Joy Metzler, Mondoweiss,
27/2/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Je suis une lieutenante de l’armée de l’air en service actif qui cherche à obtenir une dispense d’objectrice de conscience en raison de l’horreur que m’inspire le rôle des USA dans le génocide de Gaza. L’auto-immolation d’Aaron Bushnell, il y a un an, a été le déclencheur de ma démarche.
Je m’appelle Joy Metzler et je
suis lieutenante de l’armée de l’air en service actif, cherchant à obtenir une dispense
d’objectrice de conscience. Cette décision est en grande partie due à l’horreur
que m’inspire le soutien continu des USA au génocide de Gaza, en violation
directe d’un grand nombre de lois et de valeurs qui m’ont été enseignées à l’Académie
de l’armée de l’air.
J’attends que mon dossier soit
approuvé, mais je n’ai jamais caché mon opposition à la politique usaméricaine
à Gaza. L’auto-immolation d’Aaron Bushnell il y a un an m’a mis sur la voie, et
en ce jour anniversaire de sa mort (25 février), je ressens plus que jamais le
poids des crimes de notre pays.
L’une des pages que je suis et
avec laquelle j’interagis, About Face :
Veterans Against the War, a publié un message sur Instagram pour honorer sa
mémoire. Les actions d’Aaron Bushnell ont joué un rôle déterminant dans l’évolution
de ma pensée, et je lui attribue, ainsi qu’à Dieu, tout le bien que je fais. J’aimerais
pouvoir dire que le fait de se souvenir de lui a été un baume pour mon âme,
mais j’ai dû m’attendre aux inévitables commentaires condamnant ses actions.
Ayant moi-même lutté contre des
idées de suicide, je comprends que l’on veuille éviter les imitateurs, et j’espère
que beaucoup de ces commentaires partent d’une bonne intention, mais il y a peu
ou pas de reconnaissance du fait que l’auto-immolation n’est pas un suicide.
Au contraire, l’auto-immolation d’Aaron Bushnell a eu lieu pour une raison très
explicite : Aaron refusait d’être complice d’un génocide plus longtemps. « C’est
ce que notre classe dirigeante a décidé de considérer comme normal ».
Le 25 février 2025, des vétérans de tout le
pays ont brûlé leur uniforme en souvenir d’Aaron Bushnell et de son appel à l’action.
Pourtant, la peur demeure chaque
fois que quelqu’un essaie de se souvenir de lui, mais ce n’est pas la bonne
façon d’empêcher d’autres auto-immolations. La réponse n’est pas de supprimer
ou d’effacer ce qui s’est déjà produit, mais de supprimer le catalyseur ! Je
suis convaincue que si le gouvernement usaméricain avait mis un terme à la
crise humanitaire persistante en Palestine, Aaron Bushnell serait aujourd’hui
en vie et en bonne santé. Il a expliqué très clairement la raison de sa
protestation. Rappelons qu’Aaron est mort en criant “Palestine libre”. Il n’est
donc pas difficile d’imaginer que s’il avait vu une Palestine libre avant de
mourir, il serait encore là.
Il est important de noter que de
nombreuses personnes ne peuvent tout simplement pas comprendre des sentiments
aussi extrêmes. J’oserais dire que beaucoup de gens ressemblent à ceux de Fahrenheit
451 ; non, pas Guy Montag, mais plutôt sa femme et ses amis. Ils regardent
un écran pendant que le monde brûle et rejettent violemment toute mention de la
vérité lorsqu’elle menace de briser leur réalité. Pour le reste d’entre nous,
qu’est-ce que cela fait d’être témoin de la souffrance humaine à un niveau
aussi calamiteux ? En ce qui me concerne, je décrirais ce sentiment comme
quelque chose de semblable à une blessure morale. Il s’agit d’une anxiété
discrète mais qui s’accroît rapidement chaque fois que je mets mon uniforme. C’est
un sentiment de dissonance lorsque je me rends au travail tous les jours après
avoir parlé avec un habitant de Gaza qui a tout perdu. C’est la dépression qui
me suit alors que je prétends que le monde va bien, riant de choses
insignifiantes, comme Guy essayant de trouver de la compagnie auprès de sa
femme alors que sa fausse réalité s’effondre. À l’intersection de mon désir d’être
une bonne aviatrice (qui fait honneur à ceux avec qui je travaille) et de ma
foi - imbriquée dans mon être même ! - exigeant que je ne contribue pas à un
système destiné à apporter la mort et la destruction, se trouve une question
simple : jusqu’à quel point puis-je supporter cela ?
Lorsque je pense au dernier
message d’Aaron Bushnell, je me demande s’il ressentait la même chose.
À l’heure où j’écris ces lignes,
j’imagine que de nombreuses personnes sont déjà en train de formuler leur
réponse sur les raisons pour lesquelles l’auto-immolation est une mauvaise
chose, et je vous couperai la parole en vous disant que je suis d’accord ! Je n’encouragerais
jamais quelqu’un à s’immoler, pas plus que je n’encouragerais quelqu’un à s’ôter
la vie, mais notre refus persistant de nous engager dans la réalité de ce que
nous faisons ne fera que permettre la poursuite des atrocités contre lesquelles
les gens protestent en premier lieu. Il est difficile de regarder une tragédie,
qui implique souvent des violations graves et continues des droits humains, qui
peut pousser quelqu’un à protester de manière aussi extrême - mais nous devons
regarder. Nous devons ressentir la douleur de nos semblables, puis agir.
Le manque d’empathie qui imprègne
notre monde aujourd’hui me préoccupe beaucoup. Même après la mort d’Aaron, de
nombreuses personnes sont apathiques ou, pire encore, disent à d’autres qu’elles
devraient faire de même. Certains disent qu’il « n’allait pas bien dans sa
tête » ou tentent de détourner la conversation du sujet même de sa
protestation. J’aimerais autant qu’une autre personne qu’Aaron soit encore en
vie aujourd’hui pour prêter sa voix au mouvement, et j’aimerais qu’il puisse
voir ce que ses actions ont déclenché. À défaut, la meilleure chose à faire -
peut-être la seule - est de veiller à transmettre son message pour lui.
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