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13/06/2023

GIANFRANCO LACCONE
S’asseoir au bord du fleuve et attendre*
Avec la disparition de Mister Bi, la droite italienne se retrouve dans la situation des communistes après Staline

 Gianfranco Laccone, 12/6/2023
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Les astérisques renvoient au notes du traducteur en fin de texte

La déstalinisation a été déclenchée en 1956, trois ans après la mort de Staline, par son propre successeur, Khrouchtchev ; il a fallu beaucoup moins de temps aux démocrates-chrétiens pour se débarrasser de la figure de Moro (les Morotei* de Bari, sa ville d’élection, l’ont fait la nuit suivant sa mort, en migrant vers les différents courants de la démocratie chrétienne) ; combien de temps faudra-t-il pour se débarrasser du poids de cette figure déjà sanctifiée qui, comme le dit aujourd’hui il manifesto, le 12 juin 2023, “est montée sur le terrain”* ?

Un des shows restés célèbres du Cavaliere : en décembre 2005, lors de la conférence de presse de fin d'année, il brandit un exemplaire de L'Unità, le quotidien communiste, du 6 mars 1953, en réponse à la question d'une journaliste de ce journal, lançant : "Vous devriez avoir honte. Vous êtes complices de 100 millions d'homicides. Il n'y a aucune possibilité de changer votre attitude préjudiciable vous êtes inconvaincables [sic]" [NdT]

Je ne crois pas que Tajani* représente le Khrouchtchev italien, capable d’initier la démolition nécessaire du mythe pour permettre au pays d’aller de l’avant. Le pays s’est identifié à ce personnage dont, maintenant qu’il a officiellement disparu, je ne sais même pas s’il a existé ou s’il a disparu depuis longtemps et a été remplacé par une doublure, reconstruite au fil des ans comme un androïde, comme on le raconte encore dans le cas de Mao. Car c’est un personnage qui s’est réellement construit, de manière imparfaite et grotesque, comme nous le faisions, enfants, avec le Meccano (jeu métallique des années 1950, balayé par le plastique et les Lego), où il était impossible de construire des marionnettes, marionnettes que nous construisions pourtant et imaginions exister pour peupler un monde de grues, de palais et de châteaux de métal. Une de mes connaissances, vers la fin des années 90, l’a rencontré par hasard la nuit dans les couloirs d’un hôtel de Bruxelles et ne l’a pas reconnu, petit, maladroit et avec une démarche incertaine, si différent des images que la télévision nous projetait il y a trente ans.

Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour imaginer ce qui va se passer bientôt ; il n’y a pas d’héritier politique et ses héritiers matériels feront, à plus ou moins brève échéance, ce qu’ont fait les héritiers des Agnelli* : ils essaieront de dépersonnaliser les entreprises, en créant un réseau qui leur permettra de survivre, quel que soit le système politico-économique qui prendra le relais dans quelques années. Parce que nous sommes en guerre et qu’à la fin du conflit (qui se terminera tôt ou tard), on ne peut pas savoir ce qui se passera. S’ils ne répètent pas les erreurs de la famille turinoise, qui a raté le train de la voiture électrique, ils donneront un sens au travail accompli dans la société italienne par le monde berlusconien.

Car celui du Cavaliere était un monde que la gauche n’a pas su créer pour donner du rêve au pays et de l’exemple au monde. Sans le mazarinisme* de Dell’Utri*, sans le colbertisme privatiseur de Tremonti*, sans le talleyrandisme de Gianni Letta*, sa dimension politique n’aurait pas existé et la création de cette zone grise qui unit le rêve et la terrible réalité n’aurait pas été possible. Un rêve dans lequel des acteurs de la Commedia dell’arte comme Mike Buongiorno*, Corrado* ou Raimondo Vianello* sont devenus des personnages de la Commedia, capables de donner leur vie en spectacle et même d’arrêter les voleurs, avec un style digne de l’épisode de Saint François avec le loup.

Car des personnages comme Renato Nicolini*, capables de faire ressortir l’esprit festif et populaire des Italiens et de neutraliser la nuit tragique de la Première République, ont été mortifiés par la gauche, qui préfère privilégier des figures à la Fouché et les faire accéder à des responsabilités étatiques.

Pendant ce temps, beaucoup d’hommes de gauche de la génération du Cavaliere rêvaient d’imiter ses exploits avec le monde féminin ; ceux qui ne le pouvaient pas se contentaient de regarder les saloperies national-populaires qui déferlaient, d’abord sur la télévision puis sur les médias sociaux naissants. La droite a ainsi formé une génération de femmes à l’estomac blindé, capables de tout accepter pour conquérir le pouvoir, tandis que le monde féministe se contentait de défendre quelques victoires limitées (divorce, avortement) et de se réfugier sur l’Aventin de la différence. Don Camillo et Peppone sont remplacés par des couples réels qui constituent des “opposés qui s’attirent”, dans le reality show que nous vivons tous les jours et qui remplace la vraie vie.

Politiquement, Fratelli d’Italia récupérera le réservoir électoral, mais courra le risque de mourir de boulimie, évoquant ainsi la grande littérature européenne de la Renaissance. Car la boulimie de pouvoir, dont les signes se sont manifestés dans les nominations effectuées au cours de ces mois de gouvernement en l’absence du contrôle de Berlusconi, est difficile, voire impossible à soigner.

Le Cavaliere aimait le système du marché libre (tel qu’il s’est imposé au fil du temps, avec tous ses faux mythes et ses pièges économiques), mais il craignait le marché mondial et se souciait de garder des amis parmi ceux qui s’y opposeraient. Il aimait commander mais n’aimait pas la guerre, il veillait à ses intérêts familiaux mais avait des sourires et des larmes pour tout le monde (celles versées à Brindisi en mémoire des migrants albanais du Kater y Rades, déjà alors victimes de l’Europe forteresse, où en 1997 je ne crois pas qu’un membre quelconque du gouvernement “de gauche” [Prodi-Veltroni] se soit rendu, n’étaient pas feintes).

Lorsqu’en 1994, lors des élections uninominales au scrutin majoritaire, Berlusconi s’est présenté dans une circonscription clé de Rome, j’ai pensé que la gauche devrait lui opposer un symbole tout aussi populaire sur le plan national, que la “ménagère de Voghera”* ; au lieu de cela, elle a désigné Luigi Spaventa*, un bon économiste, ex-ministre et héritier de l’histoire familiale qui a suivi celle de l’État italien depuis ses origines, et elle a perdu. Il y avait à Rome de nombreuses femmes anti-berlusconiennes, simples et fortes, comme Annarella* de Trastevere, qui auraient bien représenté le peuple, lequel - à première vue - n’aurait pas fait confiance à cette nouveauté au parfum antique. Au lieu de cela, rien.

Aujourd’hui, la droite est dans l’état des communistes après Staline : elle n’a plus de rêve, elle ne peut avoir que des regrets, et elle a glissé dans une guerre qu’elle n’aime pas mais qui est nécessaire pour faire des affaires en l’absence de pouvoir réel dans les médias et pour avoir cette licence de “lutte pour la démocratie” qui lui manque encore. Et que veut faire la gauche, celle qui aime la démocratie mais n’en voit pas la trace dans les gouvernements démocratiques ?

L’histoire nous rappelle qu’il est essentiel de s’arrêter et de réfléchir, de défendre sa mémoire dans des moments difficiles comme ceux-ci, d’attendre au bord du fleuve et de réorganiser les idées et les forces.

La guerre en Ukraine a brouillé le sens des choses et submergé les consciences ; peut-être l’UE perdra-t-elle ce conflit, comme l’Allemagne l’a fait lors de la Première Guerre mondiale, sans avoir perdu de bataille. Ou bien elle le gagnera et fera à cette occasion ce que la France a fait (avec les autres alliés) : elle a trop demandé et a ainsi favorisé Hitler. Ou bien elle fera comme l’Italie en 1943, se réveillant soudain du cauchemar et essayant de s’allier à quelqu’un qui lui permettrait de panser les plaies d’un conflit sans sel ni saveur fait pour conquérir l’Empire...

La mort de Mister Bi fait sombrer la droite au pouvoir, plus Frau von der Leyen que notre propre présidente du conseil ; les apparences semblent très différentes, mais ce n’est qu’une question de temps.

Nous, qui croyons en une démocratie honnête, avec ses petits mérites et ses vrais défauts, n’avons d’avenir que si nous voulons et pouvons reconstruire le rêve d’une démocratie populaire, autrefois appelée démocratie progressiste. Ce rêve a été remplacé par Mister Bi avec des feux de la rampe désormais éteints.

*NdT
S’asseoir au bord du fleuve : allusion à l’aphorisme chinois, attribué à Lao-Tseu ou Confucius et devenu proverbe italien « Assieds-toi au bord du fleuve et attends : tôt ou tard, tu verras passer le cadavre de ton ennemi ».

Morotei
 : désignait les amis d’Aldo Moro au sein du courant plus large des Dorotei, les « modérés » de la Démocratie-Chrtéienne, opposés à Fanfani-Segni-Rumor, qui s’étaient structurés lors d’une réunion au couvent de Santa Dorotea.

Monté sur le terrain : allusion à l'expression désignant l'entrée en politique de Berlusconi en janvier 1994 : la "discesa in campo" (la descente sur le terrain, l'entrée sur le terrain), expression empruntée au lexique du football, tout comme le nom de son parti, Forza Italia, "Allez l'Italie", reprenait le slogan du Mondial de 1982.

Antonio Taajani: militant dans ses jeunes années du Front de le jeunesse monarchiste, officier de l'armée de l'air, cofondateur avec le Cavaliere de Forza Italia, président du Parlement européen de 2017 à 2022, aujourd'hui ministre melonien des Affaires étrangères.

Mazarinisme : le cardinal Mazzarini (1602-1661), successeur de Richelieu , fut le principal ministre d’État du royaume de France pendant les 18 dernières années de sa vie. Ses partisans étaient appelés les mazarinistes par les Frondeurs.

Marcello Dell’Utri : assistant personnel de Berlusconi, mafieux et condamné pour cela.

Giulio Tremonti : ministre de l’É
conomie et des Finances dans plusieurs gouvernements Berlusconi, s’est par la suite rapproché de Fratelli d’Italia.

Mike Buongiorno, Corrado et Raimondo Vianello : amuseurs publics, héros notamment de l’émission Les trois ténors sur Canale 5 [télé berlusconienne] en 1998.

Gianni Letta : directeur du quotidien de droite Il Tempo, bras droit de Berlusconi, grand faccendiere (magouilleur) de Forza Italia et de ses avatars. Oncle d’Enrico Letta, démocrate-chrétien de gauche entré au Parti Démocrate.

Renato Nicolini (1942-2012) : architecte, dramaturge et maire-adjoint communiste  chargé de la culture de Rome, , il eut le courage de lancer en 1977 l’Été romain, pour alléger la chape de plomb que faisait peser sur les habitants de la capitale la chasse aux Brigades rouges.

La ménagère de Voghera : équivalent italien de la ménagère de moins de 50 ans française.

Luigi Spaventa (1934-2013) : économiste, fils d’économiste, banquier, politicien “de gauche”. (Son nom signifie “effraie, fait peur”).

Annarella : morte en 2017 à 91 ans, cette communiste du quartier populaire de Trastevere (Outre-Tibre) s’est rendue célèbre par ses diatribes en dialecte romain devant les palais du pouvoir, qui lui ont valu une notoriété télévisuelle. Si elle avait duré plus longtemps, elle aurait sans doute battu Kim Kardashian en nombre de followers sur les social media, comme on dit en italanglais. Les cibles favorites de ses imprécations : Berlusconi (“se deve levà dalla faccia della terra, sto zozzone”, il doit disparaître de la surface de la terre, ce salopiaud),  et Beppe Grillo.

 

 Giuseppe Veneziano, Je ne suis pas un saint , de la série Petites œuvres immorales, acrylique sur toile, 2018

 

GIANFRANCO LACCONE
Sedersi sulla riva del fiume e attendere
Dopo la scomparsa di Mister B, la destra è nelle condizioni dei comunisti dopo Stalin

Gianfranco Laccone, 13/6/2023

La destalinizzazione giunse nel 1956, a tre anni dalla morte di Stalin, per mano del suo stesso successore, Chruščëv ; i democristiani impiegarono molto meno per liberarsi della figura di Moro (i morotei di Bari, sua città di elezione, lo fecero la notte successiva alla sua morte, migrando nelle varie correnti); quanto tempo ci vorrà per liberarsi del peso di questa figura già santificata che, come dice oggi il manifesto, il 12 giugno 2023 è “asceso in campo”?


Non credo che Tajani rappresenti il Chruščëv italiano, in grado di avviare la necessaria demolizione del mito per permettere al Paese di andare avanti. Il Paese si è identificato con questa figura che, ora che è ufficialmente scomparsa, non so nemmeno se sia mai esistita o se fosse scomparsa da molto tempo e sostituita da una controfigura, ricostruita negli anni come un androide, come ancora oggi si favoleggia nel caso di Mao. Perché questo è stato un personaggio che si è realmente costruito da sé, in modo imperfetto e grottesco, come capitava di fare da bambini con il meccano (un gioco di metallo anni Cinquanta, spazzato via dalla plastica e dal Lego), dove era impossibile costruire dei pupazzi, pupazzi che comunque costruivamo e immaginavamo potessero esistere per popolare un mondo di gru, palazzi e castelli di metallo. Un mio conoscente, verso la fine degli anni ’90, lo incontrò per caso di notte nei corridoi di un hotel di Bruxelles e non lo riconobbe, piccolo, goffo e incerto nell’andare, così diverso dalle immagini che già trent’anni fa la TV ci proiettava.

Non ci vuole molta fantasia nell’immaginare quello che succederà a breve; non esiste un erede politico e i suoi eredi materiali faranno, in un tempo più o meno breve, quello che hanno fatto gli eredi degli Agnelli: cercheranno di de-personalizzare le aziende, creando una rete che permetterà la sopravvivenza, qualunque sistema economico politico subentri tra qualche anno. Perché siamo in guerra e alla fine del conflitto (che finirà prima o poi) non si sa bene cosa accadrà. Se non ripeteranno gli errori della famiglia torinese, che ha perso il treno dell’auto elettrica, daranno un senso al lavoro svolto nella società italiana dal mondo berlusconiano.

Perché quello del Cavaliere è stato un mondo che la sinistra non ha saputo creare per dare un sogno al Paese ed un esempio al mondo. Senza il mazzarinismo di Dell’Utri, senza il colbertismo privatistico di Tremonti, senza il talleyrandismo di Gianni Letta la sua dimensione politica non sarebbe esistita e non sarebbe stata possibile la creazione di quella zona d’ombra che unisce il sogno alla terribile realtà. Un sogno in cui attori da Commedia dell’arte come Mike Buongiorno, Corrado o Raimondo Vianello sono diventati personaggi della Commedia, in grado di fare della loro vita uno spettacolo e di bloccare persino i ladri nello loro attività, con uno stile degno dell’episodio di S. Francesco con il lupo.

Perché figure come Nicolini, in grado di far uscire lo spirito festoso e popolare degli italiani e neutralizzare la tragica notte della prima Repubblica, sono state mortificate dalla sinistra; a loro si è preferito privilegiare figure simili a quelle di Fouché e farle salire nelle responsabilità di Stato.

Mentre questo avveniva, molti degli uomini di sinistra della generazione del Cavaliere sognavano di imitare le sue gesta con il mondo femminile; chi non poteva, si contentava di guardare lo sconcio nazional-popolare che ha travolto prima la TV e poi i nascenti social media. In tal modo la destra ha allevato una generazione di donne con lo stomaco di ferro, in grado di accettare tutto per la conquista del potere, mentre il mondo femminista si contentava di difendere poche e limitate vittorie (divorzio, aborto) e rifugiarsi nell’Aventino della differenza. A don Camillo e Peppone si sono sostituite reali coppie anagrafiche che hanno costituito “gli opposti che si attraggono”, nel reality che viviamo giornalmente e che sostituisce la vita reale.

Politicamente Fratelli d’Italia recupererà il serbatoio elettorale, ma incorrerà nel rischio di morire per il troppo mangiare, evocando così la grande letteratura europea rinascimentale. Perché la bulimia di potere, le cui avvisaglie si sono manifestate nelle nomine fatte in questi mesi di governo in assenza del controllo berlusconiano, è difficile se non impossibile da curare.

Il Cavaliere amava il sistema del libero mercato (così come si è affermato nel tempo, con tutti i suoi falsi miti e le trappole economiche) ma temeva il mercato globale e si preoccupava di mantenersi amici coloro che lo avrebbero contrastato. Amava comandare ma non gradiva la guerra, badava agli interessi di famiglia ma aveva sorrisi ed anche lacrime per tutti (non erano false quelle piante a Brindisi in memoria dei migranti della Kater y Rades, già allora vittime dell’Europa-fortezza, dove nel 1997 non mi sembra sia andato alcuno del governo in carica).

Quando nel 1994, nella tornata uninominale delle elezioni con metodo maggioritario, Berlusconi si candidò in un collegio chiave a Roma, pensai che la sinistra dovesse contrapporgli un simbolo altrettanto nazional-popolare, come la “casalinga di Voghera”; invece candidò Luigi Spaventa, economista di buon livello, ex-ministro ed erede della storia familiare che seguiva quella dello Stato italiano dalle sue origini, e perse. C’erano a Roma tante donne antiberlusconiane, semplici e forti, come Annarella di Trastevere che avrebbero rappresentato bene il popolo che – a naso – non si sarebbe fidato di questa novità dal sapore antico. Invece niente. 

 Oggi la destra è nelle condizioni dei comunisti dopo Stalin: non ha più un sogno, può avere solo rimpianti, e si è infilata in una guerra che non ama ma che è necessaria per fare affari in assenza di potere reale nei media e avere quella patente di “lotta per la democrazia” che ancora le manca. E la sinistra, quella che ama la democrazia ma non ne vede traccia nei governi democratici, cosa vuole fare?

La storia ci ricorda che fermarsi e riflettere è essenziale, difendendo la propria memoria nei momenti difficili come questi, attendendo lungo il fiume e riorganizzando le idee e le forze.

La guerra in Ucraina ha fatto perdere il senso delle cose e ha travolto le coscienze; forse la UE perderà questo conflitto, come la Germania fece nella Prima guerra mondiale, senza avere perso una battaglia. Oppure lo vincerà e farà in quell’occasione come fece la Francia (assieme agli altri alleati): chiese troppo e favorì in tal modo Hitler. O farà come l’Italia nel 1943, si sveglierà all’improvviso dall’incubo e cercherà di allearsi con qualcuno che le avrebbe permesso di leccarsi le ferite di un insulso conflitto fatto per conquistare l’Impero…

La morte di Mr. B affonda le destre pigliatutto al potere, più la von der Leyen che la nostrana Presidente; l’apparenza sembra molto diversa, ma è solo questione di tempo.

Noi, che crediamo in un’onesta democrazia con i suoi piccoli pregi e i suoi reali difetti, abbiamo un futuro solo se abbiamo voglia e capacità di ricostruire il sogno per la democrazia popolare, un tempo chiamata democrazia progressiva. Quel sogno sostituito da Mr B con le luci della ribalta ora spente.

 Giuseppe Veneziano, Non sono un santo, dalla serie Operette immorali, acrilico su tela, 2018

12/06/2023

Les caricaturistes sont en deuil : le Cavaliere n'est plus de ce monde
Fumettisti in lutto: il Cavaliere non c'è più
Cartoonists in mourning: the Cavaliere is no more
Los dibujantes están de luto: el Cavaliere se fue

 
Tomas


Paolo Lombardi
 

C'est le collègue qui prend en charge l'enterrement de Berlusconi
It's the colleague in charge of Berlusconi's funeral
E' il collega incaricato  dei funerali di Berlusconi
Es el colega encargado del funeral de Berlusconi
Harm Bengen



Bart van Leeuwen


Farewell to Mr. Bunga Bunga
Marilena Nardi



Daniel Murphy

GIDEON LEVY
La contestation des Blancs : une “success story” israélienne

Gideon Levy, Haaretz, 11/6/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

La contestation des Blancs a réussi. Elle a mis un terme au projet de refonte du système judiciaire et, pour cela, ses participants méritent tout le respect et la gratitude qui leur sont dus. Il n'y a pas eu beaucoup de mouvements de protestation dans l'histoire de ce pays, et celui-ci semble avoir été le plus réussi. Applaudissements, chers amis. Vous avez prouvé que les Israéliens ne sont pas des Hongrois ou des Polonais. Mais ces applaudissements enthousiastes ne doivent pas masquer les maux et les défauts de cette protestation. Les symptômes n'ont fait qu'empirer ces derniers temps.


Manifestation contre la réforme judiciaire à Tel Aviv, samedi 10 juin 2023. Photos : Moti Milrod (en haut) & Ofer Vaknin (en bas)


Plus la protestation réussissait, plus l'autosatisfaction de ses initiateurs augmentait - regardez comme nous sommes merveilleux - et avec elle, la sauvegarde méticuleuse de la pureté du camp, ne permettant à aucune autre question de brouiller les cartes. Cette autosatisfaction a entraîné la satiété de la protestation : la pureté du camp l'a rendu trop blanc. L'histoire retiendra peut-être qu'il s'agit d'un mouvement qui a bloqué certaines législations dangereuses ; mais elle retiendra certainement qu'il s'agit d'un mouvement qui a systématiquement fait preuve de lâcheté en évitant des questions plus fatidiques.

Après tout, même si la protestation atteint pleinement ses objectifs, Israël ne fera que revenir à ce qu'il était il y a encore quelques années. Pour rappel, c'était aussi un pays moralement tordu, à peine moins que l'actuel dirigé par Netanyahou.

Le week-end dernier, les organisateurs de la contestation ont invité Rawia Aburabia, professeure de droit au Sapir Academic College, à parler de la violence dans les communautés arabes. La contestation étend ses ailes, diversifie les thèmes de sa campagne, devient plus pertinente et plus actuelle. Mais il s'est avéré que l'invitation comportait un piège : Il ne devait pas être question de l'occupation. Aburabia a évidemment décidé de refuser cette généreuse invitation, écrivant : « si c'est à cela que ressemble la liberté d'expression dans une vague de protestations visant la démocratie pour les Juifs seulement, dans laquelle les structures de pouvoir ethno-nationales et le contrôle des orateurs sont des copiés-collés [d'autres sphères], en vérité, je ne sais plus quoi dire ».

Il s'agissait manifestement d'un incident annoncé, dans le cadre d'un mouvement déterminé à combattre les personnes qui luttent contre l'occupation. L'occupation n'est manifestement pas liée à la démocratie aux yeux des démocrates de la rue Kaplan.

Shikma Schwartzman-Bressler s'adresse aux manifestants lors d'une manifestation à Tel Aviv en mars. Photo : Hadas Parush

L'héroïne photogénique de la contestation, Shikma Bressler, qui a récemment été photographiée dans une pose à la Che Guevara, tenant un drapeau israélien, a déclaré : « le fait de voir des Israéliens défendre la démocratie, manifester partout dans le monde et en Israël, devrait faire comprendre que nous sommes comme [le mouvement hassidique] Chabad, sauf que nous défendons la démocratie. Nous sommes pleins de foi dans notre façon de faire, nous nous battons en étant ce que nous sommes. Le drapeau a remplacé les vêtements noirs [portés par les disciples de Chabad] ».

Nous avons de la chance. Le drapeau israélien a remplacé l'habit noir et nous avons maintenant un nouveau Chabad. Oublions l'incroyable comparaison avec une organisation religieuse ultra-nationaliste, cette dangereuse organisation appelée Chabad, dont la leadeuse du mouvement de protestation s’inspire.

Laissons également de côté son attitude à l'égard des vêtements noirs, qui est inoffensive même si elle est différente - une protestation qui se glorifie de cette manière est une protestation qui s'est engraissée et rassasiée, une protestation de privilégiés. Si cette protestation rejette tout contact avec les personnes qui comprennent qu'une démocratie construite sur les bases d'une dictature militaire cruelle ne sera jamais une véritable démocratie, il s'agira d'un mouvement de protestation creux, trompeur et spécieux.

Il est bon que des masses de gens continuent à descendre dans la rue. Il est difficile de critiquer la conscience politique et la volonté d'agir des gens de bonne volonté. Mais à côté des drapeaux, il faut aussi dire la vérité. Et la vérité, c'est que cette manifestation n'a qu'un seul objectif : la destitution de Benjamin Netanyahou. Telle est la véritable passion des manifestants.

C'est un objectif légitime et même juste. Netanyahou porte l'entière responsabilité de l'effondrement insensé du système au cours des derniers mois. Mais les gens qui brandissent des drapeaux sur la rue Kaplan, blancs et rassasiés, juifs et sionistes, n'oubliez pas que même si Netanyahou s'en va, Israël continuera d'être un État d'apartheid.

Un État d'apartheid ne sera jamais une démocratie, même si les Juifs y préservent leurs droits, même si vous continuez à défiler avec des drapeaux dans la rue Kaplan pendant des années.

Ce n'est donc pas une véritable démocratie que vous défendez. Les vrais démocrates ne peuvent donc pas se joindre à votre combat.

 


 

 

11/06/2023

GIDEON LEVY
Un père met son petit enfant dans la voiture, puis est forcé de lui faire ses adieux
Scènes de la vie quotidienne à Nabi Saleh, en Cisjordanie occupée

 Gideon Levy et Alex Levac (photos) Haaretz, 8/6/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

 Source J-Media
Un sniper israélien a abattu Mohammed Tamimi, âgé de deux ans et demi, d’une balle dans la tête, puis son père d’une balle dans la poitrine, alors qu’ils se rendaient à une fête d’anniversaire. L’enfant est mort quatre jours plus tard. Il s’agit du 150e Palestinien tué cette année

Haytham Tamimi, le père endeuillé, à droite, et son frère Hassan. “Un soldat qui tire sur un bébé de cette façon est un soldat qui a déjà fait ça par le passé”, dit leur cousin Sameh. “C’est un malade mental”.

Une famille se rend à l’anniversaire d’une tante, dans le village voisin. En rentrant du travail, le père s’était arrêté chez la tante pour déposer un gâteau d’anniversaire de la pâtisserie où il travaille. De retour à la maison, il prend son fils Mohammed dans les bras, l’installe sur le siège arrière de sa Skoda, puis fait le tour de la voiture pour s’asseoir à la place du conducteur.

Soudain, une volée de coups de feu. D’après ce que le père a raconté cette semaine à d’autres membres de sa famille, une balle l’a atteint avant même qu’il ne parvienne à entrer dans le véhicule. L’armée a affirmé que le père était déjà à l’intérieur lorsque le soldat a tiré sur la voiture. Quoi qu’il en soit, il a réussi à monter dans la voiture malgré sa blessure. Il a rapidement fermé la portière pour protéger son fils, puis a jeté un coup d’œil sur la banquette arrière.

Le spectacle qui s’offre à lui est effroyable. Le petit Mohammed est affaissé, inconscient, respirant à peine, avec un trou béant dans la tempe droite. Son sang a taché le siège. S’enfuyant pour sauver sa vie, le père horrifié a réussi à parcourir une courte distance. Au total, cinq balles ont atteint la voiture. Celle qui a frappé la tête du bambin a explosé et fait des ravages à l’intérieur, tandis que la balle qui a touché Haytham, le père, l’a atteint à la poitrine et est ressortie par l’épaule droite. Il a également été touché par des éclats de plus gros projectiles.

Lundi dernier, Haytham Tamimi se trouvait dans la maison de son père lorsqu’il a appris la mort de Mohammed. Nous étions là précisément à ce moment-là. Tamimi était naturellement bouleversé, à peine capable de prononcer un mot. De temps en temps, il éclatait en sanglots et son frère, Hassan, essuyait ses larmes. À l’hôpital pour enfants Safra, qui fait partie du centre médical Sheba à Ramat Gan, Marwa, la mère de l’enfant, était à ses côtés lorsqu’il a rendu son dernier soupir.

Le couple a encore un enfant, un fils, Osama, âgé de huit ans, qui errait lundi dans la maison de son grand-père, perplexe, ne comprenant apparemment pas pourquoi tout ce remue-ménage. Haytham, qui a lui-même été hospitalisé pendant deux jours à Ramallah, a rendu visite à son fils mourant la veille de sa mort, mais n’a pas pu rester en raison de son état de santé ; il a embrassé la tête bandée du garçon avant de partir. Le lundi après-midi, tout était fini. La nouvelle de la mort de Mohammed a déclenché un torrent de chagrin dans la maison, insupportable à voir.

Nabi Saleh, encore Nabi Saleh, le petit village militant, courageux et déterminé près de Ramallah, dont tous les habitants appartiennent à la famille Tamimi et dont la plupart participent activement à la lutte non violente contre l’occupation, la barrière de séparation et la colonie de Halamish, qui est adjacente au village. Nous étions ici il y a environ un an et demi, lorsque Qusai Tamimi a été tué par des soldats pour avoir mis le feu à un pneu. C’est également ici que Mustafa Tamimi a été tué en 2011 lorsqu’une grenade lacrymogène tirée par un soldat s’est écrasée sur son visage, et c’est ici qu’Ahed Tamimi a giflé un soldat en 2017, et qu’elle a été emprisonnée pendant huit mois. Son cousin de 15 ans, un autre Mohammed Tamimi, a reçu une balle dans la tête peu avant l’incident avec Ahed, ce qui lui a déformé le crâne et le visage. Un autre Mohammed Tamimi, âgé de 17 ans, a été tué par un soldat qui lui a tiré dessus depuis l’intérieur d’une jeep blindée.

C’est maintenant au tour du troisième Mohammed Tamimi d’être abattu ici, à l’âge de 2 ans et demi, la plus jeune personne du village à être tuée. Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem, il s’agit du 150e  Palestinien tué cette année, qui n’a même pas encore atteint son milieu.

Ce jeudi soir 1er juin, Faraj Tamimi a conduit en toute hâte son cousin Haytham et Mohammed, alors à peine vivant, hors du village. Il s’est arrêté en face de Halamish, où des équipes médicales de Magen David Adom, le service d’ambulance d’urgence, et des Forces de défense israéliennes ont tenté de réanimer le bambin. Faraj a ensuite emmené le père de l’enfant à l’hôpital arabe Istishari de Ramallah.

Haytham et Hassan Tamimi

Un silence pesant règne désormais dans la maison du grand-père, seulement brisé par des cris d’angoisse. Un visiteur des USA, l’oncle Sameh Tamimi, 34 ans, cyber-ingénieur et natif du village, qui a émigré à San Francisco, est le seul capable de parler de ce qui s’est passé en ce moment atroce. Il a accompagné Haytham dimanche pour voir son fils pour la dernière fois à l’hôpital. Il se demande à voix haute si le soldat qui a tiré une balle dans la tête de l’enfant n’est pas un psychopathe.

“Parce que quel autre soldat pourrait faire une telle chose ?” demande-t-il, alors que les médias israéliens ont déjà décidé, dans un réflexe effrayant, que le bambin avait été tué “par erreur”. Sameh exige une enquête, il veut savoir quel type de munitions a été utilisé pour tuer son petit neveu, après avoir appris que la balle a explosé à l’intérieur du minuscule crâne de Mohammed et détruit 80 % de son cerveau. « Un soldat qui tire sur un bébé de cette façon est un soldat qui a déjà fait ça dans le passé. C’est un malade mental. Il a tiré sur un bébé sans ménagement, dans le but de tuer. Il est susceptible de recommencer ».

Selon Sameh, la voiture a essuyé des tirs provenant de deux directions, un peu après 20 heures : d’en haut - de la tour de guet qui domine le village - et du côté droit, où Mohammed était assis. En d’autres termes, il pense que plus d’un soldat a tiré sur le père et le fils.

La maison de la famille est la plus proche de la tour menaçante de Nabi Saleh. Les seuls mots cohérents qu’Haytham a réussi à prononcer lors de notre visite, après l’annonce de la terrible nouvelle, sont qu’un ordre de démolition est en cours contre la structure depuis 2013. Le meurtre de son fils pourrait en fait accélérer le processus, tout comme il a incité l’armée à organiser un raid à grande échelle sur le village peu après que ses troupes ont abattu Mohammed et son père, et à revenir pour une deuxième série de raids le samedi soir.

L’unité du porte-parole des FDI, qui a regretté cette semaine que des non-combattants aient été blessés, a répondu comme suit à une question posée par Haaretz sur les raisons pour lesquelles les forces ont continué à envahir le village qui pleurait la mort de l’enfant : « Dans la nuit du 1er juin, des terroristes ont tiré en direction de la colonie de Neve Tzuf. Les forces des FDI qui assuraient la sécurité du poste militaire adjacent à la communauté ont répondu en tirant plusieurs balles.

« L’enquête initiale, menée immédiatement après l’événement, a révélé que lorsque deux terroristes ont tiré des coups de feu pendant plusieurs minutes sur la colonie, les forces de l’armée israélienne ont répondu par des tirs. Il s’avère qu’à la suite de ces tirs, deux Palestiniens ont été blessés. Les FDI regrettent que des non-combattants aient été blessés et s’efforcent d’éviter de tels incidents.

« Plus tard dans la nuit, les forces de sécurité sont intervenues dans le village de Nabi Saleh pour enquêter sur l’attaque. Au cours de cette action [d’enquête], des troubles violents ont éclaté, avec la participation de dizaines de Palestiniens qui ont jeté des pierres et des pneus enflammés et ont improvisé des grenades lacrymogènes [sic] contre les forces de l’ordre. Les forces ont pris des mesures pour dissiper les troubles et ont répondu avec des moyens destinés à disperser les manifestations. En outre, les forces ont examiné la zone le lendemain, dans le cadre de l’enquête sur l’événement. L’événement fait l’objet d’une enquête approfondie. À l’issue de l’enquête, et compte tenu de ses conclusions, une décision sera prise quant à l’ouverture d’une enquête [formelle] ».

Quelques centaines de mètres séparent la maison de la famille de la tour où était apparemment perché le soldat armé. Il n’était évidemment pas en danger dans la tour fortifiée, même si l’on accepte l’affirmation de l’armée selon laquelle son tir a été précédé d’un tir sur la colonie adjacente de Halamish. Personne à Nabi Saleh n’a entendu ces tirs. Le fait est que Haytam, qui réside dans une zone dangereuse, en face de la tour, n’a eu aucun scrupule à emmener son fils à l’extérieur pour se rendre à une fête d’anniversaire. Il ne l’aurait jamais fait s’il avait entendu des tirs.

Bilal Tamimi, 56 ans, qui travaille au département des médias du ministère palestinien de l’Éducation et qui est également bénévole à B’Tselem, a clairement entendu le bruit des coups de feu. Ce jeudi soir, il rendait visite à un cousin qui habite près de chez lui lorsqu’il a soudain entendu des coups de feu - probablement ceux qui ont tué Mohammed et blessé Haytham. Il est rentré chez lui en courant pour enfiler son gilet “presse” et son casque de protection, puis il est monté sur le toit avec des membres de sa famille pour observer et documenter le déroulement des événements avec la caméra de son téléphone. C’est un habitué. Dans la maison de Bilal, qui abrite une exposition permanente de différents types de douilles de munitions laissées par les soldats, il raconte ce qu’il a entendu et vu ce soir-là, après les tirs sur Haytham et Mohammed.

Wissam (à dr.) a été blessé à la tête

Lorsque nous avons rencontré Bilal, il revenait de l’hôpital Istishari où il était allé chercher son neveu Wissam, âgé de 17 ans, qui sortait de l’hôpital après avoir été soigné pour une blessure à la tête subie lors de cette terrible soirée dans le village. Wissam, qui a eu besoin de neuf points de suture, a été blessé par une balle métallique à pointe éponge, et non par une balle réelle, comme le petit Mohammed. Il a été hospitalisé pendant trois jours. Bilal a également été blessé par une balle en métal-éponge ; son bras droit est plâtré et maintenu par une écharpe.

Bilal Tamimi sur la terrasse  de sa maison à Nabi Saleh, cette semaine. Sa main a été cassée par une balle métallique à pointe éponge

Les deux hommes ont été abattus alors qu’ils observaient la scène depuis le toit. Des soldats sont entrés dans le village à bord de plusieurs jeeps et ont pris position sur les toits des maisons, y compris sur le toit opposé à celui où se trouvaient Bilal et les autres. Bilal raconte qu’il n’avait jamais vu de soldats aussi agressifs et ayant la gâchette aussi facile. Le correspondant militaire de Channel 11 News, Itay Blumenthal, a rapporté cette semaine que les soldats appartenaient au bataillon Duchifat de la brigade Kfir, qui est déployée en permanence en Cisjordanie, et qu’ils étaient arrivés dans le village ce matin-là pour la première fois. C’est peut-être pour cette raison qu’ils ont ouvert le feu avec autant d’enthousiasme.

Bilal se souvient qu’il a d’abord vu une jeep se précipiter sur une voiture palestinienne, jusqu’à ce que le véhicule disparaisse. La jeep s’est alors arrêtée à côté de la station-service à l’entrée de Nabi Saleh. Quelques jeunes ont attendu jusqu’à ce que la jeep se mette en route, puis ils ont commencé à lui jeter des pierres, leur réaction habituelle après l’invasion du village par l’armée. Entre-temps, deux autres jeeps sont arrivées. Les soldats ont tiré des grenades lacrymogènes et des balles métalliques enrobées de caoutchouc sur la poignée de jeunes qui leur jetaient des pierres. Les soldats sont montés sur le toit d’un magasin et, de là, ont fait pleuvoir des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur tout ce qui bougeait, raconte Bilal. Les troupes sont restées dans le village jusqu’aux premières lueurs du jour, tandis qu’à l’hôpital de Safra, les médecins tentaient de sauver la vie de Mohammed. 

Une grenade assourdissante et des balles en métal à pointe éponge

Bilal, sa femme, son fils, son frère et son neveu sont restés sur le toit jusqu’à ce que Wissam soit blessé. Manal, la femme de Bilal, âgée de 50 ans, l’a conduit pour qu’il reçoive des soins médicaux. N’aviez-vous pas peur de traverser les positions des soldats ? « J’avais peur qu’ils ne me laissent pas passer, mais quand j’ai vu le sang sur la tête de Wissam, j’ai oublié toutes mes craintes », raconte-t-elle. Près de la ville nouvelle palestinienne de Rawabi, une ambulance du Croissant-Rouge les a recueillis et a transporté Wissam jusqu’à l’hôpital. Il est en onzième année et a manqué le dernier de ses examens de fin d’année, en langue arabe, à cause de sa blessure. Il dit qu’il demandera une seconde session. Il a également manqué la fête de fin d’année de l’école.

Les soldats sont revenus à Nabi Saleh dans la nuit de samedi à dimanche. Cette fois, ils ont pris possession de la terrasse de la maison de Manal et Bilal. Lundi, nous sommes montés sur la terrasse, une ascension difficile et dangereuse. Des douilles jonchent encore le sol. En contrebas, tout le village se déploie. Ici, c’est la maison d’Ahed Tamimi, là-bas ce sont les maisons du premier Mohammed Tamimi qui a été tué, du deuxième Mohammed Tamimi et du troisième, qui a été enterré mardi dernier.

La maison dans laquelle vivait le petit Mohammed était vide cette semaine. La famille a préféré se recueillir dans la maison du grand-père, plus éloignée de la tour militaire. C’est de cette maison que provenaient les pleurs.

Les funérailles de Mohammed à Nabi Saleh le mardi 6 juin Photo: AHMAD GHARABLI/AFP



Comparaison d'un trajet similaire entre Nabi Saleh et Ramallah pour une voiture palestinienne (à gauche) et entre les colonies israéliennes de Halamish et Psagot pour une voiture israélienne (la durée pour la voiture palestinienne suppose que les postes de contrôle militaires ne sont pas opérationnels à ce moment-là).  Source : Léopold Lambert, The Funambulist, 2018