Selon un rapport de l’université de Columbia et d’un groupe de lutte contre la pauvreté, la proportion de New-Yorkais vivant dans la pauvreté est près de deux fois supérieure à la moyenne nationale.
Benjamin Oreskes, The New York Times, 26/2/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Selon un
rapport qui souligne le caractère urgent d’une crise de l’accessibilité financière à
laquelle les élus ont du mal à faire face, un quart des habitants de New York n’ont
pas assez d’argent pour des produits de première nécessité comme le logement et
la nourriture, et beaucoup disent qu’ils n’ont pas les moyens d’aller chez le
médecin.
Le rapport, rédigé par un groupe de recherche de l’université Columbia et Robin Hood, une association de lutte contre la pauvreté, a révélé que la proportion de New-Yorkais vivant dans la pauvreté était près de deux fois supérieure à la moyenne nationale en 2023 et avait augmenté de sept points de pourcentage en seulement deux ans.
Cette hausse
est en partie due à l’expiration de l’aide gouvernementale qui avait été
étendue pendant la pandémie.
La
gouverneure Kathy
Hochul et le maire Eric Adams, semblant reconnaître que le mécontentement
face au coût élevé de la vie pourrait mettre en péril leur avenir politique,
ont axé leurs programmes et leurs espoirs de réélection en partie sur le fait
de faire comprendre aux électeurs qu’ils essayaient de rendre New York plus
abordable. C’est une tâche formidable, dit Richard Buery Jr, directeur général
de Robin Hood.
La ville « a
tellement de richesses, mais aussi tellement de besoins », ajoute-t-il « Ce
sont des problèmes entièrement créés par l’homme ».
Le rapport
fait partie d’une étude d’environ 13 ans qui porte sur un échantillon
représentatif d’environ 3 000 ménages à New York. Les chercheurs utilisent une
mesure différente de celle du gouvernement fédéral pour mesurer la pauvreté, en
tenant compte des revenus, des aides non monétaires comme les crédits d’impôt
et du coût de la vie local.
Selon cette
méthode, le seuil de pauvreté pour un couple avec deux enfants dans un logement
locatif à New York est désormais de 47 190 dollars [= 44 790 €]. L’étude a
révélé que 58 % des New-Yorkais, soit plus de 4,8 millions de personnes,
appartenaient à des familles dont les revenus étaient inférieurs à 200 % du
seuil de pauvreté, soit environ 94 000 dollars pour un couple avec deux enfants
ou 44 000 dollars pour un adulte seul*. Selon le rapport, les taux de pauvreté
chez les résidents noirs, latinos et asiatiques étaient environ deux fois plus
élevés que chez les résidents blancs.
Buery a
applaudi plusieurs des propositions politiques du budget exécutif de Mme
Hochul, qu’il considère comme un bon début pour faire face à cette crise. La
gouverneure a proposé
de réduire l’impôt sur le revenu de la plupart des résidents de l’État et
souhaite accorder aux femmes enceintes bénéficiant de l’aide sociale une
allocation mensuelle de 100 dollars pendant leur grossesse, ainsi qu’une somme
de 1 200 dollars à la naissance de leur enfant.
Le rapport a
révélé que 26 % des enfants de la ville de New York, soit 420 000 enfants,
vivent dans la pauvreté.
La plus
ambitieuse des propositions consisterait à accorder aux familles éligibles
un allègement fiscal pouvant atteindre 1 000 dollars par enfant de moins de 4
ans ou 500 dollars par enfant âgé de 4 à 16 ans. Les chercheurs du Center on
Poverty and Social Policy de l’université de Columbia ont estimé que cette
réduction d’impôt, ainsi que plusieurs autres propositions antérieures
soutenues par Mme Hochul, pourraient réduire la pauvreté infantile à New York d’environ
17 %.
« Cela me
fait mal en tant que mère de penser aux petits estomacs qui gargouillent
pendant qu’ils sont à l’école alors qu’ils sont censés apprendre », a déclaré
Mme Hochul dans son discours
sur l’état de l’État le mois dernier.
Avi Small,
porte-parole de Mme Hochul, a souligné que les coupes dans des programmes tels
que Medicaid que les républicains à Washington veulent mettre en place
constituent une autre menace pour les New-Yorkais pauvres.
« La
gouverneure s’attaque au coût élevé de la vie en réduisant les impôts, en
accordant des crédits et des remboursements, tout en développant les services
sociaux pour ceux qui en ont le plus besoin », a-t-il déclaré.
À la fin de
l’année dernière, Adams a proposé de supprimer l’impôt sur le revenu de la
ville de New York pour plus de 400 000 des salariés
les moins bien rémunérés. Le conseil municipal a également adopté
un plan de logement majeur qu’il a défendu, connu sous le nom de « City of
Yes ». Le plan prévoit des milliards de dollars pour la construction de
logements abordables et des incitations en matière de zonage qui permettent aux
promoteurs de construire des bâtiments plus grands à condition qu’ils
comprennent des logements moins chers.
« Le maire
Adams a utilisé tous les outils de notre administration pour remettre de l’argent
dans les poches des New-Yorkais et rendre la ville de New York plus abordable
afin que les familles puissent s’épanouir », a déclaré Amaris Cockfield,
porte-parole de M. Adams, dans un communiqué.
Le rapport
Robin Hood a mis en évidence la pénurie de logements et leur coût croissant
comme étant les principaux facteurs de l’augmentation du nombre de personnes
vivant dans la pauvreté. La plupart des personnes interrogées travaillaient ou
cherchaient un emploi. Pourtant, beaucoup ont déclaré avoir du retard dans le
paiement de leur loyer ou avoir du mal à payer leur nourriture.
« Il y a un
manque de volonté politique pour investir réellement dans les services destinés
aux personnes les plus démunies », dit Chris Mann, vice-président adjoint de
Women In Need, qui gère des refuges à New York.
Peter
Nabozny, directeur des politiques de Children’s Agenda, et Buery ont fait
partie d’un groupe de travail de l’État qui a formulé des recommandations
politiques visant à réduire de moitié la
pauvreté infantile d’ici 2032. Mme Hochul a rejeté leurs suggestions d’un
crédit d’impôt plus important pour les enfants et d’un nouveau chèque logement.
Nabozny a
déclaré que certaines mesures récentes du gouvernement contre la pauvreté ont
été positives, mais « ne sont pas assez importantes pour atteindre ce que nous
pourrions réaliser si nous nous y mettions vraiment en tant qu’État ».
L’une des
propositions de Mme Hochul en matière d’accessibilité financière à laquelle
certains élus se sont opposés consiste
à accorder à des millions de New-Yorkais des réductions d’impôt pouvant
atteindre 500 dollars en fonction de leurs revenus. Ce programme devrait coûter
3 milliards de dollars, soit le même montant que l’excédent budgétaire de l’exercice
précédent.
Le sénateur
démocrate James Skoufis a déclaré qu’une grande partie de ce financement
pourrait, par exemple, être utilisée pour développer un programme visant à
réduire la charge fiscale des personnes âgées.
NdT
* La Banque mondiale fixe le seuil de pauvreté mondial à 747€ par an, soit 58 moins que le seuil de pauvreté new-yorkais. Dans l'UE, le seuil de pauvreté va de 3000 (Roumaine) à 15 000 € (Danemark) [France : 9700 €]. En Chine et en Inde, il tourne autour de 800€, en Amérique latine autour de 2 300€, en Russie, il est de 1 500 € et en Tunisie, de 763€.
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