive to compare reading any serious work on the action of the British Empire in India or China with films like "Victoria & Abdul" (2017) by Stephen Frears, or "Tai-Pan" (1986) by Daryl Duke, to measure the level of vileness of such bombardment. Frears presents the warm friendship between Queen Victoria and her Indian servant at a time when Indians were dying of hunger in horrific crises directly related to colonial governance. Duke’s film is inspired by the figure of William Jardine (1784–1843) to construct a romantic, erotic, and heroic fiction around history’s principal drug trafficker, who condemned 150 million Chinese to drug addiction and became one of the richest and most powerful men of his time.


The Empire Marketing Board (EMB) produced more than 800 advertising posters to encourage the British to consume colonial goods, without much success. Created in 1926, it was dissolved in 1930.

Maintained for over two centuries of violence, racism, and exploitation, the British Empire is still presented in the most haughty and arrogant manner as a civilizing and model enterprise, alongside the French, Spanish, Portuguese, etc. empires—declared defective or manifestly failed.

"For some nations, Spain for example, the opening of the world was an invitation to prosperity, pomp, and ambition, an ancient way of proceeding. For others, like Holland and England, it was the occasion to do new things, to ride the wave of technological progress," writes David S. Landes (In: The Wealth and Poverty of Nations, 1998).

This consistency with the more than ambiguous "vector of progress" noted with satisfaction by the illustrious Harvard historian may explain the current and renewed nostalgia for the British Empire, warned of by two authors critical of the phenomenon (Hickel and Sullivan). "High-impact books like Empire: How Britain Made the Modern World by Niall Ferguson and The Last Imperialist by Bruce Gilley have claimed that British colonialism brought prosperity and development to India and other colonies. Two years ago, a YouGov poll revealed that 32% of Britons are proud of the country’s colonial history," they note.

This same pride in the colonial past is, without doubt, shamefully still present in many other old imperial nations, but nowhere, as among the "Englishmen on both sides of the Atlantic" that Benjamin Franklin defined as "the most important nucleus of the white people," does this feeling have more consequences for the present.

"The empire, as it had been, formally came to an end in the 1960s, but its unhappy legacy remains in today’s world, where numerous conflicts occur in former colonial territories," observes Richard Gott in his compendium on British imperialism (Britain’s Empire, 2012). "If Britain was so successful with its colonies, why do many of them remain significant sources of violence and unrest?" he asks. The British—now reduced to the humble category of sheriff’s deputies, to an even greater extent than the rest of the Europeans—"have continued to wage wars in the lands of their former empire in the 21st century, and much of the British population has unquestioningly reverted to their old stance of unthinkingly accepting what is done in their name in far-flung places of the world," says Gott. The role played in the 19th century by "civilization," "commerce," and "Christianity" imposed on the "savages" is now played by the ideology of human rights, gender equality, and other noble causes. For all these reasons, recalling the exemplary exploits of such a virtuous empire is not a historical exercise but an imperative for understanding the present, and very particularly for understanding European complicity (political, financial, commercial, military, and media) with the Palestinian genocide.


Caged prisoners on route to Sydney, New South Wales

The British Gulag

The British Empire was a military dictatorship in which colonial governors imposed martial law at the slightest dissent. For over 200 years, it was the scene of constant revolt and repressive violence. In the metropolis itself, hundreds of thousands were confined in His Majesty’s island Gulag. Especially after the independence of the United States closed that colonial territory of the new world—in the thirty years before 1776, a quarter of emigrants arriving in Maryland were convicts—Caribbean islands like Bermuda and Roatán (Honduras), Asian ones like Penang (Malaysia), or Indian Ocean islands like the Seychelles or Andaman, were part of the British island prison system, which also sent many Indian and Chinese prisoners to Singapore. In the 19th century, the Seychelles were a prison for leaders of revolts and local notables from Zanzibar, Somalia, Egypt, or Ghana, who for one reason or another could not be executed. Archbishop Makarios, leader of the Greek Cypriot nationalists, was held there as recently as 1956. But it was Australia, the great island-continent offering unlimited space, that was the primary destination the government needed for the social detritus of its catastrophic industrial revolution—that great milestone of "progress" extolled by Landes.

In 1840, half the population of Tasmania, about 30,000 people, were prisoners. Since maintaining prisoners in metropolitan jails was expensive, the minimum sentences for deportation to Australia—to get them off the government’s hands, even for petty theft—were seven years. Between 1788 and 1868, 162,000 convicts were sent to Australia, including 4,000 trade unionists, Chartists, Luddites, the famous "Daughters of Rebecca" from Wales who smashed tollgates and barriers to protest privatization and road tolls, as well as 2,000 Irish revolutionaries.

The terrible situation of repressed individuals and convicts from the metropolis themselves repressing and massacring native populations in the colonies—so vividly seen in the United States with Native American nations—was repeated in other European colonies and also in Australia. In 1824, the military governor of New South Wales granted colonists, many of them deported ex-convicts, a license to kill Aborigines at will. The governor was named Thomas Brisbane, and his surname today names one of Australia’s major cities.

 

Below Decks, by Rodney K. Charman (1995).  Representation of the interior of a “coffin ship”( long cónra) transporting Irish migrants to America. Knights of Columbus Museum collection

The Irish Famine

Some consider the Chinese famine during the Great Leap Forward (1958–1962) the largest in history. A century earlier, the Irish Famine ("An Gorta Mór") was considerably worse than the Chinese one when considering the proportion of the population involved. With eight million inhabitants, hunger and its consequences carried off between one and two million Irish people. Some places lost a third of their population, half dead and the other half through emigration. (Patrick Joyce, 2024, Remembering Peasants: A Personal History of a Vanished World).

"I have visited the desolate remains of what were once noble redskins in their North American reservations and I have explored the black neighborhoods where Africans are degraded and enslaved," wrote English Quaker philanthropist James Hack Tuke in 1847 in a letter following his visit to Connaught, "but I have never seen such misery, nor such advanced physical degradation, as that of the inhabitants of the bogs of Ireland."

Other countries like France, Belgium, Holland, Germany, and Russia also suffered potato blights in 1846/1847, but unlike what happened in Ireland under British rule, they halted exports of other foodstuffs to compensate for the loss. English policy destined food produced in Ireland for export—a strategy whose maintenance was considered more important than the lives of the Irish. One of the protagonists of this policy, Assistant Secretary to the Treasury Charles Trevelyan, was more concerned with "modernizing" the Irish economy than saving lives, and thus saw the famine as an opportunity to apply radical free-market reforms.

"We have not the slightest doubt that, by virtue of the inscrutable but invariable laws of nature, the Celt is less active, less independent, and less industrious than the Saxon. This is the archaic condition of his race," wrote The Times, the central newspaper of the imperial establishment.

The Economist, the same weekly that in the 1990s preached the virtues of the Russian shock therapy—which left a demographic toll of half a million, mostly working-age men—while denigrating China’s reform, published on January 30, 1847, an editorial dedicated to the Irish crisis. "That the innocent should suffer with the guilty is a sad reality," it said, "but it is one of the great conditions on which the existence of all society is based. Every violation of the laws of morality and social order carries its own punishment. That is the first law of civilization." (In: The Economist and the Irish Famine — Crooked Timber)

Since the 16th century, a tithe was in effect in Ireland whereby the mostly Catholic Irish had to pay a tenth of their annual income to finance the Protestant church. Until 1829, Catholics who refused the Protestant oath of allegiance to the crown could not hold public office. During the famine, English Protestant theologians attributed the potato blight to "popery," that is, Catholicism, which had "provoked the wrath of God." The satirical weekly Punch constantly published cartoons depicting the Irish as brutish, dirty, lazy, violent apes, solely responsible for their own misfortune.

In 1847, while The Times ignored the famine’s disasters, a relief campaign was launched in the United States that exposed the London government. Packages marked "Ireland" were transported free by rail, and 114 ships were chartered with aid.

The Irish Holocaust continued for those who managed to emigrate. In the last of the three centuries of the slave trade, during which about ten million Africans were transferred to the New World, with half of them dying in the process of capture and transport, according to one of the great historians of that traffic (Joseph Miller, 1988, Way of Death), Irish emigrants met a fate not so different. On the English ships carrying Irish emigrants to America, conditions were so appalling that one in four died during the voyage or within six months of arriving in the New World. The mortality recorded on what were described as “coffin ships” was no less than that on ships transporting African slaves to the colonies. That this mortality was particularly high on English ships points to clear criminal negligence: for every death of an emigrant aboard an American ship, there were four on a British one; and for every sick person arriving in the United States on a North American ship, five arrived on a British vessel. In 1847, of the 98,000 emigrants who arrived in Canada on English ships, 25,000 died on the voyage or within six months of arrival. All this was news in the US and Canadian press, but the Times of London ignored it. The British government only began taking measures in 1854, seven years later. (Thomas Gallagher, Paddy's Lament, Ireland 1846-1847: Prelude to Hatred, 1982)

The entertainment industry has completely ignored the Irish Famine, but in 2018, a rare Irish exception produced in Luxembourg presented "Black 47" by director and screenwriter Lance Daly, an action film with a breathless western rhythm built upon the framework of that historical tragedy. The Times this time highlighted the film’s "macho theatricality," noting that "everything is deeply absurd, but within a hauntingly profound setting." The Independent emphasized the "excessively bleak" character of what it dubbed a "potato western" in allusion to spaghetti westerns, and The Guardian lamented that "the caricaturization of the villains diminishes the impact" of that excellent film, which was nonetheless a box office success…

Ireland in the West and Burma in the East were the territories most powerful and tenacious in their resistance to the English, which is why repression was particularly harsh there, but convulsions, famines, and revolts were also chronic in India.


Fresco on the walls of Shaheed-Smarak or Martyrs'-Memorial Auditorium in Jabalpur MP (India), depicting the Quit India Movement by local artist Beohar Rammanohar Sinha from Santiniketan

India

According to a recent estimate, in just the forty years from 1880 to 1920, British colonization caused an estimated 100 million deaths in India, resulting from the impoverishment of the population and the increased frequency and mortality of famines. (Jason Hickel, Dylan Sullivan, "How British colonialism killed 100 million Indians in 40 years"). "This is one of the greatest policy-induced mortality crises in human history," the authors state. "It is larger than the combined total of deaths that occurred during all the famines of the Soviet Union, Mao’s China, North Korea, Pol Pot’s Cambodia, and Mengistu’s Ethiopia," all in the 20th century, they say. Before that, in 1770, a great famine devastated Bengal, killing about 10 million of its inhabitants, a third of the population. The situation was worsened by the monopoly on rice and other products imposed by the British East India Company, which governed the territory. Collapse and taxes, combined with drought and hunger, marked the beginning of English rule in India, a pattern that would persist for 200 years.

Since its arrival on the subcontinent in the 17th century, Britain destroyed India’s manufacturing sector, which had exported textiles worldwide. The colonial regime eliminated tariffs on British textile products and created a system of taxes and internal barriers that prevented Indians from selling their products within the country, let alone exporting them. "If the history of British rule in India had to be condensed into a single fact, it would be this: between 1757 and 1947 there was no increase in per capita income, and in the second half of the 19th century, incomes surely fell by more than 50 percent," says Mike Davis (Late Victorian Holocausts, 2002). The new colonial economy made populations more vulnerable to droughts and adverse natural phenomena that fostered hunger. According to historian Robert C. Allen (Global Economic History: A Very Short Introduction, 2011), under British rule, extreme poverty rose from 23% in 1810 to over 50% by the mid-20th century, real wages decreased, and famines became more frequent and more deadly. Distant past?

England’s most important politician of World War II, Winston Churchill, who died in 1965, was a confessed racist. In the 1940s, he referred to Indians as "a beastly people with a beastly religion" and of the 1943 Bengal famine, which left three million dead, he claimed it was "their fault for breeding like rabbits." In 1919, Churchill declared himself "quite favorably inclined to the use of poison gas against uncivilized tribes." In the 1930s, he defined Palestinians as "barbaric hordes who eat nothing but camel dung." Before the war, he was an admirer of Mussolini ("I could not help being charmed by his gentle and simple bearing and his serene poise") and had words of praise for Hitler in 1937, the year of Guernica: "One may dislike Hitler’s system and yet admire his patriotic achievements. If our country were defeated, I hope we should find a champion as admirable to restore our courage and lead us back to our place among the nations." In the 1955 election campaign, Churchill proposed a slogan for the Conservative Party that many Europeans subscribe to today: “Keep England White!”

Le habits neufs du colonialisme : soupes fraîches dans vieilles marmites

Raúl Zibechi, La Jornada,6/2/2026

Original español - Versione italiana

Traduit par Tlaxcala

Aujourd’hui que le capitalisme retrouve les modes brutaux du colonialisme, il peut être nécessaire de revisiter certains de ses aspects les plus accablants pour les peuples, afin de ne pas nous tromper et, surtout, d’aller au-delà de l’appareil de propagande du système. La publicité à peine voilée a coutume de dissimuler les crimes du colonialisme et de les déguiser en entreprises civilisatrices, parmi lesquelles se distinguent la démocratie et le développement qu’aurait apportés la conquête du tiers-monde.

Un récent article de Rafael Poch dans CTXT, intitulé « L’empire vertueux », a le mérite de décrire les atrocités coloniales et de les relier à l’attitude européenne, et du Nord global, face au génocide palestinien. Qui plus est, il souligne que « le rôle qu’ont joué au XIXe siècle la « civilisation », le « commerce » et le « christianisme » imposés aux « sauvages », est désormais joué par l’idéologie des droits de l’homme, de l’égalité des genres et d’autres nobles causes ».

Une double opération médiatique permet de dissimuler les massacres et, en même temps, de déguiser la conquête coloniale sous des notions qui les justifient, au nom d’un prétendu bien supérieur que les conquis n’ont jamais partagé.


L’Illustration, Paris, 1893

Un premier point à souligner est qu’il n’a jamais rien existé de semblable à une démocratie dans les colonies, car elles furent gouvernées d’une main de fer par les conquérants, sans la moindre concession aux peuples qui furent sauvagement réprimés. Poch nous rappelle que, dans la destruction du secteur manufacturier indien, la suppression des droits de douane sur les textiles britanniques a joué un rôle décisif, tandis que des impôts et des barrières étaient imposés à la vente des textiles de fabrication indienne.

Un deuxième point est la violence directe et indirecte qu’ils ont exercée dans leurs colonies. La famine en Irlande en 1846-1847, qu’il nomme « l’holocauste irlandais », a fait que la faim et ses conséquences ont coûté la vie à entre un et deux millions de victimes, sur une population de huit millions. Alors que d’autres pays européens, qui ont également subi le mildiou de la pomme de terre, ont paralysé les exportations alimentaires pour compenser les pertes, les Britanniques non seulement ne l’ont pas fait, mais ont profité de la famine pour imposer des réformes de libre marché.

Comme on peut le voir, la « doctrine du choc » de Naomi Klein a une longue histoire, tout en conservant toute sa terrible actualité. Jusqu’à ce jour, les médias blanchissent le désastre, que ce soit en insultant les peuples ou en louant les mesures qui promettaient le « progrès ».

« Des passagers de la ligne de chemin de fer de Bombay achètent et distribuent du pain à des paysans affamés dans une gare de campagne » : La famine en Inde, une scène sur le chemin de fer des Indes orientales. Illustration pour The Graphic, 12 décembre 1896. D’après Frank Dadd

 Le troisième point est central : les crimes contre l’humanité. Rien qu’en Inde, entre 1880 et 1920, 100 millions de personnes sont mortes sur une population d’un peu plus de 200 millions, à cause des famines et de l’appauvrissement. Au Bengale, dix ans plus tôt, la faim a tué un tiers de la population, 10 millions de personnes.

Les Latino-Américains, et en particulier les peuples autochtones et noirs, connaissent cette histoire car notre continent a subi un véritable holocauste qui a failli anéantir la population non blanche. À cela s’ajoutent des horreurs comme les guerres de l’opium, qui ont provoqué 150 millions de toxicomanes en Chine, soit un habitant sur trois.

Le quatrième point est la libération de prisonniers pour les utiliser comme main-d’œuvre contre les peuples, en particulier de la part de la Grande-Bretagne. Les données sont très éloquentes. Au cours des 30 années précédant 1776, un migrant sur quatre arrivant dans le Maryland était un condamné. En 1840, la moitié de la population de Tasmanie (sud de l’Australie) était composée de détenus. Entre 1788 et 1868 (huit décennies), 162 000 condamnés furent envoyés en Australie, « déportés pour tuer des Aborigènes à discrétion ».

Bien que Poch ne le mentionne pas, on peut établir un parallèle entre l’utilisation des prisonniers comme fer de lance de l’entreprise coloniale et l’incitation actuelle dont bénéficient les narcotrafiquants pour attaquer les mouvements sociaux et les peuples en résistance. D’une part, il est évident que le narcotrafic ne peut prospérer ni subsister sans soutien étatique, que ce soit dans la justice, dans les appareils armés, ou aux différents niveaux des gouvernements.

D’autre part, les faits démontrent que nous sommes face à une ingénierie sociale beaucoup plus sophistiquée que celle du colonialisme, qui cherche à diriger le narcotrafic contre ceux qui s’opposent aux gouvernements. Ce n’est pas un hasard si, dans toute l’Amérique latine, le narcotrafic attaque les mouvements et les dirigeants sociaux, généralisant des modes opératoires apparemment nés en Colombie. La capacité à diriger la violence narcotrafiquante contre les mouvements d’en bas est dévastatrice pour les peuples et une aide inestimable pour consolider le capitalisme à travers de prétendues « guerres contre la drogue ».

Lors de la pépinière d’août 2025, le sous-commandant Moisés, porte-parole de l’EZLN, a parlé de l’attitude à adopter face aux narcotrafiquants. Il a dit qu’en général, ils sont aussi pauvres qu’eux et qu’il est inutile d’entamer une guerre entre les gens d’en bas. Il semble important d’en débattre afin d’avoir une position face à une réalité si présente et si cuisante.

Lœil de la police, 1909


03/02/2026

Throwing Oneself into the Belly of the Beast: Don Gustavo Buendía at the White House


Tigrillo L. Anudo, La Pluma, 3/2/2026

Translated by Tlaxcala


What will Trump and Petro on this Tuesday Feb.3 talk at the White House about, in a context of threats, interventions, unfounded accusations, bombings, and a declared imperial ambition without scruples?

What does Trump want from Petro?

He wants to bring him to his knees. To subject him to his agenda of domination over the Latin American backyard.

Trump believes he holds all the cards. He will be “diplomatic” in his dealings with the Colombian president, but his ambitions will continue on their course.

He already has the governments of Argentina, Ecuador, Paraguay, Peru, Bolivia, El Salvador, and Panama on their knees; Chile, Honduras, and Costa Rica are next.

He has already fraudulently intervened in the elections of several countries. He wants them all. Obedient.

Why did he kidnap President Maduro? To tell the others (without saying it outright) that they could be next.

The level of malice and egolatry displayed by Trump knows no limits. And the world carries on as if nothing were happening. There are no authorities capable of stopping a convicted criminal, a seditionist, an abuser, a thief, and a murderer.

The world reveals what it has always been: a jungle with its own “law”

Trump wants to interfere in Colombia’s upcoming elections. He is determined to install a puppet government. That is why, through his subordinates, he has received the stooge Colombian political operators.

The orange agent does not mince his words. He knows exactly what he is after. He will meet Petro in order to obtain information that will allow him to continue his interventionism in Colombia.

President Petro will know how to handle the great blackmail that the emperor will present to him.

Trump has Petro by the throat. He had him included on the Clinton List to weaken him and make him vulnerable to blackmail. He accused him of being a drug lord for the same purpose.

Trump believes he holds all the cards.

And he does.

He has a coordinated plan with the local lackeys. Domestically, they managed to repeal the economic emergency decree. They are going to disqualify Iván Cepeda from the Broad Front consultation. The National Electoral Council has just revoked the Historical Pact’s list in the Valle del Cauca for the House of Representatives.

Everything is coordinated. Internal and external war against the continuity of the political project of change.

It is in this context that the Trump–Petro meeting will take place.

Infamy keeps turning the crank without pause.

What can be done in the face of such ignominy?

OPC (Organized Political Crime) has taken over the high courts, Congress, the Prosecutor’s Office, the Inspector General’s Office, and the Comptroller’s Office. Enough to win the lawfare and to destroy the election of more lawmakers from the Historical Pact.

This dirty war isn’t just talk. It is what the economic and political oligarchy has always done, for more than 200 years.

The only difference is that now they are forced to show their manners without keeping up appearances.

So, what’s next?

Plongée dans le ventre de la bête : Don Gustavo Buendía à la Maison-Blanche


Tigrillo L. Anudo, La Pluma, 3/2/2026

Traduit par Tlaxcala

De quoi vont parler Trump et Gustavo Petro ce mardi 3 février à la Maison Blanche dans un contexte de menaces, d’interventions, d’accusations infondées, de bombardements, d’une ambition impériale déclarée sans scrupules ?

Que veut Trump de Petro ?

Il veut le mettre à genoux. Le soumettre à son agenda d’asservissement de l’arrière-cour latino-américaine.

Trump croit tenir le manche de la poêle. Il se montrera « diplomate » dans ses relations avec le président colombien, mais ses prétentions suivront leur cours.

Il a déjà mis à genoux les gouvernements d’Argentine, d’Équateur, du Paraguay, du Pérou, de la Bolivie, du Salvador, du Panama ; les prochains seront le Chili, le Honduras, le Costa Rica.

Il est déjà intervenu de manière frauduleuse dans les élections de plusieurs pays. Il les veut tous. Obéissants.

Pourquoi a-t-il kidnappé le président Maduro ? Pour dire aux autres (sans le dire) qu’ils peuvent être les prochains.

Le degré de malveillance et d’égolâtrie de Trump n’a pas de limites. Et le monde continue comme si de rien n’était. Il n’existe aucune autorité capable d’arrêter un repris de justice, séditieux, abuseur, voleur et assassin.

Le monde révèle ce qu’il a toujours été : une jungle avec sa propre « loi ».

Trump veut intervenir dans les prochaines élections en Colombie. Il est déterminé à imposer un gouvernement fantoche. C’est pour cela que, par l’intermédiaire de ses subalternes, il a reçu les politiciens colombiens apatrides.

L’agent orange n’y va pas avec le dos de la cuiller. Il sait très bien ce qu’il veut. Il va rencontrer Petro afin d’obtenir des informations qui lui serviront à poursuivre son interventionnisme en Colombie.

Le président Petro saura comment se débrouiller face au grand chantage que l’empereur va lui imposer.

Trump tient Petro à la gorge. Il l’a fait inscrire sur la liste Clinton pour l’affaiblir et pouvoir le faire chanter. Il l’a accusé d’être un chef de narcotrafiquants dans le même but.

Trump croit tenir la poêle par le manche.

Et il la tient.

Il dispose d’un plan articulé avec les harkis locaux. À l’intérieur du pays, ils ont réussi à abroger le décret d’urgence économique. Ils vont rendre Iván Cepeda inéligible pour la consultation du Front large. Le Conseil national électoral vient de révoquer la liste du Pacte historique dans le département du Valle del Cauca pour la Chambre des représentants.

Tout est articulé. Guerre interne et externe contre la continuité du projet politique du changement.

C’est dans ce contexte que se tiendra la rencontre Trump–Petro.

L’infamie actionne sans relâche la manivelle.

Que faire face à tant d’ignominie ?

Le CPO (Crime politique organisé) contrôle les hautes cours, le Congrès, le Parquet, le Bureau du procureur général, la Cour des comptes. Suffisant pour gagner la guerre juridique — le lawfare — et empêcher l’élection de nouveaux parlementaires du Pacte historique.

Cette guerre sale ne relève pas du radotage. C’est ce que l’oligarchie économique et politique a toujours fait, depuis plus de 200 ans.

Sauf qu’aujourd’hui, elle est obligée de montrer ses manières sans sauver les apparences.

Alors ?

02/02/2026

La destrucción de Palestina está quebrando el mundo

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6-7-2025

Traducido por Tlaxcala

Las reglas de las instituciones que definen nuestras vidas se doblan como juncos cuando se trata de Israel, tanto que todo el orden global está al borde del colapso.


Sereen Haddad es una joven brillante. A los 20 años, acaba de terminar una licenciatura de cuatro años en psicología en la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en solo tres años, obteniendo los máximos honores. Sin embargo, a pesar de sus logros, todavía no puede graduarse. Su diploma está siendo retenido por la universidad, “no porque no haya completado los requisitos”, me dijo, “sino porque me levanté en defensa de la vida palestina”.


Sereen Haddad. Foto : Olivia Cunningham

Haddad, que es palestino-usamericana, había estado creando conciencia en su campus sobre la lucha palestina por la libertad como parte del capítulo de su universidad de Estudiantes por la Justicia en Palestina. La lucha también es personal para ella. Con raíces en Gaza, ha perdido a más de 200 miembros de su familia extensa en la guerra de Israel.

Ella formó parte de un grupo de estudiantes y simpatizantes de VCU que intentó establecer un campamento en abril de 2024. La universidad llamó a la policía esa misma noche. Los manifestantes fueron rociados con gas pimienta y brutalizados, y 13 fueron arrestados. Haddad no fue acusada, pero fue llevada al hospital “debido al trauma craneal que sufrí”, me dijo. “Sangraba. Tenía moretones. Cortes por todas partes. La policía me arrojó al concreto, como, seis veces seguidas”.

Pero el intento de campamento del año pasado ni siquiera fue la razón por la que se retiene el título de Haddad. Lo fue el memorial pacífico de este año. Y cómo se desarrolló ese escenario, con la universidad y la policía del campus cambiando constantemente las reglas, ilustra algo preocupante mucho más allá de los confines arbolados de un campus usamericano.

La guerra de Israel en Gaza está desgastando gran parte de lo que nosotros, en USA pero también internacionalmente, habíamos acordado como aceptable, desde las reglas que gobiernan nuestra libertad de expresión hasta las propias leyes de conflicto armado. No parece exagerado decir que los cimientos del orden internacional de los últimos 77 años están amenazados por este cambio en las obligaciones que gobiernan nuestras responsabilidades legales y políticas mutuas.

Estamos ignorando el colapso del sistema internacional que ha definido nuestras vidas durante generaciones, y lo hacemos bajo nuestro propio riesgo colectivo.

Este colapso comenzó con la falta de determinación del mundo liberal para frenar la guerra de Israel en Gaza. Se intensificó cuando nadie levantó un dedo para detener el bombardeo de hospitales. Se expandió cuando la hambruna masiva se convirtió en un arma de guerra. Y está alcanzando su punto máximo en un momento en que la guerra total ya no se ve como una abominación humana, sino que es la política deliberada del Estado de Israel.

Las implicaciones de este colapso son profundas para la política internacional, regional e incluso nacional. Se reprime la disidencia política, se vigila el lenguaje político, y las sociedades tradicionalmente liberales están cada vez más militarizadas contra sus propios ciudadanos.

Muchos de nosotros pasamos por alto cuánto ha cambiado en los últimos 20 meses. Pero estamos ignorando el colapso del sistema internacional que ha definido nuestras vidas durante generaciones, y lo hacemos bajo nuestro propio riesgo colectivo.

El 29 de abril de 2025, un grupo de estudiantes de VCU se reunió en un césped del campus para recordar el desmantelamiento forzoso de un campamento erigido brevemente en el mismo espacio el año anterior. La reunión no era una protesta. Era más parecida a un picnic, con algunos estudiantes usando pancartas de manifestaciones pasadas como mantas. Otros trajeron mantas reales. Los estudiantes se sentaban en la hierba y estudiaban para sus exámenes finales, jugueteaban con sus portátiles y jugaban a cartas o ajedrez. Un puñado de los aproximadamente 40 estudiantes lucían kufiyas.

Resultó que las mantas eran un problema.

Casi dos horas después de su picnic, un administrador universitario confrontó a los estudiantes por una publicación en redes sociales que había anunciado la reunión. (“Ven a estar en comunidad para conmemorar 1 año desde la brutal respuesta de VCU al Campamento de Solidaridad G4Z4. Trae mantas de picnic, tareas/exámenes, materiales de arte, snacks, música, juegos”, había publicado un grupo local de solidaridad palestina). Debido a esta publicación, la universidad consideró el picnic un “evento organizado”, y dado que los estudiantes no habían registrado el evento, se consideró una violación de las reglas.

Las reglas en VCU habían estado cambiando debido a las protestas por Gaza desde febrero de 2024.

El administrador les dijo a los estudiantes que podían reubicarse en la zona de libertad de expresión del campus, un área establecida en agosto de 2024 debido a las protestas de ese año. “Un anfiteatro al lado de cuatro contenedores de basura”, así describió Haddad el área.

La organización de libertad de expresión en campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) es crítica con las zonas de libertad de expresión porque “funcionan más como cuarentenas de libertad de expresión, desterrando a oradores estudiantiles y profesores a puestos avanzados que pueden ser pequeños, en los márgenes del campus, o (frecuentemente) ambas cosas”.

En lugar de mudarse, los estudiantes anunciaron un final formal a su reunión y permanecieron en silencio en su césped del campus. Pero dado que las pancartas en las que estaban sentados expresaban un punto de vista político, el administrador les dijo a los estudiantes que tendrían que llevarlas a la zona de libertad de expresión, según Haddad. El césped debería ser para todos, replicaron los estudiantes. Surgieron varias conversaciones diferentes con oficiales de policía del campus y diferentes administradores, diciéndoles a los estudiantes reglas diferentes cada vez.

Más de una docena de oficiales de policía del campus aparecieron más tarde esa tarde. “Se les ha pedido que no tengan mantas en el parque. Tienen un minuto para recoger las mantas y salir del parque. De lo contrario, serán arrestados por invasión de propiedad”, les dijo un oficial.

Pero la policía continuó cambiando las reglas. Primero se les dijo a los estudiantes que tendrían que enrollar las mantas e irse. Minutos después, la policía dijo que podían quedarse si las mantas desaparecían. Los estudiantes quitaron las mantas y, mientras los oficiales se iban, los estudiantes comenzaron a corear: “¡Libre, libre Palestina!”. Uno levantó un cartel, refiriéndose a los manifestantes del año pasado rociados con gas pimienta por la policía, que decía: “¿Van a gasearnos otra vez, malditos monstruos?”. Fue arrestado. Los otros se enojaron y frustraron.

“¿Saben qué convirtió esto en una manifestación?”, gritó un estudiante a la policía. “¡Cuando traen policías a un picnic! ¡Eso es lo que lo convierte en una maldita manifestación!”

Ocho días después, Haddad y otro estudiante, identificados por la universidad como líderes, recibieron un aviso de violaciones de políticas debido a la reunión no autorizada. Sus títulos estaban siendo retenidos.


Fotogramas de un video que muestra a la policía de la VCU reprimiendo un picnic estudiantil que marca el primer aniversario de cuando la universidad desmanteló su campamento propalestino en Richmond, Virginia, el 29 de abril de 2025. Montaje sjpvcu/Instagram

“Cuando los estudiantes exponen la violencia de la ocupación y el genocidio de Israel, instituciones como VCU, que están profundamente entrelazadas con fabricantes de armas y donantes capitalistas, se vuelven temerosas”, dijo Haddad. “Así que tuercen las reglas, reescriben las políticas e intentan silenciarnos... Pero todo se trata de poder. Nuestras demandas de justicia son una amenaza para su complicidad”.

La reescritura estratégica de las reglas no es exclusiva de VCU. Está ocurriendo en todo USA mientras los administradores universitarios reprimen las protestas que apoyan los derechos palestinos. En uno de muchos otros ejemplos, decenas de miembros de la facultad y estudiantes fueron suspendidos temporalmente de la biblioteca de Harvard a fines de 2024 después de sentarse en silencio leyendo en la biblioteca con carteles que apoyaban la libertad de expresión o se oponían a la guerra en Gaza, aunque una protesta similar en diciembre de 2023 no tuvo tal sanción.

Si alguno de estos estudiantes hubiera estado protestando contra la guerra de Rusia en Ucrania, puedes estar seguro de que estas administraciones habrían respondido con adulación. Las universidades, después de todo, se enorgullecen de ser los terrenos de prueba para los valores colectivos de la sociedad. Como sitios de contemplación y exploración, funcionan como incubadoras para futuros líderes.

Pero cuando se trata de la cuestión de Palestina, comienza a surgir un patrón diferente. En lugar de escuchar a los estudiantes que quieren responsabilizar a Israel por sus acciones, aquellos en posiciones de poder en la universidad optan por cambiar las reglas.

Estos cambios de reglas dudosos no son solo para nuestros estudiantes. En un informe condenatorio publicado en enero, ProPublica diseccionó las muchas formas en que la administración Biden siguió moviendo los postes de la portería a favor de Israel después del 7 de octubre de 2023. ¿Recuerdas las amenazas de sanciones contra Israel por invadir Rafah? (Es una “línea roja”, dijo Biden). ¿O el ultimátum de 30 días impuesto a Israel para aumentar drásticamente la ayuda alimentaria? Pero no pasó nada. Aparte de pausar brevemente un envío de bombas de 2000 libras (0,9 toneladas), el hardware militar siguió llegando.

Gazatíes abriéndose paso entre los escombros de casas en Rafah el 20 de enero de 2025, un día después de que entrara en vigor un acuerdo de alto el fuego en la guerra entre Israel y Hamas. Foto AFP/Getty Images

La ley Leahy requiere restringir la asistencia a unidades militares de gobiernos extranjeros que cometen graves violaciones de derechos humanos. Nunca se ha aplicado a Israel. En abril de 2024, parecía que el secretario de Estado, Antony Blinken, estaba a punto de sancionar a Netzah Yehuda, un batallón notorio de las Fuerzas de Defensa de Israel, bajo la ley Leahy. Al final, la pateó hacia adelante, y el batallón no solo escapó de las sanciones usamericanas, sino que, según CNN, sus comandantes fueron incluso asignados para entrenar tropas terrestres y dirigir operaciones en Gaza.

“Es difícil evitar la conclusión de que las líneas rojas han sido solo una cortina de humo”, dijo Stephen Walt, profesor de asuntos internacionales en la Harvard Kennedy School, a ProPublica. “La administración Biden decidió apostar todo y solo pretendió que estaba tratando de hacer algo al respecto”.

Leahy no es la única ley usamericana que la impunidad israelí está llevando a un punto de ruptura. A fines de abril de 2024, las principales agencias del gobierno de USA sobre asistencia humanitaria concluyeron que Israel estaba bloqueando deliberadamente la entrada de alimentos y medicinas en Gaza. La Ley de Asistencia Exterior de USA requiere que el gobierno suspenda la asistencia militar a cualquier país que “restrinja, directa o indirectamente, el transporte o la entrega de la asistencia humanitaria usamericana”. Blinken simplemente ignoró la evidencia proporcionada por su propio gobierno. “Actualmente no evaluamos que el gobierno israelí esté prohibiendo o restringiendo el transporte o la entrega de la asistencia humanitaria usamericana”, informó al Congreso.


Palestinos intentando recibir alimentos de un punto de distribución de caridad en Jan Yunis, Gaza, el 5 de junio de 2025. Foto Anadolu/Getty Images

Las reglas se doblan como juncos cuando se trata de Israel, que en marzo de 2025 también rompió el alto el fuego que la administración Trump había ayudado a negociar en enero. Y ahora estamos presenciando un nuevo nivel de crueldad: el uso de la hambruna como arma de guerra. Mientras tanto, políticos israelíes llaman abiertamente a la limpieza étnica. Bezalel Smotrich, el ministro de Finanzas de ultraderecha, se jactó de que Israel está “destruyendo todo lo que queda de la Franja de Gaza” y que “el ejército no está dejando piedra sin remover”. Añadió: “Estamos conquistando, limpiando y quedándonos en Gaza hasta que Hamas sea destruido”. Y su idea de Hamas es amplia. “Estamos eliminando ministros, burócratas, manejadores de dinero, todos los que sostienen el gobierno civil de Hamas”, explicó. Matar a miembros civiles del gobierno (ya que no son combatientes) es un crimen de guerra.

USA y la comunidad internacional, nuevamente, no hacen nada.

Cada día, lo previamente inaudito no solo se pronuncia en voz alta sino que también se lleva a la acción, precisamente porque provoca poca reacción. Dos pilotos retirados de la fuerza aérea israelí escribieron en la edición en hebreo del periódico israelí Haaretz que “un miembro de la Knéset incluso se jactó de que uno de los logros del [gobierno israelí] es la capacidad de matar a 100 personas al día en Gaza sin que nadie se sorprenda” (un extracto del artículo de Haaretz fue citado por el columnista Thomas Friedman en el New York Times).


Un niño palestino que sufre de desnutrición es tratado por una enfermera en el hospital Nasser en Jan Yunis en el sur de la Franja de Gaza el 10 de julio de 2024. Foto Eyad Baba/AFP/Getty Images

Este cambio constante de lo aceptable ha resultado en políticas y prácticas criminales de desplazamiento forzado, sufrimiento masivo y genocidio, todo llevado a cabo bajo la aquiescencia pasiva o complicidad activa de países poderosos. Incluso la normalmente reticente Cruz Roja está hablando con horror. “La humanidad está fallando en Gaza”, dijo Mirjana Spoljaric Egger, presidenta del Comité Internacional de la Cruz Roja, a Jeremy Bowen de la BBC recientemente. “El hecho de que estemos viendo a un pueblo despojado por completo de su dignidad humana debería realmente conmocionar nuestra conciencia colectiva”, lamentó.

Sin embargo, la indignación oficial es, en el mejor de los casos, apagada mientras todo lo que alguna vez se consideró institucionalmente sólido se desvanece en el aire.

¿Qué tiene Israel que le permite salirse con la suya con el asesinato? USA ha protegido durante mucho tiempo a Israel de las críticas internacionales y lo ha apoyado militarmente. Las razones ofrecidas para ese apoyo generalmente van desde el vínculo “inquebrantable” compartido entre los dos países hasta el poder del Comité de Asuntos Públicos Americano-Israelí (AIPAC) en Washington. Podría argumentarse razonablemente que lo único diferente en esta guerra actual es la escala.

Pero no es solo Washington. Israel y la cuestión de Palestina producen divisiones increíblemente tensas en gran parte del mundo occidental. Dinamarca recientemente prohibió a los niños que se preparan para votar en una elección juvenil nacional debatir la soberanía palestina. ¿Por qué?

En una conversación con Ezra Klein del New York Times, la profesora de derecho internacional de derechos humanos Aslı Bâli ofreció una explicación de lo que es diferente con Palestina. En 1948, señala, Palestina era “el único territorio que había sido designado para ser descolonizado en la creación de las Naciones Unidas... que [todavía] no ha sido descolonizado”.

Sudáfrica estuvo alguna vez en esa categoría. Durante décadas, Palestina y Sudáfrica fueron “entendidas como ejemplos continuos de descolonización incompleta que continuaron mucho después de que el resto del mundo hubiera sido completamente descolonizado”. Hoy, Palestina es la última excepción a ese proceso histórico, un remanente claramente evidente para las personas que alguna vez estuvieron sujetas a la colonización, pero que el mundo occidental se niega a reconocer como una aberración.

En otras palabras, para muchos en USA y gran parte del mundo occidental, la creación del Estado de Israel se entiende como el cumplimiento de las aspiraciones nacionales judías. Para el resto del mundo, ese mismo cumplimiento de las aspiraciones nacionales judías ha dejado la descolonización de Palestina incompleta.

En 2003, el historiador Tony Judt escribió que el “problema con Israel [es]... que llegó demasiado tarde. Ha importado un proyecto separatista característico del siglo XIX a un mundo que ha seguido adelante, un mundo de derechos individuales, fronteras abiertas y derecho internacional. La mera idea de un ‘Estado judío’, un Estado en el que los judíos y la religión judía tienen privilegios exclusivos de los que los ciudadanos no judíos están excluidos para siempre, está arraigada en otro tiempo y lugar. Israel, en resumen, es un anacronismo”.

La idea de Judt de que Israel es una reliquia de otra era requiere entender cómo el impulso global por la descolonización se aceleró significativamente después de 1945. El resultado fue un nuevo mundo, pero uno que abandonó a los palestinos, dejándolos en campos de refugiados en 1948. Este nuevo mundo, surgido de las cenizas de la Segunda Guerra Mundial, se convirtió en lo que hoy llamamos “el orden internacional basado en reglas”, del cual el derecho internacional es un componente clave.

El derecho internacional también se codificó mucho más en esta época. El año 1948 no fue solo la fecha de la Nakba palestina y la independencia de Israel. También fue el año en que se aprobó la Declaración Universal de Derechos Humanos (DUDH). Junto con la Carta de la ONU de 1945, la DUDH sirve como base principal del derecho internacional de los derechos humanos.

Pero, ¿de qué sirve un “orden internacional basado en reglas” si las reglas siguen cambiando?

La verdad es que nunca hemos vivido realmente en un “orden internacional basado en reglas”, o al menos no en el que la mayoría de la gente imagina cuando escucha la frase. La idea de que el derecho internacional establece límites a las acciones de los Estados no impidió el genocidio ruandés. El “orden internacional basado en reglas” no detuvo la invasión “ilegal” de Irak por parte de USA en 2003. Mucho antes de 2023, Israel violaba rutinariamente las resoluciones del Consejo de Seguridad. No impidió que Hamas cometiera sus crímenes de guerra el 7 de octubre.

El problema con el derecho internacional no es solo la falta de un mecanismo de aplicación para obligar a cumplir a los Estados rebeldes. El problema con el derecho internacional es que “es más probable que sirva como una herramienta de los fuertes que de los débiles, escribe el teórico legal Ian Hurd en su libro de 2017, How to Do Things With International Law.

Tendemos a pensar en la ley como un límite acordado sobre nuestras acciones. Como dijo memorablemente Dwight D. Eisenhower: “El mundo ya no tiene elección entre la fuerza y la ley. Si la civilización va a sobrevivir, debe elegir el estado de derecho”.

Pero, ¿y si la ley se entiende mejor como un sistema que, sí, restringe el comportamiento, pero, más importante, valida lo que es posible? Quien logra definir los límites define lo que es aceptable. Como tal, los poderosos tienen muchas más probabilidades de desplazar el terreno de lo aceptable a su favor. Como explica Hurd, el derecho internacional “facilita el imperio en el sentido tradicional porque los Estados fuertes... dan forma al significado de las reglas y obligaciones internacionales a través de la interpretación y la práctica”.

Aunque el derecho internacional generalmente prohíbe la guerra, crea una excepción para la legítima defensa, y los Estados poderosos son los que pueden mover la línea sobre lo que constituye una legítima defensa. (Israel reclama ampliamente legítima defensa para su agresión contra Irán, por ejemplo, al igual que Rusia reclama explícitamente legítima defensa para atacar Ucrania). En su libro, Hurd examina cómo USA ha justificado su uso de la guerra con drones e incluso la tortura apelando al derecho internacional. El derecho internacional, para Hurd, no es un sistema que esté por encima de la política. Es política.

El punto que tomo de Hurd no es que el derecho internacional no exista o que no sea valioso. Claramente, existe la necesidad de reglas para proteger a los civiles y prevenir la guerra. El derecho internacional humanitario también es algo vivo que se adapta y expande. Se adoptaron protocolos adicionales a los Convenios de Ginebra en 1977. El Estatuto de Roma que estableció la Corte Penal Internacional se aprobó en 1998.

Pero el derecho internacional también es repetidamente sometido a tensión, violado rutinariamente y empujado consistentemente al servicio de los Estados fuertes. Como tal, el derecho internacional en la práctica se entiende mejor como una línea constantemente cambiante de comportamiento aceptable. Puede que ahora estemos llegando al punto en que esa línea se ha desplazado tan lejos de las intenciones fundacionales del derecho internacional que el sistema mismo está al borde del colapso.

La campaña de Israel en Gaza conlleva la aterradora posibilidad de un desplazamiento tan radical de la línea de aceptabilidad que convierte al genocidio en un arma de guerra legal. Si crees que estoy siendo hiperbólico, considera lo que escribió Colin Jones en The New Yorker a principios de este año. Jones consultó a abogados clave del establishment militar usamericano sobre sus puntos de vista sobre la campaña de Israel en Gaza. Lo que encontró fue un ejército usamericano profundamente preocupado por ser obstaculizado por el derecho internacional al librar una guerra futura contra una potencia importante como China, tanto que las “restricciones relajadas sobre bajas civiles” de Israel desplazan útilmente los postes de la portería para la conducta futura de USA.

Para el ejército usamericano, escribe Jones: “Gaza no solo parece un ensayo general para el tipo de combate que los soldados usamericanos pueden enfrentar. Es una prueba de la tolerancia del público usamericano a los niveles de muerte y destrucción que conllevan tales tipos de guerra”.

¿En qué infierno futuro estamos viviendo actualmente?

En su libro, Hurd también ilustra una diferencia fundamental entre los regímenes legales nacionales e internacionales. La expectativa que tenemos del derecho nacional, dice, es que sea “claro, estable y conocido de antemano”, mientras que el derecho internacional depende del consentimiento de los estados.

El desprecio de Trump por las instituciones del derecho internacional no podría ser más claro. Impuso sanciones a jueces y juristas de la Corte Penal Internacional después de que se emitieran órdenes de arresto contra el primer ministro israelí Benjamin Netanyahu y el exministro de Defensa Yoav Gallant. (Emitió sanciones similares en 2020). Desafió la Carta de la ONU bombardeando Irán, una nación soberana que no representaba un riesgo inminente para USA. ¿La respuesta global? Una leve reprimenda del presidente francés Emmanuel Macron y un apoyo rotundo del secretario general de la OTAN, Mark Rutte.

Lo que Trump y líderes como él buscan no es tanto destruir la ley como colonizarla.

Su desdén por las instituciones legales nacionales es igual de visible. Ha invocado emergencias falsas para reclamar “poderes de emergencia” como ningún presidente antes que él, permitiéndole eludir al Congreso y, esencialmente, gobernar por decreto. Desplegó tropas militares en California, contra los deseos de su gobernador, y un tribunal de apelaciones incluso autorizó su decisión. Está caminando por la línea de la abierta desobediencia a varias órdenes judiciales.


De izquierda a derecha, Jade Chan y Zoe O'Brien protestan contra Donald Trump el 17 de febrero de 2025 en Austin, Texas. Foto Brandon Bell/Getty Images

¿Qué está sucediendo? Es tentador pensar que estamos viviendo en una nueva era de anarquía, pero eso no capturaría el cambio que tenemos frente a nosotros. No se trata de la falta de ley. Se trata de la recreación de la ley. Lo que Trump y líderes como él buscan no es tanto destruir la ley como colonizarla, poseer la ley determinando sus parámetros para servir a sus intereses. Para ellos, la ley existe para doblegarse a su voluntad, destruir a sus adversarios y proporcionar una coartada para un comportamiento que, en una mejor versión de nuestro mundo, sería castigado como criminal.

Quizás no sea sorprendente que algo tan vulnerable como el derecho internacional pueda resquebrajarse bajo las presiones actuales. Lo que puede ser sorprendente es cómo también estamos perdiendo nuestro sentido nacional de estabilidad, paz y seguridad junto con él, y cuán conectada está la lucha por Palestina con este desmantelamiento interno, especialmente cuando se trata de la libre expresión. Solo pregúntale a Sereen Haddad o a Mahmoud Khalil, el activista de derechos palestinos que pasó 104 días en detención por su discurso político protegido constitucionalmente y todavía enfrenta la perspectiva de deportación.

La convención para la prevención y la sanción del delito de genocidio fue, como la DUDH, aprobada en el año crucial de 1948. Su llegada fue urgente y necesaria después del Holocausto nazi del pueblo judío, y el derecho internacional moderno se construyó sobre la comprensión de que juntos, en la comunidad internacional, trabajaríamos para prevenir genocidios futuros. Aunque no hemos logrado cumplir esa promesa en el pasado, hoy son los actos de exterminio y genocidio de Israel contra los palestinos en Gaza, financiados y habilitados en cada paso por un Occidente cómplice, lo que más ha contribuido a la desaparición del orden global basado en reglas. Tal como se ve hoy, el sistema no llegará a los 100 años.

Y su colapso puede atribuirse directamente a la hipocresía con la que el mundo ha tratado a los palestinos. Ningún otro grupo ha sido sometido a un estado de pérdida tan prolongado en el orden liberal posterior a 1945. Los refugiados palestinos constituyen “la situación de refugiados prolongada más antigua y grande del mundo” en el mundo moderno. Y las demandas impuestas a los palestinos simplemente para sobrevivir se vuelven más bárbaras cada hora. En Gaza, palestinos desesperados son abatidos por francotiradores y drones diariamente mientras esperan comida. Se avecina una sequía porque los ataques de Israel han destruido la mayoría de las plantas de tratamiento de aguas residuales, sistemas de alcantarillado, reservorios y tuberías de la franja. Hasta el 98% de las tierras de cultivo de Gaza han sido destruidas por Israel. Esta es una forma de guerra total que el mundo moderno nunca debería ver, y mucho menos condonar.


Personas cargando sacos de harina caminan en el oeste de Yabalia el 17 de junio de 2025, después de que camiones de ayuda humanitaria supuestamente entraron al norte de la Franja de Gaza a través del cruce fronterizo de Zikim controlado por Israel. Foto Bashar Taleb/AFP/Getty Images

Nadie sabe qué vendrá a reemplazar el sistema internacional que actualmente se colapsa a nuestro alrededor, pero cualquier sistema político que priorice castigar a quienes protestan contra el genocidio en lugar de detener las matanzas claramente se ha agotado a sí mismo.

Si hay un rayo de esperanza en toda esta miseria que provoca rabia, puede encontrarse en el número creciente de personas en todo el mundo que se niegan a ser intimidadas al silencio. Puede que hayamos visto un pequeño ejemplo de ese coraje en la ciudad de Nueva York recientemente, y no me refiero solo a Zohran Mamdani ganando la nominación del Partido Demócrata para alcalde. Ese mismo día, dos políticas progresistas de Brooklyn, Alexa Avilés y Shahana Hanif, se postulaban para la renominación. Ambas apoyaban Palestina, ambas fueron atacadas implacablemente por sus posiciones sobre Gaza, y ambas se negaron a cambiar sus puntos de vista. Donantes pro-Israel vertieron dinero en las campañas de sus oponentes. Sin embargo, ambas ganaron cómodamente sus carreras.

Múltiples factores intervienen en ganar cualquier campaña política, pero cualquier apoyo expresado por Palestina solía ser una sentencia de muerte. ¿Podría ser que estamos al borde de un cambio? ¿Quizás la libertad palestina ya no es una responsabilidad sino ahora una posición verdaderamente ganadora en política?

Palestina es quizás la expresión más clara hoy, como me dijo Haddad, de cómo “el poder se siente amenazado por la verdad”. Continuó: “Si tienen tanto miedo de un estudiante con un cartel, un mensaje en tiza o una demanda de justicia, entonces somos más fuertes de lo que quieren que creamos”. Más le vale tener razón. Por el bien de todos nosotros.