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06/07/2023

GIDEON LEVY
Les enfants de Jénine n'oublieront jamais
Les petits-enfants et les arrière-petits enfants d'Arna

Gideon Levy, Haaretz, 6/7/2023
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Un garçon d'environ trois ans a quitté sa maison mercredi matin, pour la première fois depuis deux jours, avec sa mère et sa grand-mère. La main de sa mère dans une main, un pistolet dans l'autre. La rue était encore presque vide, seuls quelques habitants avaient osé sortir, et ceux qui l'avaient fait semblaient en état de choc. Un silence terrible planait sur la rue à moitié détruite, le silence que l'on entend toujours après le bruit. Le bambin jette un regard vide sur le tas de décombres au bord de ce qui fut une rue pavée et qui n'est plus qu'un chemin de terre. Il était silencieux, tout comme sa mère. Cette scène a été diffusée mercredi sur Al-Jazeera, qui émet en continu depuis le camp de réfugiés de Jénine.

Des enfants palestiniens brûlent des pneus après le raid militaire israélien à Jénine, mardi. Photo : JAAFAR ASHTIYEH – AFP

L'ancien soldat israélien Dubi Kurdi* n'a pas transformé le camp en stade Teddy de Jérusalem avec son bulldozer cette fois-ci, comme il s'en était vanté lors de la précédente opération en 2002. Plus de 500 maisons n'ont pas été détruites, comme cela avait été le cas lors de l'opération “Bouclier défensif”, et le nombre de morts a été relativement faible. Mais l'enfant est sorti, dans la rue, en tenant la main de sa mère, et son visage en disait long. Il s'agit peut-être du garçon de la vidéo filmée la veille dans l'une des maisons du camp : dans une scène horrible qui pourrait provenir d'une [autre] période sombre de l'histoire, des soldats armés et blindés envahissent une petite maison. Tout le monde reçoit l'ordre de lever les mains en l'air. Un soldat pointe son fusil sur les femmes et les enfants, et un cri de terreur perce l'air. Coupure. La vidéo se termine, mais les enfants n'oublieront pas. Ils n'oublieront jamais ce qu'ils ont enduré cette semaine.

Ces enfants sont déjà les petits-enfants et arrière-petits-enfants d'Arna. Lorsque le merveilleux film de Juliano Mer-Khamis, Les enfants d'Arna, sur les enfants du camp que sa mère a élevés dans le cadre de son projet théâtral, est sorti, son réalisateur était encore en vie. Juliano a été assassiné, mais son film est resté. Il doit être projeté avant et après chaque “opération” militaire israélienne dans le camp de Jénine, avant et après l'insupportable déluge de louanges qu'une légion de généraux et d'analystes déversent sur l'action, toujours différente, plus chirurgicale et plus réussie que toutes celles qui l'ont précédée.

Trois garçons ont joué dans le documentaire : Ala, Youssef et Ashraf. Pendant une dizaine d'années, Mer a suivi les enfants avec lesquels sa mère travaillait. Il a filmé le petit Ala assis, abasourdi, sur les ruines de sa maison, son regard se déplaçant ici et là, comme s'il cherchait un réconfort et un abri. Ala el-Sabagr deviendra plus tard le commandant des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa dans le camp. En novembre 2002, deux semaines après la naissance de son premier fils, les soldats israéliens l'ont tué, et une photo de son corps carbonisé apparaît dans le film.

Le petit Ashraf rêvait de jouer Roméo. Dans le film, on le voit fouiller les décombres de la maison d'Ala pour tenter de récupérer des objets encore intacts. Dans le film, Ala raconte l'histoire de l'assassinat de son ami Ashraf, quelques semaines avant de mourir lui-même dans la bataille de Jénine. Le troisième garçon, Youssef, était en classe lorsqu'un obus israélien est tombé dans la salle. Il a transporté le corps d'une des filles décédées ; à l'âge adulte, il a participé à une fusillade terroriste dans la ville israélienne de Hadera et a été tué. Parmi les enfants d'Arna, Zakaria Zubeidi est le seul garçon à avoir survécu. Il est incarcéré en Israël depuis de nombreuses années.

Mercredi, les petits-enfants et arrière-petits-enfants d'Arna sont sortis dans la rue en ruine. Le camp de Jénine est un camp de réfugiés, dont les habitants ont été contraints de fuir leurs maisons cette semaine sans savoir quand ou s'ils reviendraient, réfugiés momentanés pour la troisième ou quatrième fois.

Le groupe de correspondants militaires reconnus par l'IDF que l'armée a fait venir pour visionner son travail n'a pas vu de Palestiniens dans les allées. En Israël, ils n'ont pas mentionné les 20 000 résidents du camp qui ont enduré des difficultés sans précédent causées par Israël, comme leurs parents et grands-parents avant eux. En Israël, ils n'ont pas dit que le camp de Jénine abrite des dizaines de milliers de personnes dont la juste lutte crie vers le ciel, exactement comme le fait leur souffrance. Et une fois de plus, les FDI ont traité cette maison comme un champ de bataille.

C'est ici que les enfants d'Arna ont grandi et sont devenus des combattants de la liberté, des “terroristes” dans le langage de la propagande israélienne, et c'est ici que les petits-enfants et arrière-petits-enfants d'Arna vont maintenant grandir vers le même avenir, le même destin.

NdT

*Dans Scènes de décombres (Haaretz, 23/10/2002), Gideon Levy écrivait : « Les bulldozers sont de nouveau à l'œuvre dans le camp de réfugiés de Jénine, plongeant leurs pelles dans les ruines. Cette fois, ce sont des machines palestiniennes, peintes en jaune, et leur objectif est la réhabilitation. La dernière fois, les bulldozers étaient bruns et appartenaient aux FDI ; l'objectif des terrifiants D-9 était la démolition. Leurs opérateurs ont semé la destruction et ont été décorés pour leurs efforts.  L'un d'eux, un réserviste, Moshe Nissim, que ses camarades appellent affectueusement “Dubi Kurdi”, s'est vanté dans le quotidien à grand tirage Yedioth Ahronoth : « Pendant trois jours, je n'ai fait que raser et raser » (des bâtiments) et il a ajouté qu'il mangeait des graines de tournesol et buvait du whisky pendant qu'il travaillait. »


Après l'opération “Maison et jardin”. Photo Zena Al Tahhan/Al Jazeera. Voir plus de photos

JUAN PABLO CÁRDENAS S.
La guerre de l’Araucanie

Juan Pablo Cárdenas S., Política y Utopía , 3/7/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

(À la mémoire de Duncan Livingston)

Un célèbre journaliste mexicain avait observé que le Chili était le pays des euphémismes, car nous sommes habitués à appeler les choses par un autre nom et nous n’utilisons pas les vrais adjectifs pour décrire par exemple les actes de corruption pure et simple. Ainsi, aujourd’hui encore, certains préfèrent appeler la dictature pinochétiste Gouvernement militaire, tout comme le coup d’État de 1973 a été connu pendant des années sous le nom de “pronunciamiento militaire”.

Les livres d’histoire continuent d’appeler la guerre et le génocide d’État contre le peuple mapuche (1851-1883) “pacification de l’Araucanie” : son coût en vies humaines est estimé à 60-70 000 indigènes, auxquels des milliers d’hectares ont été arrachés pour être distribués à des colonisateurs nationaux et étrangers. Une vaste dépossession qui a duré plusieurs décennies et dont les territoires sont toujours dominés par des entreprises forestières et agricoles privées.

Les gouvernements post-dictature ont fait quelques efforts pour restituer une partie des territoires usurpés aux Mapuches, mais il ne fait aucun doute que ce processus a été trop lent et qu’il a épuisé la patience des peuples natifs de la région. Personne ou presque n’ignore, en tout cas, que la lutte des Mapuches pour récupérer leurs terres ancestrales est juste, même si les derniers gouvernements ont censuré la radicalité de leurs actions pour récupérer ce qui leur a toujours appartenu.

Le gouvernement de Gabriel Boric a décidé de prolonger les états d’exception dans la macro-zone sud du pays, tout en mobilisant des milliers de militaires pour, par euphémisme, imposer “l’État de droit” dans ces régions secouées par la violence, les sabotages contre les entreprises usurpatrices et la récupération de leurs propriétés ancestrales.

Depuis la militarisation de la zone et la reconnaissance de l’incapacité des carabiniers à imposer seuls l’“ordre public”, nous vivons une nouvelle guerre interne. La confrontation de l’État avec les différents référents politiques de ce qui est considéré comme une nation qui aspire à récupérer ce qui lui a été enlevé, ainsi qu’à se donner des formes d’autonomie politique et administrative.


Héctor Llaitul en prison avec la version espagnole de L’An V de la Révolution algérienne de Frantz Fanon

Parmi ces organisations figure la Coordination Arauco Malleco (CAM), dont le principal dirigeant est emprisonné et fait l’objet de poursuites en vertu de la législation antiterroriste. On ne peut ignorer le fait que de nombreux dirigeants actuels reconnaissaient la pleine légitimité de la CAM et de son principal dirigeant, Héctor Llaitul. Cette appréciation a changé depuis l’arrivée à La Moneda des leaders étudiants qui ont marché avec les Mapuches dans les mobilisations sociales.

Pour les nouvelles autorités, aujourd’hui, Llaitul et ses partisans sont qualifiés de terroristes par le ministère de l’Intérieur et les militaires comme les policiers ont obtenu le droit de tuer s’ils le jugent nécessaire pour défendre les entreprises et les propriétaires privés menacés par l’action des rebelles ou des insurgés mapuches. Le CAM est même accusé d’actes tels que le vol de bois et certains incendies criminels, dont on craint à juste titre qu’ils soient souvent le fait des hommes d’affaires de la région eux-mêmes.

En ce sens, il y a déjà une longue histoire de victimes de montages policiers qui ont affecté les membres de la communauté du Wallmapu et les prisons se remplissent de détenus qui aujourd’hui, par le biais de grèves de la faim, demandent un traitement pénitentiaire digne et la reconnaissance de la jurisprudence internationale en ce qui concerne les minorités indigènes.

La répression brutale n’est pas reconnue comme un acte de guerre contre un groupe ethnique qui, bien sûr, a dû s’armer et recourir à des actes de violence pour faire reconnaître ses droits et persuader les entreprises de quitter la région afin que leurs territoires soient restitués à leurs propriétaires légitimes et ancestraux. Il faut également reconnaître que la cause mapuche est soutenue par de nombreux Chiliens et groupes du nord au sud du pays qui sont prêts à collaborer à leur résistance et à apporter des ressources pour faire face à l’occupation militaire.

Cela explique pourquoi, au cours des derniers mois, l’état d’urgence et les mouvements de troupes n’ont pas eu l’effet escompté par les dirigeants actuels et ont, au contraire, contraint les Mapuches à la lutte armée, au sabotage et à d’autres actions qui constituent un véritable scénario de guerre qui ne veut pas être reconnu comme tel et qui devrait l’être à l’avenir. Surtout si l’on tient compte du fait que, depuis cinq siècles, la lutte des Mapuches n’a jamais cessé et que leurs convictions n’ont jamais pu fléchir. Surtout maintenant que des millions de personnes dans ce pays reconnaissent leur identité mapuche, avec sa langue, ses valeurs et ses drapeaux. Et maintenant, des deux côtés de la Cordillère des Andes, tout un peuple qui se reconnaît comme frères et sœurs, attend de se rassembler et de revendiquer sa reconnaissance et ses droits.

Malheureusement, la nouvelle génération d’hommes politiques, sur ce sujet comme sur d’autres, ne fait rien d’autre que de prolonger les politiques et les mauvaises pratiques de leurs prédécesseurs au gouvernement. Et nous pouvons y observer un discours plus radical, même, que celui des dirigeants de la droite et du centre.

Si l’on parle tant actuellement du risque d’une nouvelle Explosion sociale, il serait bon de noter que cette fois-ci, c’est dans le sud que la mèche du mécontentement général pourrait s’allumer.

        

 

 

Lettre au ministre espagnol des Affaires étrangères sur la mort lente dans une prison marocaine de Mohamed Lamine Haddi

 

M. le ministre des Affaires étrangères, de l'Union européenne et de la Coopération        
Plaza de la Provincia
28012 - Madrid

Madrid, le 3 juillet 2023

Objet : Haddi est en train d’être tué à petit feu et vous ne faites rien pour le sauver

Monsieur le Ministre,

Mohamed Lamine Haddi dit qu'il est mal. Vous souvenez-vous de Haddi ? Un journaliste prisonnier politique sahraoui arrêté et torturé suite au démantèlement de Gdeim Izik, condamné à 25 ans lors d'un simulacre de procès, qui est à l'isolement dans une prison marocaine depuis 2017, qui a mené les deux plus longues grèves de la faim jamais enregistrées, 69 et 63 jours en 2021, et dont l'état de santé se détériore à un rythme alarmant en l'absence de prise en charge médicale. 

Le 26 juin, coïncidant avec la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, le personnel pénitentiaire a pulvérisé une substance toxique sur les murs de sa cellule exiguë, alors que Haddi souffre d'anaphylaxie et d'asthme. Ils le tuent à petit feu, cruellement. Et vous ne faites rien pour corriger cette situation. Votre ministère a peu d'empathie pour la justice.

Comme il n’en pas eu avec les 36 migrants que l'Espagne a laissé mourir sur une patera, pourtant toute proche, après votre inaction en faveur du Maroc qui a mis 10 heures à arriver. Le Maroc se moque de nous, y compris au prix de la mort d'êtres humains.

En commémoration de cette journée de soutien aux victimes de la torture, le CODESA, organisation sahraouie de défense des droits humains, rappelle que le Maroc a ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, mais que dans la pratique, il protège les tortionnaires et expulse les observateurs et les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, qui confirme que la police marocaine au Maroc et au Sahara occidental « pratique de multiples formes de torture pour obtenir des aveux, réduire au silence les militants et étouffer les voix dissidentes, et torturer les prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines », à la fois au poste de police et en prison. Le CODESA propose une série de mesures judicieuses pour mettre fin à ce cauchemar et demande que le sort des disparus soit révélé.

L'Espagne, en tant que puissance administrante du Sahara occidental, a l'obligation de chercher des solutions.

Faites quelque chose pour les prisonniers politiques sahraouis. Laissez un bonne impression à la fin de votre mandat.

Cristina Martínez Benítez de Lugo

participante du Mouvement pour les prisonniers politiques sahraouis

05/07/2023

LUIS CASADO
L’inflation

Luis Casado, Politika, 5/7/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

“Qui me prête une échelle
pour monter sur la croix
et enlever les clous
à Jésus de Nazareth ?

Antonio Machado

 

Si je vous demande ce qu’un mathématicien étudie ou sait, vous me répondez : « Les mathématiques ! » Si je demande de qui s’occupe un médecin, la réponse est : « De la santé de ses patients ». Si je demande ce que sait ou de quoi s’occupe un économiste... j’attends la réponse.

À l’origine, la question centrale de ce que l’on a appelé l’économie politique portait sur la répartition des richesses créées par les efforts de tous. Vous souvenez-vous d’avoir lu ou entendu quelque chose à ce sujet récemment ?

Un économiste explique que les “facteurs de production”, c’est-à-dire le travail et le capital, doivent être rémunérés de manière à ce que la production soit attrayante et ait un sens. Depuis l’abolition de l’esclavage, il existe une lutte que Marx a appelée « lutte des classes » : les détenteurs du travail et du capital tentent d’obtenir la meilleure rémunération possible.

Il est facile de comprendre que si la rémunération du capital augmente, celle du travail diminue et vice versa. Le « surplus » qui reste après le paiement de la rémunération du travail et du capital - surplus que l’on appelle aussi profit - est ajouté à la rémunération du capital. Connaissez-vous un entrepreneur qui partage le profit avec ses travailleurs ?

Améliorer le “taux de rentabilité” est l’obsession du capitaliste. Augmenter son salaire est l’obsession du travailleur. Pendant ce temps, en fonction de l’état de la demande, les prix de tel ou tel produit - pétrole, cuivre, grilles de barbecue, etc.- montent ou beissant. En tout cas, c’est ce que dit un économiste...

Aurel

À Rostov, par exemple, le prix des billets d’avion pour la Turquie a été multiplié par dix lorsque les troupes mercenaires d’Evgueni Prigojine - Wagner - se sont emparées de la ville. Le coût de production d’un tel service n’avait pas changé, mais la “demande”, imposée par les oligarques russes, a provoqué cette hausse.

Shakespeare, dans sa pièce Vie et mort du roi Richard III, raconte que, vaincu à la bataille de Bosworth (1485), Richard III, désespéré de s’enfuir et de sauver sa vie, prononça la célèbre phrase : « Un cheval, un cheval, mon royaume pour un cheval ». L’inflation du prix des chevaux à l’heure des comptes  fut grave…

Une hausse généralisée des prix est un phénomène appelé “inflation”, dont il est utile de connaître les causes. Il est alors plus facile de s’attaquer à l’inflation pour la réduire ou l’éliminer. Certains (Irving Fisher, Milton Friedman, les monétaristes) ont prétendu que l’inflation provient d’un excès de monnaie en circulation. Cet excès génère une augmentation de la demande de biens et de services. Si la production de ces biens et services n’augmente pas en même temps, il y a inflation.

Lorsque les banques centrales augmentent les taux d’intérêt, elles le font pour réduire la demande de monnaie, et donc l’inflation. Elles parviennent généralement à provoquer une baisse de l’activité productive, voire une récession et une hausse du chômage... alors que l’inflation est toujours là, merci.

Dans les années 1980, la masse monétaire a augmenté plus que la production, et il n’y a pas eu d’inflation. Dans les années 1990, elle a augmenté au même rythme que la production, et il y a eu de l’inflation. Lorsque la crise de 2008 a éclaté, les banques centrales ont émis de la monnaie en quantités industrielles, souvenez-vous de l’assouplissement quantitatif, et il n’y a pas eu d’inflation. Les taux d’intérêt des banques centrales sont tombés à zéro, et ont même été négatifs : elles ont payé pour emprunter !

L’augmentation de la masse monétaire n’est pas miraculeusement transférée dans les poches des citoyens. Lorsque les Banques centrales ont connu leur diarrhée monétaire à partir de la crise de 2008, la seule chose qui a augmenté, c’est le prix des actifs financiers. Et à cela, le populo n’a pas participé, c’est clair pour vous ?

Il arrive généralement, c’est la chose la plus fréquente, que les prix augmentent... sauf les prix du travail : les salaires restent à leur niveau et leur “pouvoir d’achat” diminue. Pas besoin de s’appeler Marx pour comprendre que dans ce cas la demande baisse... Pourtant, l’“inflation” continue. Pourquoi ?

Certains prétendent que l’inflation est toujours la manifestation de conflits dans la répartition des richesses générées par les efforts de tous, ou en d’autres termes, que le but de l’“inflation” est de réduire la rémunération du travail, en augmentant la rémunération du capital. Les gens sont méchants...

Il n’échappera pas à votre sagacité que lorsque les banques centrales augmentent les taux d’intérêt, le coût de location du capital augmente. Pour rembourser et toucher sa part de profit, l’entrepreneur doit obtenir un taux de rendement plus élevé... et le seul moyen - nous l’avons déjà vu - est de réduire la rémunération du travail. Ou... d’auimenter ses prix, ce qui revient à peu près au même.

Il faut préciser que ceux qui mesurent l’“inflation” forcent un peu les statistiques. La presse française titrait il y a quelques jours que l’inflation annuelle était tombée à un peu plus de 4 %. Alléluia ! Mais, et c’est un grand mais, elle omettait de préciser que l’inflation alimentaire (qui représente une part importante des revenus des pauvres) était montée à 14 %...

L’indice “inflation” est un agrégat qui comprend les produits de base (loyer, nourriture, etc.) et les produits et services de luxe. Ce sont ces derniers qui ont baissé... Capisc ? Si vous n’achetez pas une Porsche tous les ans ou si vous ne partez pas en vacances à Tahiti, vous ne vous rendez pas compte que l’inflation s’est modérée. Un travailleur qui vit et travaille à Barcelone (pour ne citer qu’un exemple), ne paie que la moitié de son salaire en loyer. Le reste est consacré à l’essentiel : la nourriture, le transport et deux ou trois autres choses.

John Maynard Keynes (1883 - 1946), le célèbre économiste anglais, a prouvé que les théories monétaristes sont un leurre. Les faits lui ont donné raison.

Aujourd’hui encore, avec l’inflation, les familles modestes subissent un effet inattendu de la relativité einsteinienne : le temps s’allonge et il est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts. Le pire, disait Coluche, ce sont les 30 derniers jours....

En résumé, l’inflation produit ce que les économistes patentés appellent “la reconstitution des marges des entreprises”, qui obtiennent une plus grande part du gâteau, réduisant celle qui revient aux pauvres bougres.

Les Banques Centrales, qui connaissent la chanson, prennent le taureau par les cornes : augmenter les taux d’intérêt, pour lutter contre l’inflation, produit, comme on l’a dit, une récession, donc du chômage, et par conséquent un excès de travail sur le marché du travail, ce qui détermine ce qu’on appelle la “modération salariale” ou la baisse des salaires, qui contribue à améliorer la rémunération du capital. C’est-y pas beau, l’’économie?

Dans un récent travail réalisé en France par un patriote nommé Philippe Askénazy (Paris Sciences Economiques, CEPREMAP, IZA), dans le cadre d’une conférence organisée par l’Institut National de la Statistique (INSEE), on peut lire ce qui suit :

« À priori, la répartition de la valeur ajoutée ou la répartition primaire des revenus semble une notion simple. Pour un euro de richesse créée, les travailleurs reçoivent A de rémunération et le reste, 1-A, rémunère les capitalistes".

A = Part du travail = Rémunération du travail / Valeur ajoutée.

 « En France, la répartition de la valeur ajoutée entre le capital et le travail est au centre de controverses récurrentes depuis au moins 20 ans. La baisse de la part du travail au milieu des années 1980 a donné lieu à deux interprétations très différentes. D’une part, il ne s’agit que d’un retour à la “normalité” historique et internationale qui ne nécessite aucune intervention particulière. D’autre part, ce recul serait le résultat d’une déformation durable qui soulignerait un déséquilibre pouvant appeler un rééquilibrage en faveur du travail et de la demande (Timbeau, 2002) ou un dysfonctionnement des institutions, en particulier de la régulation du marché du travail (Blanchard, 2005) ».

Graphique : part du travail dans la valeur ajoutée en France (source : Piketty).

Le même ouvrage d’Askénazy souligne ce qui suit :

« La question du partage ne se limite pas à la France, l’effondrement de la part du travail aux États-Unis pose également la question d’une relance de la dynamique salariale au sein même de l’administration Bush ».

Par pitié, et dans l’intérêt de mon temps et de la longueur de cette note, je n’inclus pas ici les données du Chili. Cela ne m’empêchera pas de le faire plus tard.

L’important, pour l’instant, est de comprendre les raisons qui ont déclenché le processus inflationniste et les remèdes miraculeux que les banques centrales nous proposent, remèdes qui se révéleront pires que le mal.

De nombreux économistes de renom affirment haut et fort que la hausse des taux d’intérêt n’est pas la solution à l’inflation et qu’elle n’aboutira qu’à une nouvelle récession.

Surprenez-moi !


04/07/2023

In Tunisia, la persistenza delle immolazioni con il fuoco costituisce un implacabile atto d’accusa politico

Annick Cojean (Haffouz (Tunisia), inviata speciale) e Monia Ben Hamadi (Tunisi, corrispondenza), Le Monde, 29 giugno 2023

Tradotto da Fausto Giudice, Tlaxcala

Inchiesta
Dalla rivoluzione del 2011, centinaia di persone, soprattutto giovani, hanno cercato di darsi fuoco in tutto il Paese. Lo considerano un modo per denunciare la crisi sociale e, soprattutto, le ingiustizie di cui si sentono vittime.

Perché il calciatore Nizar Issaoui, padre di famiglia di 35 anni, si è dato fuoco il 10 aprile davanti alla stazione di polizia di Haffouz, una cittadina della regione di Kairouan, nella Tunisia centrale? Come mai, dopo una settimana di angoscia, ha ritenuto di non avere altra scelta se non quella di trasformarsi in una torcia? Per dare un orribile spettacolo della sua morte? In quale notte era sprofondato, da quale confusione era stato sopraffatto, prima di decidere di sacrificare la sua vita per lanciare un ultimo messaggio, sperando forse, nominando il suo nemico - la polizia tunisina - di confonderlo e ottenere giustizia, anche se post mortem?

Pensava forse che la morte a cui si era condannato sarebbe stata vista come un atto di coraggio e di verità, lasciando a lui l’ultima parola ed elevandolo per sempre nel campo dei valorosi? Sperava forse che il suo gesto, inscenato e filmato da lui stesso fino alla conflagrazione finale, avrebbe scatenato una rivolta popolare in cui sarebbe rimasto l’eroe? Due mesi dopo, il video è ancora online ed è agghiacciante.

Perché tanto orrore? La spiegazione proclamata al telefono tenuto a distanza da questo colosso di 1,92 metri, con i capelli e la barba spettinati, la voce quasi rotta, sembra assurda, persino grottesca. La storia riguarda una discussione sul prezzo di vendita di un chilo di banane, una discussione che lo ha portato a essere accusato di terrorismo dalla polizia. “Terrorismo per le banan”, grida, denunciando l’ingiustizia prima di accendere l’accendino. Poi si sentono solo grida di panico e di paura. Nizar Issaoui, in fiamme, lascia cadere il telefono, che un poliziotto raccoglie e spegne, come un ultimo gesto.

È stato portato all’ospedale di Kairouan e poi al Centro Traumi e Ustioni di Ben Arous, alla periferia di Tunisi, dove è morto tre giorni dopo.


 Il 14 aprile, i suoi funerali sono stati seguiti con fervore da una folla di uomini e donne che scandivano, con i pugni in aria: “Con il nostro sangue e con tutta la nostra anima, ti resteremo fedeli, Nizar!” Ci saranno scontri con la polizia. E poi la vita tornerà alla normalità, tranne che nessuno a Haffouz vi dirà mai: “Nizar si è ucciso”. Invece, diranno: “Loro hanno ucciso Nizar”. “Loro” vale a dire la polizia. “Loro” significa il sistema corrotto, ingiusto e arbitrario che si fa beffe della legge e schiaccia le persone che governa. “Loro”, lo Stato decadente, malevolo e ingrato, che non lascia altra scelta che il fuoco a chiunque voglia far sentire la propria voce.

Perché Nizar Issaoui non si è impiccato nel suo garage, né si è gettato in un pozzo: Nizar Issaoui si è dato fuoco. Dalla rivoluzione tunisina e dall’autoimmolazione, il 17 dicembre 2010, di Mohamed Bouazizi, un giovane venditore ambulante che è diventato un eroe nazionale e ha scatenato la rivolta che ha portato alla destituzione del dittatore Zine El-Abidine Ben Ali, nessuno oserebbe affermare che questo modo di uccidersi non sia un gesto politico. Bouazizi è stato emulato da centinaia di persone. E il movimento continua.

NICOLAS FAUQUÉ PER LE MONDE

“Credo che eravamo felici”

La vedova di Nizar Issaoui ci ha ricevuto in una casa caotica e malandata, diverse settimane dopo la tragedia. Non ci sono mobili, né cucina, né bagno. I materassi sono ammassati qua e là e un divano di recupero ci tende le braccia. I fili della casa vicina sono aggrovigliati e le lampadine emanano un bagliore che incupisce e ingrigisce i volti. Ma qui ci sono dei bambini. Che giocano, si spingono, si accoccolano, implorano coccole prima di sparire chissà dove. E anche adulti, della stessa taglia di Nizar, che vanno e vengono, come se fossero in visita, e poi si intromettono con sguardi cupi.

“Occupo abusivamente questa casa, che appartiene alla città”, ammette Basma Issaoui con un pallido sorriso. “Il giorno dopo la morte di Nizar, ho capito che dovevo lasciare immediatamente la nostra casa. Non potevo pagare l’affitto da sola. Ho individuato una casa vuota, ho preso i bambini per mano, alcune coperte, due valigie e sono partito. Lo Stato ha fatto quattro orfani, ci deve tanto!” E questo è tutto. L’immolazione non è un suicidio come un altro: è un atto di accusa e una presa di potere.

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