Gideon
Levy, Haaretz,
27/2/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
C’est quelque chose qui se passe
pour la première fois dans l’histoire d’Israël : une guerre n’est pas
encore totalement terminée qu’Israël est déjà en train d’attiser la prochaine.
On nous a refusé le luxe d’un moment de respiration ou d’un peu d’illusion et d’espoir.
L’horizon “diplomatique” d’Israël n’est plus que guerre après guerre, sans alternative
sur la table. Pas moins de trois guerres sont à l’ordre du jour : la reprise de
la guerre contre Gaza, le bombardement de l’Iran et la guerre en Cisjordanie.
La dernière d’entre elles a commencé
à être alimentée au lendemain du 7 octobre 2023. Lorsque la troisième intifada
éclatera, il faudra se souvenir qui l’a
délibérément provoquée. Le fait de se poser en victime d’attaques
meurtrières ne changera pas non plus les faits. Ni la diabolisation des “animaux
humains” en Cisjordanie, congénères de ceux de Gaza.
Israël portera seul la
responsabilité de la prochaine guerre en Cisjordanie. Ne dites pas que nous
avons été pris par surprise ; n’osez pas dire que nous ne savions pas. Cela
fait 16 mois que les choses sont écrites sur le mur, à feu et à sang, et
personne n’arrête ça. C’est à peine si l’on en parle.
Ce n’est plus la Cisjordanie que
nous avons connue. Les choses ont changé. L’occupation - qui n’a jamais été vraiment
progressiste - est devenue plus brutale que jamais. Au lendemain du 7 octobre,
Israël a effectivement emprisonné les trois millions d’habitants de la
Cisjordanie. Depuis lors, au moins 150 000 personnes - pour la plupart des
travailleurs assidus et dévoués - ont perdu leurs moyens de subsistance. Ils n’avaient
rien à voir avec le massacre perpétré le long de la frontière de Gaza. Ils
cherchaient seulement à subvenir aux besoins de leur famille. Mais Israël leur
a ôté la chance d’une vie décente, qui a peu de chances de revenir. Des
centaines de milliers d’entre eux ont été condamnés à une vie de misère. Les
plus jeunes ne resteront pas silencieux.
Ce n’était que le début. La
Cisjordanie a également été fermée de l’intérieur. Environ 900 points de
contrôle - certains permanents, d’autres temporaires - ont découpé la
Cisjordanie et la vie de ses habitants. Chaque trajet entre les communautés est
devenu un jeu de roulette russe. Le poste de contrôle sera-t-il fermé ou ouvert
? Lorsque j’ai passé six heures à attendre au poste de contrôle de Jaba, un
jeune marié se rendant à son mariage se trouvait derrière moi. Le mariage a été
annulé. Les routes de Cisjordanie sont devenues vides.
Les points de contrôle ne sont qu’une
partie du tableau. Quelque chose a également changé chez les soldats de l’occupation.
Peut-être envient-ils leurs camarades de Gaza, ou peut-être s’agit-il
simplement de l’état d’esprit qui règne actuellement au sein de l’armée
israélienne. Mais la plupart d’entre eux n’ont jamais traité les Palestiniens
comme ils le font aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement de la facilité avec
laquelle ils appuient sur la gâchette ou de l’utilisation d’armes jamais
déployées en Cisjordanie, comme les avions de chasse et les drones meurtriers.
Il s’agit surtout de la façon dont ils considèrent les Palestiniens : comme des
“animaux humains”, tout comme on le leur a dit de traiter les habitants de Gaza.
Les colons et ceux qui les
soutiennent se sont engouffrés dans cette brèche avec empressement. Pour eux,
il s’agit d’une occasion historique de se venger. Ils veulent une guerre à
grande échelle en Cisjordanie, sous le couvert de laquelle ils pourront mettre
en œuvre leur grand plan d’expulsion massive. Il est effrayant de constater que
c’est là le seul plan dont dispose Israël pour résoudre la question palestinienne.
Entretemps, il ne se passe pas
une semaine sans qu’apparaisse un nouvel avant-poste de colons non autorisé -
une simple hutte entourée de milliers de dounums volés, revendiqués pour le “pâturage”.
Il ne se passe pas un jour sans qu’un nouveau pogrom ne se produise. Ces
attaques fonctionnent. Les éléments les plus faibles de la société
palestinienne de Cisjordanie - les bergers - abandonnent tout simplement. Des
communautés entières quittent la terre de leurs ancêtres, fuyant, terrorisées,
les gangsters en kippa.
Puis c’est l’expulsion organisée
des camps de réfugiés. Ne dites pas qu’il n’y a pas de plan. Il y en a un, et
il est monstrueux. Il s’agit de vider tous les camps de réfugiés en Cisjordanie
et de les raser. C’est la “solution” au problème des réfugiés. Elle a commencé
par le démantèlement de l’Office de secours et de travaux des Nations unies
(UNRWA) et se poursuit avec les bulldozers D-9. Quarante mille personnes ont
déjà été expulsées, dont certaines maisons ont déjà été démolies. Les trois
camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie sont aujourd’hui des terrains
vagues, vidés de toute vie.
Il ne s’agit pas d’une guerre
contre le terrorisme. On ne combat pas la terreur en détruisant les
infrastructures hydrauliques, les réseaux électriques, les routes et les
systèmes d’égouts. Il s’agit de la destruction systématique des camps de
réfugiés.
Elle ne s’arrêtera pas au camp de
Nur al-Shams à Toulkarem ou aux camps d’Askar et de Balata près de Naplouse.
Elle se poursuivra jusqu’au camp d’Al-Fawwar, près d’Hébron, dans le sud de la
Cisjordanie, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.
C’est ce qu’Israël est en train
de faire, pour être clair. Une nakba.
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